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lundi 13 avril 2026

Ressuscitons Philippe Muray !


« Dans mon adolescence, la première fois c’était pas voulu. J’ai subi de plusieurs membres de ma famille des violences sexuelles.

— Sur toi ?

— Ouais. Sur moi, ouais. Depuis petite, des fois c’était quand j’étais toute petite, juste qu’on me forçait à embrasser la personne, ou à me toucher les fesses ou des trucs comme ça. Mais depuis petite, quand je dis petite, c’est primaire. Après, collège aussi…

— T’avais moins de dix ans, donc, quand ça a commencé ?

— Euh oui. Oui oui oui. Les tout premiers trucs un peu bizarres, mais c’était de plusieurs personne différentes. J’ai même des amis à moi qui ont… qui ont… enfin, de qui j’ai subi des agressions sexuelles.

— C’était donc au départ dans le cercle familial ? 

— Au départ, ouais. Ça a commencé comme ça.

— Que des hommes, ou il y avait des femmes ?

— Non, chez les hommes.

— Que des hommes.

— Ouais.

— OK. Des hommes en qui t’avais confiance au départ !

— Après, quand c’est la famille, t’as toujours confiance, en fait, t’as cette image de : la famille c’est la famille. On mélange pas tout, tu vois. Donc après, j’me suis dit “bon ben c’est pour rigoler. C’est une marque d’affection peut-être.” T’sais, quand t’es petit, t’as pas trop la notion du bien et du mal. On va dire que j’étais pas proche de mon frère, on s’battait tout le temps, c’est-à-dire, j’avais aussi cette crainte. J’me disais “qui va me protéger ?” Mon père il travaillait beaucoup, il était pas souvent là, on n’était pas forcément très proches. Ma mère, j’imaginais pas lui dire, enfin, tu vois, j’étais… Moi quand j’étais jeune, j’parlais pas beaucoup. Je jouais beaucoup aux Barbies, j’étais dans mon monde, mais j’étais, tu sais, un peu fleur bleue, Bisounours, moi, tout est bleu tout est rose. Un peu timide, gênée de dire les choses. J’étais, voilà, une petite puce, quoi. 

— Ces abus, est-ce que, en terme de fréquence, et en termes… j’ai pas envie de dire de gravité, parce que pour moi, déjà,toucher les fesses ou un bisou, c’est non, en fait. Mais est-ce que c’est allé plus loin ? Est-ce que c’est devenu pire par la suite ? Est-ce que t’as vécu pire ? Plus ? 

— Non, je pense pas avoir vécu plus, mais en fait, à chaque fois que ça arrivait, j’me disais “mais Loanne, comment tu sais… Ça va s’arrêter quand, à un moment donné ?” Parce que des fois, t’as la peur, au début, t’as la peur de dire “qu’est-ce que j’fais. Si je crie, si je me débats, qu’est-ce qu’il va me faire ? Est-ce qu’on va me croire ?” En fait, t’as cette crainte ! Et c’est-à-dire qu’au début, ben, t’es choquée quand il t’arrive ça. Quand c’est ta première fois, tu t’y attends pas. Tu t’dis, déjà, qui va me protéger ? Ben personne. T’es toute seule dans cette situation. Donc tu t’dis “tu te tais et tu laisses la chose se faire”. »



J’ai bien plus peur du monde que cette pauvre tarée nous promet que de la troisième guerre mondiale ou de l’Apocalypse que tous les excités de Facebook nous promettent pavloviennement jour après jour. Quand on écoute cette pauvre fille — et ne parlons même pas du merdeux complètement halluciné qui l’interviewe, il est pire qu’elle — on a le sentiment qu'elle est tout juste rescapée d’un camp d’extermination nazi, qu’elle vient d’échapper aux griffes de Mengele ou du Gang des Barbares. Mais quand est-ce que quelqu’un va les prendre par la main pour les emmener chez un psychiatre, pour leur révéler l’affreux secret : qu’ils sont complètement dingues ? Que le monde dont ils rêvent n’existe que dans une utopie délirante et malsaine, dangereuse et qui va les engloutir ? Que ce monde là fait un sort aux élucubrations délirantes de ces morveux en mal d’existence au lieu de s’occuper des vraies victimes dont tout le monde se fout, des vraies femmes vraiment violentées, vraiment abîmées. Demander à une enfant de moins de dix ans de « faire un bisou à son tonton », c’est une agression sexuelle ? Et même, oui, même, lui mettre une main aux fesses en passant comme on le fait avec la vache Ginette, ça va la traumatiser ? Pauvre chérie… Tu n’as pas assez reçu de beignes, c’est tout. Faire dire aux mots ce qu’ils ne disent pas est bien plus grave et bien plus dangereux que tous ces gestes rangés avec gourmandise au rayon Supplices et Sadisme du Grand Guignol contemporain. On n’en peut plus, de ces traumatisées de tout et de rien, surtout de rien, de ces Victimes-nées au cœur dur et à la tripe sensible qui n’ont que les mots « bienveillance » et « soin », « normalité » ou « inapproprié » à la bouche, qui n’ont jamais vu de violence que sur Tik-Tok, et pour qui la souffrance ultime consiste à être privés de smartphone plus de deux heures d’affilée. Mais ne vous y trompez pas, ce ne sont pas de gentils bambins plus ou moins débiles, de « petites puces » innocentes, ce sont de petites ordures élevées-sous-la-mère qui, si elles étaient mises face à de réelles violences, celles qui blessent et qui tuent, celles qui défigurent ou handicapent à vie, regarderaient ailleurs — elles ne les verraient tout simplement pas. Car elles ne voient qu’elles-mêmes dans le reflet de leurs écrans ; les Victimes, c’est elles, et personne d’autres. Ça ne se discute pas ! Elles sont nées comme ça. Point à la ligne. Ce crétin demande à Madame Victime : « Est-ce que t’as vécu pire ? Plus ? » Mais c’est impossible, voyons ! Y a pas pire, Ducon ! Ça n’existe pas, dans votre monde. Loanne elle revient de l’Enfer, quoi, si tu vois c’que j’veux dire. Tu voudrais inventer pire que le pire ? 

Les agressions, les vraies, les ultra-violentes, n’intéressent personne, personne n’en parle, ceux qui les subissent sont invisibilisés ou diffamés, ou fascisés, mais les agressions de Loanne ou de Jessica à qui « on a mal parlé » ou pincé les fesses remplissent les colonnes des journaux en ligne et alimentent H 24 les lives Youtube. Les vraies femmes, celles qui tremblent de sortir seules à Paris ou à Marseille, celles qui à 75 ans se font violer à l’hôpital ou chez elles peuvent crever tranquilles, elles peuvent se faire tabasser en plein jour, ça ne fera ni une ligne ni une image, quand tous les micros seront grand ouverts aux merdeuses (ou aux merdeux) qu’on a « forcé à faire un bisou à Tonton Gérard ». 

Elle vous le dit, Loanne, elle est un peu tout est bleu tout est rose, quoi, elle ne peut pas imaginer un monde qui ne lui ressemble pas exactement, un monde dont les lois n’ont pas été votées sur Instagram et validées par Kevin & Capucine, un monde dont les enfants (ou les « ados ») ne sont pas les procureurs sourcilleux et intraitables. Toutes les Loanne du monde veulent vivre exclusivement en tête à tête avec Loanne et son double, dans un enclos protégé des miasmes infâmes du Réel. Mais quand est-ce que vous allez comprendre, bande de crétins tétanisés par la peur de leur déplaire et par le conformisme victimaire, que ce monde d’enfants éternels est le plus violent qui soit, le moins vivable, et finalement le moins humain ? 

