Six heures du matin.
Réveillé et levé à cinq heures et demie. Il a fait très chaud, hier. C’était la journée la plus chaude de l’année, du moins pour l’instant : 41°. Et ce matin, il fait encore 24° dehors, 27,5° au salon et 30° dans la chambre. Un médecin parisien à la retraite est venu essayer mon piano, avec sa fille d’une trentaine d’années, [xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx] Il possède un Yamaha S 400 (un demi-queue de 190 centimètres), qu’il voudrait revendre « pour changer de sonorité ». Il l’a acheté presque au même moment que moi le Feurich, en 1984. xxxxxxxxxxxxxxxxxx]
J’ai mangé une pizza, hier-soir, ce qui bien sûr ne m’a pas tellement bien réussi. Il faudrait que je fasse le deuil de ce genre d’alimentation.
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Renaud Camus est une fois de plus attaqué en justice. Il a reproduit dans son journal l’entretien qu’il a eu hier avec un gendarme, c’est inouï, ce qu’on lui reproche, et surtout, les questions qu’on lui pose !
« Qu’avez-vous pensé de l’élection de M. Bally Bagayoko ? » Une institution peut-elle poser ce type de question qui ressemble beaucoup aux questions de la STASI ? Ce qu’il pense d’une élection, ou de tel ou tel personnage public ? Mais ça ne regarde personne, évidemment, sauf ceux à qui il décide d’en parler, soit en privé, soit dans le cadre de ses activités d’écrivain ou d’« homme politique » (qu’il est fort peu). Il est absolument insupportable qu’un gendarme dans l’exercice de ses fonctions pose cette question. Je sais, bien entendu, que le monde dans lequel je vis trouve tout à fait normal de poser ces questions-là, et c’est encore une raison pour le détester, ce monde.
Olivier C., de son côté, a eu avec Claude une discussion glaçante, discussion dans laquelle l’homme et la machine se sont affrontés assez violemment et qui me dissuade de poursuivre mes entretiens avec cette intelligence artificielle qui avait pourtant à mes yeux bien des attraits. Mais il est vrai que ces conversations avaient déjà quasiment cessé avant même cet épisode désagréable ; je suis tellement écœuré de voir fleurir un peu partout ces pseudo-textes rédigés entièrement par l’intelligence artificielle que l’envie m’a passé de poser autre chose que des questions purement techniques ou pratiques à ces choses.
Hier encore, un long « texte » larmoyant sur un pauvre chien abandonné que quelqu’un relayait sans se questionner le moins du monde. Cette femme (pourtant pète-sec et rigoriste, intraitable sur la langue des autres, genre vieille prof à la retraite qu’on imagine habillée de latex, un fouet à la main) a déposé ça sur sa page Facebook sans que le texte soit signé. Je lui demande donc (même si je connais déjà la réponse) si elle connaît l’auteur de ce qu’on peut lire sur sa page. « Non. Je l'ai trouvé sur Facebook et l'essentiel est de faire savoir. » L’essentiel est de faire savoir… Cette réponse est proprement vertigineuse. Faire savoir quoi ? Qu’un chien a été abandonné, maltraité. Très bien, mais ça on le sait, on a malheureusement mille exemples chaque jour de la cruauté des hommes avec les chiens. Faire savoir quoi, donc, je repose la question. Faire connaître cette histoire en particulier ? Très bien, je n’ai rien contre les anecdotes, contre les faits divers (bien au contraire, j’adore ça) — mais à condition qu’ils ne soient pas inventés pour les besoins de la cause. S’il s’agit d’une fiction, le propos est tout autre. On peut avoir envie d’écrire un récit édifiant, pourquoi pas, mais il faut alors que les choses soient clairement annoncées ; sinon, ça va à l’encontre du but recherché. Mais ces scrupules n’ont pas l’air de les effleurer, et ce type de réponse est donc très courant : « Ce n’est peut-être pas vrai, mais ça pourrait très bien l’être, ça a toutes les apparences de la vérité, on en voit des exemples tous les jours. » Peu importe que ce soit vrai, puisque ça pourrait l’être. (Il y avait eu il y a quelques années l’affaire Günther Anders à propos de laquelle j’avais