jeudi 28 février 2013

Art consommé ou art du consommé


« Le parti de l’In-nocence salue avec affection et tristesse, à l’occasion de sa mort, la belle figure de Marie-Claire Alain, organiste française qui durant toute sa carrière a offert aux amateurs de musique, notamment baroque, des interprétations exigeantes et néanmoins lumineuses d’œuvres majeures du répertoire d’orgue, avec un art consommé de la registration. »

Ils me feront toujours rire, au parti de l'In-nocence. À chaque fois qu'un organiste meurt, on nous refait le coup de "l'art consommé de la registration", ça ne manque jamais. On y ajoute souvent le "jeu de pieds impressionnant". Là, on a tout dit. Organiste = registration + jeu de pieds. La prochaine fois qu'un pianiste meurt, ce qui ne va pas tarder, j'espère, je propose qu'on parle de "son jeu de doigts", et de son "art consommé du juste choix du piano". Pauvre Marie-Claire Alain, elle méritait mieux que d'avoir des pieds pour pédaler et des mains pour tirer des tirettes. 

J'aimerais beaucoup savoir ce qui permet à un néophyte de juger de la bonne (ou merveilleuse (ou médiocre)) registration d'un organiste, cela m'intéresserait au plus haut point de comprendre comment il peut émettre le moindre jugement sur cette partie du métier. Quant au fameux "jeu de pieds", il va de soi que tous les jeux de pieds de tous les organistes sont "impressionnants" pour quelqu'un qui découvre cet aspect (en général caché, et pour cause) du jeu d'un organiste. Je me rappelle un concert de Rhoda Scott, au tout début des années 70, où elle levait les mains au dessus du clavier pour bien montrer à son public que c'étaient ses pieds qui faisaient tout le travail. Eh oui, les pieds d'un organiste jouent eux aussi. Scoop ! Le voir est toujours "impressionnant", quel que soit l'organiste. Comme les notes à jouer sont les mêmes, que l'on s'appelle Mariel-Claire Alain, Olivier Messiaen, Louis Vierne ou Célestin Huitpieds, les mouvements des pieds seront les mêmes, que l'instrumentiste porte des escarpins, des pantoufles ou des brodequins, qu'il chausse du 36 ou du 44. Personnellement, je ne vois pas très bien en quoi un organiste peut avoir un jeu de pieds plus intéressant qu'un autre, mais enfin, il est vrai que je ne suis pas organiste. Bon, je suis un peu de mauvaise foi, évidemment, puisqu'il m'arrive de me régaler du "jeu de pieds" d'un Michelangeli (qui a en général de très jolies chaussures) qui, le pauvre, ne dispose que des trois pédales. Mais passons sur ces détails qui n'intéressent personne.

J'ai eu envie de gifler le petit merdeux qui hier, à France-Culture vers sept heures du soir, a cru bon de railler « le Bach de Marie-Claire Alain » en des termes que j'ai préféré oublier. Il la trouvait visiblement ringarde, bien entendu, puisqu'il paraît qu'on ne peut plus jouer Bach tranquillement depuis que les Harnoncourt et consorts ont dicté la nouvelle Loi tombée du Sinaï baroque. Je n'ai rien contre Harnoncourt, mais enfin, avouons que ses premiers disques, ceux précisément dans lesquels les chofars de la renommée ont failli faire tomber Jéricho Furtwängler (qui avait de l'oreille) en syncope, étaient mauvais à un point difficilement imaginable aujourd'hui. La grande chance de Harnoncourt a été de rencontrer de très bons musiciens et d'avoir été assez intelligent pour apprendre un peu, au fur et à mesure, que la musique ne se laisse pas impressionner par des théories, si intéressantes soient-elles. Encore quelques années et il approchera un peu d'un Fritz Reiner ou d'un Georges Szell.

En parlant de consommé, il va falloir que je retente ma chance, comme tous les ans. Réussir un consommé comme celui de la Tante Julie, voilà une noble espérance. Je vais devoir soigner ma registration.

Un Son parfait



Longtemps qu'on n'avait pas éprouvé un pareil choc ! Le disque enregistré par Rostropovitch et Britten, en 1961 et 1968, avec trois merveilles absolues au programme : Schubert, Schumann et Debussy. L'Arpeggione, les cinq morceaux en style populaire opus 102, et la Sonate

Un son parfait

Larme à gauche


« Elles portent le message du vécu. » Le "vécu" et le "ressenti", marottes sacrées des blogueuses en chaleur (qui peuvent aussi bien être des blogueurs, évidemment) : C'est à ces vocables couperosés qu'on reconnaît infailliblement les amateurs de mauvaises littératures et les lectrices de salles d'attente sonorisées, les croupissantes madones de la modernité, les mêmes éplorées moites qui hier-soir sans aucun doute ont laissé éclater leur chagrin et suinter leur âcre hidrorrhée, car Steffi Aisselles s'est épilé la fosse une dernière fois la nuit précédente, en prévision de son entrée au Pantalon national. Que les sceptiques s'abstiennent, pour une fois, de se récurer la cavité nasale en congrès, toutes les chaînes en deuil entament à l'heure où je vous parle un dernier tour d'étable, hennissant à l'unisson, afin de présenter le mythe sous l'angle grave et malrussien qui seul sied aux patries endeuillées. Un seul prêtre leur manque, et le Monde et Libé sont repeuplés pour une décennie.

Il a vécu, il a ressenti, il a compris. Ce qui l'a amené à s'indigner et à publier. Moi qui n'ai ni vécu ni ressenti, mais seulement senti et cru, j'ai immédiatement su que le Grand'Homme avait de l'avenir, pour ne rien dire de son passé à message. Nous avions eu Pierre l'Abbé et sa soutane magique, nous avons désormais le Palestinien éternel. Quant à son passage amassé qui d'un si grand vécu a tu le ressenti, à toi sur Terre homme de peu de foi, il fallait bien lui trouver une demeure à l'abri de ton sarcasme de lieux d'aisance.

