lundi 31 mars 2014
Lundi matin
— Manu, j'veux qu't'ailles à Matignon. Jean-Marc, j'crois qu'il est grillé.
— (…)
— Ben quoi, tu veux pas ?
— Si si, j'veux bien. Si, François, j'veux bien.
— Ben dis-donc, cache ta joie, hein !
— Non, c'est pas ça…
— Quoi, qu'est-ce qu'y a ?
— Non, rien… En fait, j'pense à Ségolène…
— Ben quoi, Ségolène, ben quoi ? Tu la vois à l'Intérieur ?
— Non, c'est pas ça, non…
— Oui, elle jubilait, hein…
— Tu devrais la nommer à Matignon…
— Non mais tu te fous de moi, là, hein, c'est ça ?
— Bon bon, n'en parlons plus. T'as raison, François.
— Non mais je rêve ! Il est où, l'avion ???
Bien évidemment…
samedi 29 mars 2014
Le Printemps
vendredi 28 mars 2014
Le Radeau de la Musedé

An 2000 : Un Nouveau Directeur pour la Musique à Gossanville !
Patrick Sébastien : La première chose qui m’a frappé, c’est la prof de chant. Elle est sympa c’est pas croyable. Bon, ok, c’est vrai que quand on lui fait la bise, on a l’impression d’avoir pris une douche [rires]. Non, mais, sérieux, elle est hyper comme nana. Elle est toujours partante pour aller chanter le « Pierrot lunaire » dans les cités hot, et après elle rentre complètement pétée, mais tout ça c’est vachement sympa, quoi ! Pi tu vois, c’qui m’plaît aussi c’est qu’un jour elle m’a dit comme ça, entre hommes : « Finalement j’aime pas trop le chant classique. » Moi : « Ah bon, ben pourquoi Nicole ? » « Ben parce que tu vois, j’trouve ça assez limité finalement ! » C’que ça montre, c’est qu’y a des profs qui s’posent des questions, tu vois, et ça c’est positif !
Moi c’que j’veux, enfin, c’que j’voudrais, c’est qu’les gosses y soient tous accueillis dans la boîte, tu vois. C’est hyper-important ça. D’ailleurs, faut r’connaître un truc qu’est bien : c’est pas cher pour qu’les gosses y soient inscrits au conservatoire, là j’m’incline, quoi. Respect ! D’ailleurs j’ai dit à mon boss qu’l’concert de Noël à 12 balles c’était trop hard et lui, bingo !, il a dit bon ben c’est gratuit alors ? Moi j’ai dit oui, tu vois, on s’comprend ici. (C’est ça qu’est bien…)
Ah oui pi y a un truc, alors là j’dis warnings ! question méthodologie tu vois, c’est le nom de la boîte ! Ben oui, y s’appelle « conservatoire » ! Tu vois le truc ? CONSERVatoire ? Non, tu vois pas ? Bon j’t’esplique : c’est un truc d’étymologie : dans conservatoire y a conserve ; conserver, quoi !
V A G : Conservateur ?!
P S : Voilà ! C’est ça… Alors là j’ai dit à mon boss : tu vois, si tu veux qu’les gus y s’pointent dans la baraque, c’est pas bon, le truc de conserver !
V A G : Et qu’est-ce qu’il a répondu le Maire ?
P S : Oh ben tu parles ! Il a pigé tout de suite tu vois, vu qu’ici c’est plutôt des mecs qui regardent devant, quoi ; genre faut qu’ça bouge urgent, des progressistes, quoi !
V A G : Oui, c’est des communistes ici…
P S : Voilà. Des mecs de gauche qu’assurent ! T’imagines : y a le « Point J », et nous on continuerait à s’appeler le conservatoire ?! Ouah la honte ! Mais bon il a pigé tu vois. Alors c’est là qu’j’ai lâché mon concept, la botte secrète, le talon d’Achille, la super-méthodologie de choc qui t’la coupe !
V A G : Ben, c’est quoi ?
P S : On appellerait ça « La Maison des Musiques »…
V A G : …
P S : Tu vois l’astuce ?
V A G : Ah ouais !
P S : Putain c’est bon ça non ?
