samedi 16 mars 2013

Les Valeurs

La concomitance, la convergence… Au même moment, je découvre qu'un internaute qui atterrit ici a inscrit dans Google : « PROSTITUE FESAN LE TAPAIN » (je conserve bien sûr scrupuleusement l'orthographe de notre visiteur avide de connaissance) et je reçois par mail une invitation à "visionner" une merveilleuse vidéo, que voici :


Dans le mail, intitulé "une voix d'ange époustouflante", on me dit qu'il est fort probable que je ne puisse pas retenir "une petite larme qui risque de couler sur [ma] joue". 

Il serait difficile, en un instant aussi solennel, de ne pas croire à la divine convergence. D'autant que, quelques instants plus tard, comme si l'on avait besoin d'une confirmation, on reçoit un nouveau mail dont je vous recopie les premières lignes :

Bonjour,

Je me permets de vous contacter car je suis persuadé de pouvoir vous aider. Je suis un médium de très haut niveau et vous pouvez me joindre sans payer au : 01 75 75 42 40Il y a des choses que vous devez absolument savoir.
Peut être avez vous ressenti certaines choses dernièrement?

Si j'ai ressenti certaines choses dernièrement ? Ah mais c'est peu de le dire ! Par exemple une soudaine envie d'aller massacrer le papa, la maman et le tonton de cette merdeuse blanchâtre qui à mon avis n'est autre que la PROSTITUE FESAN LE TAPAIN que mon visiteur recherche avidement. Mais voyez plutôt comment le mail continue : 

Sachez que j'ai de nombreux ressentis sur vous et je pense que vous devez absolument les connaitre. J'aimerais confirmer cela avec vous et je vous propose de faire une consultation avec moi quand vous le souhaitez cette semaine.
Je vous consulterai en priorité, appelez moi dès que vous le pourrez au : 
01 75 75 42 40
J'ai tellement confiance en mes prédictions que je ne vous demanderai rien pour cette première consultation, je vous l'offre. Je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance, vous avez le droit de savoir.

Si j'ai le droit de savoir ? J'espère bien que j'ai le droit de savoir, Aline Durand (c'est elle, au 01 75 75 42 40) ! Les ressentis d'une Aline Durand de très haut niveau, tu parles que ça me parle ! Déjà, on va dire que j'aimerais assez (en plus de me consulter) qu'elle me confirme, Aline, que mes valeurs sont les bonnes, enfin, que j'ai pas investi en vain, tu vois, que je visionne clair les enjeux citoyens, que je place le curseur correctement sur comment gérer mes affects et ma social spirituality, après, que je suis dans le flux au niveau tolérance et ouverture à l'autre. Déjà pour commencer. 

Concomitance, convergence, concupiscence, je sais pas vous, mais moi je trouve la langue française qu'elle est magique, avec ou sans poils. L'autre jour, encore, je tombe sur une blogueuse cool qui me dit comme ça, d'entrée de jeu : « Je est un autre ! » Putain la meuf, Bibi qu'elle s'appelle, comme ça, sans polémiquer ni rien elle me sort ça. Moi, sur le cul un peu, j'me d'mande comment qu'elle le sait, et surtout comment qu'elle sait qu'elle peut me dire ça à moi, tu vois, genre, elle aurait pu s'embrouiller sévère, quand j'y pense j'ai la raie un peu humide. Mais non, paf, direct elle met la main sur le machin, enfin, j'me comprends. Pour un peu, j'me dis, c'est Aline ! Non, quand-même pas. Durand, c'est pas le genre pseudo et compagnie. Bibi en gros elle fait comme ça Hi Georges on a les mêmes valeurs ou bien ? Comme ça à sec. Ben faut voir, Bibi. En général, moi je demande une photo, tu vois, histoire de pas se déplacer pour des prunes, vu le prix de l'essence. Et puis l'hygiène aussi. Sur les photos, je regarde toujours si elles ont les ongles propres. C'est un truc que ma maman m'a appris : tu lui regardes les ongles, après t'es tranquille. Concomitance, convergence, concupiscence, c'est ma devise. Faut pas se laisser refiler de la camelote. C'est pour ça qu'Aline, elle tombe à pic. Moi les voix d'anges, j'ai tendance à me méfier. C'est toutes des racistes et tout, en général. Mais bon, si Aline me dit que c'est OK au niveau des valeurs…

Quand-même, une meuf qui "a de nombreux ressentis sur vous", ça fout les jetons, on se dit qu'elle va les revendre sur le Net, ou vous dénoncer à Sir Aymeric Cartonrouge, pourquoi pas. Mais quoi qu'il puisse m'arriver demain matin, je sais que je suis vraiment un mec chanceux, car moi, au moins, je n'ai pas eu une fille qui s'appelle Jackie Evancho, parce que ça, je ne l'aurais pas supporté. 

vendredi 15 mars 2013

Pour l'introduction de l'énéma dans la blogosphère



Pierre Labouche l'appelle l'écrivain pour dames.


Quand XY se contente d'écrire sans prendre la pose de l'écrivain qu'il n'est pas et quand il ne nous raconte pas d'une manière particulièrement odieuse sa vie privée (et celle des autres) par le détail, quand il ne fait pas le malin (c'est rare) avec ses énormes métaphores d'adolescent en mal de reconnaissance, il est loisible de le consulter avec profit, comme dans ce billet récent, si l'on prend soin de lire en diagonale les neuf premiers paragraphes d'un texte qui aurait gagné à être sérieusement dégraissé. (C'est triste, ces blogueurs qui croient être doués d'un "talent" qui est précisément ce par quoi leur prose sent la mort et la fabrication laborieuse, et que certains encouragent  de façon irresponsable et presque criminelle.) 


Aujourd'hui, je me relis, je relis l'écrivain pour dames, et je me dis que non, décidément, ce n'est pas possible, il n'y a à peu près rien dans son texte, une fois qu'on a enlevé le stuc et la glu des mauvaises métaphores, une fois qu'on a évité les poses longues durées où il se regarde dans le-miroir-à-écrivant qu'il emmène partout avec lui. Tout se casse la figure, ou, pire, tout devient affreusement transparent, à la deuxième lecture. Et ce qu'on aperçoit derrière est tellement triste qu'on ne peut que refermer le couvercle du blog en question en essayant de penser à autre chose. 

Penser à autre chose, ça ne devrait pas être bien difficile, justement, me dit Nicole, en train de me sucer sous le bureau, pendant que mijote le veau aux carottes qu'elle est venue me préparer à domicile. Nicole, je te l'ai dit cent fois : dans le veau aux carottes, il faut absolument un pied de veau. Bon, je reconnais que cette fois-ci tu as pensé à la tomate, on est en progrès. 

Elle tient un blog, Nicole, un blog qui traite de la fessée, la fessée pour adultes, la seule encore permise aujourd'hui. Nicole a de jolies fesses roses, les fesses de quelqu'un qui aime les carottes. Nicole est de Marseille. Nous nous étions rencontrés à un stage de musique de chambre dans lequel un immense violoncelliste que nous nommerons B. avait une passion étrange qui concernait les jeunes filles. Le Maître avait donc écouté jouer Nicole, il l'avait félicitée, avait fait quelques remarques sur sa technique et son jeu, comme avec chacun des autres participants, et avait ajouté qu'il lui manquait éventuellement un "petit quelque-chose", et qu'il se faisait fort de lui révéler un secret très utile d'ici la fin du stage. Nicole était aux anges, on s'en doute. Le soir-même, elle retrouvait sa compagne de chambre — nous étions logés dans un grand château glacial dans le sud de l'Angleterre, garçons et filles séparés — en larmes. Après d'inutiles tergiversations bien féminines, Aurélia, qui avait deux ans de plus que Nicole, lui raconta ce qui la plongeait dans une sorte de désespoir nerveux. 

