mardi 24 novembre 2020

Ô Dulcinée…

C'est très simple, la vie. Par exemple, quand j'ai envie d'écouter de la musique, je vais voir ce qu'a déposé O sur Facebook, et j'écoute. C'est toujours parfait. Exactement ça. Mieux que ce que j'aurais pu désirer moi-même.

Que voulez-vous que je vous dise… L'intelligence et le goût, quand ils sont mariés, sont des cadeaux des dieux. On n'y touche pas. 

(C'est merveilleux, de rencontrer de tels êtres.)

dimanche 22 novembre 2020

Coco, éloge de la sodomie


« Chez lui, l'obsession presque morale du cul, du con. 
Sa fascination est là et c'est comme un éblouissement. 
Ses divagations, ses systèmes, sa philosophie y reviennent sans cesse,
comme à un centre de l'humanité, l'anneau où passe la succession des générations. » 
(Journal des Goncourt)

Coco est aux chiottes : « Viens là, Salaud ! » (J'étais en train d'écrire, en bas.) Je monte, la porte est ouverte. « Mets ta main là » dit-elle en l'attrapant et en la collant sur sa vulve. Avant même que je touche ses lèvres, je sens un jet chaud qui pointe sur ma paume, je vois le visage de Coco qui se détend, qui s'épanouit, elle est joyeuse. « T'aime ça, hein, mon salaud, ma pisse chaude ! » Ça fume un peu. La salope sait comment me faire bander. Dans la position qui est la mienne, il m'est facile d'enfoncer l'extrémité de mon majeur dans son cul. Cette fille me remplit le cerveau de foutre.

L'autre jour, elle me demande ce qu'elle doit faire de son doigt, quand elle a envie de le fourrer dans le cul d'un mec ! Qu'est-ce que tu veux que je réponde à ça, moi ! « Je me contente de le foutre dedans, mouillé, et de gratter un peu ou tourner », qu'elle me fait ! Coco, il ne s'agit pas de déboucher une bouteille de Kiravi ! Je ne sais même pas si elle se fout de moi ou pas. Travaux pratiques… C'était au soleil, au salon, et j'avais préparé un peu d'huile qui sent bon. Coco est arrivée toute guillerette, elle sortait de son bain, elle avait encore les cheveux mouillés. Elle a viré son peignoir et a grimpé sur la table en me mettant sa jolie foufoune sous le nez au passage, comme de la mousse confite qui sort du fournil. Il doit être à peu près midi. À peine allongée, elle me dit qu'elle a envie de baiser, mais moi je lui dis que non, on n'est pas là pour déconner, genre, retourne-toi sur le ventre. C'est une séance de travail ; faut pas tout mélanger. Alors là elle me demande : « Je peux péter, mon Chou ? » Coco, soyons sérieux deux minutes, tu pouvais pas péter avant ? Et la voilà qui module joliment un coup de trombone ténor — avec glissando — en pleine ascension du Vésuve, de l'air de l'enfant de chœur à grosses joues qui vient de s'enfiler deux choux à la crème en douce dans la sacristie. Je pouffe de rire, mais Coco, sérieuse comme un pape tibétain, installe son popotin en majesté, comme on installe les huiles des derniers instants près d'un mourant, à cinq dizaines de centimètres de mes yeux. Deux fesses adorables, bien blanches et moelleuses, bien rondes, avec une raie comme une muraille de Chine miniature mais à l'envers. Je vois qu'elles frémissent un peu mais je fais celui qui n'a rien vu. C'est pas le moment de se déconcentrer. L'office peut commencer. 

