dimanche 20 septembre 2009

Les Confessions (2)


J'ai connu une Malika, autrefois. Nous nous étions rencontrés sur le Minitel, où elle se faisait appeler Ambre. Elle habitait à Marseille, moi rue Linné, à Paris. Elle m'appelait parfois en pleine nuit, quand elle faisait l'amour avec un garçon, et laissait le téléphone décroché pour que j'écoute. Un jour de juin, elle a débarqué à Paris, sans prévenir. Elle m'a demandé de venir la chercher à la gare de Lyon, et nous nous sommes retrouvés quelques minutes plus tard dans un bar du boulevard Saint-Germain, où elle s'est empiffrée de gâteaux. Elle a dû en prendre trois ou quatre, on aurait dit qu'elle n'avait pas mangé depuis quinze jours. La bouche encore pleine de crème chantilly, elle m'a annoncé qu'elle voulait faire l'amour avec moi. Tout de suite. La rue Linné n'était pas loin, mais elle n'a pas pu attendre qu'on soit chez moi.

Message personnel n°12



Il arrive que je m'assoie près de moi, et que je discute. Pourquoi pas ? dis-je par exemple. Ou encore : que faisons-nous ? Ces questions m'occupent longuement. L'autre jour, de manière un peu exceptionnelle, je me suis demandé s'il fallait répondre à mes questions.

mercredi 26 août 2009

Savonnette impériale russe

J'ai bien connu Mademoiselle Lapompe. En ce temps-là je portais des bretelles.



(Je dédie ce billet à mon pote Jean-Mimi)

lundi 24 août 2009

Fermez les yeux !


« La plupart des solistes qui se produisaient au Birdland devaient attendre la sortie d'un nouveau disque de Parker pour savoir ce qu'ils devaient jouer. Que vont-ils faire à présent ? »

(Charles Mingus)


« Charlie Parker est arrivé. Puis Mingus qui a accordé sa basse. Et Bud Powell qui semblait totalement absent. Il était devant son piano, mais ne le touchait pas. Tout cela se passait dans l'indifférence générale… Il y avait beaucoup de monde du fait que c'était un samedi. Mais personne ne s'intéressait à ce qui se passait sur scène. Parker lança un titre à Bud Powell. Ce dernier joue l'introduction de "Little Willie Leaps", puis s'arrête de jouer. Mingus pose sa basse par terre. Parker le voit partir, et tout en jouant d'une seule main le rattrape et lui fait signe de continuer à jouer. Finalement, Bud Powell se retourne vers le public, tournant le dos au piano, les coudes sur le clavier, le regard "out of this world". Il se passait un drame ; le public était toujours indifférent. Parker, Mingus et Blakey ont joué seuls. Ils ont joué le blues. Avec un volume… comme des dingues. Moi je prenais des photos… Trois jours après, mon copain arrive et me dit : Charlie Parker est mort ! »

(Marcel Zanini)

« Mesdames et Messieurs, je vous prie de ne pas m'associer à tout cela. Ce n'est pas du jazz. Ce sont des malades. »

(Charles Mingus)


Le médecin revient chaque jour et pose à Bird quelques questions de routine et notamment s'il boit de l'alcool. Celui-ci répond, ironique : « Juste un verre de sherry, parfois, avant le dîner. » Au bout de trois jours, son état semble s'améliorer et on l'autorise à regarder Tommy Dorsey à la télévision. « Nous l'avons calé dans une chaise longue, avec des oreillers et des couvertures. L'émission lui plaisait. Bird était un fan de Dorsey. "C'est un merveilleux tromboniste", disait-il. Puis est venu le moment où les jongleurs faisaient voltiger des briques qui restaient collées ensemble. Ma fille demandait comment ils faisaient, Bird et moi prenions des airs très mystérieux. Soudain, ils ont laissé tomber les briques, nous avons tous éclaté de rire. Bird a ri bruyamment puis a commencé à s'étouffer. Il s'est redressé, a hoqueté deux fois, et il est retombé dans sa chaise. J'ai sauté sur le téléphone pour appeler le médecin."Ne t'inquiète pas, Maman, m'a dit ma fille, il va bien maintenant." Je suis allée prendre son pouls. Il avait la tête penchée en avant. Il était inconscient. Je sentais toujours son pouls. Puis il s'est arrêté. Je ne pouvais pas le croire. Je sentais mon propre pouls. J'essayais de croire que mon pouls était le sien. Mais je savais vraiment que Bird était mort. Au moment où il s'en alla, il y eut un énorme coup de tonnerre. »

(Baronne Pannonica de Kœnigswarter, in Charlie Parker, de Hugues Le Tanneur)


dimanche 23 août 2009

Respectitude (par-delà)

La région où je vis vient de perdre le président de son Conseil Régional : Alfred Zambert a succombé hier des suites d'un malaise cardiaque.

Centriste, humaniste, chantre de la décentralisation, européen convaincu, cet homme mériterait déjà d'être plus (re)connu, ne serait-ce que pour deux faits d'arme : d'une part, il pria toujours le Front National et autres émanations "buboniques" d'aller voir ailleurs ; d'autre part, inspiré par le droit local qui oblige assistance aux plus pauvres d'entre les pauvres, il créa dans sa bonne ville de Saverne un Revenu Minimum d'Existence, ledit subside devenu, en 1985, proposition de loi qu'il aura déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale - quiconque s'intéresse à l'oeuvre de Michel Rocard connaît la suite...

Respect.

Trouvé ça sur le blog d'un copain de Jean-Mimi. Lettres Libres, ça s'appelle ! « Cahiers libératoires, carnets limbiques et chroniques littéraires de Christophe Borhen Dissidences, errances, (ré)jouissances et résistances d'un auteur (presque) anonyme, libertin postlibidineux... » Je sais pas si vous voyez le truc. Dissidences et résistances, etc. Tous les mots y sont, je veux dire les MVA (mots à valeurs ajoutés) qu'il faut mettre en évidence (et au pluriel) pour faire partie de la bande aux culs de lune. "Lettres Libres", putain, alors qu'il n'y a pas plus comprimé du sphincter, pas plus chiasseux de l'encéphale, pas plus mou du pieu.

« L'œuvre de Michel Rocard », je sais pas si vous voyez. L'œuvre-de-Michel-Rocard ! C'est grand, ça, non ? Pour aller très vite, il y avait l'œuvre de Parménide, celle ou celui de Michel-Ange, celle de Beethoven, et puis celle de Rocard. On avance à grands pas, dans le monde de notre auteur presque anonyme qui jouit rien que du sentiment de sa folle liberté.

"Lettres Libres", putain… Ces gens-là, Monsieur, ils sont libres. Libres de répéter, de litaniser, de geindre en cadence, d'entonner en chœur mixte tous les refrains débiles du temps, comme les mutins de Panurge assermentés qu'ils sont. Michel Rocard et son œuvre. Alfred Zambert et son œuvre. Donc, les faits d'arme du camarade Alfred Zambert, outre son humanisme qui ne se discute pas, c'est le grand, l'énorme, le fabuleux courage qu'il a dû lui falloir pour bêler en écho de tous les auto-résistants (comme il y a désormais des auto-entrepreneurs), et brandir le passeport qui les vaut tous, celui de l'antifascisme citoyen et post-historique. Ces gens-là auraient le courage, je ne sais pas, moi, de se battre à mains nues contre une dangereuse mamie (nazie !) de quatre-vingt dix ans arc-boutée sur son déambulateur et qui les menacerait de son sac en plastique roulé en boule. Libertin, qu'il est, l'auto-résistant ! Ça c'est sûr, on l'imagine bien avec son petit phallus solidaire en plastique équitable. Je suis certain que toutes les lectrices de Georges sont déjà en train de mouiller en pensant au libertin libertaire libre de toute entrave et subversif comme la pluie.