B. lui avait tenu à peu de choses près le même discours qu'à mon amie. Cependant, les choses étaient plus avancées, pour Aurélia. Avant le dîner, elle était allée, à la demande de B., le rejoindre dans ses appartements, pour y être initiée au petit secret de celui-ci, secret qui devait définitivement la faire accéder sur son instrument à un stade artistique supérieur. Le Maître l'avait très bien reçue, lui avait offert un verre de whisky qu'elle n'avait pas refusé, puis lui avait exposé tranquillement la chose. Sa théorie était que certaines jeunes filles, déjà bonnes musiciennes, avaient pourtant un jeu de constipées (ce n'est pas le mot qu'il utilisa). Il était fort bien élevé et n'aurait jamais dit à ses étudiantes ce qu'un Emmanuel Krivine par exemple dit fréquemment à ses musiciens d'orchestre : "Vous jouez avec un balai dans le cul, Mademoiselle !", ou ce genre de choses, mais il avait sa manière à lui de se faire comprendre. Lorsque Aurélia reposa son verre de whisky, elle remarqua, posé sur un coussin, un ustensile qui l'intrigua, une espèce de poire munie de deux longs embouts, sorte de petit serpent rose qui semblait en train de digérer une pomme. Quand Nicole me raconta l'histoire, je ne pus m'empêcher de l'interrompre pour lui apprendre qu'on appelait cela un énéma. B. expliqua posément à Aurélia que la seule et unique chose qui pourrait améliorer son jeu de violoncelle était un lavement, et il se levait déjà pour se rendre à la salle de bains quand la pauvre fille prit ses jambes à son cou.

Les affaires de tuyauterie sont fondamentales, au moins depuis Vatican II, sinon depuis les Grecs. Être constipé, éjaculateur précoce, ou incontinent, on y vient un jour ou l'autre. Les plombiers et les prêtres ont été remplacés par les blogueurs et les médiâtres, mais cela ne marche pas aussi bien, loin s'en faut. La plupart des femmes ont besoin d'une bonne fessée, beaucoup plus que de mots et de conseiller en communication. Une fessée administrée avec art remet l'appareil symbolique en ordre de marche avec une économie de moyens remarquable.

Nicole, à défaut d'avoir été sondée par un maître anglais du violoncelle, a au moins compris cela. Elle n'est pas la meilleure violoncelliste du monde, mais pratique la fellation avec une virtuosité de professionnelle. La plupart des femmes ne savent pas phraser une fellation, c'est malheureux à dire mais il faut bien que quelqu'un le dise. La plomberie c'est pareil : vous préférez le plombier Michelangeli ou le plombier Arrau ? Ça n'a rien à voir, figurez-vous. Il ne faut pas encourager les mauvais artisans, il faut les décourager à tout prix, il en va de leur santé, et accessoirement de la nôtre. Les femmes sont des amateurs en ce qui concerne la sexualité, je suis désolé mais c'est un fait mieux établi que le réchauffement du climat. Vous n'allez tout de même pas me demander s'il existe un rapport entre l'art de la fellation et la fessée ? Si ? En tout cas, je l'ai maintes fois constaté, il y a un rapport direct entre le sens du rythme et les châtiments corporels. Les "arythmiques" sont légion de nos jours, et ce n'est pas un hasard si ce qui tient lieu de musique a cessé d'être ternaire ou même binaire pour devenir ou redevenir une sorte de ressassement unaire, à une époque qui a peur des baffes comme du diable. On peut gloser interminablement sur ce qu'est le phrasé, mais dans le fond, c'est très simple. Il s'agit seulement de savoir répartir la douleur et le désir selon un rythme adapté au sens. Il suffit donc de ne pas être bouché.

lundi 11 mars 2013

Mark Rothko



De quoi parlait-il avec son fils ? De musique. Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert… Il n'allait pas au-delà. La musique est ce qui l'a le plus influencé. Ses enfants ont hérité de sa collection de disques. Sa peinture sourit à travers les larmes, comme on le dit de la musique de Mozart. La tristesse n'est jamais loin, mais les couleurs sont les plus belles couleurs qu'on ait vu sur de la toile ou du papier. Comme tous les plus grands artistes, il n'a jamais pensé se couper de la tradition, de l'art qui l'a précédé. C'est parce qu'il ne voulait pas mutiler la figure humaine qu'il a opté pour l'abstraction, mais aussi parce que seule l'abstraction lui permettait de philosopher en peinture




dimanche 10 mars 2013

Rigueur torse



En addendum à deux précédentes entrées de ce blog, voici une intervention de Cassandre, sur le forum de parti de l'In-nocence, qui me paraît éclairante et précieuse :

Autant la rigueur mathématique du spécialiste est nécessaire pour comprendre le réel quand il échappe aux sens, autant quand il s'agit de la vie quotidienne des individus, de ce qu'ils enregistrent tous les jours, 365 fois par an, le spécialiste me semble sujet à caution. Soit il confirme le témoignage des sens, auquel cas il est inutile ; soit il l'infirme et il ne peut être alors que dans son tort, car nul spécialiste ne peut avoir raison contre le vécu, l'expérience, de millions de gens surtout s'il ne vit pas leur vie. Le fait que ce n'est pas la terre qui est immobile mais le soleil ne pouvait être connu sans le travail scientifique d'un Copernic ou d'un Galilée car ce phénomène échappe aux sens des individus qui voient de leurs yeux le soleil se lever à l'est, se coucher à l'ouest et sentent la terre immobile sous leurs pieds. En revanche un spécialiste de la société papoue en saura bien plus sur celle-ci que les non Papous mais pas davantage que les Papous eux-mêmes même s'ils le savent différemment. Rien ne me semble plus pernicieux que ce culte du spécialiste de tout et n'importe quoi qui caractérise la modernité. C'est une terrible machine de guerre contre le peuple dont elle discrédite l'expérience, le témoignage et la parole. S'il faut des spécialistes pour faire comprendre au peuple ce qu'il voit et ressent dans sa vie quotidienne, alors c'est qu'il est sérieusement débile et que la démocratie est une erreur. D'ailleurs en Droit n'y a-t-il pas un adage qui affirme que les témoignages concordants venant de personnes nombreuses qui ne se sont pas concertées à l'avance valent preuve? A plus forte raison quand il s'agit du témoignage de dizaine de milliers de personnes sur des dizaines d'années. C'est pourquoi le livre d'Obertone n'a nul besoin de la rigueur du spécialiste puisqu'il confirme ces témoignages. A la limite on pourrait dire qu'il est inutile car, en effet, il n'apporte rien que ce que le vulgum pecus connaissait déjà. S'il paraît néanmoins à ce point nécessaire c'est qu'il fait appréhender une réalité inquiétante interdite d'expression, qu'il la rend audible et lisible même à ceux qui la connaissaient déjà mais qui n'étaient pas autorisés à la dénoncer. 

Intervention à laquelle il faudrait ajouter la réponse qu'elle fait à l'un de ses contradicteurs :