On me dit que toutes les femmes ont connu viols et agressions sexuelles — toutes. On répète ça comme vérité d’Évangile, sans jamais se demander en quoi consistent exactement les agressions sexuelles dont on parle. Si l’on inclut dans les agressions sexuelles ce qu’a subi la pauvre Loanne, alors oui, bien sûr, toutes les femmes ont été agressées sexuellement. Ça ne fait pas un pli. Pour ne pas affronter la réalité violente qui gangrène nos sociétés, on monte en épingle une violence de composition qui fait disparaître la vraie, qui la renvoie à la marge, et c’est ça, le crime, c’est renverser l’ordre des choses, c’est mentir en prenant la pose, c’est se rouler complaisamment dans la fange d’une souffrance d’influenceuse ripolinée pour ne pas avoir à parler des crimes qu’on a sous les yeux quotidiennement.

La pauvre fille à qui l’on tend goulûment le micro se prénomme bien sûr Loanne, ce qui nous remet en mémoire le génial Philippe Muray : « Toute sa connerie ornementée, toute sa prétention maniériste et violente, concentrée dans ce Y fatal en fer forgé dont elle a maquillé son prénom : Ysabelle. » Muray était sans doute le dernier à pouvoir parler comme il convient de toutes les Loanne d’aujourd’hui, qui pullulent, sauf que la pauvre fille dont il est question ici n’a peut-être même pas eu à mettre la main à la pâte pour se défigurer, ses parents se sont sans doute dévoués il y a bien longtemps. 

Seul un Muray pourrait aujourd’hui parler comme il convient de Loanne et de ses sœurs. Le pire, dans tout çà, est qu’on ne peut en parler à personne. On reste avec cette colère qui ressemble à du désespoir, et on ne sait pas très bien qu’en faire. Foutue époque… 

dimanche 15 septembre 2024

Les Femmes et les Enfants d'abord

 

L'abbé Pierre est une ordure, comme ça se disait déjà dans les années 1990 du côté de la rue de Birague. L'affaire est pliée, jugée, entendue. L'abbé Pierre a peloté des nichons sans défense, a embrassé des femmes-pures, a forniqué avec des saintes en leurs auréoles. Pierrot est un sacré numéro, avec sa bite dure et sa voix chevrotante, mais il a dû en faire bander plus d'une, j'en mettrais mes deux majeurs à couper. Il a fricoté avec des antisémites et s'est pris pour un Jésus au rabais. Bref, il n'en a fait qu'à sa tête, le curé de l'hiver et de la cloche. C'est un scandale en soutane qu'il fallait bien raccourcir un jour ou l'autre. C'était couru. Les furies aux dents rougies n'oublient jamais qu'elles n'ont pas assez joui. “Rage du cul fait passer mal de dents”, comme on dit. La passion de couper les têtes est immortelle, en France. On bave de loin, dès qu'un cou se profile sur l'étal. Mais à la différence des Sanson de jadis, les bourreaux d'aujourd'hui ne prennent aucun risque : ils coupent les têtes des morts, ils assassinent socialement, historiquement, symboliquement, numériquement, à distance et toujours en meute, sans se salir les mains ; ils condamnent et piétinent les faibles et les sans défense (quoi de plus démuni qu'un mort ? (« De vous, qui renversez les lois de la nature, / Qui, barbare, aux défunts niez la sépulture »)), jamais les puissants, jamais ceux qui sont en mesure de rendre coup pour coup. À l'époque de l'Idiot International, on était contre tout ce qui est pour, pour tout ce qui est contre. Aujourd'hui, ils sont pour tout ce qui est pour et contre tout ce qui est contre, pour tout ce qui incarne le Positif et qui tient le manche et la seringue, contre tout ce qui refuse et renâcle, ou regrette, ils n'affrontent que les perdants de l'histoire et de l'Histoire, encalfeutrés et botoxés de Justesse derrière leurs écrans imperméables aux miasmes de la réalité, sordide comme il se doit, impure et trouble, mêlée, impropre aux simplifications qu'aiment ces suaves et intraitables chevaliers du Bien. Comme toujours, les terroristes sont des êtres hyper-moraux dont la Justice est le seul bréviaire ; les lâches et les ordures prennent la pose du Juste car ils savent que la meute dominante les absout par avance. Le stratagème est que les majorités hurlantes se font passer pour des minorités piétinées, les bouchers pour des agneaux, la racaille pour l'élite, le fort pour le faible. C'est au nom du bien qu'on torture sans péril, c'est au nom de la faiblesse qu'on cogne sans entraves sur les victimes expiatoires désignées par l'air du sang. 

Sur « l'affaire abbé Pierre », je n'ai lu qu'une seule parole délicate, digne et élégante, celle d'une femme, une inconnue d'un certain âge, sur un réseau social, qui expliquait que si l'abbé, dans sa chambre d'hôpital de vieillard cacochyme, s'était laissé aller à malaxer maladroitement ses seins, elle lui aurait volontiers accordé ce petit plaisir sans se sentir agressée ou réduite à la fonction d'objet sexuel, sans se croire obligée de prendre la pose de la Victime, de la femme souillée et détruite. Mais l'on sait bien qu'écrire ce genre de choses expose immédiatement aux pires accusations, au minimum à celle du crypto-complice. Qu'il ait caché des enfants juifs, qu'il ait été résistant, « l'Insurrection de la bonté » durant hiver 1954, rien de tout cela ne compte. La seule chose pertinente, c'est : comment s'est-il comporté vis à vis des femmes ? Le reste n'intéresse pas. Tu touches un nichon tu vas en enfer. Point barre. Tu crois être protégé par le tombeau ? Gros naïf ! On ira te chercher parmi les vers et la cendre pour te traîner au Tribunal des Vertueuses de la Vengeance Éternelle. Pas de prescription, fût-elle biologique. Rien de tout cela ne tient devant l'exigence de Réparation du Nichon Glorieux. 

Je n'ai pas de sympathie particulière pour l'Abbé, Pierre ou Paul, icône ou salaud, mais j'ai une antipathie franche et brutale pour les justiciers anachroniques, pour les redresseurs de torts d'outre-tombe, et pour tous ceux qui luttent toujours à contretemps en se regardant dans le miroir, sans égards pour le pardon et l'oubli, sans considération pour l'humaine humanité, faillible et imparfaite. 

