jeudi 22 octobre 2009

Les commentaires auxquels vous n'échapperez pas

On ne peut pas mourir, sur Lointernète. Les bits nous collent aux doigts comme le sperme aux poils. Pas près d'advenir, le linceul figuré en transe. Mes marionnettes décomposées se pourlèchent les mains qu'elles ont sales et maladroites, fatigués catcheurs de Monoprix, le saut du Blog en promo, derrière les produits halal.


Mais alors Collaudoigt il est chez vous maintenant ? Il a son couvert chez Georges le sparadrap ? Les petites allusions complices et tout ? Ah Pascal je vous en prie. Georges est gentil.


C.



Quel gentil petit club d'amis. A ce stade on sait que Georges est vraiment mort.

C.



Vous voilà bien englué dans votre petit Face Book privé. La colle sirupeuse en dégouline de partout. Vous n'oserez plus rien. Fermez les commentaires, vous n'avez plus rien à dire.


D.

Pascal, gentil

S, gentille
K, gentille
Angélique, amoureuse c'est hévident
Petite mauve, petite
Georges, mort


D.


Tout dans ce billet est méprisable.


D.

dimanche 11 octobre 2009

Journal d'une crise



Ces quatre derniers jours, deux séances sont consacrées à l'approfondissement de l'expérience du contrôle du pouce. Tandis que je concentre ma réflexion sur la situation telle qu'elle est apparue le 2 octobre, le rapport entre la courbure du pouce et la protubérance extérieure du pouce au niveau de sa deuxième articulation, devient pour moi une source de curiosité. Ce rapport fournit une "image" de contrôle et est mis à l'épreuve ce même soir. Les premières impressions sont favorables : l'articulation II du pouce positionnée vers l'extérieur semble contrebalancer, compléter et faciliter la flexion du pouce (dans la mesure où le phénomène est mis en corrélation avec la flexion des doigts — articulation II des doigts en position extérieure) et, pendant cette session, l'amélioration du contrôle est manifeste à beaucoup d'égards. Cependant, on remarque que cette position semble imposer un doigté "linéaire" et des limites à la rotation des mains, ce qui crée une excessive rigidité de la troisième articulation des mains.

jeudi 8 octobre 2009

L'Histoire avec

Mon histoire avec R. V. S. B. AS. L. A. M. A. l'A. S. A. T. C. E. C. M. A. A. A. C. M. F. C. I. C. E.

(Je n'y avais jamais pensé. Faire l'effort de se rappeler toutes les filles avec lesquelles on a eu une "aventure", une "histoire". Pas facile. Je suis certain d'en oublier quelques unes, mais peu importe. L'idée est de faire passer un fil entre tous ces noms, de les relier pour voir si cela raconte quelque chose. Je suis étonné de m'apercevoir que certains étaient enfouis très profond, qu'il m'a fallu du temps (et de la chance) pour en retrouver la trace. C'est le fil du temps qui se déroule, avec ses nœuds et ses fourches, un fil toujours prêt à rompre.)

Variations ? Rondo ? Forme sonate ? Passacaille ? Fugue ?

(Comment le savoir, avant le terme ? Est-on le sujet, (le) thème, ou (le) contre-sujet, (l')objet, a-t-on aux femmes un rapport ternaire, binaire, composé, irrationnel, harmonique, contrapuntique, inharmonique, diatonique, chromatique, tonal, modal ? Est-on en situation de relatif mineur, ou de dominante ? Quelle sorte de modulation choisit-on dans les moments de crise ? Existe-t-il une constante dans la manière de faire l'amour de (avec) ces femmes ? Dirige-t-on (est-on dirigé) avec une baguette, ou à mains nues ? Lesquelles étaient de la petite harmonie, lesquelles des cordes, lesquelles des cuivres, lesquelles des percussions ? Lesquelles jouaient faux ? Lesquelles sonnaient bien ? Quel était le mouvement général : allegro vivace, andantino, adagio, grave ? Les principales cadences étaient-elles parfaites, imparfaites, rompues, évitées, plagales ? Qu'ont-elles fait des notes étrangères ? Comment a-t-on ornementé ? Commençait-on les trilles par en-dessus, par en-dessous, par la note réelle ? Quel registre a-t-on privilégié ? Jouissaient-elles en voix de poitrine, en voix de tête ? Lesquelles utilisaient une sourdine ? Combien de points d'orgue, combien de points d'arrêt ? Avons-nous abusé du rubato ?)