(…) Les individus qui forment un peuple ne sont pas dans une tour d'ivoire ! Ils se fréquentent, se parlent, échangent leurs expériences et leurs impressions. C'est ce qui finit par former ce que l'on appelle les "lieux communs" qui contrairement aux "préjugés" non fiables sont des "postjugés" généralement fiables parce que, précisément, ils sont le résultat de dizaines de milliers d'expériences et d'informations échangées sur des dizaines d'années, puis transmises aux générations suivantes. C'est plutôt l'"élite" qui risque d'avoir des préjugés parce qu'elle est trop peu nombreuse pour pouvoir échanger un nombre suffisant d'expériences surtout si elle vit éloignée du terrain. Seule la propagande peut arriver à discréditer les lieux communs, et souvent elle y arrive. C'est pourquoi il faut, à plus forte raison, prendre ceux-ci au sérieux quand ils lui résistent. Cela dit, les peuples ont aussi des préjugés quand ceux-ci ne concernent pas, non plus, leur expérience directe. En ce qui concerne l'évolution des phénomènes et des situations dans le temps, il est certain que le spécialiste est nécessaire. Encore que, à une époque où les centenaires se multiplient, avec bon pied, bon oeil et bonne mémoire, il est difficile, par exemple, d'affirmer que la société française était aussi violente (voire plus) il y a cinquante ans qu'aujourd'hui. Il est vrai que le mépris dans lequel on tient la vieillesse interdit qu'on entende la parole des "anciens" comme on disait (ce qui avait une autre allure que "troisème âge").
(…)
Le souci de rendre audible une vérité occultée doit certes s'appuyer sur un maximum d'exactitude, nul ne le conteste. Toutefois cette situation que décrit Obertone est vécue depuis trente ans par certaines catégories de la population qui vivaient au contact de l'immigration arabo-africaine. Je me rappelle encore ce témoignage d'un Français encore jeune et bien sous tous rapports qui décrivait le climat dégradé fait de vandalisme, d'insultes, de menaces, que les gens comme lui vivaient déjà dans sa banlieue depuis le regroupement familial. En parlant, cet homme avait la gorge nouée et quasiment les larmes aux yeux, non parce qu'il avait peur ou n'en pouvait plus mais parce que, ayant été élevé dans le culte de la tolérance et de l'antiracisme, ce témoignage qui allait à l'encontre de tout ce qu'on lui avait appris lui coûtait terriblement et n'en n'était, d'ailleurs, que plus poignant. Il n'empêche qu'il avait pu le faire sans que personne ne le traînât dans la boue. C'était, il est vrai, en ... 80, époque où la gauche et son idéologie immigrationniste n'était pas encore au pouvoir ni ne régnait encore de façon absolue sur les esprits. A partir de l'élection de François Mitterrand et de la création de SOS racisme ce genre de témoignage devint impossible. En revanche quantité d'articles et de livres parurent , dont l'emblèmatique "La France raciste" de Michel Vieworka, pour expliquer qu'il n'y avait pas davantage  d'insécurité en France mais seulement un sentiment d'insécurité et sous-entendre que ce sentiment avait pour origine le racisme et la xénophobie des Français "de souche". Et pendant toutes ces années pas un seul Obertone pour demander aux auteurs : "Mais quelles sont vos sources ? Quels sont vos chiffres ? D'où les tenez-vous ?". Pas un seul pour démonter, par exemple, le si facilement démontable et si scandaleux " La France raciste" donné au contraire comme modèle d'enquête sociologique aux étudiants. Cette pléthore d'ouvrages ne se contentait pas de quelques approximations, eux : le plus souvent ils mentaient carrément. Et voilà qu'au bout de tant d'années de mensonges sous toutes les formes, on tombe à bras raccourcis sur le premier livre à rendre compte de la situation que vivent les Français au motif de quelques inexactitudes minuscules dont le nombre d'homicides qui serait en baisse. Le breau scrupule que voilà ! S'ils sont en baisse et même si on ne tient pas compte de l'explication qu'en donne Obertone, laquelle, me paraît pourtant valable, c'est depuis si peu de temps et en si faible proportion par rapport à l'énormité du phénomène que cela ne change rien au constat de l'auteur !

jeudi 7 mars 2013

Cause Monde : orage magnétique



Il était temps ! L'autre de Jean-marie Le Pen, Jean-Marie Le Guen, sauve l'honneur. Quand on pense que personne n'avait encore eu cette idée, on en frémit d'horreur rétrospective. Et si Jean-Marie Le Guen n'était pas né, et si Jean-Marie Le Guen n'était pas "un élu socialiste", et si Jean-Marie Le Guen n'était pas progressiste, et si Jean-Marie Le Guen n'était pas suffisamment moderne pour avoir eu l'idée d'un Carnaval de la Diversité ? Et si Jean-Marie Le Guen s'appelait Modeste Albirun ? Je ne crois pas que Modeste Albirun aurait eu spontanément une idée si géniale. Je peux me tromper mais je ne crois pas. S'appeler Jean-Marie Le Guen, quand le Grand Autre de la politique s'appelle Jean-Marie Le Pen, ça aide à avoir des idées qui sauvent l'honneur, ça aide à sentir le vent de l'histoire, ça aide à regarder dans la bonne direction, la direction utile, comme disent les comiques croupiers issus de la Couveuse Mondiale, ceux qui ont le droit de s'asseoir dans le Fauteuil de Ruquier. 

Mais je crois qu'on peut faire mieux. Imaginons un instant une femme de notre temps qui s'appellerait Marine Le Guen, ou mieux encore Marine Le Ben. Imaginons que cette femme, moderne, progressiste, bien sous tout rapport, donc, encore jeune et suffisamment ambitieuse pour faire don de sa personne à la Raie publique, se demande de quelle manière elle pourrait bien frapper les esprits, de quelle façon elle pourrait réveiller l'ouïe endormie des négligents qui gisent à Paris-Plage ou à Boboland, de ceux qui n'entendent plus la différence entre le P et le B, par exemple, ayant leur tympan prématurément usé par des décennies d'extase citoyenne. D'accord, elle peut se lancer dans le rap, un rap qui n'utiliserait que des consonnes labiales, mais il est à craindre qu'un art aussi subtil et finalement élitiste soit de nature à ne pas rassembler plus de quelques milliers d'individus déjà acquis à la cause labiale. Une Marine Le Ben ne peut pas en rester à une logique groupusculaire, aussi séduisante soit-elle, elle doit viser le million, voire la dizaine de millions, si elle veut que son nom sonne enfin comme le cor enchanté du Bien, la trompe sacrée du Contemporain. C'est par l'écart infime que très souvent l'original se révèle comme le singulier absolu. C'est la porte étroite de la Renommée : L'événement qui révèle l'évènement. Vaincre ou mourir, exister ou disparaître, quand la destinée vous a offert pareil patronyme, est une axiomatique sans alternative. 

L'Évidence est toujours cachée, comme la lettre du même nom, au milieu de la figure médiatique. Ce sont pourtant les découvreurs d'Évidence qui font l'Histoire. Aujourd'hui, l'Évidence est grosse de concepts à retournements simultanés et multidirectionnels qui sont, en outre, sujets à déconstruction automatique et permanente, ce qui constitue bien sûr une chance pour la France mais surtout une Chance Pour les Journalistes. Les concepts à CPJ interne sont en vogue chez nos celles-et-ceux politiques, qui les rendent enrobés de salive républicaine quelques jours après, sous la forme de ce qu'on nomme "petites phrases". La Diversité est un des concepts à CPJ interne qui a le plus gros rendement, en terme de petites ou grandes phrases. Nous nous sommes renseignés auprès de l'Institut national chargé de la traçabilité des principaux concepts à CPJ interne, qui nous a aimablement fourni une carte lumineuse à fort coefficient de radio-conformité, un peu à l'image de ces plans de métro munis d'un clavier qui nous fascinaient tant, enfants. (Vous cherchiez une destination, vous appuyiez sur le bouton correspondant, et le trajet s'affichait sous la forme d'un serpent coloré qui vous guidait vers la sortie du labyrinthe.) Nous enfonçâmes le bouton Diversité et ce fut Noël en plein mois de mars ! Bien entendu, son trajet croisait celui de Carnaval, avec un changement à la station Assemblée nationale, comme on pouvait s'y attendre. Mais le plus important est que le sentier lumineux de la fée Diversité croisait beaucoup d'autres sites qui, eux-mêmes, appartenaient à des titres divers à la grande famille des aisselles rasées et des Hessel rasant, des Caroniens aux crocs aigus, des Batteurs de coulpe à votre place, des Pleneliens de choc, des Badiou de Vaindiou, des Caramels Hollande, des Morand de Meurés, des Bourmaliens supérieurs, des Delanoé Soulépavé, des Bourdieu de Morin et des Attali des Serres chaudes, toutes dynasties délocalisées dans un Ailleurs sans papiers mais à bifetons. Les prophètes et les procureurs du Vivrensemble obligatoire pour tous s'étant engrossés mutuellement, il n'est plus question d'y retrouver la moindre diversion ni la moindre divergence, mais qu'importe la réalité puisque nous avons la CPJ en perfusion gratuite administrée dans la salle de shoot municipale située juste à côté de la salle polyvalente, qu'importe le divers puisque nous avons la diversité.

C'est dans cette économie parfaitement réglée et d'une efficacité aux normes européennes qu'une Marine Le Ben pourra et voudra venir déposer et proposer son tube à réussite à l'admiration citoyenne des résolus sociaux.