Pour commencer, je lui donne une bonne fessée. Coco aime les fessées. Elle a maintenant les fesses bien rouges. Je me suis appliqué, c'est rouge partout, uniformément. Alors, pour la consoler, et pour atténuer le feu, je la masse gentiment avec de l'huile. J'aime sentir ces fesses qui ont l'air de se trouver bien dans mes mains. Coco n'a pas un gros derrière, je peux avoir chaque moitié dans une main. Avec mon pouce, j'insiste sur les muscles, ça roule, ça s'échappe, je vois qu'elle aime ça, son petit cul commence à ressembler à de la pâte à bugnes, et de voir cette raie qui s'ouvre et se ferme à intervalles réguliers, comme les pages d'un livre, me dévoilant son petit trou qui finit par ressembler à un mot secret caché en une longue phrase nappée, ça me monte à la tête, j'ai chaud, j'ai les yeux qui pèsent dans leurs orbites et ma bite qui se raidit dans mon pantalon. Je ne peux pas résister très longtemps, je me penche vers Coco, j'approche mon visage, je respire fort, j'ouvre son cul en deux, et je lèche doucement son anus, d'abord autour, en cercle, puis, la langue bien à plat, je passe lentement dans toute la raie, jusqu'à ce qu'elle soit bien mouillée. À chaque fois que ma langue entre en contact avec son trou du cul, je sens comme une pointe au cœur et une vibration dans ma queue. Quand je sens qu'elle commence à en avoir envie, j'enfonce le bout de ma langue dans son anus chaud, je l'entends gémir doucement. « Mais tu avais dit le doigt ! » Oui, j'avais dit le doigt, mais on suit son désir, n'est-ce pas, et je trouve qu'il n'existe pas de caresse plus merveilleuse qu'une feuille de rose, quand on désire une femme. Pour la faire patienter, je déboutonne mon pantalon, qui tombe au sol, je change de côté, et je vais présenter ma queue à son visage. Elle commence par renifler, touche le bout de mon gland avec son nez, puis passe sa langue sous ma verge, en remontant des couilles vers le gland, tout en faisant glisser mon slip vers le bas. J'ai remplacé ma langue par mon doigt, que j'ai mouillé en le plongeant dans sa chatte, et je le pose juste sur son anus, sans le bouger. Elle a gémi. Je sens la chaleur de son cul, au bout de mon doigt. 37°, ce n'est pas rien. Coco me lèche le gland, je sens une pointe de glace qui me remonte le long de la colonne vertébrale, ça brûle paradoxalement. Elle tourne autour, puis s'arrête. Mon doigt commence à s'enfoncer dans son cul, je sens ses sphincters qui se serrent, puis se détendent, je vais plus loin, et elle me gobe le gland, puis toute la queue. « Ne t'arrête pas ! » Mon doigt est enfoncé jusqu' à la deuxième phalange. Je presse un peu les bords, vers le ventre, je me fais une place, je le ressors, Coco se contracte : « Pourquoi tu l'enlèves ? » Je fais comme toi avec tes commentaires. Elle rit et pousse ses fesses vers moi : « Mets-le moi, mets-le moi encore ! Encule-moi avec ton doigt ! » Et en disant ça, elle a saisit ma queue dans ma main, et me serre très fort. Je regarde cette petite main sur ma queue, ça me plaît , du fer chaud me coule dans les veines, et j'ai de la glace sous la plante des pieds, j'ai remis mon doigt, après l'avoir reniflé, dans son cul, et je pousse jusqu'à ce qu'il disparaisse, j'ai la paume de la main collée à sa fesse, Coco me branle, j'ai envie de l'enculer, d'y mettre mon sexe, mais elle me dit : « Vas-y, bouge ton doigt, fouille, ouvre-moi, prends mon cul ! » et elle prend toute ma queue dans sa bouche. Si elle continue comme ça, je vais tout lui envoyer au fond de la gorge. Coco est une adorable salope. 

Coco me demande « Pourquoi êtes-vous si obsédés par l'enculage, vous, les hommes ? » C'est une question intéressante ! J'aime que Coco se la pose. Pourquoi le cul ? Pourquoi le trou du cul, alors qu'il y a tout ce qu'il faut juste à côté ? « Derrière d'abord ! », comme disait l'autre… Voilà une jolie dissertation à écrire. Non, elle a raison, Coco, cette question est fondamentale, et mérite qu'on ne la laisse pas aux journaux féminins. C'est une question littéraire avant tout. Commençons par bien séparer les choses. L'enculage hétéro n'a rien à voir avec l'enculage homo. Les pauvres homos n'ont que ce trou-là à se mettre sous la bite. Le fait qu'une femme en ait deux, de trous, et côte à côte, encore, est miraculeux. L'hétéro est libre ! De baiser ou de sodomiser. L'homo n'a pas le choix. Voilà ce que je commence par dire. 

