lundi 20 juillet 2026

Les brins [journal]

 


Six heures et quart, au jardin. 

Quand je me suis réveillé, ce matin à cinq heures, il faisait encore presque nuit. 27,1° au salon, et 22° degrés dehors. Le lundi est toujours un jour difficile. 

Agacement sur Facebook, où 95 % de ceux qui répondent à ce qu’on y dépose ne lisent pas, ou ne comprennent pas ce qu’ils lisent. C’est assommant, cette constante absurdité, ces dialogues qui n’en sont pas, qui ne mènent nulle part. Et si l’on a le malheur de leur faire remarquer, ils invoquent le « second degré », comme d’autres invoquent le Second Amendement, ou la plaisanterie. Pauvre second degré, pauvre plaisanterie… Camus en parlait l’autre jour dans son journal. Je sais, j’en ai parlé mille fois… Mais ça rend fou, cette absence de communication simple et véritable. Ils font les malins, toujours… Comme des cancres pris en défaut (de hors-sujet ou de contresens) en rajoutent, font les marioles et se vantent de leur cancritude, croyant se distinguer alors qu’ils sont exactement comme tous les autres. Ils sont si rares, ceux qui disent avec simplicité : je n’ai pas compris. Mais tout cela est parfaitement normal : comment espérer dialoguer avec des amateurs de foot ? Entre le sérieux de plomb et la blague (ah, leur foutu humour, bon dieu…), il n’existe aucun espace, aucun jeu. J’ai toujours envie de leur dire : surtout, ne parlez pas d’humour, vous parlez d’une chose que vous ignorez totalement. 

La nouvelle de Cortazar intitulée « Là mais où, comment » est vraiment extraordinaire. Enfin, je ne sais pas si elle est extraordinaire au sens où elle serait réussie, mais elle l’est parce qu’elle rencontre parfaitement quelque chose qui me hante : le territoire créé par les rêves, le reste qu’ils installent en nous, autour de nous. J’aime l’écriture de Cortazar parce qu’il n’essaie pas d’être impeccable. Ce qu’il nous dit tombe de ses phrases, ça ne coïncide pas complètement avec les mots et leur enchaînement, mais ça nous traverse pourtant, le sens qu’elles suscitent ne se laisse pas délimiter précisément, il est hirsute, erratique, mais souvent très puissant, il sait où se trouvent les points de contact avec le lecteur, et c’est impressionnant.

« Je ne vais pas continuer à perdre mon temps ; si j’écris, c’est parce que je sais, bien que je ne puisse pas m’expliquer ce que je sais (…) »

Dans le rêve que j’ai fait ce matin, ma mère « se lançait sur les réseaux sociaux » ! Elle était évidemment ridicule, comme on l’est quand on utilise un outil qui n’est pas adapté, qui restera toujours un masque qu’on n’applique pas sur le visage, mais sur une partie du corps qui va nécessairement le rejeter, le faire tomber, attirant l’attention sur ce qu’on aurait préféré cacher. 

« Pourquoi es-tu vivant(e) si c’est pour retomber malade, si c’est pour mourir une deuxième fois ? » 

Comme toujours au réveil, les images se dénouent, mais c’est justement parce qu’elles se défont qu’elles s’insinuent en nous, qu’elles s’incorporent, et qu’on ne peut plus les distinguer en tant qu’images, qu’elles cessent d’être des images et commencent une nouvelle vie, une vie métabolique. Plus on les oublie plus elles font partie de nous, silencieusement, jusqu’à rejoindre ce monde qu’on emporte partout, cette ombre portée qui ne nous quittera plus. 

Tous ces brins qu’on attrape, quand on écrit, qu’on essaie de retenir un instant, de nouer entre eux, pour en faire un décor ou un vêtement, qui ne sont jamais naturels, et c’est justement pour ça qu’on écrit… Parce qu’on sent bien que le naturel est en train de nous tuer, de nous asphyxier. Qu’il faut en sortir, que c’est vital. 

Sur Facebook, un type, furieux de ce qu’il vient de lire et qui me traite de « gros porc », finit son épais laïus par un : « Sans vous saluer. » C’est merveilleux. Il faut toujours aller voir les “pages” de ces gens-là. C’est là qu’on voit, qu’on sait. Parce que l’esthétique a toujours le dernier mot. Sa page est d’une laideur insigne et il multiplie les portraits de lui.