Esprits et souffle

*
(Pour Bernard Lombart)

Esprits

῾ ᾿
Les esprits ne s'écrivent que sur une voyelle ou une diphtongue initiale ainsi que sur la consonne rhô (Ρ ρ). Leur nom signifie proprement « souffle » (du latin spiritus) et non « âme ». Ils indiquent la présence (esprit rude : ) ou non (esprit doux : ᾿) d'une consonne [h] devant la première voyelle du mot.
Leur placement est particulier :
  • au-dessus d'une lettre minuscule : ἁ, ἀ, ῥ, ῤ ;
  • à gauche d'une lettre capitale majuscule : Ἁ, Ἀ, Ῥ, ᾿Ρ ;
  • sur la seconde voyelle d'une diphtongue : αὑ, αὐ, Αὑ, Αὐ.
Tout mot à initiale vocalique ou débutant par un rhô doit porter un esprit. Un texte en capitales au long n'en portera cependant pas. Un iôta adscrit (voir plus bas) ne pouvant pas porter de diacritiques, il sera distingué de cette manière : Ἄιδης n'est donc pas composé de la diphtongue ᾰι, qui serait diacritée Αἵ- avec la majuscule, mais de la diphtongue à premier élément long ᾱι, qu'on pourrait aussi écrire ᾍ-.

Esprit rude

À l'origine, dans l'alphabet qu'utilisaient les Athéniens, le phonème [h] était rendu par la lettre êta (Η), qui a donné le H latin. Lors de la réforme de -403, c'est un modèle ionien qui a été normalisé (et imposé de fait au reste de la Grèce), modèle dans lequel la même lettre en était venue à noter un [ɛː] (è long), la lettre Η ayant été rendue disponible par son inutilité du fait de la psilose (disparition de l'aspiration) survenue en grec ionien. Ainsi, une fois le modèle ionien popularisé, il n'a plus été possible de noter le phonème [h] alors que celui-ci est resté prononcé dans certains dialectes, dont l'ionien-attique d'Athènes et, partant, la koinè, jusqu'à l'époque impériale.
Aristophane de Byzance, au iiie siècle av. J.-C., systématise l'utilisation d'un Η coupé en deux dont on trouve des attestations épigraphiques antérieures (en Grande-Grèce, à Tarente et Héraclée). Cette partie de Η donna Dasus.png, parfois L, caractère ensuite simplifié en ҅ dans les papyrus puis en ῾ à partir du xiie siècle, devenant le diacritique nommé πνεῦμα δασύ / pneũma dasú, « souffle rude ». Il ne faut pas perdre de vue qu'à cette époque le phonème /h/ avait déjà disparu du grec : l'invention et la perfection de ce diacritique en fait inutile est donc d'un archaïsme grammatical exceptionnel.
L'emploi de l'esprit rude comme diacritique, cependant, se limite aux initiales vocaliques et au rhô en début de mot ; il n'est donc pas possible d'indiquer facilement la présence de [h] à l'intérieur d'un mot ou devant une consonne : ὁδός se lit hodós(« route ») mais dans le composé σύνοδος súnodos (« réunion », qui donne synode en français), rien n'indique qu'il faut lire súnhodos. En grammaire grecque, on dit d'un mot débutant par [h] qu'il est δασύς dasús (« rude »).
Dans le dialecte ionien-attique, celui d'Athènes (qui a donné naissance, en devenant la koinè, au grec moderne), le phonème /r/ était toujours sourd à l'initiale : ῥόδον (« (la) rose ») se prononçait ['odon] et non ['rodon]. Pour noter ce phénomène, le rôle de l'esprit rude a été étendu : tout rhô initial doit donc le porter. Cela explique pourquoi les mots d'origine grecque débutant par un r passés en français s’écrivent toujours rh- : rhododendron, par exemple. Comme il existe des dialectes à psilose(disparition de l'aspiration ; c'est le cas de l’éolien de Sappho, par exemple), les éditions modernes de tels textes utilisent parfois l'esprit doux sur le rhô initial.