« La poésie est le chant du signifié. » écrit Jean Cohen. L'anus est au vagin ce que la poésie est à la prose. J'aime la prose, hein, ne croyez pas que je la déprécie, en écrivant cela. Mais enfin, il me paraît évident qu'enculer une femme est sexuellement un acte du second degré. L'homme qui sodomise est d'abord excité par l'écart, par la déviation, par l'anamorphose, c'est pourquoi ceux qui prétendent qu'on aime ça parce que le rectum est plus étroit que le vagin sont des crétins. On pourrait aussi bien se mettre la bite dans un étau en considérant que c'est bien supérieur au coït… Plus on se représente les actions sexuelles plus elles ont de puissance érotique, c'est bien évident. Plus on « lit » les actes sexuels, plus on les ralentit en esprit (ou en fait), plus ils procurent de plaisir. Une sodomie est une repénétration, c'est comme si l'on y revenait, comme si l'on redoublait l'acte sexuel. «Tu en veux encore ? » C'est le encore qui fait sens. Le vagin, la bouche, l'anus. On bouche tous les trous. On est partout. Toutes les femmes ont ce fantasme, à un moment ou un autre, de leur vie sexuelle : « être prises de partout ». Être comblées, au sens premier. Bon, il est possible que je sois un traumatisé du « encore ! ». Mais ce mot me semble, depuis mes dix-sept ans, le mot par excellence de la jouissance sexuelle. (Ici, il faudrait que je raconte ma scène primitive du « encore ! », mais ce sera pour une autre fois.) 

Revenons à l'homme qui encule une femme. De la queue, on sait ce qu'il en sort : soit du sperme, soit de l'urine. Quand on écrit, on ne sait jamais ce qui va en sortir. De l'or ou de la merde, de la poésie ou de la prose, du lourd ou du léger, du sombre ou du clair, des phrases longues et fluides ou des propositions sèches et raides. Le vagin est très riche, dans ce qu'il propose, en terme de fluides, de manifestations de toute sorte, il a à sa disposition une palette d'expressions énorme. La mouille, l'urine, les odeurs, les formes changeantes, et, on le sait depuis peu, l'éjaculat, à quoi il faudrait ajouter, pour être complet, les sécrétions normales et pathologiques. La vulve est un monde, si on la considère dans sa globalité : vagin, grandes lèvres, petites lèvres, méat urinaire, utérus, replis des parois, pubis, poils, clitoris, on n'en finirait pas d'observer et de décrire tous ses coins et recoins fascinants. L'anus, lui, est beaucoup plus simple, voire aride. C'est le nouveau roman, comparé à Chateaubriand. Il est austère, quand la chatte est généreuse et baroque, ou romantique. Mais c'est précisément cette austérité, ce côté presque rebutant, qui le rend si désirable. On a tellement chanté les louanges du sexe féminin, de cette figue, de cette mandorle, de cet instrument divin et lyrique, on en a tellement fait un acteur incontournable du désir et de la jouissance qu'il a fini par prendre l'aspect de ces dames de la Cour, au XVIIIe siècle, de leurs robes trop chatoyantes, trop riches, trop compliquées, absurdement sophistiquées, le passage de la foufoune au trou de balle, c'est le passage de Strauss ou Bruckner à Webern. Il fallait dégraisser ; mais on aime les deux musiques.

L'homme qui encule une femme jouit doublement. Il jouit de la pénétration, et il jouit du cul, il jouit de la femme qui donne son cul, de la femme qui a surmonté sa peur de la sodomie, qui peut faire mal, qui peut engendrer des désordres et des désagréments, qui peut l'humilier. La femme qui donne son cul donne son cul, mais elle fait beaucoup plus que ça. Elle donne aussi une partie d'elle qui peut la blesser, qui peut la gêner, qui peut la ridiculiser, même. Il faut avoir envie d'être à la merci de l'autre, il faut supporter son regard. C'est extrêmement touchant, et même bouleversant. La femme qui se fait enculer n'est plus une femme en majesté. L'homme le sait, et le fait qu'il le sache redouble encore dans l'esprit de la femme la qualité de son don. C'est la qualité de ce don qui donne tout son prix à l'anus. Ce n'est pas un hasard si, en français, on dit qu'on parle « de cul » quand on parle de sexe. Le cul d'une femme, c'est tout à la fois ses hanches, ses fesses, son sexe, son pubis ; et au fond de cette constellation, se cache l'astre noir, l'anus — il en fait partie, mais il est comme un élément étranger au système : un trou noir. « Toi qui entre ici… » Quand on dit « cul », en français, on ne sait jamais de quoi on parle exactement. Et c'est cette ambiguïté qui confère à ce mot une puissance poético-érotique de premier plan. C'est pourquoi je disais en commençant que l'enculage est un plaisir littéraire. 