Le Morveux-roi et tout-puissant, ou la Morveuse, en l'occurrence, qui aurait terrifié tout homme normal de l'époque historique, c'est-à-dire tout individu éduqué, passé par les mains caleuses d'un père et d'une mère normaux, eux aussi (c'est-à-dire éduqués) a reçu une fessée et un verre d'eau sur la tête. La France unanime se dresse dans une apoplectique réprobation. On ne touche pas à l'Enfant ! Le Sacré du Sacré, le sommet de la pyramide inversée, le Corps Glorieux du Nouveau-monde. La Brailleuse complètement cinglée qui rendrait fou n'importe qui n'a pas eu le cerveau complètement lavé par les Nouvelles-Folles associées s'est pris une claque sur les fesses : déclaration de guerre immédiate et totale, Hiroshima psalmodié de l'Indiscutable : lance-flammes pour ceux qui ne supportent pas ce monde de tarés, et qui osent réagir comme on l'a fait durant des siècles. Pourquoi cette merdeuse a-t-elle reçu une fessée ? Tout simplement parce qu'elle n'en a pas reçu à la maison, ou, si l'on préfère, tout simplement parce qu'elle a des parents qui n'en sont pas, et qui croient pouvoir se délester en toute bonne inconscience de ce fardeau sur autrui. Pardon, mais moi, ce que je vois, ce que je constate, ce qui me crève les yeux, c'est que les Merdeux et les Merdeuses, qu'ils aient trois ans ou douze ans, qui nous pourrissent l'existence partout et toujours, à l'école, dans les trains, dans les salles d'attente, dans la rue, dans les magasins, dans les cinémas et les salles de concert, ont commencé à exister à partir du moment où ce dogme de l'Enfant-sacré s'est répandu dans la France des années 70. Enfants de la télé, enfants de la pilule, enfants du Web, enfants doltoïsés, enfants de 68, enfants admirés, enfants des mères sans pères, enfants-pas-touche, enfants-des-droits, enfants sans péché, enfants de la-construction-du-savoir, enfants enfin qui nous enseignent la vie et qui portent en eux la Vérité non construite, non-dialectique, la vérité idéale et spontanée qui sort de son puits en gueulant. Je le sais bien, qu'ils ne sont pas coupables, puisque les coupables sont les parents ; mais la maitresse, elle, n'est pas face aux parents. C'est elle qui devient folle à devoir supporter ça, et c'est elle vers qui va ma compassion immédiate, même si c'est une conne et qu'elle est sans doute aussi responsable que ces parents qui n'en sont pas quand elle est chez elle face à sa propre progéniture. Car tout se tient. J'ai eu cet âge-là, figurez-vous, j'ai reçu des fessées et des gifles, de la part des parents, des maîtres et des maitresses, et je me fiche pas mal de savoir qu'on va me trouver simpliste et de parti-pris : non seulement je n'en ai pas été traumatisé, ni blessé, mais j'éprouve de la gratitude envers ceux et celles qui ont levé la main sur moi. De la part de mon père, une seule fois, une gifle. Il faut dire qu'il n'avait pas besoin de ça pour que son autorité se manifeste. Le ton de la voix et le regard suffisaient. Ma mère, en revanche, avait la main leste. Je me rappelle encore la gifle magistrale, à tous les sens du mot, d'un instituteur, en CM1, je crois, au tout début de l'année scolaire. Quelle introduction ! Ce maître, qu'on surnommait « Tape-dur », je l'ai beaucoup aimé, et ce fut réciproque. Jamais il ne serait venu à l'idée de mes parents d'aller le voir pour lui reprocher son geste. D'où vient le « on ne frappe pas un enfant » ? Quelle légitimité a-t-elle, cette injonction, au regard de l'histoire et de la civilisation ? Qu'a-t-il produit, surtout, ce dogme ? Comme toujours, le Moderne est incapable de se regarder autrement qu'à travers ses propres yeux, de se juger autrement qu'avec les idées et principes qui sont les siens, incapable en somme de se décoller de lui-même et de son époque, ne serait-ce qu'un instant, d'avoir un regard comparatif, c'est-à-dire non-absolu, historique, humble. Tout partant de lui et tout y revenant, il est parfaitement logique que l'enfant partage avec lui cette tautologie en actes. 

En réalité, pourquoi l'adulte d'aujourd'hui ne veut-il plus lever la main sur l'enfant ? Parce que l'enfance n'existe plus. Les néo-parents voient dans leurs enfants leurs doubles. Ils refusent donc d'en venir aux mains avec eux-mêmes car ils ont été eux-mêmes élevés dans ce sentiment de la Fragilité principielle. L'enfant est déjà achevé avant d'avoir été élevé. Il est complet avant d'avoir été instruit. Les parents d'autrefois n'étaient pas nos copains. Il y avait des générations et donc des conflits de générations. Nous étions séparés de nos parents, même et surtout quand ils nous aimaient. C'est ça, qui compte, c'est la séparation, c'est la frontière, c'est la non-coïncidence. Mais ça c'était du temps qu'il y avait des classes sociales, des classes d'âge, des temps historiques, du temps discontinu, des frontières, des discriminations, des sexes, des âges, des disciplines, du remords et de la honte, de l'antagonisme, du temps que l'homme essayait encore d'être ponctuel et d'avoir une parole, une parole d'homme. Tuer le père n'est possible que s'il y a un père (et pas un papa). Comme il n'y en a plus, les enfants se tuent eux-mêmes et nous tuent par la même occasion. Les parents ne veulent plus de conflits avec leurs enfants, en conséquence de quoi le conflit s'est généralisé. Et ça hurle dans tous les sens, partout, constamment. Belle victoire pour ceux qui n'ont que le mot « respect » à la bouche ! En définitive, c'est toujours la même histoire qui se répète : on ne veut plus de conflits, plus de violence, plus d'antagonismes, plus de Négatif, on les interdit, on les éradique, et la violence, le conflit et la guerre de tous contre tous prolifèrent, s'étendent à tous les domaines, envahissent tout. Ça ne rate jamais.