D’abord : La Maison. (Tu notes les majuscules, hein ?) Alors la Maison, parce qu’une maison, tu vois, c’est un site qu’est accueillant, ça fait chaud au cœur, y a des synergies d’partout because on s’sert les coudes ; comme une famille QUOI ! (D’ailleurs j’en profite pour annoncer à tous qu’on va refaire la tapisserie, faut que ce soit comme la piaule à tes gosses, qu’ils puissent amener la photo d’leur chien, d’la mamie même si y veulent, enfin, tu vois, qu’y s’y sentent pas dépaysés…) Faut qu’tout ça soit convivial, quoi ! Non, la faisabilité d’la chose m’inquiète pas, pour répondre à une question que tu m’as pas posée.
Bon, j’en étais où ?
V A G : La Maison.
P S : Ah ouais… La Maison DES Musiques. Là, faut qu’tu notes le PLURIEL !
V A G : Comme la gauche, c’est ça ?
P S : Oh putain, j’y avais pas pensé… C’est encore plus dingue que j’croyais ! La gauche plurielle. Ouais t’as raison. Pfffui… Putain j’en transpire. Tu vois j’veux dire, quand on se met à réfléchir, hein, ça démarre pi après tu vois, c’est non stop, long long ago…
Donc, bon, ouais, le Pluriel avec un P majuscule et les Musiques avec un M et un S majuscules. Alors là, warnings ! Faut bien suivre, là, hein ! Faut savoir qu’à la base y a toujours eu DES MUSIQUES, tu vois, déjà le pluriel, hein ! Même sous Mozart, tu vois, on nous dit bon y a Amadeus, pi Haydn, pi Beethoven ! Taratata, mon œil ! Ça c’est de trucs de pouvoir, c’est déjà…
V A G : … de l’élitisme ?
P S : BINGO ! Pareil qu’aujourd’hui, y a rien de nouveau comme quoi… Ben tu vois avec les chercheurs, le CNRS, le CERN, Saclay, le Pentium III, enfin tout le truc quoi, on a retrouvé des enregistrements…
V A G : Ah bon ?!
P S : (…) Ouais, enfin, tout comme, y avait déjà d’la musique populaire hein, faut pas croire ! Des trucs de ouf, hein, hyper-savants en fait, tu vois Debussy (ça c’est un mec !) y disait en c’temps-là (…) qu’la musique indienne…
V A G : … balinaise ?…
P S : Ouais c’est pareil, et ben qu’la musique balinaise c’était plus costaud que Palestrina, tu vois le truc ?! Les mecs y z’avaient inventé des gammes que même Debussy, tout Debussy qu’il était, il les connaissait même pas dis-donc !
Enfin, pour revenir à ceux en perruques, là, ben y avait déjà du festif à c’t’époque, y f’saient la fête en tapant sur leurs bassines j’te dis pas, ça cartonnait déjà la polyrythmie du Bronx. Chaud ! Bon, bref, tout ça pour dire qui faut qu’tout le monde y puisse s’éclater, quoi, j’veux dire, on va pas leur prendre la tête avec des histoires de tonalités, d’enharmonies et tout le saint frusquin. Un peu de spontanéité, un peu de VIE. Moi je plaide pour la VIE. Je défends le vivant. Eh ! On est au XXIe siècle, non ? Je sais, je sais, j’entends déjà certains me dire : « Et l’exigence, et la qualité ? » (Et pourquoi pas la tradition, pendant qu’on y est !?)
V A G : Qui ?
P S : Oh, je ne nommerai personne. Y se reconnaîtront. Peu importe, faut pas polémiquer. Moi tu vois j’fais pas de philosophie, hein, j’vais droit au concret, au réel, à la vie, aux préoccupations des gens ! Et les gens c’qui veulent c’est pas des théories fumeuses et du Gesualdo de salon, hein, les gens y veulent pas des profs du XIXe, genre les spécialistes de la spécialité, psycho-rigides et agrippés à leurs petits privilèges, tu vois, y veulent des enseignants ouverts, sans préjugés, qui les écoutent (important ça, l’écoute !), qui savent dialoguer, et si le mec y prend son biniou pour initier un chorus, faut qu’le prof en face y soit capable de faire le bœuf en hypolydien californien, tu vois, c’est ça qui veulent les gosses, de l’interactif !
Déjà, faut être clair dans sa tête : est-ce qu’on se situe dans l’artistique ou dans le culturel ? Pour résumer, je dirai : interactivité + convivialité + ouverture, c’est ce qu’on devrait mettre à l’entrée d’la Maison ! Faut absolument qu’on puisse bosser au quotidien dans des structures qui fédèrent les énergies, ça c’est le but du jeu !