Étrangement, quand j'avais vingt ans, la sodomie me dégoutait. Ce goût m'est venu sur le tard. Je crois que je devais avoir vingt-cinq ans, quand j'ai enculé une femme pour la première fois. J'ai encore la voix de celle-ci dans l'oreille, me disant : « Tu aimes ça, être dans mon cul, hein ! » Je ne sais plus ce qui m'a décidé à tenter l'aventure, mais je me rappelle encore la fascination qui était la mienne quand je voyais, à la dérobée, son anus brun étoilé dépasser de la culotte de coton blanc. Autant je passais du temps à observer amoureusement sa chatte, autant je ne m'attardais jamais, avant ça, sur son trou du cul. Mais j'avais fini par mettre à cet endroit précis tout mon désir de jeune mâle amoureux. Il y a eu un déport, un déplacement. Et puis il y eut ce : « Tu aimes ça, être dans mon cul, hein ! » qui a tout changé. Oh, oui, j'aimais ça, et je pouvais enfin y être, et lui avouer. Il est indéniable que ma sexualité a changé, à ce moment-là. Je ne me le disais pas ainsi, mais je pouvais enfin faire l'amour à cette femme d'une manière complète, sans avoir peur d'une part d'elle, ou sans l'ignorer. On envisage les femmes très différemment, lorsqu'on s'y enfonce de pile et de face. Et puis, n'oublions pas que l'anus est l'extrémité reliée à la bouche, alors que le vagin, lui, ne communique avec rien d'autre que lui-même. L'anus est donc relié à la parole, et donc au discours, on l'oublie. 

Je ne peux pas passer sous silence la question de l'odeur. L'odeur est très importante, ici aussi. Je me rappelle qu'au début de ce siècle, à Rumilly, R. m'avait dit, après que nous avions passé une merveilleuse après-midi au lit : « Ça sent le cul, mon amour ! » Et moi de comprendre bêtement que ça sentait le sexe, ce qui me semblait normal puisque nous venions de longuement faire l'amour. Non, ce n'est pas ce qu'elle voulait dire, je l'ai compris après : c'est bien le cul, que ça sentait — elle n'employait pas une métonymie, comme je l'avais cru. L'odeur de cul se distingue-t-elle de l'odeur de sexe ? Cette question n'est pas simple, mais je crois qu'on peut tout de même y répondre affirmativement. Les odeurs de sexe et les odeurs de cul sont le plus souvent tellement liées qu'on a du mal à les distinguer. Alors comment ça sent, le cul ? C'est justement parce que c'est difficile à décrire qu'on doit essayer. La première idée qui vient à l'esprit, bien sûr, étant donnée la fonction excrémentielle, est que ça sent la merde. Ce n'est pas le cas, fort heureusement. Si la digestion est normale et si l'intestin est en bonne santé, le rectum est propre. L'odeur d'un cul peut être agréable. Mélange de pâte crue, de sueur, de chair chauffée, de terre sucrée, de café brûlé, parfois de cacao, et d'X. Je ne sais pas quelle est cette odeur que j'appelle X. Je sais seulement qu'elle est là, et qu'elle est l'odeur la plus intime de la femme (ou de l'homme) en question, l'odeur la plus irréductible et singulière, celle qui fait qu'il se reconnaît lui-même, et peut-être même qu'il se supporte. Un être humain normalement constitué aime l'odeur de son propre cul. N'oublions pas pour autant qu'étant donnée la proximité des organes génitaux, et le dogme moderne de la culotte, qui réunit en son sein les deux parties, les y fait macérer toute la journée, les odeurs sexuelles et les odeurs de cul ont un territoire commun, sans doute indiscernable. Et cette impossibilité de discerner aisément les deux familles d'odeur leur confère indéniablement un charme particulier. On n'est pas sûr… On est sur une frontière… L'une est la métaphore de l'autre, peut-être… 