L'abbé Pierre est une ordure parce que TOUS LES HOMMES SONT DES ORDURES. Je viens de regarder une séquence télévisuelle absolument extraordinaire, terrifiante et exemplaire. Je dis extraordinaire, mais justement, elle ne l'est pas, extraordinaire, car si elle l'était je n'en parlerais pas. Elle reflète l'ordinaire, la norme, le canon, au contraire, et c'est précisément cela qui est terrifiant. Manon et David se rencontrent en 2015. Entre eux, c'est une évidence. David, en couple à l'époque, quitte alors sa compagne pour s'installer avec Manon. Quatre mois à peine après leur rencontre, le petit Ethan vient concrétiser leur amour. Le jeune couple se fiance et déménage à la campagne. Une vie idéale pour une vie de famille qu'ils comptent bien agrandir. Le 12 mars 2018, Manon, folle de joie, annonce à David qu'il va être papa pour la seconde fois. [Applaudissements.] Manon se rengorge devant les caméras. Brune, jeune, les cheveux longs et bouclés, assez mignonne, mais infinie tête-à-claques. « Vous êtes très beaux tous les deux. Vous ne voulez pas venir nous rejoindre, David ? J'ai envie de vous avoir avec nous. » Le David en question, la petite trentaine, brun, barbu, polo bleu, les épaules basses, marche comme un condamné qui rejoint son box. Il va comparaître devant les Femelles. Il s'asseoit à côté de sa femme qui lui attrape la main gauche et la place entre ses cuisses bien serrées, doigts enlacés. La journaliste « salue le courage de David » et dit que « l'homme est faillible, humain, malgré l'amour », et qu'il va falloir expliquer « les difficultés pour un homme, les difficultés autour de la maternité, tout ça ». Et « merci de votre courage, vraiment ». La femme souriante, Manon, après s'être essuyé les yeux, regarde son époux courageux en lui tenant fermement le bras. « Vous nous permettez qu'on raconte votre faute ? » Et David : « Oui oui, bien sûr ! » Dans l'assistance, pas un homme… Manon, accent du midi, se met à raconter l'histoire, en tenant toujours très fermement l'avant bras de l'homme qui serre les fesses et a de plus en plus l'air d'avoir chié dans son jean. C'est sans doute à ce moment-là qu'il commence à comprendre dans quoi il s'est fourré, mais il ne peut plus faire machine arrière. « J'étais enneceinnete, donc, ben, moi toute connetente, je prépare une petite boîte avec les testeuh de grossesse, le midi, donneque, avec un petit mot : “Veux-tu être mon papa ?” À mon grand j'avais fait un petit T-shirt avecque marqué « Futur grand-frère. Bravo Papa, Bravo Maman”. (« Trop choupinou », commente la journaliste.) Doncque, du coup il rennetre le midi, il ouvreuh la boîteuh, il était connetent. Bon, du coup, tout allait très bien. Petit nuage, donneque, j'étais enneceinte, tout se passait pour le mieux, pour ce que je pennesais. » Mais la journaliste redevient grave : « C'était quoi, l'ombre au tableau ? » Tout en parlant, Manon tient très fermement le bras de David. Non seulement elle tient la main gauche de l'homme endoigtée dans sa main droite, mais en plus, elle recouvre l'avant-bras gauche de son homme de son avant-bras gauche à elle. Lui regarde dans le vide, essaie de se cacher derrière sa barbe, et d'un visage mi souriant mi constipé, essaie de se composer une mine qui devrait pense-t-il lui permettre d'atteindre le bout du tunnel sans trop de dommages. Là, on commence à entendre des phrases du genre : « Là je regarde son téléphoneuh et je vois… » David est attiré par une amie d'enfance qui revient dans sa vie. « Là, je veux plus que tu la voies, j'ai pas confiance, je la sens pas. » Dans la nuit, réveillée pas « son grand » qui braille, Manon « s'ennuie » et « y a le téléphone à côté » (celui de David, bien sûr). Elle raconte que ses copines lui avaient expliqué comment on espionnait son mec en fouillant dans son téléphone ; qu'on pouvait par exemple lire les messages supprimés. « Doncque voilà, je me suis ennuyée, doncque du coup j'ai pris le téléphoneuh de David et j'ai commencé à fouiller. » Le dos de David s'arrondit de plus en plus. « Et puis là je vois un message, ta bouche, tes cheveux, bon… Mon cœur s'emballe. J'ai pris mon fils, je l'ai posé, je suis partie dans la chambre, lui il dormait à côté, je suis descendue au garage, et j'ai appelé ma mère direct. David me trompe ! » David est hagard, ses yeux partent dans tous les sens, mais il ne peut pas retirer son bras, il est fait comme un rat de laboratoire. On sent ses vertèbres qui se tassent les unes sur les autres, qui s'enfoncent les unes dans les autres, il perd cinq centimètres, il cherche sa respiration, il inspire juste ce qu'il faut d'oxygène pour ne pas tomber dans les pommes. Disparaître devant des caméras de télévision, quand ta meuf est en train de pérorer en chaire, te coince la bras dans un étau et qu'elle vit son heure de gloire au Tribunal, c'est très compliqué, mon pauvre David. Il tente de ne plus écouter, mais c'est dur. La voix de Manon est de plus en plus assurée, elle a tout le public et le jury avec elle, toute la Matrice est suspendue à ses lèvres et la pousse à aller jusqu'au bout : Vas-y, Manon, donne-nous les clefs pour les coincer une bonne fois, ces salauds. Raconte comment on pirate un téléphone, comment on lit tout, comment on entend tout, comment on voit tout, comment on sait précisément où se trouve l'ordure, avec qui, à quelle fréquence bat son cœur, si sa bite est tendue ou au repos. On veut savoir, on veut avoir accès au livre ouvert de ces salauds, on veut faire une analyse en temps réel de leur salive, on veut savoir si leurs poils sont dressés ou couchés, secs ou mouillés, à quoi ils pensent, s'ils ont bandé le mois dernier en voiture, et pour qui. « Sur Youtube, ils marquent tout, comment faire et tout. » Les sœurs ouvrent grand leurs oreilles. Transparence totale. Plus de secrets. Toute puissance. On retient son souffle. Le blanc des yeux de David commence à se teinter de rouge. Il voudrait les fermer, ses yeux, mais c'est impossible. Il doit durer et endurer ; survivre. « Et là il est parti et il est revenu en pleurs. » Ce n'est plus David, son mari, qui est assis à côté de Manon l'experte en espionnage, c'est « il ». C'est l'Homme. C'est le Coupable. C'est la Proie. Alors, David, quelles sont vos excuses, quelles sont vos explications ? Est-ce que vous vous repentez ? Est-ce que vous avez des circonstances atténuantes ? Il avoue tout, David. Il est coupable, il ne le nie pas. « Y a toujours la bonne excuse du “ça allait pas dans le couple”. Sûrement la peur d'être père une deuxième fois… Un peu tout qui s'est cumulé. » Il récite sagement le catéchisme qu'on lui a appris, la voix blanche. Allons jusqu'au bout. De toute manière le verdict est déjà connu. La journaliste se croit même en devoir de l'aider à débiter son laïus : « Vous vous sentiez délaissé, un petit peu ? » d'un air qui ne laisse aucun doute sur sa compassion formelle de juge qui connaît l'issue des choses. Elle le plaint sincèrement d'être un homme, de n'être qu'un homme. Allons, soyons magnanime, ça ne doit pas être facile tous les jours… Soyons clairs, David n'a pas trompé sa femme. Il a seulement échangé des textos et des messages un peu chauds, il a seulement flirté avec sa copine d'enfance. « J'ai vu qu'il y avait plusieurs applications [de surveillance], mais j'ai pas cédé, encore… » explique Manon. « On peut… allumer son micro à distance, on peut tout faire, en fait. » Manon n'a pas encore cédé. « Je veux que tu assumes et que tu t'excuses encore toute ta vie. » Et vous, David, vous vous en voulez à mort, en fait ? Il frotte la main de sa femme. « Je veux avancer. Au final, je sais pas si tout ce que je fais sert à quelque chose ou pas. » Ses yeux s'enfoncent dans leurs orbites. « Moi, quand je travaille sur l'émission et qu'on me dit que vous êtes là, je trouve ça très courageux et très fort. C'est un très beau message d'amour. » Et Manon, pour conclure : « J'attends le jour où tu vas refauter. Et je sais qu'un jour on se séparera parce que je sais que tu vas refauter. » David frotte l'avant-bras de sa femme, il se tord dans tous les sens, il se dandine sur son siège, il a peut-être une diarrhée foudroyante. Et là, miracle, il saute le pas, il se décide, tout à coup, il montre les coulisses du menton, et bredouille comme un pauvret : « Je reviens. » Elle n'en revient pas, Manon, mais David se met debout, enfin, et s'en va ! La journaliste émet un « Y pas de souci », prise de court. David a trouvé le courage de fuir, enfin ! On espère qu'il a fui non seulement le procès de Moscou auquel il vient de participer, mais surtout sa femme, sa vie, son couple. Ouffa ! Hourra ! 

L'abbé Pierre est une ordure, David est une ordure, Je suis une ordure, Nous sommes des ordures. Tous nous avons fauté ou nous fauterons. Nous ne connaissons ni le jour ni l'heure, c'est la seule incertitude. Ce n'est pas un peuple, les femmes, mais un public, qui le dit. Un public qui applaudit ou qui maudit, et souvent les deux à la fois. Formose, un pape du neuvième siècle, a été exhumé par l'un de ses successeurs, Étienne VI. On a installé le corps sur un trône et on l'a jugé. Un diacre répondait aux questions à sa place. On lui a coupé les deux doigts de la main droite. Il faut exhumer le Castor méditatif, Henri Grouès le Lyonnais et lui couper la bite qu'il n'aurait jamais dû avoir — il doit bien en rester un morceau, de cette légende à laquelle Roland Barthes a consacré une de ses Mythologies. L'orage approche. L'orage est là. Les grues de leurs becs déterrent les cadavres et piquent leurs os. Le curé dit Pierre est mort, il faut le ressusciter pour qu'il s'acquitte enfin de sa dette éternelle. L'Histoire qui le protégeait n'est plus. Avec lui seront déterrées toutes les ordures qui ont souillé le corps des femmes ou leur esprit ou leurs entrailles de soie et d'or. Ils trembleront enfin, même défunts, même cadavres, même poussière. Les Humiliées applaudiront, elles maudiront en chœur. Caroline, Manon, Judith, Annie, Thérèse, Maud, Faustine, Clara, Babeth, Claudine, Marie, Catherine, Chloé, Farida, Lucie, Bérénice, Sylvie, Emma, Véronique, Clotilde, Jane, Sonia, Sabrina, Michèle, Bénédicte, Raïssa, en cercle, en conclave, en robes, en toges, ces très-bonnes du curé, elles déchaineront le feu qui les brûle sur les vieilles couilles des spectres reconstitués pour l'occasion. La science sera sollicitée. On ne négligera aucun moyen. 