"L'indignation doit entrer an Pantalon national" ! Mirabeau en est sorti, Papy-refait-de-la-résistance doit prendre sa place. Dans le caveau VII, l'Abbé Grégoire va sans doute faire un peu la tronche, lui qui fut partisan de l'octroi de la citoyenneté française aux juifs, mais qu'importe le ressenti du caveau puisque nous aurons ainsi l'ivresse de marier le mythe et l'hébétude, afin que la Farce se poursuive à l'abri de la mémoire et de la dignité. Ni Panthéon ni Pandémonium ne sauraient empêcher Pantalon national d'entrer dans la danse pédagogique. Quand Festif et Ludic décident de se prendre au sérieux, tout devient possible, même le pire. S'il y avait encore un obstacle ténu qui retardait l'entrée de Johnny à l'Académie française, il me semble qu'il vient de voler en éclats de rire. 

mardi 26 février 2013

Je ne sais ce que je vois qu'en travaillant



« Il me semble qu'avant je ne t'aimais pas.
— Avant ?
— Avant ta mort. »

« Vous pouvez voir des excroissances qui se sont développées au niveau de la blessure. » Sonate pour violon seul de Béla Bartók. « Pour ma part, durant ma vie entière, en tout lieu, en tout temps et de toute façon, je veux servir une seule cause, celle du bien de la patrie et de la nation hongroise. » Il vaut mieux ne pas imaginer un compositeur contemporain qui tiendrait ce discours. Bartók a recueilli les chants des paysans magyars. Vous imaginez un compositeur qui aujourd'hui irait recueillir les chants des paysans de la Beauce ? Messiaen, plus prudent, s'est contenté de recueillir les chants des oiseaux du Dauphiné. Menuhin lui a commandé la Sonate. La rencontre du nationaliste et du Juif. Aucun problème. C'est nous qui les opposons, aujourd'hui, mais ils auraient été bien étonnés de l'apprendre. On dit "l'école hongroise", comme on dit "l'école française". Ça tombe bien, il n'y a plus d'école, il n'y a plus de France, il n'y a sans doute plus de Hongrie. Il reste la sonate de Bartók, il reste les enregistrements de Menuhin, il reste même le quintette avec piano de 1904. Si nous allions dans la Beauce recueillir les chants des paysans (à imaginer qu'ils existent encore, les paysans), cela donnerait des chansons américaines, dans le meilleur des cas. Les plus "révolutionnaires" de nos grands musiciens d'un passé récent étaient aussi les plus attachés à leur origine, à leur nation, à leur patrie, à leurs traditions. Leur nation, leur patrie, leurs traditions, étaient pourtant encore vivantes, à leur époque. Ensuite quoi ? Ensuite il y eut nous, qui n'avons eu de cesse de haïr notre nation, notre patrie, et toutes nos traditions. Maintenant qu'elles sont mortes, toutes, nous nous apercevons que nous les aimons d'un amour bien plus fort que notre haine. Et même… que nous les aimions. L'amour et la haine étaient concomitants, indissolublement liés ; il n'y a que le temps qui a su nous révéler la face cachée de notre haine commode. Comme souvent, les sentiments insincères étaient les plus haut portés, les plus viscéralement revendiqués. Pour un peu, nous serions morts pour que l'on nous croie. Les menteurs sont toujours les êtres les plus sincères, et ce sont toujours les idées des autres que nous faisons nôtres avec le plus de courage. Quelle affreuse banalité ! Quel conformisme bête et déchirant, dans son opiniâtreté belliqueuse et pathétique. Est-ce du temps perdu ? Oui et non. Ce temps enroulé sur lui-même, ce temps qui semble faire du sur-place, je ne peux pas tout à fait le considérer comme du temps perdu. Toutes les adolescences arrêtent l'Histoire. C'est à l'adulte de remettre le temps en route. Le problème de notre temps est que l'adolescence est le seul âge restant. Tous les autres ont été relégués. C'est notre génération qui a inventé l'adolescence, mais ce que nous ne savions pas, c'est que nous serions pris au sérieux, à ce point. Les excroissances au niveau de la blessure ont annulé la plante, ont terrassé et les chênes et les roseaux, il n'y a pour s'en persuader que de regarder de l'art contemporain ou de voir les monstres qui peuplent nos rues. Nous ne rions plus avec nos muscles zygomatiques, mais avec nos nerfs rhizomatiques, le nœud, le bulbe, la tumeur pâle, le "chantre mou" (comme dit mon voisin), sont les obésités ordinaires qui donnent le la, et ils nous viennent directement du temps de l'adolescence, cet âge où l'on devient mou, gras, boutonneux, et ridicule. Une époque qui ne connaît plus que ce canon-là ne peut qu'inspirer le dégoût et la pitié. L'adolescence est la période de la vie où l'on est le plus proche de la mort. Nervosité, mollesse, complexes, hésitations, paresse intellectuelle, pose, mimétisme, horizontalisme compulsif, idées de suicide, fragilité maladive, si c'est un passage, ça va… « Je ne sais ce que je vois qu'en travaillant », disait Giacometti, et l'adolescent est celui qui, littéralement, attend que la compréhension du monde vienne à lui. On ne voit quelqu'un que lorsqu'il s'éloigne, c'est-à-dire au moment où l'on peut enfin le voir dans son ensemble. Aimer et voir, aimer et entendre, aimer et toucher sont des actes similaires, si l'on est vivant, réellement vivant, ce qui signifie être à la fois là, et bien là, et dans le passage du temps. Le monde ne vient pas à soi, pas directement. Il ne se donne pas. Il faut aller le chercher, c'est ça, le travail. « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » Remets-moi en route, il me semble qu'avant je ne m'aimais pas. C'est comme ça que ça ne s'arrête jamais. C'est un travail. Aller chercher le monde jusque chez les morts ? Mais où donc, sinon ? Savoir ce que l'on voit, voir ce que l'on sait. « Car tu ne m'abandonneras pas. » Qu'est-ce que tu cherches dans la Bible ?