Ah, les copains de Jean-Mimi, faut pas leur en promettre, hein ! Ils te révolutionnent le monde d'un coup de blog, comme d'autres vont aux chiottes, je vous raconte pas. 'Tention ! S'il y a (c'est un exemple) un "lepénisé-de-l'esprit" qui vient à passer par là, putain ce qu'ils lui mettent ! Mais d'abord, ils commencent par monter sur leur petit tabouret, et ils se collent le badge, vite, mais si, vous savez, le badge qui dit "Moi être Homme Bien faisant partie des Bons du Bien, moi Humaniste sensible et ouvert à l'Autre, moi Frère de l'Autre, moi ennemi de personne, enfin, surtout pas de l'Autre, quoi. Moi ancien Coupable Repenti et Gentil." (Il y a beaucoup de majuscules, sur leur badge, c'est pas de ma faute.) Tiens, un exemple de comment ils parlent, pour être concret :


J'ai passé l'après-midi dans le hamac installé en bordure de piscine, corrigeant quelques dizaines de pages d'une thèse (dont je ne dirai rien, ici, pour des raisons évidentes et facilement compréhensibles : il m'incombe d'informer mon étudiant de mes remarques, - ce sera fait le 1er septembre -, et non de me répandre intempestivement sur le Net).

Cette correction, vécue comme une corvée, je l'ai adoucie en l'interrompant à peu près toutes les trente minutes, m'accordant alors une diversion télématique - la consultation compulsive de ma mail-box et de mon (nouveau et récent) compte FaceBook.

Je sais, c'est assez dur à encaisser, deux paragraphes de littérature hard-discount à l'heure de la sieste, mais sinon on va encore me dire que j'invente. Ça parle comme ça, les auto-résistants en villégiature. Et encore, là, j'y suis allé mollo, on est à une heure de grande écoute ! Je le vois bien, le Jean-Mimi, à poil près de la piscine de ses potes, en train de se faire fouetter par un imam qui passerait par là. En plus l'imam il le prendrait pour un pédé, sûr. Au moins deux raisons de le tabasser. Mais Jean-Mimi il couinerait de plaisir maso en nous expliquant qu'on l'a bien mérité, que c'est la revanche des damnés de la terre, et tout. Salope ! Pédé de Français ! Intello de mes deux ! (C'est l'imam qui parle…) Va me chercher une bière ! (Oui, certains imams, paraît-il, sont hyper-ouverts.) Et notre Jean-Mimi toujours à poil de se dire : putain, merde, pendant que je cours au frigo, il va lire les mails de ma chérie ce con ! (Et puis faut voir les mails de Jean-Mimi, hein, c'est du hard, aussi.) J'arrive, Imam, j'arrive, mais il n'y a plus de bière halal, je vous prends un Seven Up ? L'autre, évidemment, il s'en branle que la bière soit halal ou pas, ce qu'il veut c'est mettre une branlée à Jean-Mimi, et profiter aussi un peu de la piscine, pour une fois que personne le voit. Bon, je développe pas, les vacances des profs, c'est pas toujours le paradis, faut pas croire.

Mais revenons à nos moutons. Donc, le Libre Penseur Libératoire et postlibidineux tient à signaler au peuple de France que M. Alfred Zambert n'est plus. Immédiatement, intervention essentielle de Bribri Gigi, la poétesse que les lecteurs de Georges connaissent déjà : « Vous avez bien raison de parler de cet homme dont j'ignorais l'existence et la mort. Mais la reconnaissance de qui oeuvre pour le bien est juste et... nécessaire. » Hein ! C'est envoyé, ça, non ? Bribri ne sait pas faire une figure essentielle de la typographie française, le e dans l'o (œ), mais on ne va pas s'arrêter à des détails insignifiants. Non, ce qui est fort, on va dire, c'est le "œuvrer pour le bien". Ça c'est himportant. C'est même assez hévident, j'ai envie de dire, mais bon, Bribri elle a peur de rien, elle fait assurément partie de ces gens qui n'ont pas peur d'affirmer, au péril de leur vie, des vérités subversives et controversées à mort. Genre qu'on est contre la mort, contre la maladie, contre la guerre, contre les méchants, contre les catastrophes. Et c'est pas tout, juste après, une certain Sophie Kafka ajoute : « C'est bon de savoir qu'il existe aussi des gens très bien qui font de la politique, au sens premier du terme. Merci Cricri. » Au sens premier du terme, elle croit devoir ajouter. On sait pas trop de quoi elle parle, et à mon avis, elle non plus, mais ça n'a aucune importance. Ce qu'il faut bien comprendre (comme on dit), c'est que notre bonne Sophie elle aussi elle fait partie des gens Bien qui œuvrent pour le Bien (même pour le très Bien). Merci Sophie. Elle doit être bien, la Sophie. Je l'imagine deux secondes, si vous permettez. Je sais pas pourquoi, je crois qu'elle doit être hyper-bandante, la Sophie Kafka, ouais, ça doit être un sacré coup au plumard, non ? Genre, elle est devant, à genoux, et elle te souffle : « Oui, mon Salaud, vas-y, œuvre pour le Bien, Georges, au sens premier du terme, hein ! C'est bon de savoir qu'il existe des gens comme toi qui me font de la politique jusqu'aux oreilles ! » Vous voyez le truc ! Moi évidemment, je peux pas résister, quand on me parle comme ça : je balance tout. Mais voici Vinosse qui entre dans la danse : « Un homme fréquentable sans aucun doute... Mais que faisait-il dans la galère sarkozyste ??? » (Un chieur, ce Vinosse, que vous vous dites, un qui fout la merde ? Mais non, vous n'avez rien compris. On va voir ça un peu plus loin.) Où l'on voit tout de suite comment fonctionne le cerveau de ces amibes. Imaginez un tableau avec deux boutons ; un rouge et un vert. Ils doivent sans arrêt choisir entre le vert et le rouge. Le vert c'est bien, le rouge c'est mal. De temps en temps — oh, rarement, on veille — une info est grise. Ils sont alors pris de panique : merde, Cricri, je fais quoi, là, putain chuis mal ! "Mais que faisait-il dans la galère Sarkozyste ???" + "Un homme fréquentable" = information grise. Observons l'amibe. On ne lui a appris qu'une seule chose : le monde est réparti en deux catégories. La catégorie du Bien et la catégorie du Mal. Plus simplement, le Vert et le Rouge. Quand une info grise arrive par mégarde à passer les mailles du chinois, souffle brièvement un vent de panique. Mais Big Mother veille : « @ Vinosse : juste question... En fait, il y était sans y être car se cantonnant à la seule Alsace... » Ah, ouf ! VERT ! Vert MALGRÉ Sarko ??? Oui, malgré Sarko. Mais nous sommes dans la complexité maximale du cogitum auto-résitant. Il va sans dire qu'une telle situation ne se présente qu'exceptionnellement. Tout est fait pour que l'alternative soit une alternative de niveau zéro, et c'est bien ce qui se passe : plus un individu vous parle de sa liberté, plus il y a de chances qu'il soit aussi libre qu'un humain l'est par exemple de respirer ou non.

Mais creusons encore la question. Pourquoi VERT MALGRÉ SARKO ? La réponse est toute simple. Il faut revenir au texte, comme toujours. « Il pria toujours le Front National et autres émanations "buboniques" ». Inutile de continuer la phrase, le MVA est là, il suffit à déclencher le sérum anti-info grise. Vous placez la séquence de mots "Front-National", plus loin "autres-émanations-buboniques", et la seringue se vide automatiquement dans le cortex auto-résistant. Le Vert est mis. On pourrait même encore simplifier : le syntagme "Front-National" + l'adjectif "bubonique" auraient suffi. Un ami policier me racontait tout récemment comment fonctionne désormais le standard de la police nationale, quand on compose le 17. La aussi le numérique (c'est-à-dire le binaire) a pris le contrôle. Le serveur réagit à des mots clefs, et à des séquences de mots-clés, à la manière du système "Échelon". Si vous ne prononcez pas les bonnes séquences, n'espérez pas voir arriver la patrouille avant le lendemain matin. Nos auto-résistants, les blogueux assermentés, avec leur cerveau uni-alternatif, fonctionnent de la même manière. C'est pourquoi la lecture d'un blog de mille pages peut se faire, si l'on connaît les MVA, en une minute trente chrono.

