lundi 3 septembre 2018

L'Événement



Dans l'esprit de la plupart de nos contemporains, il manque cette chose minuscule mais essentielle : la conscience de l'événement, qui vient rompre la chaîne prévisible des heures, qui défait l'habitude, qui est susceptible de briser une vie, ou de la transformer radicalement et pour toujours, voire de la conduire à son terme.
Le mardi 28 août dernier, vers midi, je roulais à 140 sur l'autoroute reliant Toulouse à Carcassonne, et je doublais un camion, quand un bruit d'explosion suivi d'un vacarme effrayant me fit penser qu'un des pneus de la voiture que je conduisais avait éclaté. Immédiatement, je ne pensai qu'à me garer le plus rapidement possible sur le bord de l'autoroute. En quelques secondes, je stoppai la voiture tant bien que mal sur la bande d'arrêt d'urgence. Mais dans ma précipitation, j'avais oublié le camion que j'étais en train de doubler, et je lui coupai brutalement la route. Il eut beaucoup de mal à m'éviter, et l'avant du camion passa à quelques centimètres de la voiture. Ces quelques centimètres, et les réflexes du camionneur, m'ont sans doute sauvé la vie.
Cet événement, quand j'ai déposé mes amis à la gare de Toulouse, et que j'ai pris la route pour rentrer chez moi, n'était pas du tout inscrit dans ma feuille de route ; il n'aurait pas dû se produire : ma vie ne tenait aucun compte de cette possibilité-là. 
Les Français sont le conducteur que j'étais mardi dernier. Ils pensent que l'événement n'existe pas pour eux. L'événement peut à la rigueur survenir en Grèce, en Angleterre, en Espagne, en Italie, voire en Allemagne, et bien sûr en Amérique latine ou en Chine, mais, depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, ils vivent avec cette quasi certitude que rien ne leur arrivera, qu'ils sont sortis de l'histoire, et que la seule chose qu'on leur demande, à part réussir à ne pas se taper dessus avec leur conjoint, est de voter tous les cinq ans pour un président qui va conduire la voiture France et la mener à bon port. Ce sera peut-être médiocre, ce sera peut-être ennuyeux et ridicule, mais en gros il n'arrivera rien. Je suis convaincu, moi, que l'histoire va les réveiller brutalement. Dormir au volant, c'est dangereux. Dormir à l'histoire, c'est suicidaire. Et, contrairement à ce qu'on pourrait penser, il est tout à fait possible de se suicider par inadvertance, par paresse, par bêtise, ou par inconscience.
Vous aurez peut-être noté que d'aucuns attendent avec impatience l'avènement des voitures autonomes. Elles semblent très mal nommées, ces "voitures autonomes", puisqu'elles sont le contraire exactement de l'automobile. Une automobile vous obéit, vous fait libre, alors qu'une voiture autonome vous emmène là où elle a décidé d'aller, là où elle doit aller (certes, avec votre accord). Comme d'habitude, les très bonnes raisons de nous faire adorer ce qui va vite devenir obligatoire ne manquent pas. La sécurité, le côté pratique, l'économie, la rationalisation des transports, le gain de temps, la fatigue moindre… Qui pourrait être assez fou pour négliger ces merveilleuses avancées du progrès ? Qui oserait faire fi de la sécurité, de la rapidité, et des économies que nous feront bien sûr réaliser ces merveilleuses machines obéissantes ? Qui aurait le culot de contester leur haute moralité écologique ? À part les fous, les vicieux et les méchants, on ne voit pas. Résister est suspect, mais refuser est criminel. Le progrès, c'est comme la politique : il faut faire mine de monter dans le même bateau que les autres condamnés, si l'on veut avoir une chance de passer pour un aventurier ; et non seulement il faut monter dans la même embarcation, mais il faut encore montrer un enthousiasme de bon aloi. Tout le monde rame dans le même sens, ou on te débarque.
Si ces fameuses voitures du futur sont "autonomes", c'est précisément au sens où elles prennent leur autonomie par rapport au conducteur – qui disparaît donc en tant que tel. Il n'y aura plus de conducteur, comme il n'y a déjà plus de président de la République française, ou, si quelqu'un porte encore ce nom, la fonction, elle, a été relativisée, dévitalisée. Macron, en ce sens, est le premier néo-président français. Il inaugure la néo-république française, celle dont le sens et la direction sont donnés depuis un ailleurs indéfini, invisible, qui n'a ni nom ni statut. Le Pouvoir est décentré, déterritorialisé, on a sectionné les liens qui l'attachait au peuple français, il échappe ainsi complètement au contrôle des citoyens, ou plutôt des ex-citoyens, et il en acquiert une puissance plus grande encore, car diffuse et intangible, insaisissable. On a conservé les symboles républicains et démocratiques, mais, comme dans le façadisme architectural, on a tout changé, à l'intérieur. Tout est à l'avenant, dans la vie des Français au XXIe siècle : vous restez à la même place, vous conservez votre nom, mais on vous prive des moyens de diriger votre vie, de choisir ; mieux, vous remettez vous-mêmes les clefs de votre être à plus savant que vous, à plus habile que vous, à plus technicien que vous, à plus spécialisé que vous, à plus international que vous. Vous vous déchargez du fardeau de vivre (c'est-à-dire de tout ce qui vous relie aux corps et aux âmes et à la terre et aux paysages et aux humeurs et aux odeurs et au temps et à la connaissance), et vous errez désormais à la surface du monde comme un pur esprit – c'est en tout cas ainsi qu'on vous vend la chose. Cet esprit-là est au moins aussi précieux qu'une canette usagée de Coca exposée dans un musée d'art moderne mais, comme c'est tout ce que vous connaissez, et comme votre voisin a l'air d'en être parfaitement satisfait, vous vous en trouvez très bien. On a remplacé tout ce qui en vous était irremplaçable, singulier. On vous a dissous dans le pluriel, ce pluriel qui permet la circulation de tout et de tous comme autant d'éléments neutres qui s'emboîtent parfaitement dans la structure d'ensemble, quelque soit l'heure, le climat, les ciels, et les mémoires qui, elles aussi, ont été lissées pour glisser les unes sur les autres et s'échanger sans accrocs.
Cette circulation infinie et indifférente est la négation même de l'événement. La machine ne doit jamais s'arrêter, ni bifurquer ; il s'agit seulement d'habiter un processus sans fin. Le mouvement doit être régulier, fluide, et la seule manière de ne pouvoir pas se dérouter est d'aller dans toutes les directions simultanément, de dériver, sans attaches ni intention ni dessein. Le relativisme, c'est ça. Il est essentiel que le temps historique soit oublié, nié, comme les vraies oppositions, comme les différences structurelles, langues, sexes, nationalités, religions, races. La famille doit être détruite, les vieilles solidarités ridiculisées, les interdits remis sans cesse en cause (quand les vrais interdits, eux, ne sont jamais nommés), et tout ce qui sépare éradiqué. C'est à ce prix seulement qu'il n'arrivera plus rien, que tout sera prévisible, déterminé. Ce n'est pas l'accident, ou la catastrophe, qui seront éliminés, car l'accident et la catastrophe font partie du processus, ils en sont même d'une certaine façon le moteur, mais c'est bien l'événement, qui lui n'en fait pas partie. La vie sera perpétuellement "en crise", pour qu'il n'y ait plus de crises réelles. Pour éliminer le Destin, trop littéraire, trop pris dans le vieux Logos – donc encore dépendant de l'homme – et dans le Récit, qui suppose le drame et la négativité, il fallait créer un monde qui fonctionne tout seul, indemne de toute subjectivité, que l'homme ne puisse dérégler ni par son vice ni par sa vertu, ni par le caractère incertain et problématique de son évolution. Et pour être certain qu'il ne puisse pas le dévoyer, il fallait simplement l'éloigner des commandes tout en lui donnant le sentiment qu'il est le maître absolu, que rien n'existe au-dessus de lui. S'il n'arrive plus rien, si l'événement est aboli, l'homme peut sans dommages s'absenter de lui-même : il n'y aura plus personne pour s'inquiéter de sa disparition. 
L'événement, le seul événement réel, c'est la disparition de l'homme – de l'homme et de l'Homme. La place est vacante – et par quoi est-elle occupée ? Par l'accident et la catastrophe qui tournent en boucle et font spectacle, c'est-à-dire s'annulent en se répétant. On serre les dents, on serre les fesses, et hop, on est passé de l'autre côté, dans un monde sans Hhomme. Ça n'a pris qu'une seconde. Et comment le sait-on ? En observant les femmes, bien sûr. Elles ne savent plus quoi faire d'elles-mêmes, puisqu'il leur manque sur quoi s'appuyer, et par quoi échapper à elles-mêmes. Regardez-les se ridiculiser dans le féminisme et s'abîmer dans la tristesse sans fond d'une sexualité abolie. C'est comme si en musique on avait supprimé les dièses et gardé les bémols. Ça tourne en rond, mais ça ne tourne pas rond. Les femmes sont la loi, quand les hommes sont l'exception. Une loi sans exception, ça fonctionne aussi bien qu'une voiture qui n'aurait que des roues arrière. 

samedi 1 septembre 2018

À Table !