Mais je sais bien que je ne réponds pas vraiment à la question de Coco. Elle, elle voudrait savoir ce que ça fait. Ce qu'on sent, quand on enfonce sa queue, ou son doigt, dans le cul d'une femme. Ce qu'elle n'a pas l'air de comprendre, Coco, ou ce qu'elle fait semblant de ne pas comprendre, c'est qu'on sent ce qu'on désire. Si l'on sentait ce qu'on sent, on n'aurait aucun plaisir. L'enculage, c'est la fulminance du désir. Mais la voici qui est en train de lire par-dessus mon épaule. Je te prête mon cul, Coco, je le te prête bien volontiers, si tu veux y faire des expériences. Tu peux rire, tu peux pouffer, tu peux même fermer les yeux, mais moi je n'ai qu'une envie, ici et maintenant, c'est de t'enculer, de la langue, du doigt et de la queue, de sentir mon membre plongé en tes ténèbres, rougi par le feu de ton cul, porté à incandescence par ton rectum, alors que je mordrai ta nuque et te dirai de l'ordure fulminée. J'aime t'enculer, Coco, à cause du mot enculer, j'aime t'enculer parce que je sais que toi aussi tu entends la sonorité de ce mot, enculer, qui perfore la tripe mentale. L'anus et la bouche sont liés par un pacte biologique qui a fait son nid très profondément en notre esprit. L'enculage, c'est d'abord un verbe, une phrase, une idée, une pensée, que les femmes portent à leur fondement comme les hommes leur bandaison. 


lundi 16 novembre 2020

Le Portail

J'avais douze ans, ce matin-là, quand André Carlioz est venu nous dire, très énervé : « Bon, vous entrez ou vous sortez ? » Mais nous n'avions pas à sortir, puisque nous étions dehors. 

Je l'ai revu, trente-cinq ans après, dans une chambre d'hôpital, qui chantait le Salve Regina à l'oreille d'une mourante.

Complotée de tweets

Sur mon arbre à bavette d'aloyau, des oiseaux à pointes sèches se sont posés, l'air renfrogné. Ils n'avaient pas l'air d'aimer ce qu'ils y trouvaient. 

Qu'y puis-je, moi, si ces animaux écoutent la propagande des gauchistes à sang rose ? Les oiseaux sont presque aussi cons qu'ils en ont l'air.

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Tous ceux qui ont vu tout de suite que le film "Hold-Up" était un peu olé-olé sont des cons.

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Les fuseaux horaires sont des poissons que les dieux se lancent d'un continent à l'autre pour passer le temps.

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Si le Complot n'existait pas, les choses seraient vraiment très inquiétantes.

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Si j'étais certain que tout ce que j'écris est faux, mon sommeil serait de meilleure qualité.

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Éjaculation mystique à chaque fois qu'on écrit un tweet dont le nombre de caractères est exactement 280.

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En regardant attentivement le visage de quelqu'un, on devrait pouvoir dire quelle réserve de vie il a en lui.

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Si j'étais président de la République, je me coucherais chaque soir en me demandant : « Que pourrais-je bien interdire, demain matin ? » Et je m'endormirais heureux et je ferais de jolis rêves.

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Je ne suis pas un compositeur altruiste. Je ne suis pas une belle personne.

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La mauvaise foi de ceux qui sont de bonne foi est invincible.

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L'accusation de "complotisme" est tellement ridiculisée par ceux qui l'emploient qu'on a presque envie de les morigéner à la manière de Bernanos : Qu'ils cessent de déshonorer le complotisme ! 

Le complotisme n'a rien à voir avec les comploteurs. Ne désespérons pas le Complot, nous pourrions en avoir besoin bientôt.

dimanche 15 novembre 2020

L'Apostrophe

Tout est mal écrit, mal dit, décousu, débraillé, ébréché, et pour tout dire (ou dire les choses simplement) incompréhensible. Tout est jeté là comme on jette son manteau sur une chaise en rentrant à la maison. Tout est contradictoire, emberlificoté, long quand ça devrait être court, trop court quand il faudrait développer, avec des mots incomplets, déchiquetés, cul par dessus tête, pas à leur place, une ponctuation absente ou délirante, des caractères manquants, des apocopes systématiques, des erreurs, des oublis, des répétitions, des incohérences, des impasses logiques, des sauts de côté, et des emplâtres syntaxiques. 