V A G : Patrick. Tu permets que je t’appelle Patrick, hein ? J’commence à me sentir hyper à l’aise…
P S : Vas-y mon gars, on est tous dans l’même bateau… Le servispublik !
V A G : Patrick, que penses-tu des hiérarchies musicales et artistiques ?
P S : Tu rigoles ou quoi ? Tu m’fais d’la peine avec ta question, là ! T’as pas encore compris qu’il existe qu’une seule sorte de musique ?
V A G : Ah ben… et le Pluriel alors ?
P S : Non mais attends, tu l’fais exprès ou quoi ? C’que j’veux dire, c’est qu’la bonne musique elle est UNE…
V A G : … et indivisible !
P S : Bon, ça va laisse tomber la philosophie, ok ? Quand je dis qu’elle est une, j’veux dire que toutes les musiques sont égales, quoi ! J’vois pas pourquoi j’irais, moi, le dirlo de La Maison Des Musiques, dire à un gosse du 162 que son groove à lui vaut pas la Grande Fugue ! Je vois pas du tout ce qui me justifierait dans cette démarche ! À la base y a 7 notes, enfin 12, et pi chacun les enfile comme y veut, hein, après ça, c’est un jugement culturel, c’est sûr ! Moi chuis pas curé, chuis musicos ! Y a pas d’absolu là-dedans, tu vois, tout est relatif, le DJ qui groove à mort ou les musicos indiens qui font des rythmes hyper-complexes ou un quatuor d’hélicoptères, pour moi c’est PAREIL que Don Giovanni ; y a pas d’raison ! J’peux en parler, j’ai tout fait !
V A G : Merci pour la transition ; parle-nous de ton parcours, Patrick.
P S : Bon là tu vois, chuis assez fier. Ouais, non, j’veux dire, c’est pas le parcours de tout le monde, quoi. J’vais le dire en 2 mots : j’me suis ouvert ! Finies les barrières, les frontières, vive la tolérance, l’éclectisme, le métissage, le mélange, l’hybride, l’impur, la démocratie, la Modernité, quoi ! J’ai commencé hypra-classique, et puis j’ai découvert le jazz (Larry Corée et Clapton Tea…), la musique baroque, et tout a suivi… Ah, on se prend à rêver que tout le monde fasse pareil, non ?
V A G : Une grande marche vers la liberté ?
P S : C’est tout à fait ça. [Pas de rires] Là j’me sens à l’aise, tu vois, bien dans ma peau, on va dire : si j’ai envie dans un récital de mixer Marin Marais et Claude François, et de le faire en duo avec un mec derrière son Mac, pourquoi pas ?
V A G : Pourquoi pas !
P S : Y a un truc que j’veux dire et qui me paraît important (surtout qu’avec l’équipe pédagogique du cons… d’la Maison Des Musiques, on va mettre en place une réflexion concrète sur comment, au jour d’aujourd’hui, bâtir un Projet actuel qui redéfinirait les rapports enfants/enseignants) c’est que moi en tout cas, j’me sens toujours un élève, tu vois ! J’veux dire qu’à la base j’ai pas la prétention du Savoir avec un grand s, si tu vois ce que je veux dire. Non. J’me mets en situation de donner, mais aussi de recevoir, et, en ce sens-là, automatiquement, j’me sens hyper-proche de quelqu’un comme Jean-Sébastien, ou même —pourquoi pas ?— de Cabrel. Les gosses, faut pas croire, y z’arrivent chez nous, y z’ont déjà un Projet musical, hein ! Y savent très bien ce qu’ils ont envie. Faut juste leur donner les outils, les moyens, le média, un lieu, après ça, y s’débrouillent, y z’inventent leur code, quoi ! Faut s’méfier des certitudes. C’est sûr que pour moi Chostakovitch c’est le top, mais si le gosse il arrive avec Merzak Batavia en background, y faut que j’laisse tomber mes préjugés et que j’m’y mette, quoi ! C’est tout. Et là, peut-être qu’après 4 mois de travail intensif sur Merzak Batavia, j’pourrai glisser au gosse : « Bon ; ok, c’est super, mais Chosta, tu connais ? » Y a des passerelles à créer, tu vois, dans tous les sens, c’est ça qu’est excitant, c’est un challenge. On est au début. Tout est à faire, à inventer ! Un exemple : la mise en résidence de groupes rock, ça c’est une idée que j’ai eue…
V A G : Une dernière question, Patrick Sébastien : on a pu lire ce graffiti sur les murs de l’ex-conservatoire : « Le son inconnu de sa jouissance. » Qu’est-ce que cela signifie ?