– C'est la Gauche !
– Non, c'est la Droite !
– Non, la Gauche !
– Non, la Droite !
– Mais pas du tout !
– Bien sûr que si !
– Mais enfin, vous êtes fou !
– C'est vous qui l'êtes !
– C'est ce que dit toujours la Gauche !
– Oui, la Droite parle toujours ainsi, on le sait !
– La Droite sait où elle va.
– C'est la Gauche qui a une ligne directrice !
– Mais oui mais oui, c'est ça !
– Mais oui, parfaitement !
– Laissez-moi rire…
– Je vous laisse rire, mais c'est un fait.
– Les gauchistes sont fous et dangereux.
– Les droitards sont des salauds.
– Le communisme a fait plus de mort que le nazisme !
– Vous ne savez pas compter, à droite !
– Vous voyez ! Vous êtes complotistes, en plus !
– Non, nous sommes réalistes, et scientifiques.
– Ah ah ah, scientifiques, laissez-moi rire !
– Mais oui, parfaitement ! La science est de gauche.
– C'est la folie, qui est de gauche, oui !
– Et la culture est de gauche aussi.
– Et mon cul, il est de gauche ?
– Ah non, alors ! Vous avez un cul de droite, vous, c'est net !
– Et vous des pieds de gauche. C'est affreux, monstrueux !
– Et cette chevalière, là, non mais quelle horreur !
– Non mais dites donc ! Je n'ai rien dit de vos mains sales !
– Les mains sales, c'est plutôt un truc de droite, ça. Vous les trempez dans la merde…
– Comme votre Jean-Paul Sartre ?
– Comme votre Brasillach, vous voulez dire !
– Ah oui alors ! Vive Brasillach, si on le compare à Sartre !
– Vous voyez, vous n'avez même pas honte !
– Mais de quoi aurais-je honte ?
– Un Collabo, un traître, un fasciste !
– Collabo vous-même, traître vous-même !
– Ah, vous ne manquez pas d'air !
– Si, je manque d'air ! Vous me pompez l'air, Monsieur !
– Tant mieux ! Des gens comme vous ne devraient pas avoir le droit de respirer.
– Respirer près de vous ? Vous n'y pensez pas ! Ça sent bien trop mauvais…
– Vous êtes injurieux et méprisant.
– Vous êtes con et bien-pensant.
– Ah, je l'attendais, celle-là.
– Eh bien oui, vous êtes un bien-pensant, c'est la vérité.
– La bien-pensance est de droite, tout le monde sait ça.
– En plus d'être con, vous êtes inculte.
– Ah, ça y est, le mépris de classe, comme toujours…
– Ah, ça y est, le coup du mépris de classe, comme toujours…
– On ne peut pas discuter, avec des gens comme vous.
– C'est ce que j'allais dire : vous êtes trop bête !
– Trop bête pour Monseigneur, oui, c'est certain !
– Ce n'est tout de même pas ma faute si vous êtes de gauche !
– Ça, non, vous n'y êtes pour rien, c'est vrai !
– Ah bon ? Et moi qui croyais que c'était à cause de gens horribles, comme moi, que la Gauche avait conçu son grand projet…
– Ne vous donnez pas tant d'importance. Vous n'existez tout simplement pas. 
– Je n'existe peut-être pas mais vous avez quand-même le projet de m'anéantir !
– N'employez donc pas de grands mots que vous ne comprenez pas. Nous voulons seulement l'égalité sociale.
– L'égalité sociale ? Mais c'est un mensonge. Ce n'est pas l'égalité sociale, que vous voulez, c'est l'égalité tout court, c'est l'égalité en tout et pour tous. 
– Eh bien oui, justement. Nous voulons l'égalité en tout et pour tous ! Vous ne pouvez pas comprendre, puisque vous êtes pour les privilèges. 
– Les privilèges, non, mais les différences, la non-égalité, la discrimination, oui.
– Ah, vous voyez ! La discrimination ! 
– Mais oui, la discrimination ! La discrimination est à la base de la liberté. Le choix…
– Ne parlez donc pas de liberté ! La seule liberté que vous connaissez, c'est la liberté du riche d'écraser le pauvre, c'est la liberté du bourgeois de mépriser le prolétaire, la liberté du national d'exploiter l'étranger.
– Mais vous n'en avez pas assez, de répéter éternellement ces formules creuses auxquelles vous ne croyez même pas ?
– Mais si, j'y crois.
– Oui, j'oubliais, vous êtes un croyant, vous êtes un bigot, vous êtes un curé.
– Je préfère être un curé qu'un salaud.
– Mais vous ÊTES, un salaud, et le pire de tous, puisque vous êtes un salaud qui se prend pour un type bien.
– Ça vous dépasse, hein, qu'on puisse vouloir le bien !
– Vouloir le bien ? Mais quel bien, où voyez-vous du bien, dans vos projets tordus de curé sadique ?
– Donner à manger à tout le monde, vouloir que les femmes soient les égales des hommes, vouloir protéger le faible contre le fort, ce n'est pas bien, pour vous ?
– Non, en effet, ce n'est pas bien du tout, parce que le mensonge n'est jamais le bien.
– Mais qui vous parle de mensonge ?
– C'est précisément ça, le problème de la Gauche, elle finit par croire à ses mensonges.
– Là où vous voyez des mensonges, je ne vois que des utopies.
– Depuis le temps que vous pourrissez la vie de tout le monde, avec vos utopies, il ne vous est pas encore venu à l'esprit que ces utopies n'étaient que le vice à l'état pur ?
– Vous préférez vous contenter de ce qui est, de l'injustice éternelle, que vous voulez reproduire pour les siècles des siècles, comme il est dit dans votre maudit bouquin ?
– C'est de la Bible, que vous parlez ?
– Bien sûr que je parle de votre foutue Bible, ce livre terrible qui nous a mis dans le pétrin depuis vingt siècles !
– Ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas, je vous prie.
– Ah, ça vous ennuie, hein, que je connaisse la Bible !
– Vous ne la connaissez pas.
– Mais si je la connais. Je la connais suffisamment pour savoir toutes les horreurs qu'elle renferme, tous ces ferments de haine qu'elle distille depuis que votre Jésus de Nazareth s'est cru autorisé à se prendre pour Dieu.
– Vous venez de prouver que vous ne connaissiez pas la Bible.
– Et alors ? Qu'est-ce qu'on s'en fout, de la Bible, de la Torah, de tous ces vieux grimoires qui ne nous disent plus rien depuis longtemps ?
– C'est curieux, pourquoi ne mentionnez-vous pas le Coran ?
– Mais oui, mais oui, le Coran, si vous y tenez. Et aussi le catalogue de la Manufacture de Saint-Étienne. Ça vous branche, ça, les armes, non ?
– Pas spécialement, mais il faut bien se défendre contre les fous de votre espèce.
– Et les "invasions barbares", n'est-ce pas ? Vous devez sans doute trouver que nous sommes envahis par les bougnoules et les bamboulas…
– En effet, nous sommes envahis, c'est un fait.
– J'en étais sûr. Ce que vous êtes prévisibles, vous, les gens de droite.
– Si vous nous trouvez prévisibles, c'est que vous voyez la réalité aussi bien que nous. Simplement, vous n'osez pas la nommer.
– La réalité, vous voulez parler de votre fameux Grand Remplacement, là ?
– Par exemple, oui.
– Le fantasme d'un vieil écrivain moisi et sans talent retranché dans son château du Gers, recroquevillé sur ses peurs et ses souvenirs qui n'a pas pris ses pilules à temps…
– Vous au moins vous n'avez pas peur des clichés. Vous les ramassez à la pelle. Je me demande ce que vous faites des monceaux que vous accumulez ainsi…
– Il ne manque pas d'air, le droitard, de me parler de mes clichés, lui qui aime tant les préjugés !
– Cher ami, vous me donnez l'idée d'un slogan, et je vous en remercie : Vive les préjugés ! À bas les clichés !
– C'est complètement idiot, puisque c'est la même chose. Et je ne suis pas votre ami !
–Ah, on peut dire que vous me facilitez les choses, vous.
– Ce qui signifie ?
– Ce qui signifie que vous ne cessez de confirmer ce que je pense de vous et de me démontrer que j'ai raison d'avoir cette opinion de vous.
– Ne faites pas le malin, vous n'en avez pas les moyens.
– C'est vrai, je n'ai pas les moyens d'être malin, et de plus cela ne servirait à rien de l'être avec vous.
– Et pourquoi donc ? Vous me trouvez trop bête pour partager votre vision paranoïaque de l'histoire ?
– Je vous crois suffisamment intelligent pour croire parfois à ce que vous ne voyez pas, mais largement assez bête pour ne jamais croire ce que vous voyez.
– Ah ah ah ! C'est vraiment l'EHPAD qui se fout du CARE. Vous êtes incurable !
– Merci du compliment. Si guérir c'est vous ressembler, plutôt crever !
– En fait, vous êtes une caricature : le droitard dans toute sa splendeur. Prétentieux, arrogant, méprisant, sûr de ses valeurs, obtus, sans aucune compassion pour le genre humain, pour ceux qui souffrent…
– Ceux qui souffrent… J'imagine que vous avez à l'esprit vos éternels damnés de la terre, vos saints laïques, votre divin prolétariat ?
– Ah, ça vous défrise, qu'on se sente proche des petites gens, hein !
– Proche des petites gens, vous ? Mais quelle blague ! Vous ne les voyez pas, vous ne les connaissez pas, vous les créez, dans votre labo idéologique qui sent la mort et le goulag !
– Ça y est, c'est reparti avec les clichés.
– Ce ne sont pas des clichés. Quand vous vous désintéressez de vos prolétaires, sans doute parce qu'ils ne votent pas bien, vous allez en chercher à l'autre bout du monde et vous les façonnez à votre image.
– Nous essayons d'être en empathie avec nos frères humains, oui, et nous en sommes fiers.
– Empathie de Jean-Foutre ! Vous n'aimez pas les autres, puisque vous voulez qu'ils soient les mêmes.
– Je vous vois venir, avec vos arguments spécieux. La Gauche a toujours voulu le bien des peuples.
– Ça c'est vrai. Y compris en les colonisant.
– Et votre Église, elle n'a pas cherché à les convertir, peut-être, ces peuples que vous trouviez inférieurs ?
– L'Église, ce n'est rien du tout, si on compare avec les massacres de votre chère Révolution.
– MA Révolution ? Ah oui, c'est vrai que vous ne vous sentez pas républicain, vous !
– Oh si, par la force des choses, mais enfin, je ne suis pas comme vous dévotement attaché à cette révolution, c'est vrai.
– La Révolution a libéré le peuple, et ça ça vous embête, hein ! Vous préfériez les serfs et les privilèges attachés à une caste.
– Les castes… Vous voulez vraiment qu'on en parle ? Je vous préviens que ça ne vous sera pas fav…


– À taaaaable !!! 