On a beau lui dire gentiment, le plus gentiment possible, elle s'en fout, n'en fait qu'à sa tête, qu'elle croit bien faite, et même s'en vante, car elle pense que la spontanéité fait office de liant, ou de style, ou de couleurs, alors que son discours est gris comme un trottoir sale. Qui se vante d'écrire en mouvement et sans jamais se relire s'expose à très vite lasser ses correspondants, en tout cas ceux qui prennent les autres au sérieux. « Écrire en mouvement »… Faut-il être prétentieux pour se croire capable d'une telle prouesse ! Ils écrivent en mouvement, ils lisent debout dans une librairie, ils écoutent de la musique en faisant leurs courses, ils font quatre choses à la fois, seize fois plus mal, donc, et ils vous jettent ça à la figure comme si nous devions nous incliner admirativement devant cette danse de Saint-Guy verbale ? Qui s'étonnera ensuite de la solitude et de la mutité tragique dont parle Houellebecq ? Elle fait partie de ces gens qui croient que malgré tout le fond est là, de toute éternité, parce qu'ils le valent bien. Elle prend son arrogance bébête pour du courage, et son autisme pour de l'originalité. Elle n'assume rien, et efface copieusement ses interventions, sans aucun égard pour les autres, même quand ceux-ci ont passé du temps à lui répondre. Cette incapacité à comprendre que ce qui est proféré devant autrui ne peut être déproféré sans renier tout le pacte inhérent à la conversation me glace. Ce qui est dit est dit, ce qui est écrit est écrit, une fois pour toutes. Rien n'empêche d'y revenir, de se corriger, de pondérer ce qu'on a écrit, et même de se contredire, pourquoi pas, mais effacer est la marque des faibles et des "inverbants" (ceux qui ne disent rien), ceux pour qui la Parole ne compte pas, et qui ne croient pas à ce qu'ils disent. Comment pourrait-on dès lors leur accorder quelque confiance ? Ils deviennent arrogants à force de complexes. Qu'on ait des complexes quand on s'expose est tout à fait normal, et chacun devrait connaître cette gêne qui sous-tend la civilité, mais qu'on retourne ces complexes en arrogance qui autorise tout est la marque d'une incroyable immaturité. 

Et toujours cet argument ridicule du « on est sur Facebook, merde ! » qui tient lieu de sauf-conduit puéril ! Qu'ils soient sur Facebook ou ailleurs ne change évidemment rien à leur langue, tout le monde le sait sauf eux. Quand on ne sait ni lire ni écrire, le lieu compte pour rien. Et c'est cela qu'ils révèlent à leur corps défendant : qu'ils ne savent pas lire, ce qui les rend très pénibles à supporter, car qui ne sait pas lire fait perdre un temps fou à son interlocuteur. C'est malentendu sur malentendu, quiproquo sur quiproquo, explications à n'en plus finir, approximations et contresens. La vie a d'autres ambitions !

On en revient toujours à la politesse — la politesse qu'on doit aux autres. La politesse est une forme d'humilité, quand le soi-mêmisme n'est que vanité et inconscience : on considère l'autre, on lui accorde des droits sur nous-même, et en tout premier celui de ne pas être importuné par nos maladresses et notre laideur. Une langue soignée est à l'évidence la première de toutes les politesses, car la langue est par excellence le lieu du Lien vivant, organique, fondamental . La politesse a ceci de particulier qu'elle ne peut pas se singulariser. Si chacun a sa propre politesse, personne n'en jouit. La politesse est un langage. 