On vous dit que vous vivez dans une société laïque. Vous le croyez. On vous dit que les femmes ne veulent que la justice dont vous les avez trop longtemps privées. Vous le croyez. On vous dit que Dieu est mort et que vous êtes vivants et libres, que l'État vous protège, on vous dit beaucoup de choses que vous devez croire sous peine de vous mettre tout le monde à dos, et vous ne demandez pas mieux que de croire à la Science, au progrès, à l'Homme, à la justice de votre pays, à la Raison, à la République, à la médecine, aux représentants du peuple, à la Démocratie, aux images qui inondent vos écrans nuit et jour, aux voix qui vous parlent dans votre solitude, aux enfants, à votre smartphone, à l'intelligence artificielle, aux algorithmes, à la Communauté, à Cyril Hanouna et aux influenceurs. Vous croyez beaucoup et tellement que vous en oubliez que vous croyez. La seule chose à laquelle vous ne croyez plus, c'est à la division sexuelle, c'est-à-dire au monde réel, à ce qui a produit le monde durant des millénaires et ce qui a permis votre arrivée sur cette terre. Vous êtes les premiers hommes auto-engendrés, qui se sont tirés eux-mêmes du néant originel et indifférencié, les premiers exemplaires de ce monde merveilleux dans lequel les femmes n'auront plus besoin des hommes. Bravo ! Croyez et croissez ! Vous serez immortels parmi les fantômes sur lesquels vos déesses jetteront de la soupe ou de la peinture noire. Le peuple des ordures vous salue bien. Vous avez eu la peau de ces ombres. Bravo ! 

samedi 27 juillet 2024

Un samedi matin

 

Il aurait fallu me payer très cher pour que je regarde cette chose. Et plus encore pour que je la commente. 

Il va sans doute falloir subir durant des jours et des jours les échos, les critiques, les admirations, les discours et contre-discours, les interprétations, les analyses et les gueules enfarinées ou goguenardes des joueurs du Tambour médiatique habituels, tout le cinéma ordinaire qui accompagne toujours ce qu'ils nomment en bavant des “événements”, toute l'épilepsie sociale qui rythme inéluctablement le vide massif qui règne désormais sur ce qui fut jadis une Cité. 

Je n'ai besoin de personne pour imaginer. Je sais, je savais déjà ce que cette fête serait, bien avant qu'elle ne commence à produire son boucan infâme. Les images, nous les avons tous en tête depuis des mois, depuis des années. Toutes les manifestations (manifestation de quoi ?) de l'ère moderne produisent le même boucan, utilisent les mêmes musiques, les mêmes images, le même imaginaire, jouent sur les mêmes ressorts dramatiques, la festivité est festivité-en-soi, quel que soit le prétexte qui semble la faire surgir du néant. La nullité et l'arrogance ont été portées à leur paroxysme, diront certains ? Comme s'il pouvait en être autrement… Elle n'a pas d'autre but qu'elle-même et ne pourra donc jamais nous surprendre. 

De cette nuit, je retiendrai qu'il pleuvait à Paris et qu'il faisait très chaud dans ma chambre. J'ai lu une nouvelle de Salinger. Mon dîner se composait d'une salade composée délicieuse. J'ai écouté des Lieder d'Alma Mahler. J'ai imaginé la peine et le délire de Kokoschka, et les souffrances de Manon. Le néflier est resté digne et silencieux toute la nuit. Entre Paris et mon jardin, une éternité…

vendredi 20 mai 2022

Écrire un livre accrocheur

Bonjour Marcel, 

Et si on décidait d'écrire votre histoire ensemble ? Qui n'a jamais rêvé d'être capable d'écrire une histoire qui captive son auditoire, qui tient tous ses lecteurs en haleine, qui bouleverse, dérange, obsede son lecteur ?

Vous pensez que c'est l'apanage des seuls auteurs de talents ? 

Je me fais fort de vous démontrer le contraire ! Tout le monde a la capacité de concevoir et d'écrire une histoire d'exception. C'est une simple question de techniques, d'outils, et d'entrainement. 

Je vous invite à un défi de trois jours, pendant lesquels je vais vous dévoiler mes techniques secrètes pour créer des histoires exceptionnelles. Ces techniques qui sont utilisées par les scénaristes d'Hollywood, mais également celles qui sont directement tirées des neurosciences, de la psychologie cognitive des histoires. 

Trois jours pendant lesquels nous allons travailler ensemble à votre histoire, vous faire progresser, vous faire littéralement passer à un autre niveau dans votre chemin d'auteur. 

Rendez-vous Mardi 24, mercredi 25 et jeudi 27 mai 2022 à 14h (heure de Paris). Oui, c'est bien la semaine prochaine, vous avez bien calculé... 

Réservez vite votre place, parce qu'elles sont en nombre limité, en CLIQUANT ICI. 

Attention, les places en direct sont limitées, et ce mail a été envoyé à plusieurs dizaines de milliers de personnes ! Je vous encourage vivement à sécuriser votre place en vous inscrivant immédiatement !

Seules les personnes inscrites auront accès aux rediffusions, alors inscrivez-vous vite en CLIQUANT ICI. 

Que vous en soyez encore à vous dire "un jour, j'écrirai mon livre, c'est sûr!", ou à chercher à maximiser les ventes de votre huitième opus, j'ai décidé de vous donner tout ce que je peux pour vous aider à avancer. 

Alors, Marcel, on se retrouve mardi prochain ? Vous l'écrirez, votre À la Recherche du Temps perdu, ne perdez pas espoir !

samedi 8 juin 2019

Des corps sur le décor


ENGIE. BNP-Paribas. Peugeot. Fly-Emirates. Roleix. Perrier.

Vous ne les voyez plus parce que vous les voyez trop. Partout, elles sont là. La moindre surface est utilisée. Il n'y a plus que la terre battue qui n'est pas encore marquée par la publicité. Ça viendra. Les marques sont omniprésentes, à Roland-Garros. Les joueurs eux aussi sont nikés, et même les petits ramasseurs de balles. Je dis les marques, mais ce qui marque, ce qui étouffe, même, c'est cette impression écrasante que les grandes entreprises sont là chez elles, que le sport (ou même le spectacle) n'est qu'un prétexte pour les mettre en évidence, pour vous les enfoncer dans la tête. On est cerné, on est camisolisé par cette puissance économique qui montre froidement ses muscles sur fond vert. Et d'ailleurs ce n'est même pas que ces entreprises auraient quelque chose à nous vendre, non, c'est seulement qu'elles veulent nous montrer qui est aux commandes, pour quelle et par quelle raison on est là. Ça ne se discute pas. Elles sont là, elles sont bien là, elles sont le cadre, la scène, les coulisses, elles sont le carburant et le véhicule, elles sont l'esprit et l'intrigue. Les Federer, les Nadal, les Williams passeront, elles seront toujours là, même si entretemps elles ont changé de nom. Toutes ces gloires du sport sont éphémères, ainsi que leurs caprices, leurs exploits et leurs personnages. Ils ont eu et auront leurs heures de gloire. C'est tellement peu de choses, pour Engie, BNP Paribas, Peugeot, Fly Emirates, Roleix, Perrier, Lacoste. La seule gloire qui ne passe pas, c'est l'argent, c'est la puissance, c'est le pouvoir. C'est la concentration du pouvoir et de l'argent. 

Il ne s'agit pas de marques. Il ne s'agit pas de luxe. Il ne s'agit pas d'entreprises. Il ne s'agit même pas de banques. Il s'agit de se croire libre dans un monde qui ne le permet pas. 

vendredi 24 juin 2016

Pour en finir avec la Fête de la musique



Allez signer la pétition contre la Fête de la musique !