P S : Ah… Je sais pas. Je suis pas au courant.
V A G : Merci, Patrick ! Et bon vent à toi !
P S : Cool…
jeudi 27 mars 2014
Vol 777 pour Tulle gras
Hollande est con comme une bite et comme ça commence à se savoir un peu partout dans le monde, il va falloir qu'on se trouve une sacrée excuse, nous autres les Français, pour avoir été ceux qui ont élu un couillon pareil.
mardi 25 mars 2014
Py, ou le mensonge au palais
Entendant Olivier Py faire sa belle déclaration, tout à l'heure, à la radio (il veut, ou plutôt il estime indispensable que le Festival d'Avignon quitte cette ville si le Front national prend la mairie), j'ai réalisé avec une certaine stupéfaction qu'un vieux et pieux mensonge n'était en rien entamé par la réalité, bien au contraire.
lundi 24 mars 2014
Madame Angot, Christine
Parvenir !, voilà le mot d'ordre. On verrait ensuite quoi mettre entre les pages qu'on déploierait à grand bruit d'orgasme à la face des gogos qui ne font jamais défaut quant au zéro, on peut leur faire confiance. Madame Angot de chez Ruquier, c'est un Christ de Castorama. Ma première question sera l'origine de l'écriture. Une barque des ombres taillée dans un bloc de polystyrène et sentant le poisson frais… Un jour je me suis retrouvée en train d'écrire un truc… Un éjaculat sans plaisir… Et à partir de là… Est-ce que c'est l'acte d'écrire qui vous a donné confiance vers une terra incognita ? Un lac de Butagaz dans la culotte d'une sainte… Quand je regarde parler Madame Angot, je vois d'abord des gestes avec les mains, des gestes pointus, les gestes de Pierrette, et la voix de Marie-Clotilde. Il y a tellement de "i" dans ces gestes et dans cette voix, Christine ! Du sommet du crâne aux bouts des orteils, Angot est hérissée de "i". C'est comme le cri de Rascar Capac, dans les "Sept boules de cristal", elle semble toujours traversée d'un court-circuit, elle se tient sur une chaise électrique. C'est sa manière à elle de parvenir : criiiiiiiiiiiiiier ! Elle et Laure Adler font la paire, ce sont les deux rejetons XXL de la Duras, dont le cri continue à jaillir de dessous la terre. C'est pas possiiiiiiiiiiiiiiible !!! qu'elle a l'air de gueuler, la Duras sous terre, c'est pas possible que je sois morte, mais nom de Dieu comment avez-vous pu laisser faire ça ? Alors Angot est venue. Angot a entendu le cri. Angot a décidé de le pousser, de se faire pousser par le cri enterré de la Duras, par la stridence encapsulée qui traverse le marbre : « Ah là là mais c'est bien et tout !… » Marguerite et Laure et Christine, écoutez leurs voix, regardez leurs yeux, voyez leurs mains. Mais t'es sûr mais pourquoi tu dis ça mais où mais montre-moi, quoi, où ça, mais comment, etc. Bon. Tu le répètes encore. Tu crois vraiment. Une page deux pages cinq pages. T'es sûr, etc. Et je sentais en moi. Toute ma vision de ma vie qui allait changer. Vision de la vie… Et voilà. Parvenir ! Vers là. Court-circuit du Butagaz dans la culotte. Elle s'enflamme, Pierrette. Et Marie-Clo fait les gros yeux. Écrivaines elles seront. L'écriture a déboulé comme un ouragan. Pouf Crac Tchack ! Iiiiiiiiiiiiiii avec plein de points d'exclamations. Par centaines, les points d''exclamation. Merde on a bien le droit ! Se dresser à parvenir, parvenir à se dresser : Iiiiiiiiiiiiii !!! Alors Laure elle est là aussi Laure, elle accompagne les écrivaines de sa voix d'outre-tombe, Laure, elle est bien parvenue, elle aussi, Laure, dans le fauteuil, Laure, radio-télé, parvenir, Laure, c'est possiiiiiiiiiiiiible ! Duras ça dure encore, on se branche sur le courant Duras, ça peut parvenir à durer encore, dans le cri crié de la tombe. Des femmes. Vivantes ou mortes, on ne sait plus très bien, on ne voit plus très bien la différence. C'est ça. Ce truc-là est là donc le reste n'existe plus. C'est difficiiiiiiile ! Angot, Christine, c'est le feuilleton de la liiiiiiiitérature : série des Deux Ragots made in Flore. French sociology, atelier-feuilleton. Serial-dealer pour serial-reader de sexe féminin. Ah, ya des hommes qui lisent Angot ? Des psys ? Des pompiers ? Des ministres ? Christine, je la vois assez dans Braquo, la fille aux cheveux gras dans son jean moulant qui fait la tronche. Putain ! Fuck ! En réalité, je suis sûr d'une chose : encore dix ans et la Collection Angot se lira comme on lisait la Collection Arlequin. Sous la plage les pavés et les mégots, et les bouquins de Madame Angot. Sans l'esprit de sérieux, qu'est-ce que cela donnerait ? Pas grand-chose je le crains. La drôlerie, dans ces cas-là, est chose précaire.