– …

– Georges, tu es encore en train de parler tout seul ? Viens dîner, s'il te plaît, la soupe est servie ! 

– J'arrive, j'arrive ! Si on peut même plus discuter politique, maintenant… 

jeudi 30 août 2018

Au volant



Arrivé à 62 ans, il se découvrait soudain une séduction nouvelle, étrange, incompréhensible.

Au volant de son cabriolet Aston Martin DB11, il réfléchissait à ce curieux phénomène, quand le pneu avant droit éclata. Comme il roulait à 140 sur l'autoroute des deux mers, et qu'il était en train de doubler un camion, le choc fut si violent qu'il pensa un instant qu'il venait de rencontrer une belle brune à la voix rauque.


mercredi 29 août 2018

La Vacance de M. Hublot



Béa Salami : Y a eu un moment de radio… sans doute pour moi le moment de radio le plus fort que j'ai vécu, même en télévision, je veux dire, c'est-à-dire le moment de la surprise : le truc n'est pas verrouillé, c'est totalement sincère. Vous avez un homme qui dit, sincèrement : je peux pas continuer, je suis trop seul, je n'y arrive pas. 

Nicolo Demeuré : Je me demande d'ailleurs si c'est pas unique à la radio en tout cas, une démission… J'ai pas regardé… Moi en tout cas je n'en ai pas le souvenir, d'une démission de cette nature, faite avec une telle sincérité, et qui montre bien la puissance du direct également, l'agilité de la radio, pour pouvoir…

Béa Salami : C'était un moment de grâce ! C'était un moment unique !

Nicolo Demeuré : J'ai senti, dès le début de l'entretien avec Nicolas Hublot, que ce serait une interview particulière, parce que la première question portait sur l'été catastrophique sur le plan agressions, égorgements, assassinats, provocations, violence, problèmes de cohabitation, des records d'agressions… 

Béa Salami : Tout à fait. Tout le monde pense aux années 90 en Algérie… Tout le monde !

Nicolo Demeuré : La question était : Nicolas Hublot, pouvez-vous m'expliquer, rationnellement, pourquoi ce n'est pas la mobilisation générale ! Et il a répondu, de manière extrêmement sincère, non, je ne peux pas vous répondre, rationnellement, pourquoi ce n'est pas la mobilisation générale. Et dans ces moments-là, on se dit : tiens, à une question simple, une réponse directe… il se passe quelque chose !

Béa Salami : C'est vrai qu'on avait senti quelque chose de particulier, de différent, une colère froide ; il était en colère, mais à aucun moment, à aucun moment on a senti qu'il allait nous annoncer sa démission. Nous on l'avait invité parce qu'il y avait l'histoire des chasseurs la veille. Pour vous dire la vérité, la question : est-ce que vous restez, est-ce que vous êtes toujours utile, on allait la poser, on savait qu'on allait la poser à la fin de l'interview et on pensait qu'il allait nous dire oui mais je reste utile, etc. Pas une seconde on a imaginé ça ! Et on décide de remonter la question parce qu'on sent qu'il y a un tel moment de sincérité, on voit un Nicolas Hublot qui est au bord des larmes, sa voix est sourde…

Nicolo Demeuré : Son visage est fermé…

Béa Salami : Son visage est fermé, c'est pas du tout le Nicolas Hublot qu'on connaît d'habitude, et c'est vrai qu'on monte la question avant même de rentrer dans tous les… les questions chasse, agressions, armements, auto-défense, comités de vigilance, et tout ce qu'on s'était réparti. Et là, quelle ne fut pas notre surprise, – et d'ailleurs ça s'entend, moi je pose la question, je crois que je dis : « Mais vous êtes sérieux ? » – quelle ne fut pas notre surprise quand il dit : « J'ai décidé de démissionner », avec une voix grave ! Il n'avait pas prévenu son épouse, il n'avait pas prévenu le président de la République, il n'avait pas prévenu le Premier ministre, et moi je peux vous dire que juste avant d'entrer en studio, je discute avec son assistant, son bras droit, et je lui dis : mais enfin, il m'a l'air très en colère, il me dit, mais non, ça ira, il sait ce qu'il fait, vous savez, on obtient des choses, on avance petit à petit, donc même son assistant il ne lui avait pas dit cinq minutes avant…

Nicolo Demeuré : J'ai l'impression, je n'en sais rien, mais que là il va disparaître, en tout cas, là il nous l'a dit, et que c'est l'interview testament, en tout cas de cette partie de sa vie politique. 

Béa Salami : Je sais pas… Mais ce qui est sûr, et c'est très important, et même fondamental, est que Nicolas Hublot restera dans l'histoire comme le ministre qui a démissionné parce qu'il n'était pas fait mention du Grand Remplacement et de ses conséquences catastrophiques, pour le pays.

Nicolo Demeuré : Absolument ! Vous comprenez, nous, les journalistes, ça fait des années et des années qu'on essaie d'alerter les politiques à ce sujet, qu'on remue ciel et terre, par exemple, pour donner la parole à Renaud Camus, à Christine Tasin, à Millet, enfin à toutes les grandes consciences qui se dressent comme elles peuvent contre cet état de fait, mais…

Béa Salami : … mais y a rien, quoi, y a rien, et c'est désespérant. Le silence, le black-out total, le Grand Silence ! Alors quand on a compris que Nicolas Hublot en avait gros sur la patate parce qu'il ne pouvait rien faire, on a été, hein, Nicolo, on a été bouleversés, quoi. 

Nicolo Demeuré : En tout cas, je crois qu'il faut véritablement prendre date, si j'ose dire, avec ce qui s'est passé ce matin. Je crois vraiment qu'on a passé un cap, là. On peut parler d'histoire, avec un grand H.

Béa Salami : Tout à fait. On a eu la sensation de faire notre job, et ça, je veux dire, c'est juste énorme.

Nicolo Demeuré : Rationnellement, il n'a pas pu.

samedi 18 août 2018

L'étreinte


L'étreinte serait le premier et le dernier mot, le premier et le dernier geste. Quand elle pose ses mains sur mon dos, un bien-être profond m'envahit.

Certains font à tout propos des gestes immenses, et se trouvent fort démunis lorsque survient l'acmé du désir. Le souffle est une étreinte sans possession. D'autres ne bougent que d'un œil pour mener leurs troupes, et quand leur bâton se lève, on sait à quoi s'en tenir. Les propriétaires de chiens mal élevés sont mal élevés, comme les parents d'enfants mal élevés sont mal élevés ; ils ne comprennent donc pas du tout le problème que vous avez avec leur chien qui aboie continuellement, car ils n'entendent tout simplement pas l'aboiement continuel de leur chien, pas plus qu'ils n'entendent les cris de leurs enfants dans la piscine ou dans le wagon de train. Elle me dit : Je suis andalouse. Jadis, elle se serait contentée de dire : Je suis espagnole.

Elle appuie sur mon psoas, jusqu'à la douleur, et j'attends cette douleur avec une joie anticipée. Ses mains sont le visage de l'Andalouse. Si j'étais lettriste, tout serait plus simple. Les sentiments, c'est comme la direction d'orchestre.

Nous disions : « Je suis français. » Aujourd'hui, les gens sont savoyards, bretons, normands, ou marseillais. À l'autre extrémité, il y a ceux qui sont européens, et puis, bien sûr, ceux qui ne sont que des humains sans appartenance nationale, ceux du village global, les bidons-compatibles… Ces derniers, d'ailleurs, sont en passe d'être supplantés par les êtres-vivants, sans notion d'espèce, de race, de genre, ne parlons même pas de patrie.

L'Alcazaba, les palais nasrides, le Généralife, ses jardins, et le palais de Charles Quint constituent ce qu'on nomme l'Alhambra (Al-Ḥamrā signifie "la rouge"). Je suis allé là-bas, à Grenade, j'y ai passé deux jours, et je n'ai rien vu. Oh, j'ai pourtant ouvert mes yeux bien grands, et j'ai pris mon temps, mais, aurais-je pris huit jours pour visiter l'Alhambra que je n'aurais rien vu. Pour voir, il faut commencer par savoir. Pour être, il faut commencer par hériter. J'ai perdu la naïveté de mes vingt ans, quand, voyageant, j'avais l'impression de découvrir le monde, ou au moins des mondes. Je n'ai rien vu, alors, et je ne vois toujours pas, aujourd'hui. J'ai tourné mon regard vers l'intérieur parce que je savais être incapable de voir ce que je voyais.

Pour être il faut commencer par ne pas être soi-même, de la même manière que pour former son goût il faut commencer par ne pas en avoir ; pour être enfin français, il a fallu en passer par la négation de cette dette, de cet héritage, de ce legs et de ces rêves. Ça vient quand on ne s'y attend plus, parce que l'incroyable fragilité de tout cela ne nous apparaît que très tard. Alors qu'on pensait se mouvoir dans un convoi d'airain, on découvre que les liens qui nous retiennent sont si minces qu'ils en deviennent invisibles. Le père est depuis longtemps absent, et quant aux autres, on doute de leur existence.