Esprit doux

Alors que l'esprit rude indique la présence d'un phonème, [h], l'esprit doux note l'absence d'un tel phonème : de fait, il n'a aucun rôle, si ce n'est de permettre une meilleure lecture ; en effet, puisque seules les voyelles initiales peuvent le porter, comme l'esprit rude, il indique clairement le début de certains mots. Dans les manuscrits médiévaux, souvent de lecture malaisée, il est évident qu'un tel signe joue un rôle somme toute non négligeable.
L'invention de l'esprit doux — ou πνεῦμα ψιλόν / pneũma psilón « souffle simple » — est aussi attribuée à Aristophane de Byzance. Il lui a cependant préexisté. Il s'agit simplement de l'inversion du rude : le demi-êta Psilon.png aboutit à ҆ puis ᾿.
Sauf dans les éditions françaises, lorsque deux rhô se suivent dans un même mot, il est possible de les écrire -ῤῥ-, comme dans πολύῤῥιζος / polúrrizdos (« qui a plusieurs racines »). Dans une édition française, le mot serait écrit πολύρριζος. Il s'agit d'une graphie étymologisante que l'on retrouve sous la forme -rrh- dans des mots français tels que catarrhe (du grec κατὰ / katà « de haut en bas » + ῥέω / rhéô « couler »).


**


(*) Esprit rude / Esprit doux (Eliot Carter)
(**) Voix instrumentalisée (Vinko Globokar)

dimanche 4 octobre 2009

Villanelle


Quand viendra la saison nouvelle,
Quand auront disparu les froids,
Tous les deux nous irons, ma belle,
Pour cueillir le muguet aux bois ;

Sous nos pieds égrenant les perles,
Que l'on voit au matin trembler,
Nous irons écouter les merles
Nous irons écouter les merles siffler.

Le printemps est, venu ma belle,
C'est le mois des amants béni,
Et l'oiseau, satinant son aile,
Dit des vers au rebord du nid.

Oh! viens, donc, sur ce banc de mousse
Pour parler de nos beaux amours,
Et dis-moi de ta voix si douce,
Et dis-moi de ta voix si douce : "Toujours".

Loin, bien loin, égarant nos courses,
Faisant fuir le lapin caché,
Et le daim au miroir des sources
Admirant son grand bois penché ;
Puis chez nous, tout heureux, tout aises,
En panier enlaçant nos doigts,
Revenons rapportant des fraises
Revenons rapportant des fraises des bois.


Je l'ai dit souvent, mais je considère que l'enregistrement d'Anne Sofie von Otter avec James Levine consacré aux Nuits d'été de Berlioz est l'une des plus grandes réussites de l'histoire du disque. Ce matin, sur France-Musique, la Tribune des critiques de disques était consacrée à cette œuvre. Six disques étaient en compétition, choisis par François Hudry. Le disque dont je parle — et qui a été choisi en définitive — ne figurait pas dans la sélection, en première instance ! Chapeau !


(Et merci à Raphaële de me l'avoir fait découvrir et aimer.)

jeudi 1 octobre 2009

Un petit mystère : Pierre Paul Jacques et la préciosité du temps


On a entendu parler, ces temps-ci, de Pierre Paul Jacques. On l'a même entendu parler (je veux dire qu'on a connu sa voix). Interviouvé par les frères Kagi, analysé par les cousines Strapontin, herméneutisé par Lamèche, croqué par Françon Mattois, on commence à avoir une petite idée du personnage. Si Marguerite Duras était encore des nôtres, nul doute qu'elle en parlerait dans Libé. Pierre Paul Jacques est ***, de profession. Comme tous les ***, il lui arrive d'écrire. Écrire quoi ? On s'en tape. Il écrit. Pierre Paul Jacques est de la Grande Bloge de France, et voyage en mobil-home. Il s'arrête dans votre communauté de communes, et vient frapper à votre porte. Quand je dis qu'il vient frapper à votre porte, on se comprend, car Pierre Paul Jacques est wifi, bien évidemment.

Georges est allé à la rencontre de Pierre Paul Jacques, qui lui a fait visiter sa salle de bains. Pierre Paul Jacques est très propre. Il a ça dans le sang, la propreté, comme d'autres ont des globules rouges ou du cholestérol. Vous vous demandez ce qu'on voit à gauche du montant oblique de la baignoire ? Il s'agit d'un instrument qui va sans doute révolutionner la Bloge. C'est une brosse-à-dents-stylo. En effet, Pierre Paul Jacques n'a pas que ça à foutre, on s'en doute. Ainsi, en même temps qu'il effectue la toilette intime de ses dents, il écrit. Tout est dans le mouvement de la main droite, et dans la souplesse du poignet. Il m'a fait une démonstration, et je dois reconnaître que c'est bluffant. En trois minutes, durée du brossage des dents, mais aussi de la cuisson de l'œuf à la coque, il a rédigé devant moi un billet pour sa bloge. Tout y était. Humour, précision, clins d'œil, développement politico-social de bon aloi, utilisation modérée mais efficace des MVA*, rhétorique souple et ductile, liens du vivrensemble et contre-plongées citoyennes.