samedi 22 mars 2014
Moral
De tout lui, et comme venue de plus haut que lui (peut-être à cause de ses cheveux qui, vus de là, lui faisaient une couronne blond clair), une onde émanait : une chaleur, mais douce ; une turbulence des émotions, turbulence, qui n'est pas trouble ; surtout l'attention pieuse à quelque chose de plus élevé, qui est tout près, dedans peut-être, qu'il faut communiquer, mais sans y toucher, sans y mettre du sien. Étrange sorte d'homme, me disais-je, qu'est ce pianiste-là en tout cas : si fraternel, si ailleurs pourtant : intouchable. À la source de tant d'émotions étaient un sang-froid, un maintien, moral. Ce qui touchait le plus chez lui, c'était ce désintéressement personnel. Il faisait son métier devant nous, tout simplement, qui est d'avoir commerce avec le sublime. Nécessairement, il a part à des vertus d'un autre ordre, et c'est elles qu'il est là pour annoncer, pas seulement Bach et Beethoven ; un plus haut placé lui parle, et il parle par lui ; d'ailleurs il n'est pas essentiellement quelqu'un qui parle, ni même chante : mais écoute.
vendredi 21 mars 2014
La Discussion
Albert : « On imagine toujours l'Apocalypse comme l'Événement par excellence, quelque chose qui arrive, quelque chose de soudain, de définitif, quelque chose qui clôt, qui termine, comme un épilogue. Je crois que c'est le contraire. L'Apocalypse est un processus qui a commencé il y a déjà longtemps, l'Apocalypse c'est nous, c'est l'Homme sur Terre, c'est l'aventure du genre humain, l'Apocalypse c'est le dévoilement, au cours des siècles, de l'Erreur humaine, c'est la preuve en acte que Dieu s'est trompé en nous créant. L'Apocalypse, ce n'est pas le jour d'après, c'est le jour d'avant. La Révélation précède le Monde, un monde débarrassé de l'Homme. Il faut non pas que l'Apocalypse arrive, mais que l'Apocalypse se termine, et le plus vite possible, même si ce temps n'est rien en comparaison de ce qui viendra après, mais ça, nous ne pouvons pas le comprendre, pris que nous sommes dans les plis de l'Apocalypse.