(…)

dimanche 24 février 2013

Art contemporain


Mucchielli vous en offre une deuxième paire si vous avalez la première

La sociologie à flux tendu, ça peut rapporter gros ! 

samedi 23 février 2013

Au Front

C'est la guerre. Chaude ou froide, c'est la guerre. D'un côté Marilyn, de l'autre Emil. Un Gilels qui, curieusement, ressemble énormément à Gould, à cette époque-là, jusque dans sa manière de faire semblant de bâcler le prélude de Rachmaninoff (un de ses bis favoris) qu'il joue devant les soldats, devant les avions, devant les chars, devant la mort. Son piano comme un tank, un tank dont il est le conducteur imperturbable et dominateur. Est-ce que les soldats soviétiques auraient préféré voir et entendre la blonde icône ? C'est probable. Est-ce que les Américains auraient aimé écouter Gilels et Rachamaninoff ? Pas sûr. Le fait est que ça s'est passé comme ça. Le monde est ainsi partagé, l'a été. À l'Ouest la chanson et le sexe, à l'Est, l'art à son plus haut. On peut également faire une autre découpe : les Nazis aussi aimaient l'art le plus exigeant. Du côté du Goulag et des Camps, la haute culture, du côté de la démocratie, la chanson, le "spectacle". D'un côté le Sympa, de l'autre le Sérieux. D'un côté les corps qui veulent se toucher, les plages, de l'autre Franz Schubert et la syphilis, le Rhin.

On se doute bien que je ne vais pas reprendre ici l'argument stupide qui voudrait que la haute culture mène à à l'Horreur, mais on ne peut pas non plus ignorer les faits. Nous étions émus, dans notre enfance, dès qu'il était question de l'Armée rouge, parce qu'ils savaient chanter, et que nous avions vu des images comme celles-ci, où de simples soldats écoutaient de la musique avec cet air de sérieux et de respect qui nous imposait en retour une émotion respectueuse. Au-delà de la propagande, il y a cette volonté russe de garder Rachmaninoff, Mozart, Beethoven, et Neuhaus au Conservatoire. Vitrine, peut-être, mais on peut choisir de mettre autre chose dans la vitrine, comme le prouvent ces images. Malgré tous les programmes, malgré tous les principes, malgré la foi, et malgré eux, sans doute, les Soviétiques n'avaient donc pas tout jeté, la tabula rasa restait une idée qu'ils savaient fantasmatique — ou au moins partielle, ce qui l'invalide en tant que telle. 

On est là en terrain glissant, comme aiment à le rappeler les hyper-modernes. Tant mieux. Tout ça n'existe pas, ou pas ainsi qu'on le croit, rien de la subtilité et de la nuance d'un monde disparu à jamais ne pourra plus se dire dorénavant. Peut-être dans un siècle… Il faut choisir son camp (c'est le cas de le dire), il faut opposer, il faut comparer, vérifier mais surtout il faut affirmer. Les uns vous disent 6 millions de morts, les autres 100 millions, les uns vous parlent du fascisme, qu'ils confondent avec le nazisme, les autres du bolchévisme, les uns parlent des Camps, les autres du Goulag, des famines, des massacres, chacun veut anéantir le mal de l'autre par celui qu'il a choisi d'élever au rang de Mal suprême. Il est devenu inutile d'essayer de parler de tout ça, on tourne en rond, plus les discours et les livres s'ajoutent les uns aux autres, plus la vérité s'éloigne de nous. Peut-être est-elle perdue pour toujours, c'est possible. Voir un Nicolas Demorand, par exemple, répéter, la voix rauque, par cinq fois, que : « JAMAIS » il ne votera Marine Le Pen, est édifiant, à plus d'un titre. Le type a choisi son camp, vous comprenez ? Enfin, il n'a rien choisi du tout, précisément, mais l'important est de l'affirmer, bien haut, bien fort, et si possible devant une caméra. Il suffit d'un certain sourire, d'une certaine voix, pour que l'automate terrifiant sorte de dessous l'habit, montre sa petite figure étroite et métallique, et nous fasse comprendre qu'il est devenu totalement inutile de croire ici confronter des opinions, des savoirs, des convictions, des faits. Il ne s'agit aucunement de cela. Des méchants s'affrontent, des mécanismes sont confrontés, des religions, des chapelets, des réflexes, des discours, des postures, mais jamais, jamais, jamais, la vérité profonde et complexe qui a fait vivre ou mourir ces millions d'êtres humains qui nous ont précédés dans le terrible XXe siècle, je parle donc de mes parents et des parents de mes parents. Il y a des jours où je me dis que j'aurais voulu être l'ami d'un Nazi ET d'un Bolchévique, d'un de ces hommes, sous l'uniforme, que j'aurais voulu les connaître, leur parler, partager leurs journées, savoir un peu, un tout petit peu, car je me sens de plus en plus accablé par le Discours obligatoire, par le sauf-conduit moral que chacun désormais se croit obligé de présenter avant-même qu'on lui demande quoi que ce soit. On a l'impression qu'être moderne, dans le XXIe siècle commençant, consiste avant tout à prendre position. Les positions étaient sociales, naguère, elles sont maintenant morales. Les mots mentent. Les mots mentent naturellement, alors quand, en plus, ils sont chargés à bloc de religiosité morale (je parle bien entendu de la terrible pseudo-morale qui est en train de nous tuer à petit feu), ils deviennent de véritables poisons, ils sont pires que la mort, ils sont de la mort par-dessus la mort, de la mort en avance sur la mort.

Voyez Gilels jouer devant ces soldats, au front. Vous le croyez idiot, Gilels ? Et Richter jouant aux funérailles de Staline, vous le croyez débile ? Vous pensez réellement que des artistes de cette trempe n'ont pas un rapport étroit avec la Vérité, avec la Morale ? Écoutez Oïstrakh jouer Liebesleid, de Kreisler, si vous en êtes capables, et essayer d'entendre le vieux monde qui frémit, malgré le canon, malgré la brutalité inouïe des hommes, les hommes qui — faut-il le rappeler ? — ne sont pas meilleurs, ni plus doux, aujourd'hui, eh non ! Écoutez-les, au lieu de les juger sans cesse, du haut de votre minuscule présent, déjà vieilli, déjà en retard, jamais à l'heure. Essayez de reconnaître leurs voix, d'observer leurs gestes, de comprendre leurs peurs, d'épouser leurs désirs, au lieu de les épingler bêtement dans vos livres d'images d'une pauvreté affligeante.

Mais je ne me fais aucune illusion. Aussi vais-je me taire, et le plus définitivement possible. Sur ce sujet, comme sur bien d'autres, il vaut mieux se taire, il vaut mieux écrire de la musique, il vaut mieux parler une langue étrangère, il vaut mieux parler aux morts qui sont plus vivants que les vivants.