À chaque étreinte nouvelle, le pacte semble se reconstituer instantanément, mais nous savons, désormais, qu'il s'agit d'une illusion. Il a fallu qu'une kiné andalouse appuie sur mon psoas gauche pour que comprenne que j'étais en train de mourir – et donc de vivre. Si j'étais lettriste, mes organes seraient autant de mots dont je ferais des poèmes, et je n'aurais pas à me débattre avec des phrases qui ne vont nulle part. Ne restent que les gestes avec lesquels nous avons voulu posséder ce qu'il est impossible de posséder : les autres ne comptent pas.

Faire des gestes infimes, au jardin, près des arbres et sous le regard des pies, car le silence est un seuil, et nous n'avons personne à embrasser, que les phrases et les odeurs. Même assis, sans paroles, je noie mon visage dans son souffle. Elle m'étreint et mon visage disparaît.

Mes bras sont douloureux, parce que j'ai volé de quatre à neuf heures du matin. Où es-tu ?

lundi 6 août 2018

« De qui se moque-t-on ? »



Nanard adore prononcer cette phrase. Il sent gonfler ses biceps. C'est une variante de la méthode Coué.

De qui se moque-t-on ? Mais de toi, bien sûr, et tu l'as parfaitement compris. Ce n'est pas la peine de faire semblant de poser la question, pour tenter d'offusquer la légitime humiliation qui devrait être la tienne, par ce pauvre geste de bravade. Oui, toi, c'est bien de toi qu'on se moque, et si l'on peut se moquer de toi, c'est pour une raison simple : c'est que tu permets qu'on se moque de toi. Qui permet encourage. 

Quand il a dit ça, le Français, il est soulagé, a alors l'impression qu'on se moque un peu moins de lui. Pourtant, c'est l'inverse : plus il profère ce genre de sentences plus le pouvoir et l'ennemi se moquent de lui. Je dois reconnaître que je les comprends : quand un peuple passe son temps à montrer qu'il est faible, sans défense, sans nerfs et sans mémoire, toutes les pulsions agressives alentour sont stimulées au centuple. 

Les « de qui se moque-t-on » comme les « pauvre France », les « on va dans le mur » et les « on marche sur la tête, là », ce sont des phrases qui sont faites pour être prononcées, pas pensées. La profération annule le sens.

Que le Souchien retrouve ses vieilles formules et ses vieux dictons serait une bonne chose si ce n'était pas une manière de façadisme langagier : les mots sont les mêmes, on les reconnaît, et pourtant, derrière, tout a changé, plus rien n'est pareil. C'est un corps énervé, c'est une âme inanimée, c'est un squelette en caoutchouc, c'est un peuple qui répète des syntagmes sans les entendre, pour celer son impuissance, cette agénésie qui lui gonfle la bouche. Ça manque d'épinards, Nanard !

dimanche 5 août 2018

Avenir lointain





« Je dus reconnaître que je n'étais pas capable
 de former un récit avec ces événements. 
J'avais perdu le sens de l'histoire, 
cela arrive dans bien des maladies. »  


L'avenir lointain ne m'a pas rattrapé, pas encore, mais il est là, tout proche ; je le sens, je le pressens, je l'entends, à l'extérieur de la demeure. Ce n'est pas l'Avenir-lointain de tout le monde, c'est mon avenir-lointain ; c'est le mien. Jusqu'à présent, j'ai réussi à le tenir à l'extérieur de moi ; j'ai les bras tendus et je le maintiens à distance. Vivre, c'est avoir les bras tendus devant soi. Mais j'entends son grésillement mat, son souffle, cette espèce de chuintement doux et inquiétant qu'il produit quand il veut que je sache qu'il est là. Tous les soirs, je ferme la maison, je ferme les volets, et je me dis qu'il va rester dehors, à attendre en vain. Il ne pourra pas entrer. Je ne le permettrai pas. Je me raconte que mon avenir-lointain a besoin de ma permission pour entrer en contact avec moi.

Comme il ne concerne que moi, personne ne le voit, personne ne l'entend, et, quand j'en parle, ils me prennent pour un fou. Mais lui et moi nous savons bien que nous ne sommes pas fous. Nous nous connaissons. Je pense qu'il m'a toujours connu, depuis que je suis sorti du ventre de ma mère, à la clinique des Hutins, mais moi, j'ai mis très longtemps avant de seulement soupçonner son existence. Depuis quelques années, je le reconnais sans difficulté : il m'a aidé à le reconnaître, il s'est présenté à moi, par petites touches. Petit à petit, il est devenu familier, et maintenant, je le fréquente, et je le connais assez bien, mon avenir-lointain. Il me ressemble énormément. Ce que j'ai compris, peu à peu, c'est que plus il me ressemble plus il est dangereux : le jour où l'on ne pourra plus faire de différence entre nous, ce jour-là sera mon dernier jour. 

Tous, ils disent : la mort arrive par surprise, et toujours au mauvais moment. Mais c'est faux. La mort s'annonce, elle ne cesse de s'annoncer (qu'est-ce donc que les maladies, qu'est-ce donc que le bienheureux et si indispensable sommeil, qu'est-ce donc que l'art ?). La mort est courtoise, et si elle nous paraît grossière, ou brutale, c'est uniquement parce que nous l'ignorons, que nous ignorons les signes qu'elle émet en permanence. Car la mort nous parle constamment. Il suffit de prêter l'oreille. Mais combien d'entre nous veulent l'entendre ? Combien d'entre nous prêtent l'oreille à leur avenir-lointain ?

Pourquoi les autres croient-ils ne jamais voir l'Avenir-lointain ? Parce que, voyant seulement le leur, ils s'imaginent qu'ils se trompent, ils pensent qu'il s'agit d'un mirage : si les autres ne le voient pas, c'est qu'il n'existe pas. Leur erreur vient du fait qu'ils croient que l'avenir-lointain est un bien commun ; or le bien commun est ce que vous partagez avec vos contemporains : si vos contemporains n'ont pas connaissance de ce bien commun, c'est qu'il n'existe pas. Ce sont les prémisses de leur raisonnement, qui sont fausses. L'avenir-lointain n'est pas un bien commun, c'est un bien propre, impartageable, dont la connaissance ne se transmet pas. C'est la vie, qui est une illusion collective. La mort est la seule réalité. C'est le présent qui n'existe pas, et c'est l'avenir qui est notre vérité. L'avenir-lointain est ce point tout puissant à partir duquel notre vie est organisée, auquel elle est arrimée. À notre naissance, l'avenir-lointain s'active, et l'élastique se tend : le temps, alors, est créé (nous vivons à l'envers). On sait que le temps est institué pour telle personne à l'instant même où cette personne crie : car, à cet instant précis, elle sait ce qu'il en est, elle voit le terme, qu'elle oubliera aussitôt que son cri cessera.

Qu'est-ce que le temps ? C'est la distance qui sépare un homme de son avenir-lointain modulée par la conscience des répétitions. Cette distance décroît irrémédiablement, tout au long d'une vie humaine. Cela nous le savons. Ce que nous ignorons, c'est la vitesse à laquelle cette distance décroît. Cette vitesse n'est pas uniforme, car l'homme est un être gouverné par le rythme. Elle est souvent très faible, presque inexistante, puis elle a des accélérations foudroyantes ; et même des pauses. C'est un peu comme dans la musique polyphonique : toutes les voix n'avancent pas à la même allure ; il y a des voix rapides, des voix lentes, des voix régulières, des voix irrégulières, des voix syncopées, des voix morcelées, mais toutes, elles avancent et s'acheminent vers le terme. 

« Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » Jésus s'adresse à des hommes, donc à des êtres qui ne peuvent entendre leur avenir-lointain, obsédés qu'ils sont par les rythmes qu'ils produisent. Savoir le jour et l'heure où le Seigneur viendra, c'est savoir écouter simultanément toutes les voix qui en nous avancent à des vitesses différentes. La voix du sang, la voix des générations, la voix de la race, la voix des nerfs, la voix de l'âme, la voix de l'amour, la voix de la terreur, toute cette polyphonie grouillante parle en nous constamment. Mais qui se soucie encore de polyphonie, de nos jours ?

Y a-t-il une différence entre le Seigneur et notre avenir-lointain ? Oui, il y en a autant qu'entre le Commencement et la Fin. Mais la faculté de discerner la fin du commencement n'est pas donnée à l'homme. À la fin, jour et nuit se confondent, silence et musique sont une seule et même chose. On peut enfin baisser les bras et se ressembler parfaitement.


samedi 4 août 2018

Fulgator


Comme un condamné à mort qui, fatigué, irait s'asseoir sur la chaise électrique, la guêpe se pose sur la bombe anti-guèpes et anti-frelons "foudroyant".




mardi 31 juillet 2018

« Démolir le patriarcat »



Jadis, on disait "débiles", "tarés", "cinglés", "givrés", "crétins", "abrutis", "minables", "escrocs", mais il faut à l'évidence inventer des mots neufs pour désigner les "artistes" inédits qui se produisent dans cette poubelle à concepts subventionnée qu'est devenu le festival d'Avignon. Les pauvres insultes que nous avons à notre disposition ne peuvent convenir pour parler de ces mabouls à tampon, qui dansent sur leur tas de merde avec un tel aplomb que les lapider de sarcasmes et d'invectives ressemble à de la complaisance.