jeudi 20 mars 2014
En moins
samedi 15 mars 2014
Vitamine B6
Même des meilleures choses…
Regardant un déjà ancien reportage sur Alain Finkiekraut, ce matin, je tombe sur cette scène extraordinaire où on le voit marcher le long d'un canal, à Paris, en dialoguant avec la réalisatrice du film. Il marche, tête baissée, en parlant de son enfance et de ses parents, et tout à coup on entend des vociférations qui proviennent de l'autre rive. Il s'arrête, tend l'oreille… Il n'est pas certain de bien comprendre ce qui se passe et demande à son interlocutrice de lui faire part de ce qu'elle a entendu. « Il m'insulte, c'est ça ? Il m'a reconnu ? » Le type en question s'est mis à hurler : « Jette-toi dans le canal, Finkiel ! Meeeeeeerde ! » Finkiel reste un moment sans voix, se remet à marcher, les mains derrière le dos, en souriant : « Ah vraiment ? Il m'a appelé par mon nom ? » Puis il se retourne vers l'imprécateur, reste un moment immobile en le regardant. Il le regarde marcher. « C'est extraordinaire, car il reprend sa marche débonnaire, comme si de rien n'était ! » Puis il ajoute : « Et normalement, je devrais juste aller lui casser la figure… » Il recommence à marcher, les mains toujours dans le dos : « Bon. Ne nous laissons pas distraire. » Cette scène est extraordinaire à tout point de vue. Lui qui parle sans cesse de la "poubelle Internet", où se déversent insultes et imprécations, dans l'anonymat le plus général, dans cette sorte de dévaluation consternante de la parole, il est confronté, sur les bords d'un canal tout ce qu'il y a de plus réel, à une scène qu'on dirait avoir été écrite sur mesure pour lui, qui a publié en 2000 un livre intitulé "Une voix vient de l'autre rive". Mais il a remarqué que le type de l'autre rive avait « repris sa marche comme si de rien n'était »… L'insulte a beau avoir été proférée "dans le monde réel", elle a un caractère complètement irréel, virtuel, qui prête à sourire. « Normalement, je devrais juste aller lui casser la figure. » Mais justement, ces insultes ne sont pas "normales", elles sont jetées là comme on clique sur un lien, pour voir ce qu'il y a derrière… Il le sent bien. Entre son imprécateur et lui, un canal, de l'eau qui coule, tranquillement, comme si de rien n'était… Les insultes ne changent rien au paysage, rien du tout. Recueillir les voix qui proviennent de l'autre rive ? Peut-être pas toutes, quand-même… Les chiens aboient, Finkiel passe… L'imparfait du présent, c'est ici et maintenant, à Paris, le long d'un canal. On a vraiment le sentiment que ce crétin a fait présent à Finkielkraut de ses insultes, comme il lui aurait rendu hommage, comme un nouveau-né fait présent à ses parents de son petit caca. Ensuite la vie reprend ses droits. Au moment où Alain Finkielkraut dit : « Ne nous laissons pas distraire. », on voit une belle photographie de lui entre ses parents. Ils sont assis, tous les trois en maillot de bain, les bras des parents sur les épaules du petit garçon d'une dizaine d'années. Ils regardent l'objectif. Lui est souriant, il a la tête un peu penchée sur la gauche, il a la main sur le genou de sa mère. Puis on entend la voix de son ami André Dussolier. « Signe particulier : Maman. »
Nous avons souvent écouté "Répliques", avec ma mère, qui avait une grande admiration pour Finkielkraut. Depuis qu'elle est morte, en 2003, je n'écoute plus vraiment, ou alors très exceptionnellement, cette émission. Il m'aura fallu du temps pour voir que les choses étaient concomitantes.
vendredi 14 mars 2014
Sopranos
jeudi 13 mars 2014
L'Odeur