Le « Jamais ! » de Demorand signifie avant tout : « Taisez-vous ! » ou plutôt : « Je parle par-dessus votre voix, je vous fais taire. » et l'on reconnaît là les manières des fascistes old style, qui avaient la voix puissante et la mâchoire proéminente. Il ne faut pas contredire les Demorand, on ne contredit pas des caricatures au ton objurgatif : «  Lisez ! Lisez ! Lisez ! Lisez ! Lisez ! Lisez ! Lisez Libé ! Lisez Libé ! » Lire Libé ? Aujourd'hui ? Aujourd'hui ? Aujourd'hui ? Aujourd'hui ? La répétition… Comme au bagne, comme au bagne, comme au bagne. Il y a des manières qui en disent mille fois plus long que les discours les mieux argumentés. Il souffle autour des Demorand de notre siècle une bise kafkaïenne, concentrationnaire, pénitentiaire, sibérienne.

Lire Libé, aujourd'hui ? Et puis quoi encore ? Pourquoi ne pas écouter Demorand et du rock, pendant qu'on y est !

C'est toujours la guerre !

vendredi 22 février 2013

L'Aérophagie de Frère Laurent


Laurent Mucchielli, oui, le célèbre Mucchielli, celui qui fait passer les courgettes pour des avocats belges et les frites pour du chant grégorien, le Grand Sociolologue qui tord le Réel comme d'autres les petites cuillères, a ses vapeurs. Mucchielli entassait les camemberts dans sa cassette depuis des lustres, et voilà qu'un hurluberlu sorti de nulle part vient lui taxer ses colonnes de chiffres et ses vérités certifiées conformes ! Laurent l'Ultrason (on a remarqué que ce nazi a même piqué le prénom du Grand Prêtre aux lunettes roses) veut chiper la cassette de notre Harpagon de la Sociolologie ; c'est très mal, ça ! Va t'occuper des chiens écrasés, Obertone, t'as déjà le sifflet pour, mon salaud ! Mais tu vas nous l'occire, notre Grand Maître, qui a inventé l'Invention de la violence, tu vas nous le faire frire au vinaigre de Bolchévie, tu vas nous le réduire au beurre d'intestins, lui qui n'aime que la Margarine et les profonds divans de la Pravda. La Scientologie est vraiment un club d'amateurs, à côté de la Sociolologie. Obertone arrive comme ça tout benoît, et commence à souffler dans son tube à essais, sans voir que l'éprouvette est directement reliée au derrière du Grand Patron du Réel Courbe. Évidemment, l'autre, ça lui donne de l'aérophagie, dans sa loge douillette et capitonnée ! Il est obligé d'ouvrir la fenêtre. Non, quand-même pas, mais pour un peu ça y était, il avait vue sur le pays réel. On imagine la frayeur du sociolologue ! 

Au secours, Demorand, Morin, Joffrin, Pujadas, Voinchet, July, Serres, Kahn, Ockrent, Lucet, le Mucchiellisme est en danger, un son impur coule dans les artères de nos villes, ultrasonne aux portes de la cité tranquille, nous agace la fibre citoyenne, nous laxative la couenne sympa. Mucchielli sonne le clairon, c'est la relève de la garde montante qu'on attend avec impatience, les amis : il est temps de verser votre sang pour la Cause, de rembourser vos dettes, de secourir Frère Laurent, il est temps de sortir de vos abris climatisés pour aller mater la révolte des sous-chiens écrasés de mépris. 

Un type qui énonce : « L’ultraviolence qui secoue notre société est le résultat d'un choc entre une société moraliste (la nôtre), qui a renoncé à sa violence normale, et la tribalisation de groupes – souvent issus de l’immigration – dont la violence (encouragée) envers les autres groupes est un moteur identitaire » mérite d'être effiloché de la glande sur le grand Autel de la sociolologie mucchiellienne, c'est une évidence évidente qui ne se discute pas. Il y a des choses qu'on n'a pas le droit de dire, pas le droit d'écrire, et moins encore le droit de penser. Il ne s'agit absolument pas de savoir si elles sont vraies ou fausses, ces choses, ça c'est des questions de beaufs, et la sociolologie a d'autres chats à fouetter : point barre, point d'arrêt, point final de la lutte.

mercredi 20 février 2013

Ça s'appelle un correcteur "orthographique"…



Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé
Ne nous laisse pas tomber dans la tentation
Mais délivre nous du mal.

AMEN

samedi 16 février 2013

C'est qui déjà ?


Cette tête d'abruti me dit vaguement quelque chose, mais je ne parviens vraiment pas à me souvenir… Il s'agit peut-être d'un des gardes suisses du Pape ? À moins que ce ne soit le chauffeur de Ruquier ? Ou d'un pote à Boufeflika ?

En tout cas ce n'est pas lui qui aurait l'idée lumineuse de démissionner, "une décision courageuse qui inspire(rait) le respect".

mercredi 13 février 2013

mercredi 30 janvier 2013

Enfer


L'existence humaine ne devient une véritable souffrance, un enfer que lorsque deux époques, deux cultures, deux religions interfèrent l'une avec l'autre. Un homme de l'Antiquité ayant dû vivre au Moyen Âge aurait lamentablement péri, suffoqué. De la même manière, il est certain qu'un sauvage étoufferait au milieu de notre civilisation. Parfois, une génération entière se trouve prise entre deux époques, entre deux styles de vie ; à tel point qu'elle perd toute notion d'évidence, tout savoir-vivre, tout sentiment de sécurité et d'innocence. Il va de soi que chacun ne ressent pas ce phénomène avec la même intensité. Une personnalité telle que Nietzsche a dû subir le mal d'aujourd'hui avec plus d'une génération d'avance ; les souffrances qu'il fut contraint d'endurer dans la solitude et l'incompréhension affligent désormais des milliers d'hommes. 