Entre bêtise et vomi, entre ordure et imbécilité, entre couillonnade et ineptie, entre sornettes et boniments, entre conformisme coté en bourse et niaiserie à injection, le public d'Avignon ne choisit pas, il se tape la cloche comme un pacha sénile, avale goulûment l'immonde cliche qu'on lui inflige par tous les orifices. Ce n'est plus une déroute, c'est une débâcle, c'est un naufrage, ce n'est plus la défaite de la pensée, c'est le saccage de l'intelligence et de l'art, c'est un crachat sur le goût et l'innocence, c'est un jet d'acide sur le visage de la civilisation, c'est un étron fumant sur la beauté, et c'est l'art théâtral coulé dans le béton du bidon-ville planétaire qui chaque été vient poser son gros cul dans la cité des papes. Au buffet d'Avignon, c'est crotte à volonté, M'sieurs-Dames !

On pensait naïvement que le temps de ces âneries était définitivement passé, que le genre de spectacle qu'offre Phia Ménard appartenait à la préhistoire de la société du Spectacle intégré, qu'un peu de goût, de décence commune et de talent étaient revenus parmi nous. Las, il nous faut déchanter, et prendre la mesure du désastre : quand une Marlène Schiappa est au gouvernement et que celui-ci propose un poste de secrétaire d'État à Djamel, il ne faut évidemment pas s'attendre à un renouveau de la création théâtrale ou chorégraphique. Jean Vilar, tu peux crever une deuxième fois, Py s'astique sur ton cadavre genré après t'avoir mis une plume dans le cul. Même mort, tu leur serviras de caution républicaine, à ces fumiers.

« Font pitié ! », qu'on dirait, si ces enflures n'étaient pas si puissantes. Mais comme elles mènent le navire, pompent toutes les subventions et donnent le la, il faut les insulter sans relâche. 

lundi 30 juillet 2018

À votre bonne santé, jobards !



Aujourd'hui, je me contenterai de recopier cette page toute récente du journal de Renaud Camus, qui me paraît essentielle.

***

Plieux, dimanche 29 juillet 2018, minuit. Pierre attire mon attention sur un texte de Bernanos, “L’émancipation par le crématoire”, paru dans L’Intransigeant du 9 mars 1948, et recueilli dans Français, si vous saviez (Pléiade, Essais et écrits de combat, t. II, pp. 1209-1210). En effet, cet article est très étroitement en liaison avec mes préoccupations. Je le recopie ici, en entier pour la bonne compréhension, mais en mettant en italique ce qui paraît se rapporter le plus exactement à mes vues sur le remplacisme global et la Matière Humaine Indifférenciée (et aussi sur l’inscription de l’univers concentrationnaire dans l’ensemble du mécanisme) :

« Avant de quitter son poste de chef d’état-major de l’armée américaine, le général Eisenhower vient de fournir au Congrès un rapport final qui est une sorte de testament militaire. On y lit :

« “Nous nous trouvons chaque jour plus exposés aux armes offensives qui seront engagées dans les guerres futures. Des millions de citadins se verront condamnées à mourrir de faim en quelques semaines si le système de transports était désorganisé… Une attaque contre quelques centres d’industrie lourde suffirait à disloquer notre vie nationale… ”

« Telle est donc l’espèce de sécurité que donne la civilisation moderne, ou du moins ce qu’il est convenu d’appeler de ce nom ; et qui n’est que l’absorption de toute la civilisation humaine par la Technique. Les moyens de détruire se perfectionnent tous les jours, et le monde moderne, dans sa prodigieuse inconscience, se fait de plus en plus vulnérable. C’est qu’il ne veut connaître, en effet, que la Technique, et la Technique ne connaît que le rendement. Puisque la concentration est favorable au rendement, le monde moderne, bon gré mal gré, sera concentrationnaire. Il ne saurait être question, pour lui, de sacrifier le rendement de la Machinerie à la sécurité des hommes, car la valeur de la machinerie ne cesse de croître, au lieu que celle du Matériel humain s’avilit.

« On voit dès lors ce que signifie réellement dans la bouche des gens de gauche, et dans celle de leurs parasites démocrates-chrétiens, plus méprisables encore, le mot d’émancipation des masses. Prétendre qu’un monde concentrationnaire sera favorable aux masses est une énorme bouffonnerie. Pour la Technique, en effet, le déplacement de millions de tonnes de terre ou l’anéantissement de millions de vies humaines sont de problèmes également faciles à résoudre. Jouissez donc de votre reste, imbéciles ! Fourrez-vous-en des grèves jusque-là, idiots ! Vous vous glorifiez naïvement du nom de travailleurs. Mais tout le gigantesque effort de la civilisation moderne n’a précisément qu’un but : réussir finalement à se passer de votre travail, pauvres jobards !

« Lorsqu’en certains points de la planète, judicieusement choisis pour la construction d’immenses centrales d’énergie, quelques milliers d’hommes spécialisés suffiront à contrôler tout le mécanisme de la gigantesque usine universelle, vous aurez fini de rigoler, vieux frères.

« Trente millions de travailleurs, ça fera tout juste deux millions de tonnes d’os et de viandes, sans compter le poil ; on vous liquidera au poids, citoyens. Et comme les chimistes, en ce temps-là auront depuis longtemps trouvé la formule d’aliments synthétiques, on ne vous fera même pas l’honneur de vous mettre en conserves. L’émancipations des masses s’achèvera dans les crématoires électriques.

« À votre bonne santé, camarades ! »

Voilà qui rappelle singulièrement, ou plutôt qui annonce, bien entendu, ma formule selon laquelle le remplacisme global ce sont Les Temps modernes, plus Métropolis, plus Soleil Vert ; et qui éclaire d’un jour inédit ma “querelle” avec Finkielkraut sur la place de l’univers concentrationnaire nazi dans le concentrationnisme global, qu’il veut unique et que j’estime centrale. 

dimanche 29 juillet 2018

L'effet Facebook



Cinquante terroristes prennent le bus (chacun prend un bus différent) en même temps, avec chacun une bombe qu'ils veulent faire exploser en même temps. L'heure fatidique arrive, mais chacun d'entre eux veut d'abord observer sur Facebook l'effet dévastateur créé par les attentats commis par ses complices, si bien que, chacun attendant de voir sur Facebook l'effet du premier attentat, ces attentats ne se produiront jamais.

vendredi 27 juillet 2018

Pratique !


Le plastique… C'EST PRATIQUE !
Les assiettes en carton… C'EST PRATIQUE !
La bagnole… C'EST PRATIQUE !
L'avion… C'EST PRATIQUE !
Les plats surgelés… C'EST PRATIQUE !
Les fast-food… C'EST PRATIQUE !
Les T-shirts… C'EST PRATIQUE !
Le PVC… C'EST PRATIQUE !
Les maisons préfabriquées… C'EST PRATIQUE !
Le TGV… C'EST PRATIQUE !
Internet… C'EST PRATIQUE !
Le mail… C'EST PRATIQUE !
Le Bic… C'EST PRATIQUE !
La tondeuse à gazon… C'EST PRATIQUE !
Les serviettes en papier… C'EST PRATIQUE !
Les mouchoirs jetables… C'EST PRATIQUE !
Les jeans… C'EST PRATIQUE !
Le cocotte-minute… C'EST PRATIQUE !
Le téléphone portable… C'EST PRATIQUE !
La PMA… C'EST PRATIQUE !
L'avortement… C'EST PRATIQUE !
Les musées virtuels… C'EST PRATIQUE !
Wikipedia… C'EST PRATIQUE !
L'hydro-glisseur… C'EST PRATIQUE !
La crémation… C'EST PRATIQUE !
Les cercueils en carton… C'EST PRATIQUE !
Le lait en poudre… C'EST PRATIQUE !
Le mp3… C'EST PRATIQUE !
Les robots… C'EST PRATIQUE !
Les voitures autonomes… C'EST PRATIQUE !
Le Wi-FI… C'EST PRATIQUE !
Les algorithmes… C'EST PRATIQUE !
Les pianos numériques… C'EST PRATIQUE !
La baisse des exigences à l'école… C'EST PRATIQUE !
La main d'œuvre immigrée… C'EST PRATIQUE !
Le métissage… C'EST PRATIQUE !
La stérilisation… C'EST PRATIQUE !


jeudi 19 juillet 2018

… qui reste verbale.



Un lecteur français aux toilettes, ses habitudes interrompues à la mort de Victor Hugo, lit Mallarmé, ou plutôt essaie de le lire, ne peut que se déconcerter, car il y voit très mal. À la radio, Hugo, dans sa tâche mystérieuse, rabattit toute la prose, la troisième ballade de l'opus 118 de Brahms, philosophie, éloquence, histoire, au vers. Par la fenêtre ouverte, et, comme il était le vers personnellement, les cigales assourdissantes, il confisqua chez qui pense, discourt ou narre, presque le droit à s'énoncer, un marteau-piqueur et les oiseaux. Arrivé au passage central de la Ballade, monument en ce désert, avec le silence loin, il en perd le fil, dans une crypte, n'arrive plus à en suivre les contours, la divinité ainsi d'une majestueuse idée inconsciente, les cigales ont pris le dessus, à savoir que la forme appelée vers, aidées par les oiseaux et le marteau-piqueur, est simplement elle-même la littérature.

Que vers il y a sitôt que s'accentue la diction, les tierces et les sixtes, rythme dès que style, on met la pédale, le vers, je crois, avec respect, les deux, attention à ne pas noyer la main droite, et attendit que le géant qui l'identifiait à sa main tenace, cette main gauche trop puissante et plus ferme toujours de forgeron, mais il n'entend pas, toute la langue, ajustée à la métrique, il devine seulement, et ça va revenir, y recouvrant ses coupes vitales, le staccato s'évade, vient à manquer, les accords bien pleins, selon une libre disjonction aux mille éléments simples, le petit doigt solide, pour, lui, se rompre, pas trop de pédale, et, je l'indiquerai, voyons, ne pas tomber sur les basses, pas sans similitude avec la multiplicité des cris d'une orchestration…

En sol mineur

mardi 17 juillet 2018

Deux textes, après la "fête" de la Coupe du monde



D'abord, un prodigieux texte du célèbre Ulysse Lorn.


