samedi 11 juillet 2026

Vendredi 10 juillet 2026 [journal]

 

Au jardin, six heures du matin.

Hier-soir, quand je suis monté me coucher, il faisait 28,5° dans le salon et 32° dans la chambre. Ce matin, en descendant à cinq heures et demie, il faisait 27,4° en bas — et 18,5° à l’extérieur, ce qui est déjà beaucoup mieux qu’hier. Pourvu que ça dure…

Le « sabi » japonais : Pour Suzuki, le Sabi est l’esprit de solitude éternelle qui est l’esprit du Zen. Cet esprit comprend des éléments tels que la simplicité, le naturel, le non-conformisme, le raffinement, la liberté, la familiarité étrangement mitigée de désintéressement, la banalité quotidienne voilée d’intériorité transcendentale.

En 1896, un journaliste écrit à propos de Jules Renard : « Jules Renard est un Japonais, et mieux encore, il est un Japonais ému. » [Barthes n’est évidemment pas d’accord du tout. (« Sa forme brève a pour ressort la frappe, ce qu’on appelle la frappe, et la frappe est tout à fait contraire au haïku. »)]

Barthes : « Chez les Japonais, j’ai toujours l’impression que la politesse et l’émotion se confondent. » Notation d’une justesse parfaite. (Il faudrait dire un mot de la pornographie japonaise…)

Paul Valéry : « Les poètes de l’Extrême-Orient semblent passés maîtres dans l’art de réduire à son essence le plaisir infini d’être ému. » (Ému : il faut entendre le mot « ému » (substantif) au sens de Barthes.)

Barthes : « Les animaux, certains animaux dont je vais parler, donnent le spectacle, fascinant, de l’affect pur, de l’affect sans mélange – et c’est pour cette raison que personnellement les chiens, notamment, m’intéressent et me passionnent ; parce qu’ils sont de l’affect pur : un affect sans raison, sans redans, sans inconscient, sans masque ; en eux l’affect se voit, dans son absolue immédiateté et mobilité ; observez la queue d’un chien : son agitation suit les sollicitations de l’affect avec une rapidité de nuances dont aucun visage humain, si mobile soit-il, ne peut approcher la subtilité. » Toute la digression sur les animaux est merveilleuse. 

Je continue avec La Préparation du roman, qui me plaît beaucoup. En lisant Barthes, ou, plutôt, en l’écoutant parler, puisqu’il s’agit de la transcription de son cours, on est inconsolable, comprenant trop ce qu’on a perdu, tout ce qui aujourd’hui serait complètement impossible à dire, impossible à parler, à discuter. Toute cette subtilité fait aujourd’hui ricaner les gros imbéciles toujours très contents d’être ce qu’ils sont. Barthes entre dans la langue, descend dans le langage, en éprouve les moindres recoins, en soulève délicatement des pans comme on le fait d’une étoffe, comme on entre en un vêtement. Il se meut dans le ténu, dans le difficile à dire, à exprimer, et même à ressentir, dans le léger, dans le presque-rien qui fait toute la saveur de la langue, qui la fait lever comme une pâte, s’ouvrir pour nous, et nous nous vautrons désormais dans l’Épais, le Lourd, le Bas, la Blague continuelle, le Ricanement, le Sale, du matin au soir et du soir au matin. Hier-soir avait lieu un match de foot entre la France et le Maroc. Comment est-il possible de s’intéresser à ça ? C’est un mystère. Déjà, dans l’enfance, le foot était pour moi le sport répugnant par excellence, mais aujourd’hui, avec tout ce qu’il y a autour de lui, avec tout ce qu’il charrie de vulgarité, de bêtise, de violence, de haine, de saleté, de négation de la culture et de la civilisation, je suis encore plus stupéfait de voir qu’il peut encore intéresser certains. D’ailleurs, Macron adore s’y montrer, ce qui n’étonne guère. C’est son truc, ça, le foot. Tout ce qu’aime Macron est laid, c’est un spécialiste de la laideur. Ah, on peut dire qu’il aura laissé sa marque, ce satrape. Il se surpasse, en ce moment, avec ses lunettes de soleil grotesques. Il profite à fond de ses derniers mois de présidence pour aller faire le mariole un peu partout dans le monde avec ses camarades dictateurs aux mains pleines de sang, on sent qu’il est dans son élément, il jouit, ça gicle de chaque cliché qu’on aperçoit. Il a même attrapé une démarche de loubard endimanché qui lui va comme un gant. Il saccage tout avant de partir, comme un sale gosse casse ses jouets pour que les autres n’en profitent pas. Même un Giscard, que pourtant je n’aimais guère, avait mille fois plus de classe et de finesse que lui. Ces comparaisons sont ridicules, je sais, mais c’est surtout pour éviter de penser à de Gaulle, et ne pas désespérer. Il fallait mourir en 2003, mon petit vieux ! On aurait évité Facebook et le smartphone, et rien que ça… 

La politesse et l’émotion se confondent… Écrire ces quelques mots aujourd’hui, en 2026, évoquer un monde dans lequel on peut parler de ça avec autrui, ou simplement lire La Préparation du roman, de Roland Barthes, c’est se condamner à se taper la tête contre les murs.