(Le Loup des steppes, Hermann Hesse)

dimanche 27 janvier 2013

Les Djangos



J'adore les "djangos", comme les appelait Serge. Ces guitaristes qui ne se posent aucune question, qui jouent leurs "plans" le plus vite possible, avec le plus de dextérité possible, qui travaillent leur guitare toute la journée, même aux toilettes, même en regardant la télé, qui se nourrissent de plaquettes de chocolat et de bière, qui enfilent les traits comme des malades, je les adore. Ils semblent faire partie d'une secte, ces parfois très jeunes musiciens. Le manche d'une guitare est bien adapté à cette forme d'esprit, puisque les notes conjointes ne se trouvent pas les unes à côté des autres, comme sur le clavier du piano par exemple. On saute de quarte en quarte, toujours dans un raccourci, toujours en descente, le cul en l'air, la clope au bec. Toujours plus vite, toujours plus dopé, toujours plus speed, une main gauche qui semble sortir d'un film muet des années 20, vite, vite, encore plus vite ! Il n'y en avait qu'un qui pouvait les suivre, de quinte en quinte, c'était Stéphane Grappelli. Reinhardt, Grappelli, c'était la France ? Oui, bien sûr, que c'était la France ! Comme Miles Davis, un peu plus tard. Même Segovia admirait Django, et il faut bien reconnaître que Menuhin, à côté de Grappelli, fait un peu pitié… Des instrumentistes comme ça, ça console de beaucoup de choses, comme par exemple des journalistes qui tiennent des blogs en prenant la pose.

mercredi 23 janvier 2013

Amer Clavier, évidemment


Norman Rosten et Marilyn Monroe assistant à New York à un récital d'Emil Gilels. 

Une série politico-merdique française où le spin doctor — forcément génial — en charge de la campagne de la candidate (forcément) à l'élection présidentielle prépare un meeting important à Lyon. Il choisit les "musiques", et annonce à son staff : « Alors, la Marseillaise, évidemment, et puis, à la fin, le mouvement lent de la sonate Hammerklavier de Beethoven. » 

Arnaud Parlotte, à France-Culture, dans une émission consacrée au dernier livre de Yasmina Reza, qui fait — forcément — allusion à la même sonate, qu'il prononce : « Amer Clavier. »


mercredi 16 janvier 2013

Médailles


Hier on m'a remis la médaille Picabia dans l'ordre du mérite et de la gloire. J'ai essayé de l'échanger contre un chèque ou un paquet de croquettes pour chien mais il n'ont rien voulu savoir. Il paraît que je peux m'adresser à François Hollande et que tout va aller mieux dès demain. J'en suis convaincu mais je dois rembourser un trop versé de la Sécu (je ne dis pas "trop perçu", parce que je ne m'étais aperçu de rien, n'ouvrant jamais le courrier de la banque (trop pour qui ? Pas pour moi, en tout cas)), que j'ai dépensé en allant aux putes, de manière tout à fait inconsidérée, je dois le reconnaître. C'est assez urgent. On m'accuse d'être un panier-percé mais il faudrait encore que j'aie un panier. Toute la nuit, je me suis battu à poings nus contre des blogueurs armés d'hyper-liens. Leurs uniformes étaient ceux de la fourmi dévoreuse d'abeilles. C'était affreux. Pour finir, je m'en suis débarrassé à coup d'aérographe, ce qui fait que ce matin je n'ai plus une goutte de peinture. On (me) verse, je déverse. Il faut bien que quelqu'un s'en charge. C'est la règle d'or de Georges.

J'ai aussi reçu un mot d'un certain Pierre Tarnac. Je n'ai pas bien compris ce qu'il me voulait, je crois qu'il vend des magazines pornos. Comme si j'avais besoin de ça ! Entre ça et les évangélistes, la France est bien mal partie. Il faudrait que je me présente aux présidentielles, mais je sens que ça va encore m'occasionner des frais, et je n'ai plus un seul costume présentable. Tant pis pour eux ! Tout à l'heure, en jouant la Sonatine de Ravel, le troisième mouvement, j'ai renversé mon café sur moi, et comme j'étais en slip, je me suis salement brûlé. Mais je suis très fier parce que malgré la douleur je suis allé jusqu'au bout. N'empêche, le piano est bien faux ! Ah oui, le Tarnac parle d'un atelier d'écriture sur Internet… Je ne savais même pas que ça existait encore, ces conneries. Il faudrait vraiment un Théodore Kaczynski pour nous débarrasser de toute cette chienlit, mais un Théodore Kaczynski un peu plus malin. La chose qui manque le plus, de nos jours ? Les oiseaux tristes.

dimanche 13 janvier 2013

Caramel Hollande



Quand on observe Caramel Hollande, on ne peut qu'être frappé par le caractère ubuesque du personnage. Est-il réellement possible que cet homme là soit le président d'un pays comme la France ? On est saisi d'un sentiment puissant et très étrange : c'est impossible, on est en train de rêver. Tout dans ses manières, dans sa physionomie, dans son langage, son regard, ses gestes, sa tenue, dit emphatiquement l'impossibilité à assumer pareille fonction. Alors, que s'est-il passé pour qu'il soit à cette place, pour que des millions de Français aient voté pour lui ? Il faut que je me corrige, car ce que j'ai écrit est faux, Caramel Hollande n'est pas ubuesque : Le Père Ubu a une forme de drôlerie, d'excès, de flatulence spirituelle qui fait défaut à notre Machin présidentiel. Nous avons connu déjà des présidents par excès, qui en faisaient trop, qui étaient trop là, qui faisaient trop de gestes (et parfois pas les bons), dont le corps dépassait l'habit mal taillé, et d'autres sans doute un peu ternes, mais je ne crois pas que nous ayons jusqu'à présent connu un président par défaut, toujours en-deçà, toujours à la poursuite de sa fonction, en souffrance de pouvoir, en mal de décision, dont l'inexactitude foncière et la maladresse profonde se voient comme le nez au milieu de la figure. Il n'y croit pas lui-même. Contre-emploi, dit-on dans le monde du cinéma, erreur de casting. On se souvient de Johnny Hallyday chez Godard. On se rappelle ce malaise à voir un tel acteur dans un tel film, mais ici, nul réalisateur de génie, nul scénario impeccable, aucun humour, rien n'est à même d'éviter la nausée profonde qui nous soulève le cœur et nous laisse sidérés, muets et titubants sur le trottoir de la cité recouvert de crottes fumantes. Il y a une malédiction des François modernes à la tête des Français. François Mitterrand n'était pas de gauche, il était mitterrandien, François Hollande n'est pas non plus "de gauche", il est gauche. La Gauche française depuis quelques décennies a l'art de nous refourguer plus souvent qu'à leurs tours ces personnages de décomposition qui ont l'air étonnés eux-mêmes qu'on les prenne au sérieux mais qui, beaux joueurs, entrent avec gourmandise — et une certaine candeur — dans la peau de celui qui a annulé au dernier moment la représentation. Ce sont les politiques pieds-levés.