vendredi 14 août 2009

La jeune fille et l'amour



Présenté à Annecy, en avril 2009

(Pour Raphaële)

dimanche 9 août 2009

Le bar des anus

Machin et Truc sont maintenant AMIS. C'est comme ça que ça cause, sur Facebook. Machin a envoyé un chose à Truc qui l'a renvoyé à Bidule. Bidule a aimé la Chose de Machin, qui la renvoie à Truc. A communique à B que C est dans le coup, mais D qui lui n'y est pas est pourtant en combine avec B qui lui-même ne peut pas trop blairer D. Ça n'arrête jamais. Un truc de dingues. Les amis des fous sont les fous des amis, et plus on est d'amis moins les fous sont drôles. C'est un peu ça, Facebook. Je peux pas sentir ce machin. Déjà qu'Internet me débecte, que la blogosphère me fait gerber, mais alors Facebook, c'est l'entonnoir de trop. J'ai jamais été trop sociable, je ne suis jamais entré dans une boîte de nuit, par exemple, j'ai dû aller au grand maximum à dix "fêtes" dans toute ma vie, mais le social citoyen qui se déballe sous mes yeux sur Facebook, ça me donne envie de me pointer avec un couteau de cuisine. Le problème, c'est se pointer où ? Ces cons, ils sont nulle part. Ils ont trouvé le moyen de ne jamais disparaître, de s'incruster à vie, de nous pourrir la vie sans même qu'on puisse leur mettre une tarte. Saloperie de numérique. Je sais pas pourquoi je pense à ça, je me souviens d'un bistrot à Paris, qui s'appelle le Bar des Amis, mais la typo était mal fichue, ce qui faisait qu'on lisait toujours les Bar des Anus : question de jambes. Internet, ça me donne toujours l'impression qu'on est au bar des anus. Que des trous du cul. Incroyable, le nombre de trous du cul au mètre carré. Enfin, je dis au mètre carré, évidemment ça ne veut rien dire mais je me comprends. Tous ces cons déboutonnés et vulgaires qui jactent nuit et jour, qui nous racontent leur trucs vraiment pas intéressants, c'est sidérant, non ? On a envie de se boucher les oreilles, mais ça sert à rien, vu qu'on n'a plus d'oreilles, que toute cette jactance passe directement dans le sang, qu'on y est branché en permanence, qu'on le veuille ou non. En fait, c'est ça, on a le trou du cul grand ouvert, on est tous devenus pédés, et on se fait mettre vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des inconnus qui nous branchent même pas. Triste à chialer. Mais on peut pas chialer. Enfin si, on peut, mais tout le monde s'en branle, vu que tout le monde chiale à longueur de journée, sur ce bazar de mes deux. Chialer, jacter, hurler, causer, et même se taire, aucune différence, j'ai essayé, c'est la même bouillie qui sort du tuyau. Et si vous essayez de dire STOP, allez vous branler ailleurs, foutez-moi la paix, videz-moi, effacez-moi, rayez-moi de vos listes, eh ben non seulement c'est impossible mais en plus votre gueulante c'est la même chose que la bouillie des autres connards, c'est pas différent, vous êtes pris dans le torrent de merde et vous pouvez plus nager à contre-courant. De toute façon, même si vous aviez la force de nager dans l'autre sens, vous vous feriez baiser parce qu'il n'y a plus de sens, ils font ça à l'endroit à l'envers, ces cons, sans aucun problème, ils n'ont plus ni queue ni tête, c'est le cas de le dire. Putain, je veux pas être l'amis de ces anus, moi, je veux vraiment pas. Un même machin nous prend la température, nous envoie la purée, et nous relie au seul monde qui reste. Merde ! Plus ni queue ni tête.

mardi 2 juin 2009

Je ne saurais dire si le Gaudier vaut le Benthien


Une des choses les plus drôles qu'il m'ait été données de lire récemment. Un lecteur de Renaud Camus qui le remercie. Mais de quoi est-il remercié, Renaud Camus ?

Disons-le comme ça : un type n'écoute jamais de musique. Il ne sait pas ce que c'est, même. Alors, comme il est camusien, vraiment, il lit les livres et écoute les émissions de son idole. Jusque là, tout va bien. Donc, notre camusien tombe sur une émission où Renaud Camus, comme à son habitude, nous "fait découvrir" un compositeur que personne, ou presque, ne connaît. Franz Berwald, qu'il se nomme, le compositeur. Le Berwald en question est un musicien suédois du XIXe, qui a écrit, entre autre, des quatuors à cordes. Peu importe en réalité ; il est l'un de ces innombrables musiciens dont on ne se souvient pas. Je ne dis pas qu'on a raison, mais c'est un fait. Notre camusien n'ayant (il le proclame lui-même) jamais acheté un seul disque de musique, se précipite pour se procurer un disque de Berwald, dont il parle en ces termes :


Franz Berwald 1796 1868 Quatuor n 1 en sol mineur 1818 Quatuor n 2 en mi bémol (enregistrement de 1962) Hélas si c'est bien le Quatuor Benthien (en vinyle), ce n'est pas le Quintet N°1 en ut mineur. On trouve ce Quintet N°1 mais pas par le Quatuor Benthien, il s'agit du Gaudier Ensemble (en cd), le chef d'orchestre étant Marieke Blankestijn. Je ne saurais dire si le Gaudier vaut le Benthien.


Il n'y a vraiment que parmi les lecteurs de Renaud Camus qu'on peut trouver ce genre de cinglés extraordinaires ! Je ne parle pas du « chef d'orchestre », je ne parle pas des "naïvetés" que contient son message, non, je parle de la perversion extrêmement curieuse que révèle ce message. Imaginez : vous ne connaissez rien, mais alors rien du tout, disons à la peinture (mais si, ça peut arriver). Un Papa, passant par là, vous parle, je ne sais pas, moi, de Cristóbal Neverlost, au hasard. Vous allez vous précipiter pour acheter tous les livres qui traitent de sa peinture, vous allez prendre un billet pour New York, pour aller voir un de ses rares tableaux, vous allez passer trois jours à scruter Internet à la recherche du moindre indice sur Neverlost ? Oui ? Alors vous êtes mûrs pour le camusisme.

La chute est tout simplement fabuleuse : « Je ne saurais dire si le Gaudier vaut le Benthien. »

lundi 25 mai 2009

Les Résistants


Tout le monde se souvient de la photographie où l'on voit, côte à côte, les-trois-grands-noms de la chanson française, Brel, Brassens et Ferré. Ils étaient conviés à une émission de radio, ce devait être à la fin des années 1960. J'ai pu entendre tout récemment un extrait de la conversation qu'ils eurent ce jour-là. Il ne m'en reste pas grand-chose, à part ceci.

Le journaliste leur demande leur avis au sujet d'un groupe anglais de pop music, les Beatles. Brel et Brassens s'en tirent un peu hypocritement en bredouillant quelque chose comme : « Oui, c'est joli. » Intervient Ferré, qui ajoute : « Oui, et puis, je crois qu'ils sont bien, ces jeunes ! Je veux dire, politiquement, ils sont bien, politiquement ! »

(J'étais adolescent, lorsque les Beatles sont arrivés dans notre monde, avec leur petits complets de VRP de la culculturellerie. Je crois qu'on ne s'en est jamais vraiment remis, de ces quatre-là ! Comme ils ont bien annoncé l'époque qui allait venir ! En un sens, oui, ils ont été très importants, on ne peut pas soutenir le contraire ! Ils ont montré la voie au mauvais goût, lui ont donné ses lettres de noblesse, et je ne savais pas encore qu'ils allaient transformer le monde à ce point-là, qu'ils allaient porter l'adolescence au pouvoir !)


Ah, Léo, Léo, comme tu vends bien la mèche ! Comme surgit merveilleusement là, dans les quelques mots que tu prononces, toute la glue idéologique qui allait nous tomber dessus quelques années plus tard, et ne plus nous lâcher jusqu'à aujourd'hui ! « Ils sont bien. » Comme ce « Ils sont bien » dit parfaitement tout ce qu'il y a à comprendre ! C'est paradoxal, mais Ferré utilise le même langage que les bourgeois de mon enfance. « Ils sont bien. Ce sont des gens bien ! » ça dit qu'on fait partie du même monde. Ils sont comme nous ! Nous sommes comme eux. Tout va bien. Nous n'en étions qu'au début, on ne savait pas encore très bien comment gérer la chose, mais le principe était déjà clairement posé : faire partie de la bonne part de l'humanité suffisait… à se reconnaître, à s'admettre, à s'aimer. La politique consiste donc, depuis ces années-là, à savoir dans quel camp l'on se trouve, à partager l'humanité en deux : le bon et le mauvais. D'ailleurs, non, je me trompe, on ne partage pas l'humanité en deux, puisque ceux qui sont désignés pour rejoindre le camp adverse se voient privés de cet attribut, précisément, ils n'en sont pas, de l'Humanité. Il n'existe donc qu'un seul camp, le camp des saints. L'époque qui a jeté le christianisme avec l'eau du bain est sans doute une des époques les plus religieuses que la France ait connue…