Ce qu'elle appelle "chipoter", c'est donner à l'autre de son temps pour qu'il n'ait pas d'efforts inutiles à faire. Prendre le temps de mettre une apostrophe n'est pas un "détail" qu'on peut négliger, au prétexte que « ça prend du temps » ou que « ça demande un effort », puisque c'est justement le temps que ça prend, et l'effort qu'on fait, qui a du sens. Rien n'est gratuit. Tous les signes du langage réclament un effort au scripteur — il faut les connaître, savoir les utiliser à bon escient, et les former — mais leur emploi ne peut pas être fonction de cet effort. Les relations humaines sont d'abord faites du temps qu'on offre à l'autre, et de l'effort qu'on fait pour que l'autre en fasse moins. Ce qu'elle appelle "chipoter", c'est également le fait de vouloir que les choses qu'on écrit aient un sens véritable, que ce ne soit pas du bavardage, du bruit. Personne n'est obligé de supporter le bavardage des autres, les niaiseries, les affirmations qui ne reposent sur rien de solide, les clichés qui ne servent qu'à remplir le vide de l'âme et de l'esprit, le charabia. Ce n'est pas "chipoter" que de vouloir que la parole soit vraie, c'est seulement être vivant. On aime l'humour, on aime la fantaisie, mais précisément, l'humour et la fantaisie sont bien trop précieux pour être sacrifiés à la banalité et à l'approximation, au prétexte qu'on "improvise". L'improvisation n'a jamais empêché quiconque de se relire avant d'appuyer sur la touche envoi. Le mal-écrire me donne toujours l'impression de me trouver face à un postillonneur décomplexé. 

Il faut toujours croire à son premier mouvement. Quand on se trouve face à quelqu'un d'approximatif, il le restera. Quand on se trouve face à quelqu'un de mal élevé, il le restera. Quand on se trouve face à quelqu'un de bête, sa bêtise trouvera des accommodements, mais ne disparaîtra jamais. Elle reviendra même plus forte encore d'avoir pu trouver en vous un écho favorable. Les postillonneurs restent éternellement des postillonneurs, quel que soit le charme qu'ils aient par ailleurs. Tout cela se lit dans la première phrase. L'approximation se retrouve partout, et dans les phrases et dans la pensée, et même dans les affects. La grossièreté, c'est pareil. Rien n'est caché, dans les êtres. Ils montrent tout, tout de suite. Mais nous avons tellement peur de voir, nous avons tellement peur de la vérité…

samedi 7 novembre 2020

L'angoisse et la cécité

C'est à la fois la grande force et le talon d'Achille du Numérique de nous laisser croire que l'œil peut se substituer à la main. Ce qu'on voit on ne le touche pas. 

***

La disparition des visages, et singulièrement sur ce réseau qui s'appelle le Livre des Visages, nous induit en erreur. L'égalité n'existe pas plus ici qu'ailleurs. 

Que notre interlocuteur soit visible ou invisible, il est caractérisé. Il a un âge, par exemple. Les générations, ça existe. On ne s'adresse pas de la même manière à quelqu'un qui a notre âge et à quelqu'un qui a vingt ou trente ans de plus que nous, ce qui allait de soi, autrefois, quand la conversation était en pratique indissociable du visage (et de la voix). Le Numérique a brisé cette liaison, comme il a défait d'autres frontières et presque toutes les hiérarchies. Il n'est pas rare, désormais, qu'une jeune personne de trente ans ou moins s'adresse à moi comme si elle avait mon âge. Elle considère que c'est tout à fait normal. Il n'y a pour elle aucune frontière entre nous. Nous sommes désormais des égaux, de purs individus autonomes et déliés de leurs déterminants. 

***

Dans neuf cas sur dix, l'information des citoyens est illusoire. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, car on constate chaque jour sur Facebook qu'ils ne savent pas lire. Quand on ne sait pas lire, on ne sait pas non plus écouter et on ne sait pas non plus voir. 

Qu'on soit à l'heure numérique ou pas ne change rien à l'affaire. Sans le savoir-lire, il n'existe pas de possibilité de s'informer. On pourra multiplier autant qu'on le veut les canaux et les moyens d'information, cela ne changera rien au résultat. Cela ne fera qu'accroître ce sentiment d'irréalité qui déjà nous étreint tous. D'un côté, une masse d'information(s) colossale, et de l'autre, des gens qui ne savent pas quoi en faire. Entre les deux, l'angoisse et la cécité.

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Elle a une bouche mais elle ne parle pas, elle a des mots mais ils ne disent rien.