Ça a débuté comme ça :

Marine Le Ben est assise sur son canapé en coton bio équitable acheté à la Camif, elle feuillette les pages culture de Télérama. Tout à coup, elle s'immobilise, le front moite, l'œil enflammé. Elle prend une feuille de papier recyclé. Sur la page blanc écru, elle écrit :

— Racisme (c'est fait)
— Inégalités sociales (c'est fait)
— Discrimination (c'est fait)
— Stigmatisation (c'est fait)
— Antifascisme (c'est fait)
— Vivrensemble (c'est fait)
— Festif, fête, festivités, ludique (c'est fait)
— Citoyen, citoyenne, citoyenneté (c'est fait)
— Cités, quartiers, politique de la ville, moyens (c'est fait)
— Réseaux sociaux (c'est fait)
— Fraternité, solidarité (c'est fait)
— Accueil, étranger, sans papiers (c'est fait)
— Alphabétisation, restos du cœur, DAL (c'est fait)
— Paris-Plage, Nuits blanches, etc. (c'est fait)
— École, lieu de vie, convivialité (c'est fait)
— Fêtes des voisins (c'est fait)
— Mamans, mamies, seniors (c'est fait)
— Dialogue inter-religieux (c'est fait)
— Légalisation du cannabis (c'est fait)
— Lutte contre l'homophobie (c'est fait)
— Social au sens large (c'est fait, au sens large)
— Assosses (c'est fait)
— Prisons (c'est fait)
— Culture (c'est fait, oh là là, c'est fait !)
— Rythmes scolaires (c'est fait)
— Tabac (c'est fait)
— Lutte contre l'industrie pharmaceutique (c'est fait)
— Pédophilie (c'est fait)
— Indignation (c'est fait)
— Féminisme (c'est fait)
— Genre (c'est fait)
— Care (c'est fait)
— Nucléaire (c'est fait)
— Exil fiscal (c'est fait)
— Vocabulaire, lexique, expressions (c'est fait)
— Sexisme (c'est fait)
— Nouvelles technologies (c'est fait)

(…)

Long silence, durant lequel Marine Le Ben transpire abondamment. Son pouls est à 100. Sa tension à 9,5 / 14,5. Le bout des doigts picotent. Bref accès de découragement. Mais c'est pas possible, tout ne peut pas avoir été fait ! Il y a sûrement quelque chose à quoi personne n'avait pensé jusque là ! C'est là, je le sens, c'est au bout de mon stylo, c'est pour moi, ce sera mon idée, à moi, rien qu'à moi. Je dois trouver ! Elle a la vessie pleine, mais elle se dit qu'elle n'ira pas aux toilettes tant qu'elle n'aura pas trouvé, quitte à faire dans sa culotte. Marine Le Ben a du caractère. On a toujours dit, autour d'elle : Marine, c'est quelqu'un ! Quand elle une idée dans la tête, elle l'a pas ailleurs ! Nous sommes mercredi soir, les enfants sont couchés, Jean-Marie, le mari, est en formation-stage d'entreprise (synergie-trans-énergétique de groupe), il ne rentre que samedi. Elle est donc seule avec sa feuille de papier. Il fait 19 degrés dans la salle de séjour, la table est débarrassée, la vaisselle est faite. Tout va bien, Marine, tout va bien. Réfléchis, respire et réfléchis ! Le ventre, respire avec le ventre. Inspire le bonheur, expire le malheur. Lâcher-prise. Ondes alpha. Coolitude cool. (…) Rien, le vide total. Elle n'arrive plus à penser, c'est comme si son cerveau était en arrêt de travail. Droit de retrait. Cortex en réunion syndicale. Neuromédiateurs à la plage. Hypothalamus en RTT. Synapses en congé maternité. Putain, Marine ! Les doigts dans la prise ? Non, trop douloureux. Une petite branlette ? Les enfants pourraient se lever pour boire un verre d'eau. L'horloge parlante ? Existe plus ! Lire les commentaires sur son blog ? S'y laisserait prendre, comme d'hab. Elle essaie d'arrêter ses jambes de danser sur place, contracte ses sphincters. Un peu de volonté, quoi, merde ! La pendule sonne dix heures.

Reprenons. Une cause. Une cause nationale. Une cause nationale et consensuelle. Une cause nationale, consensuelle et moderne. Une cause nationale, consensuelle, moderne et sympa. Une cause nationale, consensuelle, moderne, sympa et utile. Une cause nationale, consensuelle, moderne, sympa, utile et… Non, nationale, on s'en tape. Faut voir plus grand. Donc, une cause internationale, sans frontières, consensuelle, moderne, sympa, utile, de gauche (pléonasme). Une image lui passe par la tête : Jean-Paul Sartre sur son tonneau, à Billancourt. La Cause du Peuple. La Cause du Citoyen. Elle n'a pas connu mai 68, mais son père lui a raconté. Révolte, rébellion, indignation, cause, soulèvement, résistance, entraide, solidarité, modernité, histoire, révolution, droits, commune, front populaire, congés payés, avortement, droit de vote, pilule, échangisme, partouze, non, stop ! Elle a trop envie de faire pipi. Elle court aux toilettes, mais trop tard, elle a mouillé sa culotte et ses collants. Elle pisse. Ah que c'est bon. Elle ôte ses collants, sa culotte, reste assise aux toilettes, le regard vague, le visage entre ses mains. Citoyen du monde. Elle se répète ces trois mots comme un mantra. Citoyen du monde. Elle pense aux multinationales, au nucléaire, à la guerre, aux armes en vente libre, à George Bush, au Tibet, au Sous-commandant Marcos, à Louis XIV, aux éoliennes, aux Incas. Les Incas… Les Incas…

Elle se lève, tire la chasse, se précipite sur l'ordinateur, dans la chambre. Internet, Dailymotion, Google, Wikipedia… Les Incas… Le soleil. L'éclipse de soleil. Tintin. Re-Google. MCE. Éjection de masse coronale. Mai 2013. Voilà, j'y suis. NASA, Canada, magnétosphère, vents solaires, tempêtes, cycles, taches solaires, alignement, 1859, Carrington, réveil, catastrophe, secret, silence, complot…

Bon dieu mais c'est bien sûr ! Mai 2013, mais c'est dans deux mois ! Deux mois, deux petits mois à peine ! Comment se fait-il que personne n'en parle ? On sait depuis longtemps que se prépare sans doute la plus grande catastrophe de tous les temps, et on nous parle d'insécurité ? Ah les salauds ! On sera peut-être morts dans trois mois et on invite Laurent Obertone à la télévision ? Ah les ordures ! L'Actu, c'est pas Orange mécanique, c'est ORAGE MAGNÉTIQUE ! Quand je passerai chez Ruquier, j'exigerai d'être la seule invitée ! On sera en prime-time, pas à minuit moins dix ! Ah les cons ! Évidemment, les Puissants se sont certainement déjà préparés à la Chose, il doit exister des solutions, mais on se garde bien d'en parler, parce qu'on sait qu'il n'y en aura pas pour tout le monde ! Israël doit être dans le coup. On ne les entend plus trop en ce moment. Ils ont autre chose à foutre que de balancer une bombe sur l'Iran, tu parles ! Pas besoin de bombe, pour les Iraniens. Suffit d'attendre, planqué trois cents mètres sous terre, avec des réserves pour deux ans. La voilà l'Insécurité du millénaire, le voilà l'ensauvagement du monde à l'échelle planétaire ! La soleil va nous chier dessus, et on n'a aucun parapluie en état de marche. 90 secondes pour revenir à l'âge de pierre, et Jean-Marie qui fait son stage d'entreprise… J'y crois pas ! Mai, le mois de Marie ? Le mois de Marine, oui ! Ça va tweeter dur, dans les jours qui viennent, c'est moi qui vous le dis ! C'est pas la Trierweiler qui va me faire de l'ombre, à moi ! La voilà, ma Cause internationale, hyper-moderne, consensuelle, et utile ! Peut-être pas aussi sympa que j'aurais souhaité, mais on ne va pas faire la fine bouche. Plus moderne qu'une tempête solaire à donf, tu meurs ! Surgissent quelques questions non dénuées d'importance : la Tempête solaire est-elle de droite ? La Tempête solaire fait-elle le jeu du Front national ? La Tempête solaire a-t-elle partie liée avec les Marchés financiers ? La Tempête solaire pourrait-elle favoriser le retour de Sarko ? La Tempête solaire est-elle anti-républicaine ? La Tempête solaire stigmatise-t-elle les quartiers sensibles ? À toutes ces questions, Marine répond : Oui, oui et oui ! Dans les jours qui viennent, elle aurait le temps de justifier ces affirmations, mais pour l'heure, il y a urgence ! Il convient de résister, de faire front commun, de s'indigner contre ces vents solaires et cette masse coronale qui va frapper les plus démunis, les exploités, les damnés de la Terre, les Sans-papiers, les immigrés. À la masse coronale qui menace les peuples de la Terre, Marine Le Ben, dès ce soir, décide de dire, contre vents solaires et marées rouges :

