Jardin, six heures et demie, non, sept heures moins le quart, déjà. Le soleil est levé, je l’ai dans les yeux, il perce les feuillages du fond du jardin. Je me suis réveillé plus tard, aujourd’hui, à six heures, j’avais mis le réveil, je rêvais, des rêves agréables, je n’avais pas envie de me réveiller, pas envie de me lever, mais j’ai pensé aux stations de métro, au jeu du métro, au plaisirs du métro. « Métro ». Promesses. Marie-Claude, Max Dormoy, Catherine, Philippe-Auguste, Chloé, Falguière, Lise, Chemin-Vert, Paula, Ledru-Rollin. Les genoux, les bruits, les lumières, l’odeur, l’attente. Les assis, les debout. Les regards, les escaliers. Je voulais à tout prix retrouver La Madone du Métropolitain. Je le veux encore. J’avais découpé l’article dans Libération. Je l’avais archivé soigneusement. Je devais la rencontrer. C’était en 1978, ou 79. Nous étions en hiver, ou non, plutôt en automne. 78 était sorti de 77, et 79 allait accoucher de 80. Une bonne partie de ma vie, peut-être la meilleure, s’est jouée là, dans ces quelques années, entre 77 et 80. Quatre années parisiennes, quatre années qui ont duré mille ans, qui durent encore. Il me faut y retourner. Ce n’est pas si loin, ce n’est pas impossible. Oui, c’est ça, les années sortaient les unes des autres, elles enfantaient des mois, des semaines, et tout ça se passait dans quelques rues, quelques arrondissements, ce n’est pas si compliqué, il doit y avoir un chemin qui y mène, encore aujourd’hui, même après le grand désastre, après la grande guerre qui a tout ravagé, même après la peste, même après la Grande Connerie qui s’est installée tranquillement comme si elle était chez elle, comme si elle était attendue. Tous les corps qui se trouvaient avec nous là n’ont pas pu disparaître, ils sont bien quelque part. Ils se terrent, c’est tout.