À partir du moment où l'on décrète que "tout est politique" — et tel est le mot d'ordre qui a imprimé en creux sur toute cette époque son ombre détestable — il faut bien, en toute logique, que celle-ci, la politique, infecte toutes les catégories de la sphère humaine, obligeant les hommes à se déterminer, politiquement. Il est assez amusant que ce soit précisément à ce moment-là que le pacifisme (et son corollaire, l'antimilitarisme) soit devenu non pas une option, un choix, une manière d'envisager une réponse à une situation donnée, mais la seule possibilité qui s'offrait "aux gens bien". En effet, d'un côté l'on raillait l'engagement militaire, la défense du territoire, de la patrie, et de l'autre on prônait l'engagement militant comme plus qu'obligatoire, automatique, consubstantiel à l'état d'homme. "Choisir son camp", au sortir d'une période (la guerre) où il était compréhensible que cette simplification brutale et terrible ait eu cours (mais pour un temps limité), ceux qui n'avaient pas de mots assez durs pour "les anciens combattants", qui les méprisaient tranquillement et leur crachaient dessus nuit et jour, rejouaient à blanc et sans risques la farce du choix, premier et indépassable. De cette époque d'imbéciles vient la fortune carrée du terme de résistance.

J'en ai beaucoup croisés, la semaine dernière, de ces nouveaux "résistants", j'en ai croisés énormément. J'ai dû me farcir leurs discours de vieux cons vulgaires et stupides, leur démagogie révoltante, leur humour consternant, leur veulerie de poivrots, leur manière si particulière de penser que le monde entier ne peut que les aimer, que vouloir leur ressembler, que désirer être des leurs. J'ai dû entendre et lire leurs slogans piteux, écrits dans une langue racornie et fruste. Ils étaient venus en bandes, comme les loups de comédie un peu miteux qu'ils étaient, sont et resteront, vérifier que le monde en était bien resté aux bégaiements maladifs auxquels ils ont donné naguère ces tons rauques et criards. Quand j'ai vu l'affiche de la semaine, la merveille qu'on peut admirer plus haut*, j'ai compris à quoi je devais m'attendre. Que suis-je allé faire dans cette galère, me dira-t-on ? Eh bien mon métier, mon petit métier. Et pour pas un rond, en plus ! Je l'avoue ce soir sans détour : je suis un con.

Un des résistants chefs — je le nommerai Résistant-Moteur, car il m'a beaucoup répété qu'il "avait été moteur" —, un qui avait roulé sa bosse comme on dit, me tend fièrement les catalogues des expos qu'il a organisées. Je feuillette les ouvrages, parsemés généreusement de la "poésie" de Résistant-Moteur, poésie engagée bien sûr, personne n'en doutait je pense, et je tombe sur une peinture de Bernard Rancillac qui s'intitule : « Ulrike Meinhof », représentant le couloir de la prison de Stammhein où les membres de la RAF (Rote Armee Fraktion) étaient emprisonnés, et où elle se suicida le 9 mai 1976. Quand Résistant-Moteur voit que je m'arrête sur cette page-là, il croit bon de me signifier : « Ce n'est pas un hommage à Ulrike Meinhof, c'est une dénonciation de leurs conditions de détention. » Ne lui ayant rien demandé, j'imagine que cette précision était nécessaire, surtout lorsqu'on se trouve en présence d'un médaillon, en regard de la reproduction, dans lequel sont écrits ces simples mots : « À la mémoire d'Ulrike Meinhof » On peut disserter longtemps pour savoir où commence l'hommage et où finit la dénonciation, mais il ne faut pas prendre les gens pour des abrutis, cette toile est bel et bien un hommage à cette brave dame et à ses petits camarades tellement sympathiques et primesautiers. En me rendant sur le site de Bernard Rancillac, j'ai d'ailleurs pu constater que cette toile n'était pas la seule qu'il avait consacrée à cette grande résistante humaniste. Résistant-Moteur croit bon alors de me raconter comment il réussit à persuader les deux assistants de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'économie de Jacques Chirac, qui ne voulaient pas cette peinture dans l'exposition qui se tenait à Bercy. « Je leur ai dit, si vous censurez cette toile, demain matin vous avez deux pages dans Libé ! » Et nos petits conseillers, plus effrayés par les journalistes que par leur ministre ou leurs propres idées, si tant est qu'ils en aient eues, d'obtempérer, le doigt sur la couture du pantalon… Le pire, dans cette histoire tristement emblématique, c'est encore les quelques auteurs cités (convoqués, eux aussi, au parloir de la Résistance), que sont Heine, James Joyce, Charles Juliet, et… Czeslaw Milosz ! Pauvre Milosz, s'il savait dans quoi on l'embarque, quoi qu'il en ait ! Immonde récupération, scandaleux contre-sens, terrifiante bêtise (dans le meilleur des cas) ! Ces gens-là ne reculent devant rien. Ils se servent, comme des enfants voyous dans une boutique de bonbons. Tout est bon pour alimenter le mensonge dévorant de leur idéologie délétère.

À un moment de la conversation, Résistant-Moteur, me parlant du "thème" d'une expo, le sous-titre : « Sous-entendu : respect des différences, quoi ! » J'ai adoré cette explication. Et aussi la fine manière de l'amener : "sous-entendu" (tu parles d'un sous-entendu !)… Je ne pourrai pas citer de mémoire la phrase de Houellebecq, qui me plaît infiniment, et qui dit à peu près : « Comment peut-on aujourd'hui parler des Droits de l'Homme sans qu'il s'agisse d'un second degré, sans qu'on s'étouffe de rire ? » Eh bien si, ces gens-là parlent comme ça, sans le moindre humour, sans la moindre dérision, en ayant l'air de croire à ce qu'ils racontent… C'est proprement stupéfiant ! Respect des différences est un de ces syntagmes coulés dans le plomb, ou l'airain, "qui donnent envie d'envahir la Pologne".


Le soir où Georges a joué se trouvait dans la salle un saxophoniste de jazz de talent, qui eut ces paroles immortelles, avant que le cirque ne commence : « Jamais, JAMAIS, je ne jouerai pour Sarkozy ! » On voit par là le grand courage de ces résistants. Sans doute que le président de la République les harcèle de coups de téléphone, chaque jour que Dieu fait, pour les supplier de venir faire un set à l'Élysée, entre le jogging et le dîner, et pour les couvrir d'or à cette occasion. « Jamais ! Plutôt crever, seul dans une cellule d'isolement, comme ma sœur Ulrike ! »



(*) Bernard Rancillac adore le Che, apparemment, si l'on en juge par le nombre de fois où il l'a représenté, il est donc naturel que Résistant-Moteur (qui est "graphiste", faut-il préciser (les graphistes sont à l'art ce que les sociologues sont aux sciences humaines)) nous ait gratifié de son talent inouï, qui consiste (quelle provoc sublime, quel sens inouï du troisième degré et quart !) à affubler celui-ci d'un nez rouge et d'un smiley. Quand on pense qu'il existe encore des gens pour marcher dans ce genre de combines, pour trouver ça fun, ou rigolo, ou, pire, subversif !


En prime, Georges vous offre un petit extrait des affiches qui ornaient les murs de l'endroit où nous faisions les pitres.

vendredi 8 mai 2009

8 mai


Jour de la Victoire (1945). Mort de Flaubert (1880). Naissance de Keith Jarrett (1945). Mort de Luigi Nono (1990). Jour du lotus blanc. Jour des Fêtes johanniques d'Orléans (depuis 1430).


dimanche 19 avril 2009

Quoi ?

Pardon ?

(…)

Non, pas tant que je serai vivant !

(…)

Oui, c'est-à-dire que pris séparément, on peut les confondre, mais l'ensemble n'est jamais loin de l'idée.

(…)

Annecy ? Oui, c'est une jolie ville où il ne fait pas bon s'ennuyer.

(…)

À l'hôtel ? Ah, oui, si nous ne sommes pas ensemble, je pense que oui.

(…)

Elle est folle, folle à lier vous voyez, folle comme folle qu'on n'en fait plus. Après avoir épousseté les livres, elle est partie se noyer, gentiment.

(…)

Oh, ça ne m'étonnerait pas, vous savez. Si ça se trouve, on va l'apprendre par les journaux.

(…)

Il y a six ans, oui, six ans déjà.