Nicole m'offre du café accompagné d'une part de gâteau qu'elle a fait elle-même. Elle fume une de ces très fines et longues cigarettes qui m'énervent un peu. Je profite de ce moment pour lui raconter. J'étais déjà assise depuis trois minutes quand ce type est venu s'installer à côté de moi. Énorme. Il a eu du mal à passer son derrière entre les accoudoirs ; j'ai même vu le moment où il devrait renoncer et aller s'installer ailleurs, mais où ? Alors à peine le cul à côté du mien, il se met à souffler, tu vois, comme s'il se remettait d'un effort important. Mais il avait fait que s'asseoir. Bon, j'essaie de ne pas faire attention, je consulte le programme, enfin, je me mets à l'aise. Quand-même, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il est rudement bien sapé, on voyait tout de suite que le costard avait dû lui coûter un max. Le type il arrêtait pas de souffler, et je me suis dit que s'il continuait comme ça, ça allait me gâcher le concert. Quand la lumière s'éteint, je le sens qui se relâche un peu, et du coup c'est comme s'il prenait encore plus de place ; je l'entends qui souffle encore, mais c'est plus paisible, et je vois qu'il a étendu ses jambes. Nicole se lime les ongles pendant que je lui parle, elle a sa clope aux lèvres, je me demande si mon histoire l'intéresse ou bien si elle pense à autre chose. Les musiciens s'accordent, j'essaie de repérer Arnold, j'oublie un peu le gros. Mais quand le chef entre et qu'on se met à applaudir, c'est là que je sens l'odeur. Nicole lève le nez, et elle reprend du café. « T'en veux d'autre ? » Non, je continue mon histoire. « Quelle odeur ? » elle me fait. Justement, c'est ça le truc. Je n'arrivais pas à savoir ce que c'était. Je distinguais évidemment l'eau de toilette du gros, et quand-même par là-dessus un peu de transpiration, mais il y avait autre chose, et ça me tracassait. Nicole pose sa lime et écrase sa cigarette dans le cendrier. « Bouge pas, je vais faire pipi. » Je regarde par la fenêtre, je vois un type en maillot de corps, en face, accoudé à son balcon, qui regarde dans notre direction. « Tu t'es acheté un nouveau tableau ? » que je lui dis, mais en fait je m'en moque un peu. Elle tire la chasse : « Qu'est-ce t'as dit ? » Elle revient s'asseoir et s'allume une autre cigarette. « Donne-m'en une aussi. » En allumant la clope, je me demande si je continue mon histoire. « Ben alors ? » qu'elle me fait, comme si ça la passionnait absolument. Alors, je lui dis, pour l'odeur, mais en parlant je me dis mais de quoi je suis en train de parler, Bon Dieu, j'en sais rien moi-même. J'ai un grand pif qui m'a souvent joué des tours, et souvent je sens des choses que les autres ne sentent pas. « Oui, une odeur on va dire qui ressemblait à rien, voilà. » Elle a l'air déçue. « Mais tu veux dire quoi, qu'il sentait mauvais ? » Non, non, que je lui dis, c'est pas ça, je peux pas dire ça. Une odeur qui m'inquiétait, voilà, ce serait plus ça, une odeur qui m'avertissait, mais de quoi, et dire ça, j'aurais eu l'air d'une folle bien sûr. Dans la pénombre, j'ai jeté un œil sur les mains du type, qui pendaient des accoudoirs, comme deux morceaux de viande rose. Ces mains m'ont fait peur. Et à ce moment-là, je me suis dit, c'est ça, ça sent le sang frais. Mais maintenant que j'y repense, là, chez Nicole, je me dis que c'est n'importe quoi.
Dans un moment où la musique fait une pause, je me dis, tiens, c'est bizarre, je l'entends plus souffler. Enfin, c'est pas vraiment que je me dis ça, mais tu vois, y a comme quelque chose qui m'inquiète, mais je n'ose pas le regarder. Ça doit être qu'il est concentré sur la musique, que je me dis. Et l'odeur qui me revient aux narines, mais l'adagio continue, j'essaie vraiment d'écouter, alors je concentre mon attention sur Arnold et sur sa voisine de pupitre, une nouvelle. On voit qu'elle n'est pas tranquille, c'est Arnold qui tourne les pages. Tu sais comme j'aime Bruckner ! Et surtout cette symphonie là, la septième, alors je ne veux pas que le gros me gâche mon concert. Quand je vais écouter du Bruckner, je pense "mon orchidée empoisonnée"… C'est entêtant, comme un parfum lourd, qui étourdit. Et tu sais, le passage où il répète je sais plus combien de fois sol la si, sol la si, sol la si, aux cuivres, tu vois, après toutes les modulations, eh bien à la fin de ce passage, je sens la tête du gros qui me tombe sur l'épaule… Je me dis, c'est pas vrai, ce con s'est endormi, mais comment peut-on s'endormir quand on écoute Bruckner, j'ai vraiment pas de bol, moi ! Nicole se met à rire alors je l'arrête tout de suite : « Il était mort ! »
mercredi 12 mars 2014
Mettre toute la vaisselle sur la table
mardi 11 mars 2014
Pensons déjà à l'après fin du monde !