NO PASARAN ! Touche pas à ma magnétosphère !

dimanche 3 mars 2013

Juste utiles


« L'insécurité est ce que les médias n'en disent pas. » (Robert Ménard)

Pauvre Obertone ! Il a été assez mauvais, il faut bien le reconnaître, même si on ne lui jettera pas la pierre, car on est bien conscient de la difficulté de l'exercice. Face à un Aymeric Caron bavant de haine, à une Natacha-Polony-comment-il-est-mon-profil qui a montré, une fois de plus, à quel monde elle souhaitait appartenir, et à tous les semi-débiles présents sur le plateau du clown institutionnel, il n'avait pratiquement aucune chance de s'en tirer. Les pour-qui-tu-roules et les d'où-tu-parles ont été jetés en grêle depuis les mâchicoulis du Spectacle sur celui qui n'émettait guère que des ultra-sons pianissimo, il fallait s'y attendre, et jusqu'au : « Laurent Obertone, êtes-vous utile à la société ? » (bis) du comique de service. Ces gens sont des salopards de gros calibre. On a beau le savoir, ça fiche toujours un coup au moral de toucher du doigt leur absence totale de morale. Chiens.


Pas une seule fois, évidemment, la seule question qui vaille : « Est-ce vrai ? » n'a été posée. 260 viols tous les jours en France, est-ce vrai ? Oui, c'est vrai. Deux cent soixante, vous avez bien entendu ? Les ça-a-toujours-existé (avec la variante ruquio-caronienne : c'était-bien-pire-avant), les quelle-est-votre-solution, ont étouffé les 260 viols à la naissance (couvercle à peine soulevé déjà refermé, c'est magique), les plateaux-télé ne peuvent pas supporter 260 viols par jour en France, ils ont la couenne fragile, les plateaux-télé, ils ont un cœur de pierre mais la tripe sensible, selon la belle formule de Finkielkraut. On n'est pas là pour s'anxiogénifier, mais pour raconter des blagues et gagner sa vie en se foutant complètement de ceux qui en crèvent, de ces 260 viols par jour en France. Obertone, tu nous casses l'ambiance, avec ton bouquin-orange-livre-de-chevet-de-Marine-Le-Pen que même la Polony elle trouve mauvais, que c'est pas comme ça qu'il faut en parler, que la Polony elle sait comment il faut en parler pour que Sir Aymeric fasse pas trop la gueule, et surtout que c'est une chasse gardée, quoi, merde, si tous les Obertone de province viennent mettre les pieds dans le plat mais où on va aller dîner tranquille, quoi ! Pouvait pas faire un bouquin sur le végétarisme, ou sur la francophonie, ou tiens, mieux, sur l'amitié franco-algérienne, l'Obertone de mes deux ? Pour débuter dans le journalisme, excuse-moi, vieux, mais on met pas direct les pieds dans le plat où mangent tous ces messieurs-dames de la télé ! Mais qu'est-ce qu'on fout, dans les écoles de journalisme, bon dieu, tout fout le camp ! Apprends un peu les bonnes manières, Laurent, et reviens après, tu verras comme on se marre bien entre nous, comme c'est cool d'être pote avec Ruquon, Ardissier, Natacha, Jessica, Maëva, tu pourras amener ta femme, et tu pourras enfin te saper correct. Allez, mec, sois cool, choisis mieux tes amis, de toute façon, on est les plus puissants, et on s'entraide, c'est ça la famille, tu vois. Tiens, je vais t'offrir les 220 satoris mortels de François Matton pour te calmer un peu les nerfs, ça te changera un peu de tes 260 viols par jour en France. Mais j'y pense, ah oui, c'est ça, t'as été violé quand t'étais petit, hein, oui, c'est bien ça, tu t'en es jamais remis, ah, pauvre petit, et tu crois te venger avec ton bouquin-livre-de-chevet-de-Marine-Le-Pen, ah, les salauds d'hétéros blancs catholiques et colonialistes, encore un pauvre petit gars qu'ils auront massacré à la naissance, les ordures, et après on s'étonne que ça nous fasse des inutiles-à-la-société-qui-font-le-jeu-du-Front-national. Pauvre petit Laurent, quand on pense que t'aurais pu t'appeler Ruquier, t'as vraiment pas eu de bol, toi ! T'aurais mieux fait d'être pédé, Obertone, tu nous aurais écrit un bon bouquin sur l'homophobie ou genre, enfin du solide, quoi. Au lieu de quoi, tu nous rabâches ce machin indigeste que déjà tout-le-monde-il-en-parle-sans-arrêt et qu'on sait tout ça par cœur ! On sait tout ça par cœur et en même temps ça n'existe pas, tu vois, c'est ça la dialectique moderne, on a dépassé depuis longtemps le stade de la non-contradiction, nous, on en est au stade de la non-non-contradiction déconstruite, eh oui, mon pote, faut juste un peu se tenir au courant, quand on se prétend journaliste ! Journaliste, t'entends ? Un journaliste, c'est pas le mec qui angoisse nos clients, Laurent ! T'es con ou quoi ? Tu veux travailler ou pointer au chômage ? Regarde Sir Aymeric. Ça c'est du journaliste. Il suit la ligne, il en démord pas, il mordrait sa mère plutôt que de déroger à la Règle. On peut compter sur lui. On est des soldats, tu comprends ça ? Des larbins, oui, si tu veux, mais il en faut, et c'est pour la bonne cause. En Afrique ils ont les enfants-soldats, nous on est les larbins-soldats. C'est le prix à payer pour mettre les doigts dans le gâteau. On n'a qu'une vie, Laurent, tu comprends ça ? On met nos enfants dans des écoles privées, chais pas si tu sais mais ça douille, ces conneries ! On est UTILES À LA SOCIÉTÉ, nous ! C'est juste normal qu'elle nous le rende un peu. C'est comme ça que ça marche. Bon, OK, les 260 violées, c'est dramatique, c'est vrai, mais on n'y peut plus rien, tu vois, ce qui est fait est fait, ce qu'il faut c'est aider le Jeune qui les a violées à ne plus recommencer, à lui apprendre à lui aussi les bonnes manières, tu comprends, comme à toi. Parce que lui aussi il veut mettre ses doigts dans le gâteau, tu vois, c'est juste normal. Si on le laisse en prison, le Jeune, comment on saura si sa réinsertion a réussi ou pas, hein, gros malin ? Faut bien qu'il sorte, pour qu'on vérifie nos théories généreuses ! Et puis, comme l'a si bien dit le Canadien au gros pif : « Ça sert à rien de construire de grosses prisons, c'qui faut c'est aimer l'autre ». C'est simple comme un gros pif au milieu de la figure.

« Qu'as-tu fait, ô toi que voilà Pleurant sans cesse, Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, De ta jeunesse ? » Je ne sais pas si tu aimes la poésie, Laurent, mais tu devrais juste méditer ces vers. Arrête de chialer comme une gonzesse, et viens rigoler avec nous, tu verras, c'est bien meilleur pour le cholestérol. Sois utile à la société, mon pote, au lieu de débiner Joey Starr et Samy Naceri. T'es rien, à côté de ces géants ! Rien du tout, zéro, Obertone, juste un son qu'on n'entend même pas, comme tu l'as démontré hier-soir. Tu as voulu traverser l'Achéron et rester vivant, mais Caron ne mange pas de ce pain-là, lui, t'as encore trop le goût de bidoche, mon petit. Rester vivant, aujourd'hui, est un affront terrible au vrai Pouvoir. Regarde nous. Nous sommes tous morts, et tout va bien, je t'assure ; pénards qu'on est, tu peux pas imaginer. La seule manière qu'il ne t'arrive rien aujourd'hui est d'être déjà mort. Être journaliste au XXIe siècle consiste à être mort, à parler comme un mort, à penser comme un mort, à vivre comme un mort. Viva la muerte !