(…)

Comme un âne, vous voulez dire !

mercredi 8 avril 2009

Robinets mal fermés

Le mari de mon amie, architecte bien bâti, et très virilement, parle ainsi : « Qu'ai-je à faire, moi, de vos bruits de chasse d'eau, de robinets mal fermés, de tout ce quotidien que vous nous imposez ? Le quotidien, je l'ai déjà chez moi, ce n'est pas ce que je demande à l'art ! » Heureusement pour nous, il n'aime pas non plus Pelléas, qu'il juge outrageusement mièvre et insupportable dans sa prosodie maniérée.

Mon amie est la fille d'un des grands écrivains du XXe siècle, l'un des derniers surréalistes. Elle sourit gentiment, ne prend pas parti, sa vertu moderne (et sa délicatesse naturelle) l'empêchant de suivre son mari, mais je sais bien qu'elle n'aime pas non plus la musique qu'il fustige avec ses mots de tailleur de pierres.

Chez eux on fait un excellent dîner.


Le problème, comme on disait de mon temps (qui réservait le souci à des pensées plus hautes ou plus intimes), est que ceux qui bricolent ces musiques de robinets mal fermés n'aiment pas non plus Pelléas et Mélisande. Ils veulent bien affirmer que Debussy-Ravel (c'est l'un de ces syntagmes figés qui leur évitent de connaître) c'est très bien, à condition d'ajouter qu'ils « ont influencé Bill Evans », mais ils n'ont pas l'air de comprendre que Debussy c'est aussi Pelléas, que sans connaître Pelléas on ne comprend pas grand-chose à Debussy, de la même manière que sans comprendre que Webern est un ultra-romantique, on ne peut pas l'entendre vraiment.

C'est toujours un peu le même procédé de pensée qui est à l'œuvre. On "aime" un art (un artiste) à cause de l'idéologie qu'on lui prête, de manière le plus souvent totalement anachronique et téléologique. Mélange de paresse intellectuelle et morale qui fait le lit de nos modernes engourdis.

lundi 6 avril 2009

Raymond Barre Phillips


Raymond Barre Phillips Chandler s'est arrêté devant moi. Ça alors ! Mais pourquoi ?

Autour de nous, la rue bruyante, froide, grise, malodorante. J'ouvre les bras, comme ravi de retrouver un vieil ami. Il porte un manteau, d'un beau tissu, mais qui me semble un peu court, un petit chapeau sombre, et des lunettes aux verres cassés. Il a l'air à peine surpris de ces marques d'amitié. « Sais-tu, Chérie, que… » Il ne me laisse pas finir, il entonne les premières mesures de la sonate pour basson et piano que je viens tout juste d'achever : ré-do-si, faaa, sol-la, et j'enchaîne par la partie de piano, comme je peux. Nous allons comme ça jusqu'au développement, puis nous nous saluons et il continue son chemin, comme s'il ne s'était rien passé. C'est d'ailleurs la pure vérité. Que s'est-il passé, hormis une rencontre entre deux hommes, comme il s'en produit tant chaque jour sur terre ?



samedi 4 avril 2009

Page 56


« (…) Ils peuvent s'éblouir du moindre signe d'allure et l'élever en royauté. [Ils] comblent les vides, hissent les choses et les êtres à la hauteur de leur regard. Seule tragédie, ils ne réalisent pas qu'ils agissent.

Eux, lucides en d'autres temps, contemplent l'autre sans savoir qu'ils l'ont ajusté, rehaussé, transfiguré. Ils aiment alors de passion, sentant obscurément qu'il n'y a hors de toute sagesse que celui-ci peut être regardé.

Mais un jour, amer, l'élu s'évapore sans grâce et se montre tel qu'il est : touchant roseau, enlacé à ses racines, ployant déjà sous sa propre courbe, roseau parmi les roseaux, chétive pousse qui se laisse happer et pointe sa hauteur désorientée vers le ciel, l'espace d'un hasard, dans l'instantané des grands vents. »

dimanche 15 mars 2009

France-Musique et la culture du tabac

Journal de huit heures, sur France-Musique, ce matin, 15 mars 2009. Premier titre, longuement développé : la mort du chanteur de variétés, Alain Bashung. Il est semble-t-il mort d'un cancer, ce qui arrive chaque jour à ces centaines de Français, ce qui a touché ou touchera chacun d'entre nous, au moins parmi nos proches. France-Musique, chaîne nationale… En principe dédiée à… la musique. Le papier du journaliste est écrit sur un ton hagiographique et solennel, pour un peu on se demande si cet Alain Bashung n'était pas chef de l'État, ou quelque chose comme ça. Mais non, être "chanteur" (précisons : chanteur de chansons), ou bien acteur, aujourd'hui, vous expose à des funérailles nationales. Déjà, à la mort de Serge Gainsbourg, avait-on dû subir ce genre d'obscénités interminables et invraisemblables.

J'imagine (je n'irai pas vérifier) que dans la blogosphère, ça va frémir et sangloter toute la journée, et certainement plus encore.

samedi 14 mars 2009

Laurent Dramaturgie Goumarre parle

« Pour une phrase de (Catherine) Millet, je donnerais tout (Richard) Millet. » (vendredi 13 mars 2009)

Georges aussi parle :

« Tais-toi, je t'en prie ! »


vendredi 13 février 2009

Vivre avec un animal




« Je le dis tout calmement : je voudrais les tuer ! »


lundi 19 janvier 2009

Revenons aux choses sérieuses


À midi, Luna est assise dans la cuisine, perdue dans ses pensées. Tout à coup, elle pète. Elle fait un bond d'un mètre, se retourne, et regarde l'endroit qu'elle occupait l'instant auparavant avec un étonnement inquiet.

Je ne peux quand-même pas lui dire qu'il ne s'est rien passé !

lundi 10 novembre 2008

Le théorème de Popper-Clitoris

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mercredi 5 novembre 2008

C'est décidé !


C'est décidé, je renonce tout à fait à me faire comprendre de mes lecteurs.

Donc, plus d'explications, plus de justifications, plus rien que le rien de Georges.

Tenez, par exemple : « Ah, le "Toutankhamon papa" est admirable ! » Vous aimeriez savoir pourquoi je copie cette phrase "admirable", ici ? Eh bien vous ne le saurez pas.


Hapax, le médicament pour les Georges.

vendredi 31 octobre 2008

Onze minutes pour cuire Georges


Le visage, encore. Si l'on plonge un visage dans de l'eau bouillante, et que l'on fait cuire à petit feu pendant onze minutes, qu'en est-il des théories d'Emmanuel Lévinas ? C'est le genre de questions que Georges se pose, depuis son réveil, ce matin. De quelle musique accompagner l'opération ? Est-ce que cela va sentir mauvais ? Qu'en pensera Luna ? Comme on le voit, la m-é-t-a-p-h-y-s-i-q-u-e est là, tout près, elle rôde dans la maison, elle envahit le jardin comme une brume sournoise et fuyante.



mercredi 29 octobre 2008

Identité de Georges avec lui-même

Le visage, le visage, le visage. Il paraît. Il paraît.



« Un macaron c'est très bon ou ce n'est pas. »

vendredi 26 septembre 2008

Le Réel et son double (2)

« L'homme numérique moderne est finalement l'être le plus créatif dans toute l'histoire de l'humanité. »

Voilà ce que ces crétins numériques croient pouvoir affirmer sans un clignement de paupière, sans s'étrangler de rire, sous l'œil attendri d'Isabelle Giordano, sur ARTE. Le pauvre type qui récite son catéchisme est Gerfried Stocker, le directeur artistique d'Ars Electronica, "un musée, un laboratoire expérimental, et un festival annuel dédié aux arts numériques". Ces gens, qui n'ont bien entendu jamais été des artistes, ne sont plus des humains. Je ne sais pas pourquoi on a cru bon de les laisser sortir de leur asile.

ARTE, ou la grande tartufferie de la Kulture.

Je veux m'adresser aux maquilleuses du plateau : Mesdames, qu'est-ce que cela fait de maquiller ces créatures ? Avez-vous eu peur ? Avez-vous droit à une prime spéciale pour approcher ces "créateurs de contenu" ? « Créateur de contenu », « producteur de contenu », il faut entendre toute la beauté de l'expression, toute la poésie de la chose… L'Homme, jadis, était lui aussi un "producteur de contenu". Vous savez, la chose dont il allait se débarrasser chaque matin, dans un lieu clos, dans ce lieu où même les rois vont à pied. L'Homme, jadis, n'était pas fier de produire ce contenu, et il estimait de son devoir élémentaire d'Homme d'aller vite s'en débarrasser, unplugged, sans en faire un plat. La logique de l'homme numérique, toute différente, il faut la chercher aux chiottes, ou dans les jardins du château de Versailles, ou chez Sotheby's, en ce moment. Mais je vous préviens : la merde, aujourd'hui, ça vaut de l'or.