À propos de pied levé, il fallait voir Angela Merkel guider Caramel Hollande sur un quelconque tapis rouge, devant des militaires et des journalistes, si je me souviens bien, il fallait voir ce couple extraordinaire, digne des grands films comiques des années 1920, pour être convaincu que la farce allait prendre des dimensions épiques et historiques. Cinq ans à ce régime : quelle nation pourrait survivre à pareille pénurie, je ne dirais même pas de l'esprit ou de la grandeur, mais de la simple dignité, ou plus simplement encore de la vraisemblance, quel état pourrait supporter cinq années de ridicule porté à ce degré ? Même une nation d'opérette n'y survivrait pas longtemps. À peine Caramel Hollande était-il arrivé au Château, d'ailleurs, que son entourage proche se chargeait de démontrer avec une hystérie éprouvante à quelle ouvreuse de théâtre de boulevard nous avions confié nos gants et notre pardessus. Le ton était donné immédiatement, de manière à la fois péremptoire et tragi-comique. À époque de blague, gouvernement de comiques. Malheureusement pour nous, les blagueurs de ce début de siècle ne sont pas bons, ils sont même mauvais, et à leur manque de talent ajoutent une arrogance en proportion de ce manque. Ce ne sont pas les préliminaires empruntés de débutants, auxquels nous avons assisté, interdits, mais l'ordinaire flasque de ce pouvoir là, qui compte bien pousser l'aspartamisme jusqu'en ses extrémités les plus pathétiques. Les acteurs sont collants, le metteur en scène glycérique, l'équipe technique s'est dissoute dans la mélasse, et d'ailleurs ce sont les mêmes, les mêmes qui prennent par capillarité l'informe et l'aspect de ce président qui colle aux dents.

Les Français ont donc porté au pouvoir Caramel Hollande. Peut-être n'avaient-ils plus assez de force pour hisser à cette place un véritable chef d'État, peut-être se sont-ils rabattus d'instinct sur le plus léger, le plus inconsistant, le plus mou, celui qu'un coup de vent emportera sans laisser de traces autres qu'un rictus désolé et vaguement honteux ? On ne peut pas ne pas se dire que les Français ont reculé pour mieux sauter, qu'ils ont senti que la prochaine étape de l'histoire serait brutale et décisive, et qu'ils ont voulu se laisser un dernier répit pour reprendre leur souffle, comme un temps mort avant la bataille. Le calcul est mauvais mais l'offre politique l'était encore plus, ne l'oublions pas. Le tragi-comique, la farce, annoncent souvent des périodes de réveil très dures. Il ne s'agit que de différer l'inévitable événement, de le reporter, plus loin, plus tard, le plus tard possible. Le problème étant que durant ce différé, loin de se dissoudre, l'indéfectible réel prend encore de la puissance et de l'ampleur, se charge de tout le négatif qu'on refusait, et plus, qu'il se contracte et bande ses muscles pour mieux se déchaîner ensuite. Le Président des bisous devrait renforcer le plan Vigi-picrate, avec distribution gratuite de rouge qui tache à la populace, parce que nous allons en avoir besoin dès qu'il aura avec ses copains les intermittents de la débâcle débarrassé la scène où ils interprètent laborieusement leur moderne mélofarce à coups de poses moralino-pompeuses.

Je ne sais pas si vous avez assisté à cette chose inouïe : les vœux de Caramel Hollande ! Tellement minables qu'on les aurait cru écrits par Sarkozy pour plomber définitivement son successeur. Misérable litanie atone débitée sur le ton impayable de celui qui s'imite lui-même, fasciné par son absence de reflet dans le miroir. Hollande, c'est un Mitterrand qui se serait vidé, qui aurait perdu toute sa force, son talent, sa séduction, un Mitterrand qui serait atteint d'une maladie dégénérative, creusé par la bulle rose d'un Malabar sur le point d'éclater à la face d'une adolescente boutonneuse et percée aux naseaux. Quand je vois Caramel Hollande à la télévision, j'éprouve le même sentiment que lorsque je vois ces adultes, de plus en plus nombreux, écrire au stylo d'une écriture enfantine, informe, malhabile, et finalement débile. Que s'est-il passé ? Trop de Coca-Cola, trop de socialisme-à-la-française, trop d'ennui, 24° dans la chambre à coucher, les femmes, une psychanalyse interrompue, une carrière rentrée de poète ? Ou peut-être un fabuleux humour au quatorzième degré ? Ce qui réjouit le plus dans tout ça, ce sont les quelques défigurants appointés qui viennent régulièrement nous expliquer, d'un ton melliflu et doctoral, que « François Hollande est extrêmement intelligent ». Il doit être question de cette sorte d'intelligence qui met un point d'honneur à passer inaperçue, j'imagine, en quoi elle est encore plus intelligente que l'intelligence normale de ceux qui sont intelligents juste comme ça, un peu par hasard on va dire.

Mais voici que Caramel Hollande s'est mué aujourd'hui, nous dit-on de toute part, en Chef de guerre. Figurez-vous que la France, la France éternelle, la France terre-d'asile et le-pays-des-droits-de-l'homme, la France, donc, ce grand pays qui fiche la frousse à tout ce qui bouge au Lichtenstein, la France est en guerre, et Caramel Hollande a enfourché son destrier et mis son armure pour aller défendre le Mali gentil attaqué par de méchants terroristes qui nous menaceraient aussi si Captain François n'avait pas dégainé le Phallus piquant qui lance des étincelles, celui qu'on remet à tous les présidents de notre grand pays menaçant pour les méchants. Vous ne connaissez pas le Mali ? Peut-être mais le Mali nous connaît, lui. Le Mali a dit, même : « Au secours la France ! » On croit savoir qu'il aurait même dit : « Au secours, Captain François, viens bouter un coup chez nous où y a des indésirables qui vont venir chez toi si tu viens pas les bouter chez moi. » Tout juste ce que Caramel Hollande attendait pour montrer à tous les Français qui c'est qu'ils avaient élu, les Français. Françaises, Français, vous avez, eu, bien raison de, me faire président. Moi-même, je, ne le savais pas, que vous, aviez raison, mais, devant, l'adversité adverse, je vais, devoir, me transfigurer et, m'entraîner au, tir à l'arc, c'est Valou, qui, va être, contente, et même Ségo, je, vais, l'impressionner, et peut-être, même Brigitte, Bardot et la, grosse Allemande qui m'entraîne, sur, les tapis rouges. Françaises, Français, Homos, Sensibles, Jeunes, regardez bien, la télé, on va, me voir, souvent, dans les, jours qui, viennent. Bon, j'y vais. A, plus. Bisous !