Partout sur le territoire, les mêmes scènes de pillages, de razzias, d'affrontements avec les forces de l'ordre, de destructions de biens, de saccages de magasins, de logements, de voitures, des rixes, agressions, vols, viols...

Aux yeux sidérés du monde entier, la France d'après a montré son visage de brute épaisse équatoriale montée sur Nike-Air avec sourates incorporées en écriture inclusive. Et comme de coutume, dans cette dystopie super-discount qui est désormais la nôtre, les médias officiels parlent aujourd'hui de "liesse", de "joie populaire", et de "célébration" émaillée de "quelques incidents"... Oh trois fois rien. Presque rien. On sent bien une petite gêne en bas à droite, un truc lancinant, ça grince un peu à Vivre-Ensemble-Land, mais heureusement la fête n'a pas été gâchée. Kevin-Marcel N'Ghanna Diop et Youssouf-Henry M'Giclo-Dan-ta-fass ont tout de même porté fièrement les valeurs républicaines, porté haut le drapeau tricolore, chanté bien fort la Marseillaise, et c'est tout ce qui compte.

En tous cas, pour Marie-So Loft-à-Soho et Mouloud Bien-intégré, c'est l'essentiel. C'est la France qu'on aime, c'est la France qui gagne, c'est la France qui te nique ta race, compagnon.
Trêve d'ironie. Ce serait une grave erreur de croire que ces exactions monstrueuses sont "gratuites" ou bien qu'elles ne seraient que le symptôme insignifiant d'une sauvagerie aveugle désindexée de tout sens profond. Que ce serait juste un prétexte.

En vérité, ces "manifestations" sont bien des témoignages de joie : la joie toujours obombrée de cruautés par laquelle s'affirme la victoire définitive d'un peuple sur un autre. Comme dans les récits de l'ancien monde, la peuplade barbare, une fois après avoir pillé la cité, la brûle et son incendie authentifie son triomphe. 

La cendre fixe les récits.

En l'occurrence, la destruction est tolérée par les administrateurs impériaux qui se servent de ce processus de submersion démographique et de colonisation car il les arrange dans la perspective plus globale de la désaffiliation technicienne de l'homme. L'homme européen, par son caractère racé, résiste un peu trop à la réduction physicaliste, il faut en finir avec lui.

Pourquoi pas le noyer avec des hordes d'Africains qui prétendent risquer la noyade ? Hum... Pas bête. Drôle en plus. Cette nuit, donc, avec l'aval de la techno-oligarchie mondialisée dont elle n'est qu'un protectorat, l'Union Panafricaine d'Europe de l'Ouest a célébré la victoire de son équipe et a chanté la mort du peuple français. L'ironie cruelle (et l'originalité historique) est ici que ce chant se réclame des valeurs mêmes du peuple vaincu, qu'il annonce que le drapeau du perdant est en fait le sien, que l'histoire du terrassé stupéfait n'est pas différente de la sienne... En une effroyable escroquerie, le 21ème siècle aura eu inventé l'usurpation d'identité à l'échelle d'une nation. L'oncle d'Amérique appelle Monsieur François à Paris et c'est Mamadou qui répond. Mais attention, Mamadou est bien le vrai Monsieur François et le type qui gueule ligoté dans le placard n'est qu'un clodo un peu fou qui squattait là par hasard.

Pas d'inquiétude, il n'en a plus pour longtemps de toute manière, à force de ruminer son malheur il finira par s'étouffer avec sa langue étrangère pleine d'inintelligibles "Mademoiselle", de "race", de "vasque et de haute terrasse", de "je vous en prie Monsieur, après vous"... Et puis... Mediapart sera toujours là pour le dénoncer au fisc.

Bien plus inquiétante que la passivité résignée qui fait liturgiquement suite aux attentats mahométans, cette ferveur exaltée qui succède aux témoignages éclatants de la conquête. Plus désespérante que la tristesse et l'impuissant chagrin des endeuillés, cette débauche furieuse de vulgarité contente des envahisseurs et de leurs vassaux, cette captation d'identité par et dans la vomissure joyeuse - ce crachat heureux sur la face du vieillard désarmé. Cette nuit, la bataille du Nom s'est une fois encore montrée dans sa nudité : ces gens qui osent se revendiquer de la France, de son drapeau, de son histoire, alors que tout dans leurs faits et gestes en constitue la négation, le rejet et la marque de mépris, ces gens sont des ravisseurs et des usurpateurs. Certes. Mais comme la législation prévoit que passé un certain délai, l'usage de la chose finit par donner des droits sur elle, en l'occurrence, la passivité révoltante des anciens Français est l'accusatrice véridique de leur lâcheté face à ces colonisateurs bien installés. Il ne sert de rien de vouloir leur reprendre un nom qui de fait leur a été cédé sans résistance, il ne sert de rien de vouloir leur arracher un drapeau qui en acte leur a été donné, il ne sert de rien de prétendre s'insurger alors qu'il n'y a pas d'insurgés, de se battre alors que personne n'est prêt à mourir, de reconquérir alors qu'il n'y a pas de conquérants et que Marie-Alix trouve que dans le fond il n'est pas si mal que ça ce "M'Babakar n'golo mwaka"....

Cette guerre est déjà perdue qui n'a pas été menée. Lorsque des millions de jeunes "Français" s'enthousiasment sincèrement pour des brutes d'Afrique de l'Ouest, c'est que nous n'assistons plus à la destruction de la France : nous sommes actuellement aux Pompes Funèbres et nous négocions le prix du cercueil. Cette césure, c'est pour toujours. Ce seuil est constant - il ne sera plus jamais franchi en sens inverse.

Si par miracle la France était un jour restaurée, elle ne pourrait pas repartir du point qui précéda sa colonisation par l'Union Panafricaine d'Europe de l'Ouest, elle ne pourrait qu'en authentifier le poids historique, la réalité. Il faut donc bien l'admettre : ces gens venus d'ailleurs sont réellement à l'image de la France contemporaine, et nous sommes donc, nous, ceux que la fête fait pleurer, des descendants d'Anciens Français, un peuple qui, il y a beau temps, habitait cette terre. Minoritaires, persécutés physiquement et moralement, passifs et maintenant tout à fait vaincus. On nous a pris nos terres, nos femmes, notre langue, nos symboles, notre drapeau, nos institutions et notre nom. Nos parents ont donné l'hospitalité à nos ravisseurs, ils ont payé les preneurs d'otages et nous ont enjoints de les traiter comme des frères. En bout de chaîne, chaque "Allez les Bleus" n'est donc rien d'autre qu'un "Hourra ! On crève !"...

Notre condition est d'ores et déjà celle d'exilés, de marginaux et de pourchassés. Des gens qui doivent se sauver pour pouvoir se sauver. Je ne sais pas quelle identité sera la nôtre, ni même si tout ceci n'annonce pas une extinction physique pure et simple. Je suis cependant sûr d'une chose : l'Histoire ne connaît que l'effectivité, elle n'a que faire des poses et des discours. Elle ne change de direction qu'au prix du sang versé. Ici et maintenant, "ils" sont la France, et ils sont les champions. C'est vrai. Mais s'ils ne méritent pas le nom de "Français" parce qu'il n'y entendent rien, nous qui y entendons quelque chose ne le méritons pas plus qu'eux puisque nous ne l'avons pas défendu... Qu'au moins cette lâcheté ne se donne pas la mine d'être une forme quelconque de résistance. Et que cessent pour de bon les imbécilités au sujet des divergences de "lignes" politiques nationalistes, ces cache-misères de l'aboulie honteuse et du consentement à l'africanisation. Ce serait bien le moins. Laissons-leurs donc ce nom et cette histoire pour nous achevée désormais et qu'ils prolongent de leurs cris d'animaux ; nous n'avons plus d'autre choix que d'être les guetteurs d'un autre possible, les acteurs d'une autre légende, celle de la diaspora des descendants de l'Ancienne France. Je suppose que nous ne gagnerons jamais la moindre coupe du monde et que nous ne serons jamais les champions de rien.

Du moins nous sera-t-il épargné la honte, si nous survivons ailleurs, d'avoir à faire comme si le trophée qui dit notre indignité était un symbole de triomphe et de fraternité.

***

Et puis, sur le même sujet, celui de Bruno Lafourcade.


C’est bon, on a compris : vous avez gagné, racailles – et nous avons perdu. Vous êtes la Nouvelle-France, et nous sommes les Vieux-Français. Ce pays, il est à vous : faites-en ce que vous voulez, dépouillez-le, pillez-le, videz-le, ce n’est jamais qu’un supermarché qui vous a donné une carte d’identité. Volez, violez, saccagez, attaquez à huit contre un : vous n’êtes bon qu’à ça – vous avez la razzia dans l’âme. Allez-y : servez-vous, blédardisez-le, faites-en le tiers-monde d’où vous venez, brûlez-le, et ruinez jusqu’à ses ruines. Vous êtes la Nouvelle-France, nous sommes les Vieux-Français : avant vous, nous ne criions pas quand nous étions heureux, notre musique n’était pas vos youyous, nos jeûnes n’étaient pas les vôtres. Nous aimions les visages, et nous aimions les regards ; nous représentions Dieu, et nous représentions les femmes ; nos joies n’étaient pas vos cris et vos pillages n’étaient pas dans nos mœurs ; nous aimions la beauté, et vous êtes laids.