Producteurs de contenu, ne tirez plus la chasse !

mercredi 24 septembre 2008

L'enfance de Georges (1)


Georges n'a pas toujours été vieux. Il fallait le voir traverser la campagne sur sa Chopine, les cheveux au vent, rasé de près, l'œil pétillant et le dos droit. Quand il arrivait sur la place du village, toutes les filles, toutes les filles étaient là, bruyantes, parfumées, rouges de plaisir, effrayées à l'idée qu'il descende de cheval. En ce temps-là, Georges ne s'appelait pas Georges. On l'appelait René.

Et pourquoi donc appelait-on Georges René ? Parce que pour naître il a dû s'y reprendre à deux fois. Ayant fait une première tentative en 1944, il n'avait pas réussi à dépasser les deux premières années d'une vie qu'il avait partagé avec Emmanuel, jusqu'à ce que la bonne le mette bêtement dans son lit de tuberculeuse.

mardi 23 septembre 2008

Torpedo afternoon

Chérie, n'en veux pas à Georges. Non, n'en veux pas à Georges d'avoir mis ta photographie sur son blog. Ce n'est pas la peine de lui en vouloir, Chérie ! Je t'assure, ça n'en vaut pas la peine. On appelle ça de l'illustration, tu vois. Souviens-toi, Chérie, quand nous étions enfants, il y a bien longtemps, on nous disait : "Un croquis vaut mille mots." Je sais bien que tu es pudique, je sais bien que tes seins, tu ne les montres qu'à Georges, mais, Chérie, mets-toi dans la peau du blogueur qui a une information à transmettre, une information de la plus haute importance. Tu me connais, Chérie, si ce n'était que moi, j'aurais expliqué, j'aurais pris le temps d'expliquer, avec des mots, avec des phrases, de quoi je voulais parler. Mais tu connais les blogueurs, toujours pressés, toujours zappant du clic, sur leurs planches à revêtement Téfal, ils n'ont pas le temps, les pauvrets, de comprendre, alors Georges, toujours serviable, pour ne pas les retarder dans leur course, Georges leur "fait un croquis". On appelle ça "illustrer son propos". Tu comprends, comme ça on gagne du temps. "Torpedoes", avoue que c'est joli, et que cette photographie illustre à merveille le propos de Georges ! Allez, Chérie, souris-moi, je te jouerai Dedicatoria, de Granados, si tu me pardonnes.



Et nous ferons comme hier comme toujours, nous jouerons à ne pas nous connaître, à ne jamais nous être rencontrés, et je te dirai, dans la rue du Pont sans besoin, devant la fontaine, vers la fin du jour, Oh, Mademoiselle, que vous avez de jolis seins, et toi, comme cent fois, tu me répondras, Monsieur, c'est vrai, Monsieur, mais si je vous les montre, c'est parce que l'eau sous les ponts a coulé depuis que nous ne nous connaissons pas, c'est ainsi et pas autrement, pierre qui roule n'amasse pas mousse, et moi, soulevant mon chapeau, je répondrai À la bonne heure, et ravi d'avoir pu vous rencontrer, Mademoiselle.

dimanche 7 septembre 2008

Dernière minute : La Culture vient d'être assassinée !


(Quelle bonne nouvelle !)


On vient d'apprendre, de source sûre, que La Culture a été victime d'un fou furieux, qui a vidé son blog sur elle, à cinq heures, au moment où elle sortait prendre le thé, en compagnie de MM. Lang, Joey Starr et Jean Voguet. Transportée d'urgence au Val de Grâce, elle n'aurait pas survécu à ses nombreuses plaies, dont l'une sans doute fut fatale, la plaie des blog.

Immédiatement, une cellule de crise a été mise sur trois pieds, cellule à laquelle participent bien névidemment les grands tracteurs du CimerMonde, on aura reconnu Carole Bouclée, Emmanuelle Bélard, Albert Jajart, Guy Dedos, Charles Sterling, Ariane Touchkine, Juliette Bidoche, Vanessa Parasol, Yannick Nokia, Muriel Bourin, Josiane Bamako, Richard Burninger, Jane Bikini. Ces grosses pointures de la morale ont voulu donner leurs organes, et même leur avis, et l'on a assisté à une surenchère de générosités à faire pâlir l'Abbé Fier : c'était à qui donnerait ses globules rouges, ses plaquettes de frein, son sérum La Ruche Posay, son haleine Chammel, sa transpiration inodore, sa diction, une rate impeccable, sa collection complète de Virginie Despentes, un foie normand encore en état bien qu'un peu éméché, un regard éperdu, une dizaine de dents tout juste implantées, une réplique de Cédric Klapisch, un iPod garni, deux poches de silicones garanties à vie, des cheveux en veux-tu en voilà, des tags encore frais, des anneaux clitoridiens à peine portés, et même une paire de Lobb neuves. Malheureusement, les médecins étaient formels, ce n'est pas avec ça qu'on pourrait la tirer d'affaire ! Celui qui a déjà reçu des éclats de blog en pleine face nous comprendra. D'autant qu'il ne s'agissait pas de n'importe quel blog, mais du blog… de Georges de La Fuly !

On avait fini par ne plus le craindre, on avait fini par penser que ses rodomontades et ses éternels grognements de 11h11 ne faisaient peur qu'à lui-même, que ses diatribes enflammées se s'adressaient qu'à un cercle très fermé qui n'entourait que lui… Mais Georges a tenu parole ! Que ne l'a-t-on écouté, lui qui avait toujours proclamé haut et fort qu'il allait en finir avec La Culture ! Depuis la grotte percée d'où il émettait ses utwas, il avait depuis longtemps pris La Culture pour cible. Mais celle-ci, persuadée de son immortalité axiomatique, n'avait jamais daigné accepter les gardes du mort que le CimerMonde lui avait pourtant instamment recommandés. UnaTomber n'a de cesse de ressusciter, et, à chaque fois qu'un obus tombe dans le carré des pseulos, comme il appelle drôlement son QG souterrain, on le voit sauter en l'air… de joie ! Georges est comme Vlado Poutin, il fait ce qu'il dit, mais il ne dit pas toujours ce qu'il fait.

À l'heure où je vous parle, en direct de la chapelle ardente qui a été dressée en catastrophe dans les jardins de l'hôtel particulier de La Culture, "L'Afriche", dans le onzième arrondissement de Paris, on peut voir une foule déjà dense se presser, malgré le froid et la pluie. La Tristesse est là, mais elle s'est fait accompagner de l'Espoir et de l'Utopie, et le trio, habillé par Karl McQueen, a grande allure, en un ensemble de sacs de jute incrustés de baies de coriandres fourrées d'un zest de prophylaxie citoyenne. Mais j'aperçois une grande dame, Madame Solidarité active, au bras de George Cloné, suivie de près par la Sirupeuse, dont on connaît les toiles révolutionnaires, brunes et blondes mousses de houblon dont la matière et l'imaginaire sont sans égales dans la production contemporaine. Klaus Sanpapier, toujours élégant, en shorts de soie sauvage et bottines rouges, trottine à ses côtés. Mais quelle est cette musique grandiose qui s'élève à présent, solennelle et subtile, aérienne et durable ? Jean-Michel Amphore, naturellement ! C'est lui, lunettes noires et figure attristée, aux commandes de ses machines multicolores et polyphoniques, qui délivre un grand message de paix, d'amour et d'espoir, accompagné de ses huit mille choristes de toutes les nationalités, qui s'avance, sur un char gigantesque décoré de symboles orientaux et berbères. Assis à côté de lui, le grand Zinedane Bisous, le regard noir, le cheveu rare. Je ne peux plus suivre, il en vient de partout, on me dit au casque que Sœur Sourire ne devrait plus tarder, et que Monseigneur Fayot est en route, sur son vélib. Quel festif, quel émotif, quel démocravie aux accents tousensemble on va dire !!! Quel granmoment, quel lien lié de liant, quel étonnant étonnement dépassant les clivages, fédérant les énergies, rassemblant les ressemblants de mémoire !!!