À l'UMP, Grand-Colon et Petit-Flipé sont d'accord pour ne pas être d'accord. C'est déjà immense. Depardieu je l'embrasse sur les deux joues. À cinquante et un pour cent d'impôt, si j'étais riche, je me tirerais de ce pays de tartuffes. De toute façon être français de nos jours devrait consister essentiellement à se barrer d'ici. J'hésite entre les USA et l'Albanie, mais en fait j'irais direct en Suisse, la Suisse qui est mon vrai pays. La Suisse allemande. Et je désapprendrai le français. Seul à la montagne, sans téléphone, sans Internet, avec une vache, un chien, une chèvre, et une vallée qui me sépare de mes plus proches voisins. Je ne peux pas croire que François Hollande finisse son mandat. Impossible. Ou alors c'est vraiment que les Français ont assassiné Dieu. J'avais déjà un vague soupçon… Les cons seraient certainement d'accord si on mettait son existence aux voix (je parle de Dieu, pas de l'autre à qui on a dit qu'il était président). Un peu comme ces abrutis qui se réveillent un beau matin, le cul encore fumeux, ou fumant, et, à peine assis sur leur matelas, se grattent la tête en s'exclamant : « Eureka ! Je sais : après la mort, rien n'existe, on est mort ! » Ce matin, je rêvais que j'étais en compagnie d'une jeune fille très jeune, très belle, très intelligente, bandante comme je peux pas vous dire. On était dans un bar. Je me lève pour aller pisser, et, en arrivant aux chiottes, je me vois dans une glace : Merde, je ne me suis pas reconnu. Le look gothique, et vingt-cinq ans de moins, des cheveux longs, noirs, les sourcils teints. Quand je suis revenu à la table que je venais de quitter, c'était Laurence Parisot qui sirotait un lait-fraise en fumant des Pall Mall rouges. Ne plus jamais dire un mot en français, voilà mon rêve. Je lirais Proust en m'extasiant sur cette langue étrange, et barbare, mais quand-même pas Annie Ernaux ou Juan Asensio. Too much ! Je regarderais BHL à la télé, sans le comprendre, et je le trouverais gothique, lui aussi. Je n'ai jamais rien lu d'aussi drôle que : « Parce qu’il préfère le "ça" du bistrot au "cela" qu’aurait employé n’importe quelle plume de la NRF ou du Mercure de France, on croit que le reste est à l’avenant. Et donc qu’il a tout naturellement utilisé "commencé" plutôt que son synonyme "débuté", qui sans être pédant, est d’un registre un poil plus soutenu. » C'est Grégoire Leménager qui écrit ça dans le Nouvel Obs. Grégoire, écoute-moi, mon petit, écoute le vieux qui te parle avec compassion et désintéressement. Achète-toi un jeu video pour Noël mais laisse tomber la littérature. Elle ne t'en voudra même pas. De toute façon, toute flippée qu'elle est, elle ne s'en rendra pas compte.
dimanche 9 mars 2014
Ma préparatrice se shoote au tétraplégique !
Et voilà, ça continue ! Ils ont supprimé le Myolastan ! Abrutis, gougnafiers, têtes de lard, thénardiers, malfaisants ! Je ne sais pas ce que j'ai, mais il suffit qu'un médicament me soit prescrit pour qu'on le supprime séance tenante ! Veulent pas que je me soigne, les enflures ! J'ai déjà connu ça avec le Vioxx, qui était le seul anti-inflammatoire qui marchait bien. Ensuite il y a eu le Di-Antalvic. Heureusement, j'en avais acheté cinquante boîtes juste avant sa disparition. Viscéralgine, pareil ! Il y en a eu d'autres dont j'ai oublié les noms et l'usage, vous pouvez me croire sur parole. À croire que quelqu'un me surveille ; si un médicament me fait du bien : Paf, interdit ! Je demande à la préparatrice pourquoi le Myolastan (qu'elle appelle le tétrazépam, évidemment) a été interdit. Elle me répond que les toxicos l'utilisaient pour se shooter ! Alors ça c'est la meilleure de l'année ! Mais alors, Nicole, va falloir interdire beaucoup de choses, t'es au courant ? Les coûteaux, les ciseaux, les cutters, la morphine, et même les sièges des chiottes. Pourquoi ? Eh bien rien n'empêche le taré de service de le démonter et de vous le balancer sur la tronche depuis sa fenêtre, quand il s'ennuie ! Il va falloir aussi penser à construire des voitures en chewing-gum ou en coton hydrophile, pour qu'un chauffard furieux ne puisse pas vous faire de mal en cherchant à vous passer sur le corps ! Et les assiettes que les époux s'envoient à la tête à la moindre dispute du dimanche soir, il faudra dorénavant remplacer la porcelaine de Limoges par du carton, et encore, pas trop dur, le carton, parce que c'est vicieux, un époux en colère. Maintenant que j'y pense, le Myolastan, ça fait déjà un moment qu'il avait été supprimé, puisque médecins et pharmaciens, dans un bel et euphonique ensemble, avaient décidé de ne l'appeler plus que par le nom de sa "molécule", le tétrazépam. Il faut que je pense à me renseigner sur ce qui constitue le pain au niveau moléculaire, car la semaine prochaine, il est fort possible que cette denrée soit désignée par le nom des molécules que ces vicelards de boulangers nous forcent à ingurgiter sans que nous nous en doutions.
Mais tout ça m'a donné soif, je vais aller m'envoyer un verre d'H2O bien frappé !


















.jpg)