Caramel Hollande, c'est un peu la Big Mother qu'on n'attendait plus, la copine des anti-patriarches, celle qu'on n'attendait plus parce qu'elle est partout, là, ici, maintenant, demain, et même parfois hier. Tout le monde se demandait, depuis quelques années, pourquoi l'ascenseur social était en panne. Mais c'est pourtant simple ! Il est en panne parce que Big Mother a voulu le prendre, pour voir comment ça faisait de prendre l'ascenseur social avec ses copines, et que, depuis ce jour-là, l'ascenseur il ne peut plus monter, parce que Big Mother, sauf son respect, elle est un peu en surpoids. Seulement l'ascenseur social, il est poli, alors pour ne pas avoir l'air de discriminer, il se tait. Il se tait et il ne bouge plus. Parfois, même, il descend un peu, juste un peu, d'un étage ou deux, pour se soulager le dos, qu'il commence à avoir un peu cassé. Pour l'instant, les câbles n'ont pas encore lâché. Et il existe même des gens qui continuent à vouloir monter, les masos !

vendredi 11 janvier 2013

Les Années




1933 

Janvier

La Condition humaine commence à paraître dans la NRF du 1er janvier. Giono écrit Le Chant du Monde à partir du 3. Drieu La Rochelle écrit une longue nouvelle sur la guerre, ce sera La Comédie de Charleroi. La polémique tempétueuse provoquée par la parution, en octobre de l’année précédente, de Voyage au bout de la nuit continue de plus belle : Paul Valéry aurait qualifié le roman de « chef-d’œuvre criminel » et Bataille insiste sur la relation à la mort qu’exprime le Voyage. Le 16 Mermoz traverse l’Atlantique Sud, provoquant la parution d’un texte enthousiaste de Saint-Exupéry. Le 19 Giraudoux remet à Grasset l’acte I de sa nouvelle pièce, Intermezzo. Les répétitions, dirigées par Jouvet, ont commencé à la Comédie des Champs-Élysées. Le 20 L’Humanité publie pour la première fois un article d’Aragon. Colette se met à son nouveau roman, La Chatte. Le 28, Vaillant-Couturier propose à André Breton de fonder avec lui une revue. Le projet n’aboutira pas. Un barbare en Asie d’Henri Michaux est publié par Gallimard. Le 31 Julien Green note dans son Journal : « Hitler a été nommé chancelier hier. Dieu sait ce qu’il peut y avoir en germe dans cette nouvelle. »

Février

Parution sous l’anonyme de Théâtre de la Cruauté (second manifeste) d’Antonin Artaud. Le 15 paraît dans la Revue de Paris la dernière livraison du Mystère de Frontenac de François Mauriac. 

Mars

 Le 1er a lieu la première d’Intermezzo de Giraudoux. Le 4 paraît un article du commandant Charles de Gaulle, « Pour une politique de défense nationale ». Le 11 Breton explique à Éluard qu’il faut « rompre avec les cocos » et reprendre l’activité surréaliste la plus intransigeante. Il travaille à Minotaure, un projet de revue. Le 16 Céline réunit à déjeuner les membres du jury Renaudot, qui ont couronné son ouvrage et publie dans Candide « Qu’on s’explique…, postface au Voyage au bout de la nuit ». 

Avril

Claude Lévy-Strauss publie une critique admirative du Voyage. Giono publie un vestige d’un premier Chant du Monde, Entrée de printemps. Le 6 Artaud prononce à la Sorbonne une conférence intitulée « Le Théâtre et la peste ». Anaïs Nin note dans son Journal : « Il n’est pas de mots pour décrire ce que jouait Artaud sur l’estrade de la Sorbonne ». Le 7 Grasset annonce Le Serpent d’étoiles de Giono. Claudel note dans son Journal : « Les Nazis s’emparent de l’Allemagne. Persécution des Juifs. » Drôle de voyage, le nouveau roman de Drieu La Rochelle, paraît le 19. 

Mai

Michel Leiris propose L’Afrique fantôme à Gallimard. Parution de l’édition originale de La Condition Humaine. Plon publie Londres de Morand. Raymond Queneau signe avec Gallimard un contrat pour Le Chiendent, son premier roman. 

Juin

François Mauriac est élu à l’Académie française. Parution de La Chatte de Colette. Parution de La Jument verte de Marcel Aymé. 

Juillet

Parution du premier numéro de Commune, une revue notamment dirigée par Aragon, Nizan, Barbusse, Gide et Romain Rolland. Georges Bernanos, qui travaillait à Monsieur Ouine, a la jambe broyée dans un accident de moto. Sur les instances, notamment, de Gide, Gallimard reprend La Bibliothèque de la Pléiade. 

Août

Queneau travaille à Gueule de pierre, son deuxième roman, Céline à Mort à crédit

Septembre

Giono achève Le Chant du monde. Breton écrit « Le Message automatique » pour Minotaure. 

Octobre

Parution de Antoine Bloyé de Paul Nizan. Simenon signe chez Gallimard. Aragon signe avec Denoël un contrat pour Les Cloches de Bâle

Novembre

La Marianne d’Emmanuel Berl commence à publier un nouveau roman de Morand, France-la-Doulce. Création radiophonique de La Grande Complainte de Fantômas, texte de Robert Desnos ; Antonin Artaud est Fantômas et assure la direction dramatique, Alejo Carpentier assure la mise en onde, la musique est de Kurt Weill. Parution d’Adam et Ève de Ramuz. Gide aide des étudiants suisses à monter une adaptation des Caves du Vatican à Lausanne. 

Décembre

La NRF publie des fragments de L’Afrique Fantôme de Leiris. Le prix Goncourt est décerné à La Condition Humaine. Parution de Rocco, un recueil de nouvelles, de Paul Morand. 