Pour en finir avec la Fête de la Musique

La Fête de la musique, le 21 juin de chaque année, est sans aucun doute l'une des nuisances les plus graves que les Français (et les Européens) ont à supporter depuis trente-quatre ans. La musique a besoin de silence, elle n'a pas besoin de fête, et surtout pas de cette "fête" sale, bruyante et laide, qui à elle seule illustre parfaitement la prolétarisation et l'orwellisation effrénées de notre société. Que ce beau mot de "musique" ait changé de sens à ce point et qu'en son nom soit commis chaque année cet attentat contre la tranquillité, le silence, la quiétude, et l'urbanité, montre assez dans quel état d'hébétude et d'imbécillité est tombé le peuple de France, qui tambourine quand on lui dit de tambouriner, qui s'agite quand on lui demande de s'agiter, qui agresse sans vergogne ceux qui ne sont pas assez veules et soumis pour marcher à la baguette. Quelle humiliation, cette atroce journée des incivilités encouragées et du débraillé subventionné qui porte le nom du plus noble de tous les arts, quelle démonstration du mépris de notre civilisation et du sens que de faire d'une apothéose du bruit une "fête de la musique" ! 
Nous demandons à ce que soit mis fin au plus tôt à ce que Philippe Muray a si bien décrit dans ses ouvrages, le festivisme débile, encouragé par une classe politique qui veut avant tout avilir et ridiculiser ceux à qui elle devrait au contraire proposer la beauté et la culture. Si la chose pouvait à la rigueur se concevoir en 1981, ce dont pour notre part nous doutons fort, il est parfaitement clair qu'aujourd'hui cette manifestation a perdu le peu de sens qu'elle pouvait avoir à l'époque. C'est le contraire dont nous avons besoin. Nous avons besoin de calme, de sérénité, de silence, ce silence qui est désormais tellement rare qu'il est devenu l'un des biens les plus précieux de l'humanité, au même titre mais plus encore que la nuit qui elle aussi a pratiquement disparu. Nous demandons donc qu'à la place de la "fête de la musique" soit instituée en France une journée du Silence, journée durant laquelle le bruit ambiant devra être divisé au moins par deux, journée durant laquelle il sera loisible à chacun de constater que beaucoup de maux (sociaux, par exemple) sont exacerbés par le bruit, que le bruit est une des pollutions les plus graves et les plus insidieuses qui soient, et sans aucun doute une de plus sous-estimées. Le bruit rend fou, littéralement fou.
La musique, c'est comme la tolérance, il y a des maisons pour cela. Le 21 juin, célébrons l'étant plutôt que l'été. Un gouvernement courageux et responsable s'honorerait de prendre une mesure de salubrité publique qui soulagerait énormément de Français, et d'abord parmi les plus faibles.

samedi 18 avril 2015

Les likes de Jessica


Brandon* a déposé une douzaine de photos de Jessica* sur Facebook. Suivant le nombre de likes que les photos de Jessica récoltent chaque jour, il lui prodigue des attentions amoureuses plus ou moins fortement dosées. Si les douze photos obtiennent moins de 5 likes en tout, dans la journée, il ne lui fait rien du tout. Si les douze photos obtiennent plus de cinquante likes en vingt-quatre heures, elle a droit à un traitement de faveur, et même à un bonus : soit il fait la vaisselle, soit il va faire les courses avec elle. Une fois, le nombre de likes est allé jusqu'à soixante. Elle a eu droit ce jour-là à un bouquet de fleurs. 

Mais soyons un peu plus précis. Entre 5 et 10 likes, des french kiss. Entre 10 et 15 likes, un cunnilingus rapide avant de partir au travail. Entre 15 et 20 likes, coït debout dans la cuisine sans préliminaires. Entre 20 et 25 likes, préliminaires et cunnilingus, 10 à 15 minutes en tout. Entre 25 et 30 likes, on commence à entrer dans les choses sérieuses ; caresses, baisers, coït (deux positions), au lit, avant de dormir. Entre 30 et 35 likes, bougies parfumées, massage des pieds, cunnilingus, baisers, caresses, et coït (trois positions), au lit, entre 20 minutes et une demi-heure. Entre 35 et 40 likes, Jessica a le choix de l'endroit où ils feront l'amour (chambre, salon, voiture), 45 minutes, orgasme non garanti. Entre 40 et 45 likes, bougies parfumées, musique, douche pour Brandon avant les ébats ; massage des pieds et des jambes, préliminaires complets, cunnilingus appuyé, stimulation du point G, coït cinq positions minimum, orgasme garanti (durée ad libitum). Entre 45 et 50 likes, alors là c'est le grand jeu. Massage complet, avec huiles parfumées, sur la table de massage pliante au salon, puis préliminaires au lit, dans la chambre, avec la playlist "crescendo", cunnilingus et feuille de rose, stimulation des points G, H et R, puis coït sept positions, ordre au choix, pour finir par une sodomie. Double orgasme garanti.

Depuis que Brandon a découvert Facebook, la vie sexuelle de Jessica dépend entièrement des amis Facebook de Brandon. Mais Jessica est maline, elle demande à ses amies de devenir les amies Facebook de Brandon, pour qu'elles puissent liker ses photos. Sauf que Brandon est plus malin encore ; il en profite pour exercer au passage un chantage discret sur les nombreuses "amies" de Jessica, dont il a parfaitement compris le petit jeu. Si elles veulent devenir ses amies, elles doivent d'abord passer à la casserole. Finalement, tout le monde s'y retrouve. On se demande si le gouvernement socialiste ne devrait pas penser à instaurer un système dans ce goût-là avec les électeurs. Ah, on me dit que c'est déjà le cas, excusez-moi, la politique, ce n'est pas ma spécialité. 

(*) Les prénoms ont été floutés

dimanche 11 janvier 2015

La Môme Charlie


Quoi qu'a dit ? - A dit rin.

Quoi qu'a fait ? - A fait rin.

A quoi qu'a pense ? - A pense à rin.

Pourquoi qu'a dit rin ?
Pourquoi qu'a fait rin ?
Pourquoi qu'a pense à rin ?

 - A' xiste pas.

(Avec Jean Tardieu)


lundi 1 décembre 2014

L'autre dans sa différence…


Sur Facebook, une amie musicienne dépose un "statut" ainsi rédigé : « l'autre dans sa différence : une richesse…. » Je lui demande s'il s'agit de second degré. Elle ne répond pas, mais ses "commentateurs" se chargent de le faire à sa place : 

"Tellement le fondement du vivant !" [TREMOLOL]

Comment peut-on écrire sérieusement ce genre de choses, sans être immédiatement pris d'un fou-rire à en claquer ? Grand mystère ! Comme dirait Fabrice Lucchini : « J'aimerais tellement être de gauche ! » mais quel boulot !

mardi 19 août 2014

Revanche


Le chanteur Pierre Vassiliu est mort. Filippetti va aller au cimetière. (On espère que Boulez va bien…)

mardi 1 juillet 2014

I'm a Barbie Boy


Magnifique, n'est-ce pas ? C'est la Barbie en chimio. 

En ce moment-même, nos ateliers sont en train de mettre la dernière main à la Barbie après une tournante, la Barbie en tchador, la Barbie maîtresse de président de la République, la Barbie à barbe, la Barbie qui blasphème, la Barbie en video-tchat, la Barbie aux cadenas, la Barbie anorexique, la Barbie trans, la Barbie sur Facebook, la Barbie fin de manif, la Barbie antifa, la Barbie qui casse la gueule à son prof, la Barbie qui pète un câble, la Barbie j'encule-ma-sœur, la Barbie qui ne se lave jamais, la Barbie pèteuse, la Barbie actrice de X. Mais nous ne nous sommes pas arrêtés là : notre département R&D est en train de mettre au point notre joyau : la Barbie qui détruit toutes les autres poupées. Oui, vous avez bien lu. Une fois cette Barbie dans la chambre de votre fille (ou de votre fils), celle-ci, par un procédé hautement sophistiqué que nous ne pouvons pas encore révéler, va se mettre sans tarder à détruire tout ce qui ressemblera de près ou de loin à une poupée, dans un périmètre (réglable) de cinq mètres environ. Elle les mettra consciencieusement en pièce, leur arrachant les yeux, déchirant leurs vêtements, les aspergera ensuite d'urine sentant l'ammoniaque,  et finira par y mettre le feu. Il s'agit, comme vous l'avez compris, d'un objet de très haute technologie, relié par le réseau téléphonique aux portables des parents, afin de prévenir tout accident. 

lundi 4 novembre 2013

Nécrologie de la nécrologie


Les modernes manquent de logique. Puisque les morts ne nous apprennent rien, qu'ils ne nous sont plus d'aucune utilité, et que nous avons fini de faire notre deuil du deuil, je me demande bien pourquoi les journalistes continuent à nous parler de ceux qui "disparaissent", le jour où ceux-là cassent leur pipe. Sans compter qu'ils étaient finalement assez rares, les trépassés desquels on parlait, ce qui constitue une injustice criante envers le reste de la société ! Soyons un peu conséquents, pour une fois. Cessons de tresser des couronnes à ceux qui ont le toupet de nous rappeler que nous aussi nous allons un jour passer de l'autre côté du décor, et tirons-en les conclusions qui s'imposent. 