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La logique de l'hypermarché est cohérente avec la logique de l'ordinateur. Tout est disponible. Chacune de ces manières de vivre nous propose des objets de désir. À 8h13 nous désirerons ceci, et à 14h25 nous désirerons cela, selon le rayon devant lequel nous nous arrêterons. La volonté n'est qu'un mot parmi d'autres mots. L'art n'est qu'une offre parmi d'autres offres. L'amour, un passe-temps. Seul le tube digestif, pour l'instant, est inébranlable.

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Les questions abouchées à leurs réponses n'ont aucun intérêt. C'est comme si la bouche et l'oreille n'étaient qu'un seul et même organe. C'est de leur séparation que naît le désir. 

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Le viol (le viol tel que banalement il se pratique aujourd'hui en France, par exemple) est aussi une conséquence de cette illusion de la disponibilité générale. Quand tout est mis à disposition, il est difficile d'admettre que le corps des femmes fasse exception. 

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Si elle a une bouche qui ne parle pas, si elle a des mots qui ne disent rien, c'est que cette bouche et ces mots ont été déportés. D'autres bouches parlent, d'autres mots disent, hors d'elle. L'utérus suivra. La division du travail a fait beaucoup de progrès. 

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Je ne connais rien de plus angoissant que l'impossibilité de la conversation. 

jeudi 5 novembre 2020

Contemporains



Ce requin a 393 ans. Il a été le contemporain de Louis XIV. J'écoute l'Oiseau prophète de Schumann, joué par Richter. Ces trois faits existent dans ce monde-ci, le mien. Entendant ces arpèges-fusées, je songe à elle, qui les a entendus comme moi. Comme moi ! Pas avec moi, mais comme moi. Ça dure 2'42". C'est très court. Elle aussi, elle existe dans ce monde-ci. La grande question, presque la seule, pour moi, est celle du Désir. Il n'y a guère plus que ça qui m'intéresse. Le requin a été aussi le contemporain de Schumann, de Richter, et de Lénine. Ce requin a été le contemporain des carrosses et des Bugatti qui roulent à cinq cents kilomètres à l'heure. À mon avis, il se moque pas mal de l'élection de Joe Biden. Est-elle devant son piano, là, au moment où j'écris ces phrases ? Est-elle en train de travailler Einsame Blumen ? Ce n'est pas impossible. Camille m'a fait remarquer que j'utilisais trop de points de suspension. Elle a raison. La pièce n'est pas trop difficile, mais elle est infiniment délicate, avec ses deux voix qui se répondent, s'enroulent l'une autour de l'autre, et se rencontrent parfois à l'angle de dissonances acides. Les arpèges-fusées, elle doit les travailler un peu, ce n'est pas si facile. Elle va aller écouter Cortot, sûrement. Je ne peux même pas l'appeler au téléphone. Je ne connais pas son numéro, et même si je le connaissais, je sais qu'elle ne décrocherait pas. Le requin en a vu d'autres ! Hier matin, elle est apparue, puis a disparu aussitôt. Venue à la surface du monde, elle a pris un peu d'air, et a replongé dans la nuit. Je l'imagine, en Russie, au temps de Lénine, marchant dans la boue et le froid. Désir, ou pas désir ? Aller, ou ne pas aller ? Écouter, ou se boucher les oreilles ? Il fait bon. J'ai ouvert la fenêtre, le soleil réchauffe la maison. Il fait bon. Elle est infiniment délicate, et elle est mon contemporain, ou ma contemporaine, je ne sais. C'est très court. Les voix se rencontrent parfois, se touchent, battent l'air, et produisent des dissonances, comme des étincelles, ou comme les gouttes qui s'échappent du fruit dans lequel on mord. Je n'ai même pas eu 2'42" de plaisir avec elle. J'ai eu des points de suspension. Sa voix, l'air du temps. J'ai un peu de soleil, aujourd'hui, pour me réchauffer le cœur. Je ne suis pas Louis XIV, moi. 

mercredi 4 novembre 2020

Où ?

 Mais où es-tu, toi, la seule qui me sauverait, où es-tu ? Pourquoi me laisses-tu pourrir avec le monde ? 



C'est un être à éclipse. 

Il apparaît ; il disparaît. 

Entre deux de ses traits

C'est une apocalypse.


(La reine de l'ellipse

Et de la parenthèse.)


Je vais reprendre des chips.