2013

France-Culture :

7 h-9h : Dans le cadre des "Matins", Marc Voinchet recevra le sociologue François Dubet à l'occasion de la parution de son étude Les devoirs scolaires : décryptage d'un dispositif discriminatoire

9 h-11h : La Fabrique de l'Histoire reviendra avec l'historien Olivier Lecour-Grandmaison, organisateur de l'exposition "Coloniser, exterminer", qui s'ouvre au Grand-Palais, sur l'impensé racial à l'époque de la Troisième République. 

11h-13h : "Planète Terre" évoquera le sommet de Doha avec Cécile Duflot, ancienne secrétaire générale d'Europe-écologie, et son ouvrage à paraîre au Seuil : Climato-scepticisme : L'autre négationnisme

13h : Le Grand Témoin du journal de la mi journée sera Judith Butler, penseu(se) américaine des gender studies. Au moment où l'Assemblée nationale s'apprête à débattre du mariage homosexuel, Judith Butller interrogera les stéréotypes naturalistes et biologisants à l'origine de la division des sexes. 

14h - 16h : "Une vie, une oeuvre" accueillera le sociologue Laurent Muchielli. De son premier livre La Paranoïa sécuritaire à son dernier opus L'Invention de la Violence, Laurent Muchielli déclinera le sens d'une oeuvre dédiée à la déconstruction des paniques morales de société française. Il sera interrogé par le chercheur Michel Kokoreff sur la question des trafics dans les quartiers populaires considérés sous l'angle de la reconquête de l'estime de soi et comme alternative à la honte et au mépris. 

 16h - 20h : "L'Atelier de la création" reviendra avec François Bégaudeau et l'acteur transgenre israélien Schlomo Benkhalem sur la pièce de théâtre monté avec les jeunes du Collège Maurice-Thorez de Mantes la Jolie en partenariat avec la Mairie de Paris et le Ministère de la Culture : Gaza, une autre vie s'invente. Esther Benbassa, sénatrice des Verts, lira à haute voix des passages de la pièce inachevée de Mohamed Acriche, le poète palestinien mort sous les bombardements israéliens. 

 20h-22h : "Villes-Mondes" sera intégralement consacrée à la réinvention du vivre-ensemble dans les zones urbaines sensibles. L'architecte François Du Clos présentera son projet d'éco-quartier post colonial présenté en réponse à l'appel d'offres de la ville de Clermont-Ferrand. 

 22h-24h : Richard Millet sera l'invité de l'émission "Polémiques" et répondra aux questions suscitées par son dernier pamphlet islamophe et raciste. Face à lui : Sylvain Bourmeau, Nelly Kapriellan, Rokhaya Dialo, Houria Bouteldja, Patrick Lozès, Fodé Sylla, Pierre Birnabaum. L'invité-surprise : Alain Soral. 

 24h-7h : Les "Nuits Magnétiques" de la semaine seront consacrées au rappeur franco-sénagalais Diziz la peste. Des cités de la relégation à la Galerie des Glaces, retour sur le parcours exceptionnel d'un créateur déchiré entre l'Afrique et l'Europe (bandes sonores : Aimé Césaire, Franz Fanon, Angela Davis, Mumiah Abu Jamal).

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lundi 7 janvier 2013

Nica




Nica's Dream… Il avait joué cent fois ce thème d'Horace Silver, sans jamais se demander d'où venait ce titre ! Nica, le diminutif de Pannonica, la baronne Kathleen Annie Pannonica de Königswarter, née en Angleterre le 10 décembre 1913 et morte le 30 septembre 1988. Elle est la plus jeune fille de Lord Charles Rothschild, banquier et entomologiste, qui donnera le même nom (Pannonica) à un papillon et à sa fille. Pendant la guerre, elle s'engage aux côtés de son mari, Jules de Königswarter, dans les Forces françaises libres, où elle sera chauffeur militaire et commentatrice à Radio Brazzaville. En 1954, elle entend Thelonious Monk à la salle Pleyel, dans un concert qui la bouleverse. Elle quitte bientôt Paris pour s'installer à New York, là où se trouvent les musiciens qui vont changer sa vie. Elle peint, elle joue du piano, et même si la famille lui coupe les vivres, elle réussit à conserver deux Bentley et une Rolls Royce, et à s'acheter une maison sur les rives du New Jersey, où elle nourrit deux cents chats en plus des musiciens. Chez elle mourront Monk et Parker, qu'elle assistera et entourera de soins et d'amour. Chez elle tous les plus grands musiciens de jazz ont été reçus comme des princes, elle s'est occupée de leur trouver des contrats, les a soignés, nourris, logés, entretenus, aimés. Des femmes comme ça on aurait voulu en connaître ! Bud Powell, Charlie Parker, Charles Mingus, Thelonious Monk, rien que pour ces quatre là, il faudrait la décorer. Quand je pense à tous les minables à qui on décerne la Légion d'Honneur en France en 2013, mais alors il faudrait la faire entrer au Panthéon, Nica ! Les jazzmen et les bêtes… Je ne vois qu'une Brigitte Bardot pour mériter un quelconque honneur dans notre grotesque pays. Bien sûr, quand je parle des jazzmen, je parle des vrais. Ça devient fatigant, cette obligation qui nous est faite désormais de toujours préciser qu'on parle de la chose et pas du simulacre qui l'a remplacée. Vous voulez mesurer le chemin parcouru en un demi-siècle ? Mettez à un bout la bénie baronne et à l'autre Morin Edgar, ou bien, au pluriel, une réunion chez Nica où l'on aperçoit Miles, Bud, Dizzie, la Sphère, le Président, le Duke, Bird, Trane, Ella, Billie Holiday, Bill Evans, quelques autres, et à l'autre bout, je sais pas, moi, des sociologues ou des pédagogues, ou bien la clique au pouvoir depuis quelques mois, ou bien encore des "artistes contemporains". Vous voyez, pas besoin de faire un dessin. Tout le monde demande immédiatement à descendre du train ! Cette époque est à pleurer, un désastre pareil, ça n'était pas arrivé depuis quoi, mille ans ? On pourrait passer une vie entière, de nos jours, à se foutre de la tronche de nos contemporains, à les ridiculiser, à les gifler, à les secouer comme un prunier, que ça ne suffirait pas à nous purger de la bile noire qui s'est accumulée en nous en quarante ans.