Mais c’est fini : votre laideur a triomphé, vous êtes la Nouvelle-France. Chaque voiture brûlée, chaque attaque de pompier, chaque insulte, chaque viol, a été une défaite de plus. Nous avons eu le tort de confier notre destin à des salauds qui vous ont laissé nous envahir. Maintenant, c’est trop tard : vous avez gagné – plus rien n’est à nous. Alors, nous vous la laissons, notre patrie, avec vos cris, vos crimes, votre crapulerie, votre puritanisme de sous-développés, votre illettrisme, votre barbarie, vos mœurs crétines, vos djellabas de mon cul, votre Coran de mes couilles, votre connerie de ramadan, votre haine des juifs, des femmes et des chiens, vos combines de petits salauds, vos mauvais coups, vos deals de coins de rue, vos joints de bas d’immeuble, votre absence d’honneur, vos mensonges, vos vanités et votre lâcheté – vous avez gagné.

Nous avions une patrie, nous vous avons laissé la prendre. Trop de points-retraite, trop de vie à crédit, trop de confort, de mesquinerie et de compromis petit-bourgeois : nous avons été vaincus sans combattre – il est trop tard, désormais, tant pis pour nous. Et tant pis pour vous : votre Nouvelle-France, nous vous la laissons, elle n’est pas à nous, nous n’en voulons pas. Vous y serez seuls – avec les ailegébétéculs, les gays noirs en collants et les non-binaires aux yeux fixes de sardines à l’huile ; avec les Femen, les Schiappa et les désertées du Points G ; avec les fanatiques du tri sélectif et les végans hallal-compatibles ; avec les antiracistes arcs-en-ciel et les mielleuses d’Eurovision – avec tous ceux qui vous ont tant aimés, et nous ont tant haïs. Arrangez-vous entre vous : on va bien rire – ce sera notre seule joie. Vous avez mille ans pour égaler Chartres, Couperin, Pascal, Renoir et Proust – mille ans pour mourir. Nous, c’est fini, nous retournons à nos jardins – et ne vous en approchez pas : nos fusils ne sont pas en bois et nos chiens ne sont pas végans.


lundi 16 juillet 2018

Eugène et son tamis

C'est à Pierre Michon qu'on dit : « Tu écris avec la voix de ta mère. » Ou même : « Quand tu écris, tu as la même voix que ta mère quand elle te parle. »

J'ai conservé la voix de ma mère, car je savais que les voix disparaissent très vite, quand meurt leur propriétaire. La voix de mon père, par exemple, je suis incapable de m'en souvenir, alors que je vois très facilement son visage – mais sans doute est-ce parce que nous avons énormément de photographies des êtres qui ont traversé notre vie, alors que nous n'avons presque jamais d'enregistrements sonores, les concernant. J'avais demandé à ma mère d'enregistrer un poème que j'avais écrit – un poème exécrable ; mais peu importe. J'ai donc la voix de ma mère dans l'oreille. Je la garde.

Que signifie écrire avec la voix de quelqu'un, la voix de sa mère, en l'occurrence ? Une écriture peut-elle donner l'illusion d'une voix, d'un timbre de voix, d'une intonation, d'une élocution ? Pour pouvoir répondre par l'affirmative…

Ce sera un roman. Ça doit être un roman. Avant le stent, avant la thrombose, avant l'épiphanie des organes. La vie s'écoule encore un peu. Les abribus ont encore une fois flambé, comme les voitures, il y a eu un mort à Annecy. Avant qu'on en mette partout, il faudrait raconter un peu, remonter le temps, parler à travers le tamis des phrases. Eugène et moi, nous étions allés acheter un tamis chez Jacquier, à la quincaillerie de la rue Montpellaz. Il avait dit à sa belle-fille, Eugène : « Je vais le dresser, moi ! » Et sa belle-fille était allée raconter ça à son mari, horrifiée. Dresser mon fils ? Jamais ! Je n'ai pas entendu ma mère prononcer ces mots, mais c'est tout comme. Ils existent tout autant que ceux qu'elle a prononcés devant moi. Le Président lève les bras au ciel, il exulte. Mais comment papa avait-il réagi ?

Pour pouvoir répondre par l'affirmative, il faudrait croire ; or on ne croit pas toute la journée. Par exemple, là, en me levant, avec un mal de dos qui m'empêche presque de croire que la journée va être possible, je crois très peu, ou plutôt, je ne me pose pas cette question-là. Je reprends seulement l'enterrement, où en étais-je ?, ah oui, ils jettent des pelletées de terre sur le cercueil, et le fils veut les arrêter, ce n'est pas possible de jeter de la terre sur son père, comment va-t-il respirer, comment va-t-il voir, comment va-t-il entendre ? On ne peut pas faire une chose comme ça ; on ne peut pas se conduire aussi mal avec un mort ! Et pourtant il le faut. Et le fils se tait, il ravale ses larmes, sa rage et sa terreur. Il se dit juste qu'il va continuer à entendre la voix du père – qu'il le faut.

Ce matin encore, il sait que tout va aller très vite, comme les autres jours. Il y a une tombe en plein milieu de l'après-midi, à l'heure du goûter, qui lui fait signe, éternellement. Cette tombe, il l'enjambe ; mais de plus en plus difficilement. Et ce qui lui pèse énormément, ce sont les bruits du monde alentour : il voudrait ne penser qu'à ça, qu'à l'enjambement, à la voix qui le guide. Eugène, Jeanne qui l'appelait Mon p'tit, comme si elle voulait l'attirer dans un placard, et le père qui ne disait rien, ou seulement dans la chambre, à la mère.

Tous, ils vont répétant : « Tout est dit ! » Mais non ! Tout n'est pas dit, loin s'en faut. Il faut seulement commencer, c'est-à-dire retrouver les voix qui manquent. Ce monde-là, celui du football, celui des  festivités, du boucan, ce n'est pas le nôtre : rien ne nous prédisposait à cette rencontre. On ne s'y était jamais intéressé. Il pleut doucement sur le jardin, ce matin, on est torse nu, la nuit a été chaude, douloureuse. On entend vaguement les ouvriers, dans la rue. Tout va bien.

Être le gardien d'une voix, d'un corps, d'une présence, c'est tout le destin d'un homme. La veille, le silence, la patience : les heures données et jamais reprises. Rien n'est dit, tout commence.

Dans le tableau, les morts commencent à s'accumuler. Ça fait un tas. On a cru longtemps, avec une grande naïveté, que les morts étaient à nous, exclusivement, qu'ils étaient uniques, et singuliers, qu'on ne connaîtrait jamais qu'eux et que ça durerait toujours. Mais les autres morts contaminent les nôtres, comme les mots des autres contaminent les nôtres, comme les voix sont elles aussi contaminées par la rumeur. L'effet d'accumulation est terrifiant. Il faut à chaque fois faire place nette, déblayer le terrain et la langue. Tout est à recommencer, perpétuellement, sans relâche, si l'on veut retrouver nos morts dans l'atroce temps collectif qui s'amoncèle et rend les choses floues.

On n'aurait jamais cru, et pourtant c'est ce qui arrive. L'impossible de l'histoire rencontre chaque destin personnel, à l'abri des regards, le fracture, le ronge à l'acide, et l'individu qui se croyait tel voit sa vie s'éparpiller, se disloquer ; il peine à la saisir, à la tenir, à la prendre, à la garder, à la comprendre, car à chaque tentative de sa part, toute une histoire autre lui colle aux doigts et lui fille entre les doigt celle qu'il pensait le constituer. L'horreur du collectif braille entre les lignes et les brouille.

Entre deux égorgements, on devrait pourtant faire quelques phrases.

samedi 14 juillet 2018

Clitoris volants



– Alors, ce défilé militaire ?

– Défilé militaire ? Vous retardez. Ça n'existe plus, le défilé militaire !

– Mais enfin, pour le 14 juillet !

– En France, nous avons remplacé le défilé militaire par une pride des services de sécurité. Ça coûte beaucoup moins cher, et comme ça il y autant d'hommes que de femmes qui défilent, sans compter les trans, bien sûr.

– Plus de Patrouille de France ?

– On l'a remplacée par la Matrouille de France, des drones en formes de clitoris volants qui diffusent de la musique planante.

– Et si on vous attaque ?

– Nous ne sommes pas intéressés par cette dialectique agressive et guerrière. Nous n'avons pas d'ennemis, seulement des partenaires avec lesquels il nous arrive d'avoir des difficultés passagères. Nous réglons tout par la négociation.

– Très bien, alors que faites vous si, par exemple, des terroristes massacrent vos citoyens ?

– Nous cherchons les causes de cette agressivité pathologique, et nous en parlons avec nos agresseurs. Il faut les amener à s'interroger sur leurs motivations. Nous croyons au Dialogue.

– Mais si votre adversaire est sourd ?

– La science a fait beaucoup de progrès, nous disposons à l'heure actuelle de prothèses auditives très performantes.

– Une dernière question : avez-vous envisagé l'hypothèse selon laquelle vous seriez complètement con ?

– Je ne comprends pas votre question.

mercredi 11 juillet 2018

L'Étoile multicolore


Avant, quand vous alliez à la pisicine, par exemple, vous saviez à quoi vous attendre. Vous alliez forcément être en contact avec des hommes et avec des femmes.

Tout est beaucoup plus compliqué aujourd'hui. Vous pouvez avoir affaire à des hommes et à des femmes, certes, mais aussi à des transgenres, à des non-binaires, à des hommes qui sont des femmes, ou à des femmes qui sont des hommes, etc.

