Au jardin, six heures.
Réveillé et levé à cinq heures et demie. 25,6° au salon et 19,5° à l’extérieur.
J’ai rêvé des Macron, cette nuit. Ils se rendaient dans une ferme dans laquelle je me trouvais, et je comprenais, petit à petit, avec surprise, qu’ils connaissaient bien l’endroit et les propriétaires, que lui avait un lien biographique avec l’endroit. Quand leur convoi repartait (le président était en bras de chemise blanche) et que je m’écartais pour laisser passer les voitures, Brigitte Macron portait à la main un sac en plastique dans lequel se trouvaient leurs deux têtes. Mais ce n’est pas tant la présence des époux Macron qui était extraordinaire, dans ce rêve. Tout, dans cette ferme, était pour moi remarquable. Même les propriétaires, surtout les propriétaires, qui sont des gens que je connais vaguement, ici, me surprenaient par leurs aptitudes, leur manière de s’exprimer, leurs occupations, leurs passe-temps, qui n’avaient que peu à voir avec ceux que je supposais. C’était à chaque moment des sortes d’exploits dont j’étais le témoin. Comment ai-je pu ne pas soupçonner tout près de moi ce monde exceptionnel qui ne se cache même pas ?
Le soleil est bien là, ce matin, il est en train de se lever, tout a l’air normal. Tout est paisible. La Beauté en personne pourrait paraître devant moi, ou bien Babar & Céleste, ou encore ma tante Suzette, la pianiste, et prendre le thé avec moi, ce matin, que je n’en serais pas surpris. La journée qui s’annonce… Il faudrait couper tous les accès au réseau, occulter toutes les nouvelles, ne parler qu’au silence, à la rigueur à la page, et encore. Si je pouvais me taire, si je pouvais faire taire le dialogue intérieur, le vieux ressassement qui depuis l’enfance me tient la main et me tient lieu de personnalité… Être, seulement être.
Glenn Gould a rencontré son idole, sa « glace au chocolat » Elisabeth Schwarzkopf dans un studio d’enregistrement, en janvier 1966. On parle généralement de « rencontre ratée », car la séance fut difficile (d’après ce qu’on dit, mais sur ce point les témoignages divergent), mais le disque qui en a résulté est l’un des plus beaux que je connaisse. Ce que j’ignorais jusqu’à aujourd’hui est qu’ils n’avaient pas seulement enregistré les trois Ophelia Lieder de Strauss. Outre le célèbre Morgen, ils ont aussi enregistré Wer lieben will, muß leiden, de l’opus 49 et Winterweihe, de l’opus 48. Moi non plus, je ne pouvais rêver de plus belle rencontre que celle de ces deux artistes que j’admire plus que tout, que je fais plus qu’admirer, que j’aime.
Les longues phrases arpégées qui accueillent la voix de la soprano, qui l’accompagnent, qui lui font un lit profond…
Et demain le soleil brillera à nouveau,
Et sur les chemins que j’emprunterai,
Il nous unira à nouveau, nous les heureux,
Au sein de cette terre qui inspire le soleil,
Et vers la plage, vaste, aux ondulations bleues,
Nous descendrons calmement et lentement,
Silencieux nous nous regarderons dans les yeux,
Et sur nous descendra le silence muet du bonheur
« sonnenatmenden Erde » : la terre respirant le soleil
« des Glückes stummes Schweigen » : le silencieux silence du bonheur
Je lui ai écrit : dis-moi tout ce que tu ne dis pas. Ce qui signifie : rejoins-moi dans mon rêve. Ne passons pas sans voir, sans entendre. Ne parlons pas plus haut que le silence.
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L’été, c’est Christine, qui avait toujours un noyau de pêche dans la bouche, qu’elle gardait très longtemps, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien du goût de la pêche. Le minuscule est toujours plus grand que nous.