PS. Je me demandais une chose, hier-soir, en regardant ce cirque abject : Est-ce qu'un jour, oui ou merde, il y aura quelqu'un pour se tirer de là en plein milieu en leur disant froidement, les yeux dans les yeux, vous êtes une bande de connards, je vous laisse entre vous ? Non ? Vraiment personne ?

PSS. Voir l'excellente réponse de Laurent Obertone aux Médiapartisans.

samedi 2 mars 2013

Sonate retrouvée dans ma déclaration d'impôts



À l'heure où la fachosphère unanime proclame qu'elle est Laurent Obertone, ce dont tout le monde se doutait bien (et se fout), nous avouons nous aussi : 

François Schubert, c'est nous !

La preuve

jeudi 28 février 2013

Art consommé ou art du consommé


« Le parti de l’In-nocence salue avec affection et tristesse, à l’occasion de sa mort, la belle figure de Marie-Claire Alain, organiste française qui durant toute sa carrière a offert aux amateurs de musique, notamment baroque, des interprétations exigeantes et néanmoins lumineuses d’œuvres majeures du répertoire d’orgue, avec un art consommé de la registration. »

Ils me feront toujours rire, au parti de l'In-nocence. À chaque fois qu'un organiste meurt, on nous refait le coup de "l'art consommé de la registration", ça ne manque jamais. On y ajoute souvent le "jeu de pieds impressionnant". Là, on a tout dit. Organiste = registration + jeu de pieds. La prochaine fois qu'un pianiste meurt, ce qui ne va pas tarder, j'espère, je propose qu'on parle de "son jeu de doigts", et de son "art consommé du juste choix du piano". Pauvre Marie-Claire Alain, elle méritait mieux que d'avoir des pieds pour pédaler et des mains pour tirer des tirettes. 

J'aimerais beaucoup savoir ce qui permet à un néophyte de juger de la bonne (ou merveilleuse (ou médiocre)) registration d'un organiste, cela m'intéresserait au plus haut point de comprendre comment il peut émettre le moindre jugement sur cette partie du métier. Quant au fameux "jeu de pieds", il va de soi que tous les jeux de pieds de tous les organistes sont "impressionnants" pour quelqu'un qui découvre cet aspect (en général caché, et pour cause) du jeu d'un organiste. Je me rappelle un concert de Rhoda Scott, au tout début des années 70, où elle levait les mains au dessus du clavier pour bien montrer à son public que c'étaient ses pieds qui faisaient tout le travail. Eh oui, les pieds d'un organiste jouent eux aussi. Scoop ! Le voir est toujours "impressionnant", quel que soit l'organiste. Comme les notes à jouer sont les mêmes, que l'on s'appelle Mariel-Claire Alain, Olivier Messiaen, Louis Vierne ou Célestin Huitpieds, les mouvements des pieds seront les mêmes, que l'instrumentiste porte des escarpins, des pantoufles ou des brodequins, qu'il chausse du 36 ou du 44. Personnellement, je ne vois pas très bien en quoi un organiste peut avoir un jeu de pieds plus intéressant qu'un autre, mais enfin, il est vrai que je ne suis pas organiste. Bon, je suis un peu de mauvaise foi, évidemment, puisqu'il m'arrive de me régaler du "jeu de pieds" d'un Michelangeli (qui a en général de très jolies chaussures) qui, le pauvre, ne dispose que des trois pédales. Mais passons sur ces détails qui n'intéressent personne.

J'ai eu envie de gifler le petit merdeux qui hier, à France-Culture vers sept heures du soir, a cru bon de railler « le Bach de Marie-Claire Alain » en des termes que j'ai préféré oublier. Il la trouvait visiblement ringarde, bien entendu, puisqu'il paraît qu'on ne peut plus jouer Bach tranquillement depuis que les Harnoncourt et consorts ont dicté la nouvelle Loi tombée du Sinaï baroque. Je n'ai rien contre Harnoncourt, mais enfin, avouons que ses premiers disques, ceux précisément dans lesquels les chofars de la renommée ont failli faire tomber Jéricho Furtwängler (qui avait de l'oreille) en syncope, étaient mauvais à un point difficilement imaginable aujourd'hui. La grande chance de Harnoncourt a été de rencontrer de très bons musiciens et d'avoir été assez intelligent pour apprendre un peu, au fur et à mesure, que la musique ne se laisse pas impressionner par des théories, si intéressantes soient-elles. Encore quelques années et il approchera un peu d'un Fritz Reiner ou d'un Georges Szell.

En parlant de consommé, il va falloir que je retente ma chance, comme tous les ans. Réussir un consommé comme celui de la Tante Julie, voilà une noble espérance. Je vais devoir soigner ma registration.

Un Son parfait



Longtemps qu'on n'avait pas éprouvé un pareil choc ! Le disque enregistré par Rostropovitch et Britten, en 1961 et 1968, avec trois merveilles absolues au programme : Schubert, Schumann et Debussy. L'Arpeggione, les cinq morceaux en style populaire opus 102, et la Sonate

Un son parfait

Larme à gauche


« Elles portent le message du vécu. » Le "vécu" et le "ressenti", marottes sacrées des blogueuses en chaleur (qui peuvent aussi bien être des blogueurs, évidemment) : C'est à ces vocables couperosés qu'on reconnaît infailliblement les amateurs de mauvaises littératures et les lectrices de salles d'attente sonorisées, les croupissantes madones de la modernité, les mêmes éplorées moites qui hier-soir sans aucun doute ont laissé éclater leur chagrin et suinter leur âcre hidrorrhée, car Steffi Aisselles s'est épilé la fosse une dernière fois la nuit précédente, en prévision de son entrée au Pantalon national. Que les sceptiques s'abstiennent, pour une fois, de se récurer la cavité nasale en congrès, toutes les chaînes en deuil entament à l'heure où je vous parle un dernier tour d'étable, hennissant à l'unisson, afin de présenter le mythe sous l'angle grave et malrussien qui seul sied aux patries endeuillées. Un seul prêtre leur manque, et le Monde et Libé sont repeuplés pour une décennie.

Il a vécu, il a ressenti, il a compris. Ce qui l'a amené à s'indigner et à publier. Moi qui n'ai ni vécu ni ressenti, mais seulement senti et cru, j'ai immédiatement su que le Grand'Homme avait de l'avenir, pour ne rien dire de son passé à message. Nous avions eu Pierre l'Abbé et sa soutane magique, nous avons désormais le Palestinien éternel. Quant à son passage amassé qui d'un si grand vécu a tu le ressenti, à toi sur Terre homme de peu de foi, il fallait bien lui trouver une demeure à l'abri de ton sarcasme de lieux d'aisance.

"L'indignation doit entrer an Pantalon national" ! Mirabeau en est sorti, Papy-refait-de-la-résistance doit prendre sa place. Dans le caveau VII, l'Abbé Grégoire va sans doute faire un peu la tronche, lui qui fut partisan de l'octroi de la citoyenneté française aux juifs, mais qu'importe le ressenti du caveau puisque nous aurons ainsi l'ivresse de marier le mythe et l'hébétude, afin que la Farce se poursuive à l'abri de la mémoire et de la dignité. Ni Panthéon ni Pandémonium ne sauraient empêcher Pantalon national d'entrer dans la danse pédagogique. Quand Festif et Ludic décident de se prendre au sérieux, tout devient possible, même le pire. S'il y avait encore un obstacle ténu qui retardait l'entrée de Johnny à l'Académie française, il me semble qu'il vient de voler en éclats de rire. 

mardi 26 février 2013

Je ne sais ce que je vois qu'en travaillant



« Il me semble qu'avant je ne t'aimais pas.
— Avant ?
— Avant ta mort. »