On peut se demander comment il faut faire pour les reconnaître : la vieille méthode, qui consistait à jeter un coup d'œil à la bosse du slip ou à celles de la poitrine, ne fonctionnant plus. 

Comme tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les deux vieilles catégories sont extrêmement susceptibles, je pense qu'il conviendrait de leur faire porter des badges distinctifs ou de les désigner par une couleur.

Évidemment, à première vue, on dirait bien que cela va très à l'encontre du principe de non-discrimination qui est pourtant à l'origine de tout ça. Mais, si je pense cela, c'est uniquement parce que je suis un homme, et qu'un homme est le plus mal placé dans l'échelle LGBTQ++. En tant qu'homme, comme chacun le sait, je suis dans les sous-sols de la grande pyramide des genres, je ne suis qu'une sorte de sous-homme sur lequel les genres supérieurs posent le pied pour grimper haut vers l'Arc-en-Ciel signalant la fin de la sexualité – et je ne suis pas seulement homme, et blanc, je suis en outre hétérosexuel et catholique (!), ce qui autorise les LGBTQ++ et les chenilles processionnaires à s'essuyer les pieds sur mon visage.

De même que les antiracistes qui, en voulant abolir la race, ont produit un racisme systémique qu'on n'avait encore jamais connu, le multi-racisme, ceux qui voulaient abolir toutes les discriminations ont introduit dans notre démocratie ménopausée une discrimination infinie et impitoyable qui génère des victimes (symboliques et réelles) à la chaîne. On s'est à juste titre offusqué de l'étoile jaune, mais jamais dans l'histoire de l'humanité on n'avait eu l'idée d'affubler les gens d'étoiles de toutes les couleurs.

Le sexe est la dernière race, quand toutes les autres ont été éradiquées par l'hyper-démocratie patibulaire qui sera notre tombeau. Chassez le naturel…

mardi 10 juillet 2018

Sonnet trébuchant


Vous pouvez (vous devez) acheter Double silence plein la bouche, le disque de Jérôme Vallet, la dernière production de Verre étiré et métal déployé.

Il coûte 15 euros, port compris. Les hommes peuvent payer avec de l'argent, c'est même recommandé. Aucun marchandage ne sera toléré. S'adresser directement au compositeur.


(Il est recommandé de l'acheter avec le livre Conversation avec Bruno Lafourcade)


S'adresser directement au compositeur : lillars@orange.fr

vendredi 6 juillet 2018

Écrire



« Je lis Simone de Beauvoir, c'est très daté, ça a vieilli. »

Possible, mais au moins Simone savait écrire des lettres d'amour, elle.

jeudi 5 juillet 2018

La sale gueule de l'hyper-morale



Ne croyez pas qu'il ne soit qu'un pauvre type inoffensif un peu raboté de l'hippocampe. Kivoudike Chuiunnome est un petit dictateur d'alcôve qui veut contraindre ses interlocuteurs à considérer attentivement ses pratiques sexuelles, ses désirs, ses fantaisies, et ses névroses, alors qu'on pensait bêtement s'adresser à lui comme à n'importe qui (être M. Raoul Lambda, c'est si banal, quand on peut elgébétiser la République et faire chier le monde entier en se posant en victime), qui veut les faire plier devant son identité au botox.

Les LGBT, c'est ça : des gens qui, quand on leur parle de nature, de ce que l'on voit, de l'apparence, et donc du donné, répondent « Moi-je » et « Ma-sexualité ». Mais on s'en branle complètement, de leur sexualité ! Ça ne nous intéresse absolument pas, de savoir comment ils empilent les escalopes dans leur chambre à coucher ! Et si ça ne nous intéresse pas, ce n'est pas du tout en raison d'une soi-disant pruderie ou d'un quelconque ordre moral – et encore moins d'une volonté de discriminer qui que ce soit (pour ça, ils n'ont attendu personne, ces tordus) –, c'est seulement parce que ce n'est pas intéressant. Mais ces gens-là sont tellement encombrés de leur sexualité qu'ils doivent sans cesse la mettre au centre des débats, et ils se sentent tellement incomplets qu'ils cherchent perpétuellement dans le langage quelque chose qui viendrait combler le vide qui les terrorise. Ça fuit de partout, dans leur cinéma intime. Être seulement ce qu'ils sont ? Accepter le donné, la réalité, le hasard, la génétique, le destin, la providence, l'héritage, la race, la vie un peu merdique et étrange, ordinaire et merveilleuse, banale et singulière, qui nous échoit ? Mais vous n'y pensez pas ! Ils ont la prétention de chaque jour se créer, veulent se tirer eux-mêmes par les cheveux des marais où ils barbotent, veulent être les égaux de Dieu, ces pitoyables pantins désarticulés qui portent leur si implexe et instable sexualité comme un furoncle sur le pif. 

Mais vous pensez peut-être qu'il est fou, ce pauvre homme ? Non, il n'est pas fou, pas du tout ; ou alors il l'est au sens où un idéologue l'est. Ces zozos bouffent de l'idéologie vingt fois par jour, et ils se goinfrent tellement que ça leur sort par les trous de nez, par les oreilles, par la bouche, et même sans doute par le trou-de-balle. Ce sont des boulimiques du discours-planche, ce discours qui leur permet de surfer sur la réalité sans jamais se mouiller. Ils se gargarisent de mots et de catégories parce qu'ils sont dépourvus du flegme ordinaire qui permet de faire avec ce qu'on a. Leur absence d'humilité n'a d'égal que leur absence de décence, la décence de celui qui sait qu'il n'est pas si important qu'il faille emmerder les autres avec ses problèmes de touche-pipi. 

La seule réalité que connaissent les elgébétiques, ces nouveaux paralytiques à subventions de l'hyper-morale en tranches, c'est la plainte rauque et ressassante de la Victime en CDI, le brame blême de l'Offensé institutionnel, qui ne trouve de jouissance que dans la matraque fantasmée du regard de l'autre : le Patriarche à tête de nazi. Quand je pense à nos Gueules cassées de jadis, qui se cachaient, elles qui avaient de vraies raisons de la faire, la gueule, j'ai envie de vider ma poubelle de phrases ratées sur ces porte-étendards multicolores qui glapissent dans nos rues comme des oies à qui on a coupé la tête. 

Tout bien réfléchi, on ne peut pas lui donner complètement tort, à Machin : Ça, un homme ? La question se pose…

mercredi 4 juillet 2018

Morsures & tonsures



Si vous donnez un avis, si vous faites état d'une opinion, si vous émettez un jugement, si vous affirmez un goût, devant quelqu'un qui n'a ni avis, ni opinion, ni goût, et qui soi-disant se refuse à porter un jugement sur quiconque*, vous pouvez être absolument certain que cette personne vous jugera immédiatement très prétentieux, très intolérant, très donneur de leçons, et dépourvu du moindre goût. 

Si vous démontrez à un aveugle qu'il ne voit pas, il vous accusera d'être sourd à sa singularité. 

Si vous suggérez à une morte qu'elle ne vit pas, elle vous accusera de vouloir la tuer. 




_________

(*) Ce qui bien entendu est complètement faux, mais c'est un détail.

mardi 3 juillet 2018

Les Options



En bons consommateurs, ils veulent avoir le choix, ils veulent pouvoir configurer leur vie et leur identité comme ça leur chante. Ça s'appelle la personnalisation – ou la liberté (ou encore la non-assignation). Ils veulent choisir leur religion, leur nationalité, leur patronyme, leur prénom, leur sexe (pardon, leur genre), la grosseur de leur poitrine ou de leur fondement, la couleur de leurs yeux, la forme de leurs organes génitaux, et même de quoi ils vont mourir. 

Ils ont tellement l'habitude d'acheter des bagnoles et des ordinateurs qu'ils pensent que tout fonctionne sur ce modèle.


lundi 2 juillet 2018

Avec l'assurance annulation



– BraKav Bonsoir !

– Bonsoir, c'est pour commander une évasion.

– OK. Vous êtes sur quelle prison, Monsieur ?

– Bois d'Arcy.

– Merci Monsieur. Ne quittez pas s'il vous plaît.

[Vivaldi]

– Monsieur, vous êtes toujours là ?

– Oui, je suis là.

– Merci d'avoir patienté, Monsieur. Alors, j'ai le menu sous les yeux. Nous avons trois forfaits aux choix, pour Bois d'Arcy. 1/ Hélico-Explosifs 2/ Tunnel à la mexicaine 3/ Émeute fictive. Je vous les donne par ordre de prix décroissant. Je précise qu'il y a une attente plus longue pour la 2. Avez-vous déjà fait votre choix, Monsieur ?

– Oui, je vais prendre une Hélico-Explosifs.

– Monsieur est connaisseur, c'est notre meilleur choix. Vous connaissez nos tarifs ?

– Oui, je suis déjà client chez vous.

– Très bien, Monsieur. Nous proposons un supplément pour Hélico-Explosifs, ça vous intéresse ?

– Dites toujours…

– Eh bien, une prise en charge à la descente de l'hélico, une arme de poing, des vrais faux papiers et quinze portables à carte.

– C'est combien, ça ?

– 7450 euros, Monsieur.

– OK, je prends.

– Ça nous fait donc un total de 31 450 euros, avec l'assurance annulation obligatoire. Vous réglez comment ?

– Bitcoin, comme la dernière fois.

– Très bien, Monsieur, j'attends votre mail de confirmation.

– No souci.

– Bonne soirée, Monsieur, et merci de votre confiance.

dimanche 1 juillet 2018

Pendant



Son problème, c'est que les problèmes avec ses ex commencent du temps qu'elles ne sont pas encore des ex.