Pendant ce temps, d'importantes forces de police encerclent le Carré des Pseulos, la GUIGNE, le RAIDI, la Garde Culturelle, les Bobos Éclectiques, sont en état d'alerte maximale et prêts à se sacrifier, peut-être même à être blessés dans le feu du combat, et l'on voit de simples citoyens s'armer de boules de Noël…

… mais je dois rendre l'antienne, pour la plub. À pusse !

(Pour Madame Fanny Seguin)

lundi 1 septembre 2008

Le Cercle


Fondamental : La vie est entourée d'un cercle au-delà duquel l'homme ne peut aller, et qui le protège de la nuit et du vide. Sur cette image, il est encore là…

lundi 14 juillet 2008

Georges  d é f i l e


Ce matin, entre 11h10 et 11h12 exactement, Georges défilera avec Luna.

C'est tout un travail, ce défilé à préparer. Mais comme nous avons eu toute l'année, nous sommes prêts. La seule vraie difficulté consiste à réussir à marcher précisément à 111 à la noire. Comme vous pouvez le voir sur la photographie prise ce matin à l'aube, nous sommes en train de travailler dur.



mercredi 25 juin 2008

Ouin ouin ouin…

Après nous avoir expliqué que les questions du mal-parler ne lui semblaient pas du plus haut-intérêt, un blogueur musicolant qui passait parfois la tête dans notre bouge s'est dit vexé parce qu'on lui disait que, tout de même, censurer un commentaire de Georges au prétexte qu'il ne parlait pas "du plus haut intérêt qui soit" (les LIVRES ! les LIVRES ! ) était un rien énervant, surtout que le commentaire en question n'était ni agressif ni vexatoire, et qu'il faisait allusion à un billet du blogueur en question, ce qui est bien la moindre des choses pour un commentaire. Sur ce, le blogolian retire Georges de ses liens, pour le punir de lui avoir parlé avec franchise. (Je te l'avais bien dit, Georges, que tu finirais tout seul au fond d'un cachot !)Torniole !!!

Nous, chez Georges, on ne met pas de liens, sauf exception, quand il s'agit de blogueurs anti-blogueurs, et c'est bien la moindre des choses pour le blog de Georges, quand on en connaît la teneur. Lui, le blogartiste, il met des liens. Il fait ce qu'il veut, le blogueur délicat qui joue du Satie, à vrai dire, on s'en fout, mais alors on s'en fout. Et puis, à la vérité, Georges, sauf exception, il préfère qu'on ne lie pas. Il adore pas les liens, on va dire. Sauf quand c'est une poulette qui l'attache au radiateur.

L'autre, le Bon Blogueur, du haut de sa Grandeur aristocratique et artiste, il a puni vilain le méchant Georges. Depuis, on pleure, on pleure, mais alors qu'est-ce qu'on pleure, c'est pas croyable, on savait pas qu'on pouvait être malheureux comme ça. On a déjà mouillé le tapis, le clavier, le balcon, les draps, et cette après-midi on va aller mouiller la pelouse de nos chaudes larmes.

Ces blogueurs sont vraiment tous des cons. S'il savait à quel point ça nous fait plaisir d'être délié, l'autre alambic à charbon ! (Mais j'y pense : est-ce que Ginglose de la Tour nous a lié ??? Vrai problème, ça !)

AU FINALE, on n'est pas mécontent du 25 juin 2008. Que vienne demain !

Pour commencer (de rien)

Le rien, c'est le chien de la rime. C'est ce que nous apprenait Professeur Armand, à l'école du Lien. C'est une phrase qu'il répétait à l'envi, surtout après que son épouse Lisa était passée, sur le coup des trois heures, toute pomponnée, toute rose et souriante. Georges aimait beaucoup Madame Lisa. Madame Lisa aimait tout le monde, on aurait dit. Mais quand-même… C'est bien Georges qu'elle regardait avec ce sourire un peu étrange, étrangement gentil et pourtant étrange. Georges, quand elle lui souriait comme ça, il tournait la tête vers son copain de table et il faisait une bêtise. Quand elle était partie, ça sentait bon. Et toc, c'est là que Professeur Armand nous lâchait sa phrase qui ne voulait rien dire, avec un clin d'œil tout fier. À force, toute la classe la reprenait à la volée, ça faisait chorale. Un jour, par la fenêtre, on a vu Monsieur Tourte qui passait : il a fait un drôle d'air, et Professeur Armand est devenu tout rouge en faisant signe avec la main de nous taire vite fait, mais par en-dessous que l'autre le voit pas.

(…)

Cent onze


On savait bien que la vérité finirait par éclater !

mardi 24 juin 2008

Malentendus (4)

Les malentendus sont une chose essentielle et compliquée. On ne peut vivre sans, et on sait même qu'il vaut mieux ne pas essayer. D'un autre côté, trop c'est trop. Parfois l'on s'en amuse, parfois c'est la désolation qui l'emporte. Plus Georges fait de l'ironie, plus on le prend au sérieux. Il y a peu, il écrivait une petite note où il s'en prenait à Renaud Camus. À lire quelques commentaires, à en entendre d'autres, Georges se rend compte qu'à peu près personne n'a compris de quoi il parlait. Il ne va pas en faire une maladie, mais tout de même.

Le ton général du blog est pourtant clair, Georges n'aime pas la blogosphère, ni les blogueurs. Il a entrepris de leur parler, sans espoir d'être entendu, mais en faisant pourtant comme si c'était possible. Georges a toujours pensé que les coups les plus durs venaient de l'intérieur d'un système ; qu'il était plus efficace, même si beaucoup moins confortable, de critiquer un monde quand on en fait partie que lorsqu'on le regarde de loin. On peut s'absenter de la blogosphère tout en tenant un blog : c'est le pari de Georges. On peut singer les singes, et défaire ou déplacer dans la nuit les traits de la marelle à laquelle tous ces néo-humains jouent désormais, la bouche en cœur et la baïonnette à l'épaule.

Quand on disait ici "qu'il fallait dire" à autrui qu'il n'était pas (assez) cultivé, il fallait évidemment comprendre qu'il fallait le dire aux blogueurs, à cette population informe et spectrale qui opinionne à tour de blog, qui fait tourner ses grand bras mous au-dessus du Réel comme pour le protéger de lui-même et du terrible mal d'être vivant. Il n'est jamais venu à l'idée de celui qui se fait appeler Georges de dire à quiconque qu'il n'est pas cultivé, c'est évidemment grotesque, mais là, en ce cloaque sur lequel flottent quelques nénuphars égarés, je pense qu'il n'y a pas lieu de se gêner, en effet, et qu'il s'agit presque d'un devoir. Ce devoir répond à l'impératif des blogueurs de nous donner leur avis sur tout et sur rien ; se mettant à l'avantage sur cette scène-là, il est plus que normal qu'ils en aient, en retour, les (minuscules) inconvénients.

En conclusion, mon Cher Tanguy de Gentilly, je n'ai pas raison contre Renaud Camus, bien sûr que non, mais j'ai raison contre vous.

dimanche 22 juin 2008

Les Sympas parlent aux Sympas

Frédéric Martel, en procureur vétilleux du politiquement correct, note sur son blog la phrase suivante, qui se trouve "dans [le] triste opus [de Renaud Camus]" :

page 28 : "les Français d'ascendance française".