« Vous pouvez voir des excroissances qui se sont développées au niveau de la blessure. » Sonate pour violon seul de Béla Bartók. « Pour ma part, durant ma vie entière, en tout lieu, en tout temps et de toute façon, je veux servir une seule cause, celle du bien de la patrie et de la nation hongroise. » Il vaut mieux ne pas imaginer un compositeur contemporain qui tiendrait ce discours. Bartók a recueilli les chants des paysans magyars. Vous imaginez un compositeur qui aujourd'hui irait recueillir les chants des paysans de la Beauce ? Messiaen, plus prudent, s'est contenté de recueillir les chants des oiseaux du Dauphiné. Menuhin lui a commandé la Sonate. La rencontre du nationaliste et du Juif. Aucun problème. C'est nous qui les opposons, aujourd'hui, mais ils auraient été bien étonnés de l'apprendre. On dit "l'école hongroise", comme on dit "l'école française". Ça tombe bien, il n'y a plus d'école, il n'y a plus de France, il n'y a sans doute plus de Hongrie. Il reste la sonate de Bartók, il reste les enregistrements de Menuhin, il reste même le quintette avec piano de 1904. Si nous allions dans la Beauce recueillir les chants des paysans (à imaginer qu'ils existent encore, les paysans), cela donnerait des chansons américaines, dans le meilleur des cas. Les plus "révolutionnaires" de nos grands musiciens d'un passé récent étaient aussi les plus attachés à leur origine, à leur nation, à leur patrie, à leurs traditions. Leur nation, leur patrie, leurs traditions, étaient pourtant encore vivantes, à leur époque. Ensuite quoi ? Ensuite il y eut nous, qui n'avons eu de cesse de haïr notre nation, notre patrie, et toutes nos traditions. Maintenant qu'elles sont mortes, toutes, nous nous apercevons que nous les aimons d'un amour bien plus fort que notre haine. Et même… que nous les aimions. L'amour et la haine étaient concomitants, indissolublement liés ; il n'y a que le temps qui a su nous révéler la face cachée de notre haine commode. Comme souvent, les sentiments insincères étaient les plus haut portés, les plus viscéralement revendiqués. Pour un peu, nous serions morts pour que l'on nous croie. Les menteurs sont toujours les êtres les plus sincères, et ce sont toujours les idées des autres que nous faisons nôtres avec le plus de courage. Quelle affreuse banalité ! Quel conformisme bête et déchirant, dans son opiniâtreté belliqueuse et pathétique. Est-ce du temps perdu ? Oui et non. Ce temps enroulé sur lui-même, ce temps qui semble faire du sur-place, je ne peux pas tout à fait le considérer comme du temps perdu. Toutes les adolescences arrêtent l'Histoire. C'est à l'adulte de remettre le temps en route. Le problème de notre temps est que l'adolescence est le seul âge restant. Tous les autres ont été relégués. C'est notre génération qui a inventé l'adolescence, mais ce que nous ne savions pas, c'est que nous serions pris au sérieux, à ce point. Les excroissances au niveau de la blessure ont annulé la plante, ont terrassé et les chênes et les roseaux, il n'y a pour s'en persuader que de regarder de l'art contemporain ou de voir les monstres qui peuplent nos rues. Nous ne rions plus avec nos muscles zygomatiques, mais avec nos nerfs rhizomatiques, le nœud, le bulbe, la tumeur pâle, le "chantre mou" (comme dit mon voisin), sont les obésités ordinaires qui donnent le la, et ils nous viennent directement du temps de l'adolescence, cet âge où l'on devient mou, gras, boutonneux, et ridicule. Une époque qui ne connaît plus que ce canon-là ne peut qu'inspirer le dégoût et la pitié. L'adolescence est la période de la vie où l'on est le plus proche de la mort. Nervosité, mollesse, complexes, hésitations, paresse intellectuelle, pose, mimétisme, horizontalisme compulsif, idées de suicide, fragilité maladive, si c'est un passage, ça va… « Je ne sais ce que je vois qu'en travaillant », disait Giacometti, et l'adolescent est celui qui, littéralement, attend que la compréhension du monde vienne à lui. On ne voit quelqu'un que lorsqu'il s'éloigne, c'est-à-dire au moment où l'on peut enfin le voir dans son ensemble. Aimer et voir, aimer et entendre, aimer et toucher sont des actes similaires, si l'on est vivant, réellement vivant, ce qui signifie être à la fois là, et bien là, et dans le passage du temps. Le monde ne vient pas à soi, pas directement. Il ne se donne pas. Il faut aller le chercher, c'est ça, le travail. « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » Remets-moi en route, il me semble qu'avant je ne m'aimais pas. C'est comme ça que ça ne s'arrête jamais. C'est un travail. Aller chercher le monde jusque chez les morts ? Mais où donc, sinon ? Savoir ce que l'on voit, voir ce que l'on sait. « Car tu ne m'abandonneras pas. » Qu'est-ce que tu cherches dans la Bible ?

(…)

dimanche 24 février 2013

Art contemporain


Mucchielli vous en offre une deuxième paire si vous avalez la première

La sociologie à flux tendu, ça peut rapporter gros ! 

samedi 23 février 2013

Au Front

C'est la guerre. Chaude ou froide, c'est la guerre. D'un côté Marilyn, de l'autre Emil. Un Gilels qui, curieusement, ressemble énormément à Gould, à cette époque-là, jusque dans sa manière de faire semblant de bâcler le prélude de Rachmaninoff (un de ses bis favoris) qu'il joue devant les soldats, devant les avions, devant les chars, devant la mort. Son piano comme un tank, un tank dont il est le conducteur imperturbable et dominateur. Est-ce que les soldats soviétiques auraient préféré voir et entendre la blonde icône ? C'est probable. Est-ce que les Américains auraient aimé écouter Gilels et Rachamaninoff ? Pas sûr. Le fait est que ça s'est passé comme ça. Le monde est ainsi partagé, l'a été. À l'Ouest la chanson et le sexe, à l'Est, l'art à son plus haut. On peut également faire une autre découpe : les Nazis aussi aimaient l'art le plus exigeant. Du côté du Goulag et des Camps, la haute culture, du côté de la démocratie, la chanson, le "spectacle". D'un côté le Sympa, de l'autre le Sérieux. D'un côté les corps qui veulent se toucher, les plages, de l'autre Franz Schubert et la syphilis, le Rhin.

On se doute bien que je ne vais pas reprendre ici l'argument stupide qui voudrait que la haute culture mène à à l'Horreur, mais on ne peut pas non plus ignorer les faits. Nous étions émus, dans notre enfance, dès qu'il était question de l'Armée rouge, parce qu'ils savaient chanter, et que nous avions vu des images comme celles-ci, où de simples soldats écoutaient de la musique avec cet air de sérieux et de respect qui nous imposait en retour une émotion respectueuse. Au-delà de la propagande, il y a cette volonté russe de garder Rachmaninoff, Mozart, Beethoven, et Neuhaus au Conservatoire. Vitrine, peut-être, mais on peut choisir de mettre autre chose dans la vitrine, comme le prouvent ces images. Malgré tous les programmes, malgré tous les principes, malgré la foi, et malgré eux, sans doute, les Soviétiques n'avaient donc pas tout jeté, la tabula rasa restait une idée qu'ils savaient fantasmatique — ou au moins partielle, ce qui l'invalide en tant que telle. 