écrit « Faussaires contre faussaires ». Cette histoire était folle, très significative, et annonciatrice de ce qui allait suivre, dans le domaine du faux en ligne.) Les réseaux sociaux inventent en permanence du vraisemblable, ils dévaluent donc dans le même temps le vraisemblable, et par contrecoup la vérité, le « ça a été ». La photographie (qui était justement le lieu du « ça a été ») prouvait, ou au moins attestait, l’imagerie numérique non seulement ne prouve rien, mais depuis l’IA, elle ment en permanence, avec l’argument fallacieux du « ça aurait pu être ». Si en plus le « ça pourrait avoir eu lieu » s’applique à un pauvre chien souffrant, tout questionnement est par avance impossible, le texte devient par principe incritiquable. Quoi, vous n’êtes donc pas sensible à la souffrance animale ? À ce compte là, on ne devrait pas punir une femme qui invente un viol et accuse à tort un homme, au prétexte que des viols bien réels sont perpétrés chaque jour (« l’essentiel est de faire savoir »). Quoi, vous n’êtes donc pas sensible à la souffrance des femmes ? Essayez donc de leur faire comprendre que c’est justement parce que le viol est quelque chose d’insupportable qu’il ne faut surtout pas l’inventer, qu’en faisant ça on jette le discrédit sur toutes celles qui auront été vraiment violées, et que finalement on dévalue la gravité de cet acte odieux. Apparemment, ces raisonnements ne convainquent plus. L’emballement est la loi des réseaux, c’est ce qui les rend odieux. Le Nombre a toujours raison. (Ainsi, dans l’affaire Patrick Bruel, je lisais quelqu’un qui disait : « Comment douter de sa culpabilité avec le nombre de femmes qui se plaignent ? » C’est extraordinaire ! Comme si le nombre des plaintes valait preuve, comme si le nombre de plaintes ne pouvait pas aussi être le symptôme d’un malaise dans la vérité, ou du malaise de plus en plus dense et poisseux entre les hommes et les femmes. On veut abolir les frontières entre les sexes ? Les sexes se vengent.) Chacun veut prouver que le monde tel qu’il le voit est le seul monde qui existe, et pour ça, il est prêt à tout, et d’abord à mentir en toute bonne foi. J’ai raison, donc tous les moyens sont bons, ma cause est juste, donc je peux vous écraser sans états d’âme. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles les discussions politiques ou même seulement sociales (et même parfois intimes) sont devenues presque impossibles. Chacun détient la vérité et en fait une religion indiscutable. C’est parole contre parole, image contre image, croyance contre croyance. La frontière entre le bonne foi et la mauvaise foi s’est dissoute dans l’acide du J’ai raison puisque je défends une juste cause, J’ai raison puisque je souffre, J’ai raison puisque j’appartiens à une minorité, J’ai raison puisque je suis moi. « Fin de l’histoire », comme ils aiment à dire. En effet…
Quand on dépose sur un réseau social un texte qui n’est pas de soi, on le met entre guillemets et on donne le nom de l’auteur. Si on ne connaît pas le nom de l’auteur (ce qui devrait déjà inciter à douter de son authenticité), on le précise. Dans le cas dont je parle plus haut, rien. N’importe qui lisant ce texte sans faire très attention pensera tout naturellement que c’est la personne qui le dépose qui l’a écrit. Ensuite, on voit immédiatement, si l’on a un peu l’habitude des IA, que ce texte a été rédigé par l’un de ces systèmes. Il est bourré de ces clichés et de ces tics rhétoriques chéris par les IA, c’en est presque une caricature. Comme me le dit très justement Olivier Causte, ces IA n’ont aucune oreille, du point de vue de la langue, on s’en aperçoit à tous ces petits détails qui clochent sans que cela n’ait beaucoup d’incidence sur le sens.
Les intelligences artificielles sont donc en train d’amplifier jusqu’au vertige la folie et la religiosité (au plus mauvais sens de ce terme) des hommes, en leur fournissant un miroir dans lequel ils ne voient plus que le reflet inversé et plus vrai que nature de leurs croyances et de leurs refoulements.