J'imagine que vous avez noté ce qu'a écrit l'infâme Renaud Camus, page 28 de son triste opus : les Français d'ascendance française !!! Je suis désolé, Monsieur le Procureur, mais c'est écrit, noir sur blanc ! (Noir sur blanc, encore une formule qui sent son colonialisme, ça…) "Les Français d'ascendance française", non mais vous vous rendez compte ??? Et c'est publié, par Fayard, en plus, une grande maison d'édition. On n'en revient pas, n'est-ce pas ! Y a-t-il des relecteurs, chez Fayard, on se le demande ! Des citoyens ? Des jeunes ? Des Humains ? On se prend à douter, Monsieur le Procureur ! Je vous le dis tout net, Monsieur le Procureur, si l'on peut, aujourd'hui, en France, en 2008, dans la Patrie des Droits de l'Homme, écrire que des Français ont eu (auraient eu) des ascendants français, alors, Monsieur le procureur, je vous le dis tout net, et je pèse mes mots, nous sommes au bord du gouffre ! Au bord de l'abîme, oui, parfaitement ! Moi, je me dévoue pour tirer la sonnette d'alarme (oh, remarquez bien que je n'ai pas de mérite, hein, je n'ai pas à me forcer), il faut faire des piqûres de rappel fréquentes, très fréquentes, aux Français, il faut absolument qu'ils revoient leur copie, qu'ils retoquent leurs opinions, leurs idées toutes faites pleines d'a priori reçus d'on ne sait où, peut-être bien de cette fameuse ascendance (hin hin hin) qu'ils voudraient s'inventer pour pouvoir discriminer, stigmatiser en rond, racismer à l'ombre de leurs platanes chrétiens ! Je me dévoue, disais-je, et qu'est-ce que je récolte ? Une fessée de Finkie ! Et une bonne, encore. Je vous assure, Monsieur le procureur, c'est d'ailleurs pour ça que je reste debout, il m'a pas raté, le salaud ! Enfin, moi j'ai la conscience tranquille, j'ai le nerf citoyen en paix ; même le cul en feu, je suis tranquille. Faudra pas venir nous reprocher, après, qu'on est resté inertes, nous les fonctionnaires de cet état immonde que l'Histoire jugera, plus tard. Je vous prie, Monsieur le Procureur, de bien noter tout ceci dans votre grand cahier. Je vous redonne la date : samedi 14 juin 2008, 8h58, juste avant Véro aux infos.


Frédéric Sympa Martel n'est pas gêné, en revanche, quand les Indigènes de la République parlent de la même chose que l'infâme Renaud Camus, en termes autrement crus, autrement dit, quand le vocable de souchiens fait surface, disqualifiant les mêmes que ceux qui ne peuvent exister, dans le petit monde tout bleu tout propre de Frédéric Martel, appelant à sa suite certaine image canine dont bien entendu il ne saurait être question, ni dans le In ni dans le Off de leur petit théâtre macabre, où tous les coups sont permis, à condition qu'ils viennent toujours du même côté.


PS. J'aurais dû intituler ce billet : "Page 28"

PPS. Sur le même sujet, un excellent article de notre ami Le Nouveau Réactionnaire

samedi 21 juin 2008

Malentendus (2)

Un jour, Georges écrivit ceci : « Une après-midi que je m'ennuyais, je me suis mis, pour me délasser, à réécrire Finnegans Wake, comme ça, d'un trait. J'ai fini avant le repas du soir. »

Il reçut ceci en réponse : « Je suis ébahi de ton jugement. », assorti d'un plaidoyer borgesien en faveur de Joyce…


Depuis, Georges n'ose plus écrire. Si même ses meilleurs amis ne comprennent pas ce qu'il écrit, alors que faire ? L'ambition de Georges est d'écrire le plus simplement du monde, pour que tout le monde puisse bien comprendre, et on le traite d'auteur difficile ? Il ferait du 44e degré renversable en spirale rétro-récurrente, sans le savoir ?

Dure est la vie d'un anti-blogueur !

vendredi 20 juin 2008

Malentendus (1)

Jamais les cultures n'ont été si éloignées les unes des autres. Elles ne dialoguent pas pour la simple raison qu'il n'y a plus de cultures ; elles sont le devenir tribal, ethnicisé, idéaliste, de la redéfinition démocratique du monde.
***
Si la littérature est soluble dans la démocratie, entraînant la dégénérescence de la culture en culturel, avons-nous d'autre choix que celui de nous absenter, de devenir des clandestins de la citoyenneté, des parias volontaires ?
***
« Comment, vous employez encore le mot de race ? C'est donc que vous êtes raciste ! » me dit en pâlissant ce très jeune écrivain.

Non seulement j'en use, ayant été élevé dans ce vocabulaire-là par des gens chez lesquels je n'ai jamais entendu nulle dévalorisation d'autrui quant à sa couleur de peau, mais je ne suis pas certain que les races n'aient pas besoin d'exister en tant que telles, ni que les autres races aient tant d'amour pour la nôtre qu'elles veuillent lui ressembler en s'y assimilant par le métissage. La différenciation est un plaisir incomparable et l'indifférenciation source de violence.


L'Opprobre, Richard Millet


samedi 14 juin 2008

Malentendus (3)

« — Vous dites la littérature morte, et cependant vous continuez à écrire et à publier !

— C'est maintenant que tout devient intéressant. Et puis, le fait de savoir qu'au-delà du ciel bleu il y a la nuit sidérale nous empêche-t-il d'accepter la loi primaire des saisons, la mesure humaine du temps et la perception poétique de la terre habitable ? »
L'Opprobre, Richard Millet

mardi 10 juin 2008

Ascèse barbare


"Le progrès et la barbarie sont si étroitement mêlés dans la culture de masse que seule une ascèse barbare à l’encontre de cette culture de masse et du progrès dans les moyens qu’elle met en œuvre permettrait de revenir à ce qu’il y avait avant la barbarie. "


Theodor Adorno, Minima moralia

Précis de bathmologie quotidienne

La bathmologie est la meilleure manière de montrer que deux "oui" peuvent être plus éloignés l'un de l'autre qu'un "oui" et un "non", ce qui, politiquement, aujourd'hui, devrait faire réfléchir nos chers amis les citoyens


+ Quand j'avais dix ans, le X avait un goût de X, parce que c'était du X. (1)

- Quand j'ai eu vingt ans, le X n'avait plus le goût du X, parce que ce n'était plus du X. (2)

+ Quand j'ai eu cinquante ans, le X a retrouvé (en certains cas) un goût de X, parce qu'on a ajouté un goût de X à ce qui n'était toujours pas du X . (3)


(Il va de soi qu'on pourrait appliquer cette séquence du goût et de la saveur à d'autres aliments que le X.)

Comme on le voit, la situation 1 est plus proche de la 2 (si l'on croit encore à la Réalité), bien qu'elle la contredise, et bien qu'elle soit facile à confondre avec la 3. En réalité, rien n'est plus éloigné de la proposition 3 que la proposition 1. Tout Cordicopolis est là, dans cette confusion des semblables qui ne sont que des simulacres. La réalité de mes vingt ans était frelatée, mais moins frelatée qu'une réalité qui frelate au carré, qui en repasse une couche. Une falsification (-) qui porte une pancarte, et une autre (+), ce qu'on appelle bêtement le virtuel, qui n'affiche pas la couleur, ou plutôt qui emprunte celles de la réalité qu'elle a vidé de sa substance. Plus ça ressemble, moins c'en est.

Les avaleurs de pilules d'aujourd'hui (les blogueurs, par exemple), les extatiques du Réseau, sont ceux qui aiment plus le 3 que le 1, ou qui l'aiment autant, ou qui pensent que tous les plus se valent. Ce sont eux, par exemple, qui parlent très fréquemment des "Trois Religions du Livre". Ce n'est qu'un exemple parmi mille. Ce sont eux aussi qui pensent que puisqu'on utilise le même mot, la chose reste la même (et même… qu'elle reste). Les avaleurs de pilules vous expliquent jusqu'à plus soif qu'il ne faut pas se braquer sur ce qui disparaît, puisque à la place, vient autre chose (sic). Ce sont encore les avaleurs de pilules qui pensent que puisqu'une chose est inéluctable, elle est forcément désirable. Ce sont eux, aussi, qui mélangent les catégories, les choses, les situations, les fonctions, les niveaux, les temporalités ; ils vous expliquent volontiers que tel "aliment" est bon pour ceci ou cela, qu'il contient telle vitamine, telle enzyme, tel oligo-aliment, etc. Ils ne savent pas, ou ils ne savent plus, que la nourriture ne sert pas à guérir, mais à se nourrir, et, pas du tout accessoirement, à faire plaisir, aux autres et à soi-même. Ils inventent des mots, par exemple "alicament", qu'ils trouvent super-intelligents, ils adorent inventer des mots, nos avaleurs de pilules, ils pensent que sans cette manie d'inventer des mots, la langue serait morte, pauvre, has been, etc.

Tout ça me fait penser à celui, sur un forum que je fréquente beaucoup, qui m'avait expliqué doctement que la bémol c'est la même chose que sol dièse. L'enharmonie est le lieu audible (et théorique) de la bathmologie à l'œuvre, dans l'art occidental. Et tout notre système harmonique est, bien sûr, basé sur le fait qu'un la bémol n'est pas égal à un sol dièse. La roue tourne rond, mais pas en rond.