On est là en terrain glissant, comme aiment à le rappeler les hyper-modernes. Tant mieux. Tout ça n'existe pas, ou pas ainsi qu'on le croit, rien de la subtilité et de la nuance d'un monde disparu à jamais ne pourra plus se dire dorénavant. Peut-être dans un siècle… Il faut choisir son camp (c'est le cas de le dire), il faut opposer, il faut comparer, vérifier mais surtout il faut affirmer. Les uns vous disent 6 millions de morts, les autres 100 millions, les uns vous parlent du fascisme, qu'ils confondent avec le nazisme, les autres du bolchévisme, les uns parlent des Camps, les autres du Goulag, des famines, des massacres, chacun veut anéantir le mal de l'autre par celui qu'il a choisi d'élever au rang de Mal suprême. Il est devenu inutile d'essayer de parler de tout ça, on tourne en rond, plus les discours et les livres s'ajoutent les uns aux autres, plus la vérité s'éloigne de nous. Peut-être est-elle perdue pour toujours, c'est possible. Voir un Nicolas Demorand, par exemple, répéter, la voix rauque, par cinq fois, que : « JAMAIS » il ne votera Marine Le Pen, est édifiant, à plus d'un titre. Le type a choisi son camp, vous comprenez ? Enfin, il n'a rien choisi du tout, précisément, mais l'important est de l'affirmer, bien haut, bien fort, et si possible devant une caméra. Il suffit d'un certain sourire, d'une certaine voix, pour que l'automate terrifiant sorte de dessous l'habit, montre sa petite figure étroite et métallique, et nous fasse comprendre qu'il est devenu totalement inutile de croire ici confronter des opinions, des savoirs, des convictions, des faits. Il ne s'agit aucunement de cela. Des méchants s'affrontent, des mécanismes sont confrontés, des religions, des chapelets, des réflexes, des discours, des postures, mais jamais, jamais, jamais, la vérité profonde et complexe qui a fait vivre ou mourir ces millions d'êtres humains qui nous ont précédés dans le terrible XXe siècle, je parle donc de mes parents et des parents de mes parents. Il y a des jours où je me dis que j'aurais voulu être l'ami d'un Nazi ET d'un Bolchévique, d'un de ces hommes, sous l'uniforme, que j'aurais voulu les connaître, leur parler, partager leurs journées, savoir un peu, un tout petit peu, car je me sens de plus en plus accablé par le Discours obligatoire, par le sauf-conduit moral que chacun désormais se croit obligé de présenter avant-même qu'on lui demande quoi que ce soit. On a l'impression qu'être moderne, dans le XXIe siècle commençant, consiste avant tout à prendre position. Les positions étaient sociales, naguère, elles sont maintenant morales. Les mots mentent. Les mots mentent naturellement, alors quand, en plus, ils sont chargés à bloc de religiosité morale (je parle bien entendu de la terrible pseudo-morale qui est en train de nous tuer à petit feu), ils deviennent de véritables poisons, ils sont pires que la mort, ils sont de la mort par-dessus la mort, de la mort en avance sur la mort.

Voyez Gilels jouer devant ces soldats, au front. Vous le croyez idiot, Gilels ? Et Richter jouant aux funérailles de Staline, vous le croyez débile ? Vous pensez réellement que des artistes de cette trempe n'ont pas un rapport étroit avec la Vérité, avec la Morale ? Écoutez Oïstrakh jouer Liebesleid, de Kreisler, si vous en êtes capables, et essayer d'entendre le vieux monde qui frémit, malgré le canon, malgré la brutalité inouïe des hommes, les hommes qui — faut-il le rappeler ? — ne sont pas meilleurs, ni plus doux, aujourd'hui, eh non ! Écoutez-les, au lieu de les juger sans cesse, du haut de votre minuscule présent, déjà vieilli, déjà en retard, jamais à l'heure. Essayez de reconnaître leurs voix, d'observer leurs gestes, de comprendre leurs peurs, d'épouser leurs désirs, au lieu de les épingler bêtement dans vos livres d'images d'une pauvreté affligeante.

Mais je ne me fais aucune illusion. Aussi vais-je me taire, et le plus définitivement possible. Sur ce sujet, comme sur bien d'autres, il vaut mieux se taire, il vaut mieux écrire de la musique, il vaut mieux parler une langue étrangère, il vaut mieux parler aux morts qui sont plus vivants que les vivants.

Le « Jamais ! » de Demorand signifie avant tout : « Taisez-vous ! » ou plutôt : « Je parle par-dessus votre voix, je vous fais taire. » et l'on reconnaît là les manières des fascistes old style, qui avaient la voix puissante et la mâchoire proéminente. Il ne faut pas contredire les Demorand, on ne contredit pas des caricatures au ton objurgatif : «  Lisez ! Lisez ! Lisez ! Lisez ! Lisez ! Lisez ! Lisez Libé ! Lisez Libé ! » Lire Libé ? Aujourd'hui ? Aujourd'hui ? Aujourd'hui ? Aujourd'hui ? La répétition… Comme au bagne, comme au bagne, comme au bagne. Il y a des manières qui en disent mille fois plus long que les discours les mieux argumentés. Il souffle autour des Demorand de notre siècle une bise kafkaïenne, concentrationnaire, pénitentiaire, sibérienne.

Lire Libé, aujourd'hui ? Et puis quoi encore ? Pourquoi ne pas écouter Demorand et du rock, pendant qu'on y est !

C'est toujours la guerre !

vendredi 22 février 2013

L'Aérophagie de Frère Laurent


Laurent Mucchielli, oui, le célèbre Mucchielli, celui qui fait passer les courgettes pour des avocats belges et les frites pour du chant grégorien, le Grand Sociolologue qui tord le Réel comme d'autres les petites cuillères, a ses vapeurs. Mucchielli entassait les camemberts dans sa cassette depuis des lustres, et voilà qu'un hurluberlu sorti de nulle part vient lui taxer ses colonnes de chiffres et ses vérités certifiées conformes ! Laurent l'Ultrason (on a remarqué que ce nazi a même piqué le prénom du Grand Prêtre aux lunettes roses) veut chiper la cassette de notre Harpagon de la Sociolologie ; c'est très mal, ça ! Va t'occuper des chiens écrasés, Obertone, t'as déjà le sifflet pour, mon salaud ! Mais tu vas nous l'occire, notre Grand Maître, qui a inventé l'Invention de la violence, tu vas nous le faire frire au vinaigre de Bolchévie, tu vas nous le réduire au beurre d'intestins, lui qui n'aime que la Margarine et les profonds divans de la Pravda. La Scientologie est vraiment un club d'amateurs, à côté de la Sociolologie. Obertone arrive comme ça tout benoît, et commence à souffler dans son tube à essais, sans voir que l'éprouvette est directement reliée au derrière du Grand Patron du Réel Courbe. Évidemment, l'autre, ça lui donne de l'aérophagie, dans sa loge douillette et capitonnée ! Il est obligé d'ouvrir la fenêtre. Non, quand-même pas, mais pour un peu ça y était, il avait vue sur le pays réel. On imagine la frayeur du sociolologue ! 

Au secours, Demorand, Morin, Joffrin, Pujadas, Voinchet, July, Serres, Kahn, Ockrent, Lucet, le Mucchiellisme est en danger, un son impur coule dans les artères de nos villes, ultrasonne aux portes de la cité tranquille, nous agace la fibre citoyenne, nous laxative la couenne sympa. Mucchielli sonne le clairon, c'est la relève de la garde montante qu'on attend avec impatience, les amis : il est temps de verser votre sang pour la Cause, de rembourser vos dettes, de secourir Frère Laurent, il est temps de sortir de vos abris climatisés pour aller mater la révolte des sous-chiens écrasés de mépris. 

Un type qui énonce : « L’ultraviolence qui secoue notre société est le résultat d'un choc entre une société moraliste (la nôtre), qui a renoncé à sa violence normale, et la tribalisation de groupes – souvent issus de l’immigration – dont la violence (encouragée) envers les autres groupes est un moteur identitaire » mérite d'être effiloché de la glande sur le grand Autel de la sociolologie mucchiellienne, c'est une évidence évidente qui ne se discute pas. Il y a des choses qu'on n'a pas le droit de dire, pas le droit d'écrire, et moins encore le droit de penser. Il ne s'agit absolument pas de savoir si elles sont vraies ou fausses, ces choses, ça c'est des questions de beaufs, et la sociolologie a d'autres chats à fouetter : point barre, point d'arrêt, point final de la lutte.

mercredi 20 février 2013

Ça s'appelle un correcteur "orthographique"…



Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé
Ne nous laisse pas tomber dans la tentation
Mais délivre nous du mal.

AMEN

samedi 16 février 2013

C'est qui déjà ?


Cette tête d'abruti me dit vaguement quelque chose, mais je ne parviens vraiment pas à me souvenir… Il s'agit peut-être d'un des gardes suisses du Pape ? À moins que ce ne soit le chauffeur de Ruquier ? Ou d'un pote à Boufeflika ?

En tout cas ce n'est pas lui qui aurait l'idée lumineuse de démissionner, "une décision courageuse qui inspire(rait) le respect".

mercredi 13 février 2013