Commençons par abolir la fête de la Toussaint et le jour des morts qui la suit. Pareil pour cette cochonnerie d'Halloween : laissons nos citrouilles finir comme elles le doivent dans nos assiettes. Les potirons ont des droits, eux aussi ! Remplaçons ces fêtes morbides par une Fête universelle de la Nativité laïque, le 25 juin. Mais surtout, puisqu'il est établi d'une part que les morts ont bien disparu (sic) et que nous ne leur devons rien, et puisqu'il est non moins établi que les nouveaux arrivants sont dotés dès l'origine de toutes les qualités, de tous les dons, de tout le merveilleux attirail créatif et chanceux qui est censé enrichir notre cité et la rendre plus belle et plus intéressante, pourquoi ne pas remplacer les vieilles nécrologies par des panégyriques automatiquement alloués à tous les nouveaux nés ? Tous ils seront crédités, et ce de manière automatique et complètement démocratique, des qualités et grandeurs dont nous avions la mauvaise habitude de parer les morts. Dès le premier vagissement, le bambin Lukka ou la bambine Clita sera ainsi déclaré héros citoyen, humaniste toujours à l'écoute de l'Autre, infatigable défenseur des droits de l'enfance (c'est bien le moins !), anti-fasciste virulent, artiste dérangeant et inclassable doté de tous les dons, individu subversif et atypique, personne dont l'empathie naturelle et non-discriminante sera connue de tous, chercheur en sciences sociales dans l'âme, bénévole d'assosse, xénophile émérite dont la radicalité sans concession fera honneur au genre humain, et bien sûr anti-raciste au plus profond de lui-même. Devoir faire la preuve qu'on est, qui artiste, qui professeur, qui trader, qui pilote d'avion, qui administrateur, qui chômeur-longue-durée, qui ministre, qui DJ, qui père au foyer, qui sportif de haut niveau, qui grand-frère de cité, qui névropathe, qui journaliste, qui tueur en série, qui personne à mobilité réduite est humiliant, en plus d'être discriminant et anti-démocratique, et ne peut qu'instaurer un climat de suspicion généralisée qui nuit à l'épanouissement général et festif des citoyens. C'est pour cette raison que chacun sera déclaré, à la naissance, et artiste et professeur et trader et pilote d'avion et administrateur et chômeur-longue-durée et ministre et DJ et père au foyer et sportif de haut niveau et grand-frère de cité et névropathe et journaliste et tueur en série et personne à mobilité réduite, afin que ne soit jamais mis un quelconque frein à ses ambitions légitimes et sacrées. Bien entendu, on allouera aux nouveaux-nés, à vie et dès le premier mois, les salaires, émoluments, pensions et défraiements qui s'attachent généralement à ces fonctions. Grâce à notre système, infiniment plus démocratique et égalitaire que l'ancien, nous économiserons à la fois sur le budget des retraites, pour des raisons évidentes, et sur celui de l'éducation, puisqu'il va de soi que les études n'auront plus d'objet, ni les diplômes et autres concours, dégradants pour les femmes-et-les-hommes car mettant en cause leur égale dignité et leur droit imprescriptible au déjà-savoir. 

Le savoir-sans-apprendre (SSA), voilà la grande révolution cognitive et humaine (et politique) qui sans doute nous amènera au seuil d'une société sans classes (d'école) et sans négativité, un monde enfin débarrassé de la Grande Injustice qui nous semble fonder ou justifier toutes les autres : celle qui consiste à séparer les savants des ignorants, comme étaient séparés dans la préhistoire les bons des mauvais, les Blancs des Noirs, les héritiers des inhéritiers, les pauvres des riches, les hommes des femmes, les hétéros des homos, les gauchers des droitiers, les musulmans des juifs, les premiers des derniers, les vieux des jeunes, les clitoridiennes des vaginales, les poilues des épilées, les Macs des PC. Nous disons Non à l'apartheid du savoir, au mépris du sachant, au rejet de l'ignare, à l'exclusion de l'abruti, et le SSA est la clef qui ouvrira en grand les portes de l'Indivimonde. 

On l'a compris, le SSA et la nécrologie de la nécrologie ne s'envisagent pas l'un sans l'autre. Pour que le système fonctionne, il faut à la fois prodiguer à tous le savoir-sans-apprendre et décréter pour tous, à la naissance, que tout est déjà là, que tout y est, que l'être nouveau est complet, parfait et accompli, une fois pour toutes. La question difficile des successions ne se posera donc plus. Si tout est donné à tous à la naissance, l'héritage est parfaitement inutile, et même déconseillé, risquant de créer un déséquilibre néfaste au citoyen nouveau. Ainsi l'État pourra à chaque génération récupérer la totalité des biens et des richesses accumulés durant la vie des individus qui ne se distingueront d'ailleurs plus de lui. Les personnes seront l'État, et l'État sera la somme des personnes qui composent la société sur laquelle il régnera tel un monarque éclairé et bienveillant, duquel il ne sera que l'émanation à la fois essentielle et circonstancielle, une sorte de pure fonction incarnée et innombrable. La question de l'Impôt, par conséquence, ne se posera plus non plus. Et nous pourrions continuer longtemps comme ça, sur la question de la délinquance, sur celle de la fracture sociale, sur celle de la Sécu, sur celle des retraites, etc. Où l'on voit qu'une simple mais vraie mesure, si elle est suffisamment radicale et progressiste, suffit à régler d'un seul coup l'ensemble des problèmes d'une société moderne et évoluée.

(à Béatrice Coste)

vendredi 1 novembre 2013

Les salopes, oui, les salauds, non !


Vous consommez ? Non, je veux, dire, vous consommez du sexe ? Vous arpentez les trottoirs virtuels à le recherche de viande réelle à dominer machistement ? Vous êtes en quête d'une créature horizontale dont votre désir putride fera sauter le joint de culasse et provoquera l'amorçage de la pompe à soumission ? Vous ne rêvez que d'engorger les canalisations de la travailleuse en levrette, que d'éponger la fente à génie de votre sceptre raidi par l'ankylose de la solitude miséreuse, que de piston échauffant le cylindre humide dont vous allez vaporiser les sucs dans une étuve infernale et joyeuse, que de gloussements rauques de pandémonium d'alcôve, que de gémissements génétiques, que d'atrocités sucrées et liquides, vous vous voyez déjà cyclope festoyant dans la caverne, ivre explorateur du gouffre des commencements, champignon atomique au-dessus de la mare primordiale ? Vous avez la veine qui palpite, le front moite et les mains exténuées de caresses retenues, les jambes arquées par des bourses gonflées d'allégresse empêchée, les yeux exorbités de voir à travers la nuit, les paumes creusées par des mamelons comme des volcans avant l'éruption, la narine qui s'effluve du musc douloureux, la langue qui s'agace de son soliloque ? Vous oyez par avance la chorale utérine, vous vous installez mentalement aux grandes orgues de la tripe, vous tournez déjà la clef du coffre aux vents, vous soufflez en pensée dans le tuba aux haleines, vous vous rincez l'œil avant l'heure dans la fontaine de cyprine ?

Vous n'êtes pas du "parti abolitionniste" (il n'existe pas de hasard, et l'histoire n'a qu'un seul sens, au pays de Big Mother : les abolitions sont une une longue chaîne de vertu qui a commencé avec celle de l'esclavage, puis celle de la peine de mort… on vous laisse voir venir…), si vous avez répondu positivement aux questions posées plus haut, et vous êtes par conséquent de l'Offensive réactionnaire scandaleuse. Vous êtes de ceux qui ne trouvent pas scandaleux de payer pour rétribuer celle qui a décidé de vous livrer son corps pendant quelques minutes, mais cela ne fait pas de vous celui qui va donner avec enthousiasme 1500 euros à l'État, ou à la collectivité gentille, pour une transaction corporelle consentie par les deux parties en présence. Vous devriez pourtant vous scandaliser de ne pas vous scandaliser, et c'est bien la raison pour laquelle Big Mother vous soumet à l'impôt moral, à la fessée au porte-monnaie, à l'amende citoyenne censée vous rectifier l'âme et vous ramollir le braquemart, à la sanction tranquille de la redistribution sexuelle. Vous êtes en excès de vit comme d'autres sont en excès de vitesse, il est donc juste que la société distribue votre argent aux nécessaires nécessiteux qu'elle s'évertue par ailleurs à fomenter de toute part afin de s'attendrir elle-même de les soulager (un peu). Vous vouliez donner votre semence mais on préfère vos économies ; dans tous les cas, il s'agit d'une contribution à l'espèce, même si les cons à qui vous donnez votre obole ne sont pas de la même. 1500 euros la passe, mais c'est donné, au sens propre ! Pris la main au panier, le clef dans la serrure, en situation d'infidélité aux valeurs progressistes, il faut cracher au bassinet après avoir lâché la purée. Normalement, en pareille situation contre-révolutionnaire, on devrait vous raccourcir l'asperge, histoire de vous faire comprendre de quel bois Big Mother se chauffe le berlingot quand on lui manque de respect, mais soyez tout de même bien conscient que vous êtes seulement un môme un peu fruste à qui on colle gentiment une beigne pour lui apprendre les bonnes manières, et remerciez la de ce qu'elle ne vous inflige pas le confessionnal citoyen et la pension alimentaire à vie pour une assoce de quartier.

343 salauds ont cru qu'ils pouvaient réclamer leur pute avant d'aller au lit avec un verre de lait chaud et un Lexomil. « 343 mâles dominants qui veulent défendre leur position et continuer de disposer du corps des femmes par l'argent. », c'est Anne-Cécile Mailfert qui résume la situation et sait lire entre les lignes torves des salopards. La domination est un vice très courant dont j'avoue être moi-même assez friand. Il y a peu, encore, j'ai entretenu une relation de ce type avec une commerçante qui tient une boulangerie. Cette brave dame ayant décidé de vendre son pain, je me suis glissé dans sa boutique, assez ému par ma folle témérité, et la tenancière m'a remis une miche contre une pièce. Inutile de dire que je n'ai pas traîné sur les lieux de la transaction et que bien vite je suis remonté dans mon automobile pour me soustraire aux regards lourds de reproche que je sentais sur moi. Je ne sais pas si j'aurai le cran d'y retourner, bien que l'envie de défendre ma position soit pressante. Rien que d'y repenser, avoir ainsi disposé de la miche encore chaude de cette créature grâce à mon argent me procure un sentiment de honte que je ne suis pas certain de pouvoir assumer. Dominer cette pauvre femme, fût-ce par l'entremise de sa miche, grâce à mon argent, voilà qui est difficile à soutenir longtemps devant un de ces tribunaux du Bonheur qui fleurissent dorénavant en notre belle France, en ce pays de cocagne où les agriculteurs, les infirmières et les profs sont les plus épanouis, les plus heureux, les plus enthousiastes de nos travailleurs — pas comme ces pauvres femmes que des mâles sournois, dominateurs et cyniques veulent asservir en leur achetant ce qu'elles vendent, en faisant mine de croire qu'ils ne font que faire honneur à l'offre que ces malheureuses font mine de leur soumettre, alors qu'elles ne demandent qu'une chose, les infortunées, qu'on leur refuse cet échange infâme qui les réduit en esclavage à l'insu de leur plein gré ! 

samedi 21 septembre 2013

Les Aventures de Phil et Phobe


Témoin témoigne, Témoin nous parle. Écoutons le Témoin ! Phil Témoin, qui aime la tolérance, ne tolère pas les Phobes encravatés qui passent à côté des landaus sans les soulever. 


Témoin 20/09/2013 - 17h20
C'est malheureux que notre société devienne de plus en plus intolérante. Les lascars de cités ne sont pas forcément des voyous. Je suis descendu d'un RER et j'ai vu une bande d'une vingtaine de jeunes type lascars encapuchonnés et casquettés aider une dame à descendre son landeau dans l'escalier, là où des messieurs en costard encravattés passaient à coté sans même daigner la regarder. Ne soyons pas des "Phobes".

Phil Témoin ne généralise pas, lui. Phil Témoin n'amalgame pas, ni ne stigmatise. Il sait voir l'exception qui ne confirme aucune règle. Phil Témoin descend du RER comme d'autres descendent du singe ou de l'amibe primitive. Et quand il descend du RER, Phil Témoin voit. C'est la descente du RER qui lui ouvre l'Œil, cet œil aigu et certifié anti-amalgame. Phil Témoin ne porte pas de cravate, il ne porte que les landaus du cœur, il porte son œil aigu sur les choses de la cité, et il voit. Tandis que Phobe, lui, passe. Phil voit et Phobe passe. Phil voit le singulier, Phobe ne voit que le pluriel (le pluriel incite à passer, quand le singulier oblige à s'arrêter). Ils ont dès lors un peu de mal à s'entendre, on le conçoit. Phobe croule sous les faits accumulés et en tire des conclusions, Phil refuse. Il ne veut ni accumuler, ni tirer de conclusions, il veut rester libre de penser comme il pense, il ne veut pas que son regard soit contaminé par une accumulation vulgaire de faits forcément divers qui font diversion à son pur regard, incréé, intact. Phil est le cyclope du Bien, il n'a qu'un œil, mais il sait s'en servir. 

Phil aime la différence, respecte la différence, la chérit, et il sait la voir, la distinguer même quand elle se grime en banalité ordinaire. Phil, au contraire de Phobe, sait faire la différence entre des lascars et des voyous. On peut dire que Phil fait la différence comme il fait l'amour, dans la joie de l'invention, de la créativité philique (mais non phallique) et festive. Il sait même voir des lascars un peu rabougris, un peu chétifs, un peu ramollis du biscoto, puisqu'ils doivent se mettre à vingt pour porter un landau. Qui les avait vus avant Phil, ces pauvres lascars si mal dotés par la nature et si emplis de sollicitude, si attentifs au problème du landau dans les escaliers, si concernés par le drame de la mère en bas de l'escalier ? Pas Phobe, en tout cas, tout occupé qu'il est à amalgamer, à stigmatiser, à généraliser, à tirer des conclusions, travaillé par son intolérance et son regard vulgaire, le pauvre ! Phobe est le grand vaisseau  prudhommien cravaté et incliné par la houle qui ne prend pas garde aux berceaux que la main des femmes balance, et Phil met en musique les aventures des landauphores chétifs. Quelle vie merveilleuse est celle de Phil ! Quelle triste vie est celle de Phobe ! Phil soulève la vie, Phobe l'enfonce.

D'un côté, Qualité Phil, de l'autre Quantité Phobe. Quand viendra le jour des adieux, inutile de vous dire de quel côté notre cœur balancera… 

mardi 23 juillet 2013

Pastilles Pulmol


Il faudrait inventer le concept de prison molle, de condamnation molle, et même de peine mollassonne, pour que les mots retrouvent un peu de vérité et de sens, tout de même. 

Machin Bidule, je vous condamne à de la prison molle. Vous allez être mis en détention à Mol-les-Mimosas, dans le département du Mou. Il vous sera formellement interdit de vous évader de la prison molle, sous peine d'être mollement puni d'une peine qui pourrait aller jusqu'à la remontrance molle. Ainsi s'applique la molle loi de la Répumolle française ! Combien de temps ? Oh, c'est vous qui voyez, hein, de toute façon, on n'a pas beaucoup de places. C'est très demandé, vous savez ! Ça va aller, mon petit ? Tenez, reprenez une pastille, ça vous remontera le moral.

Bon, la prochaine fois, qu'on ne me tire pas de ma sieste pour si peu !