Or Camping



dimanche 20 septembre 2009

Les Confessions (2)


J'ai connu une Malika, autrefois. Nous nous étions rencontrés sur le Minitel, où elle se faisait appeler Ambre. Elle habitait à Marseille, moi rue Linné, à Paris. Elle m'appelait parfois en pleine nuit, quand elle faisait l'amour avec un garçon, et laissait le téléphone décroché pour que j'écoute. Un jour de juin, elle a débarqué à Paris, sans prévenir. Elle m'a demandé de venir la chercher à la gare de Lyon, et nous nous sommes retrouvés quelques minutes plus tard dans un bar du boulevard Saint-Germain, où elle s'est empiffrée de gâteaux. Elle a dû en prendre trois ou quatre, on aurait dit qu'elle n'avait pas mangé depuis quinze jours. La bouche encore pleine de crème chantilly, elle m'a annoncé qu'elle voulait faire l'amour avec moi. Tout de suite. La rue Linné n'était pas loin, mais elle n'a pas pu attendre qu'on soit chez moi.

Message personnel n°12



Il arrive que je m'assoie près de moi, et que je discute. Pourquoi pas ? dis-je par exemple. Ou encore : que faisons-nous ? Ces questions m'occupent longuement. L'autre jour, de manière un peu exceptionnelle, je me suis demandé s'il fallait répondre à mes questions.

mercredi 26 août 2009

Savonnette impériale russe

J'ai bien connu Mademoiselle Lapompe. En ce temps-là je portais des bretelles.



(Je dédie ce billet à mon pote Jean-Mimi)

lundi 24 août 2009

Fermez les yeux !


« La plupart des solistes qui se produisaient au Birdland devaient attendre la sortie d'un nouveau disque de Parker pour savoir ce qu'ils devaient jouer. Que vont-ils faire à présent ? »

(Charles Mingus)


« Charlie Parker est arrivé. Puis Mingus qui a accordé sa basse. Et Bud Powell qui semblait totalement absent. Il était devant son piano, mais ne le touchait pas. Tout cela se passait dans l'indifférence générale… Il y avait beaucoup de monde du fait que c'était un samedi. Mais personne ne s'intéressait à ce qui se passait sur scène. Parker lança un titre à Bud Powell. Ce dernier joue l'introduction de "Little Willie Leaps", puis s'arrête de jouer. Mingus pose sa basse par terre. Parker le voit partir, et tout en jouant d'une seule main le rattrape et lui fait signe de continuer à jouer. Finalement, Bud Powell se retourne vers le public, tournant le dos au piano, les coudes sur le clavier, le regard "out of this world". Il se passait un drame ; le public était toujours indifférent. Parker, Mingus et Blakey ont joué seuls. Ils ont joué le blues. Avec un volume… comme des dingues. Moi je prenais des photos… Trois jours après, mon copain arrive et me dit : Charlie Parker est mort ! »

(Marcel Zanini)

« Mesdames et Messieurs, je vous prie de ne pas m'associer à tout cela. Ce n'est pas du jazz. Ce sont des malades. »

(Charles Mingus)


Le médecin revient chaque jour et pose à Bird quelques questions de routine et notamment s'il boit de l'alcool. Celui-ci répond, ironique : « Juste un verre de sherry, parfois, avant le dîner. » Au bout de trois jours, son état semble s'améliorer et on l'autorise à regarder Tommy Dorsey à la télévision. « Nous l'avons calé dans une chaise longue, avec des oreillers et des couvertures. L'émission lui plaisait. Bird était un fan de Dorsey. "C'est un merveilleux tromboniste", disait-il. Puis est venu le moment où les jongleurs faisaient voltiger des briques qui restaient collées ensemble. Ma fille demandait comment ils faisaient, Bird et moi prenions des airs très mystérieux. Soudain, ils ont laissé tomber les briques, nous avons tous éclaté de rire. Bird a ri bruyamment puis a commencé à s'étouffer. Il s'est redressé, a hoqueté deux fois, et il est retombé dans sa chaise. J'ai sauté sur le téléphone pour appeler le médecin."Ne t'inquiète pas, Maman, m'a dit ma fille, il va bien maintenant." Je suis allée prendre son pouls. Il avait la tête penchée en avant. Il était inconscient. Je sentais toujours son pouls. Puis il s'est arrêté. Je ne pouvais pas le croire. Je sentais mon propre pouls. J'essayais de croire que mon pouls était le sien. Mais je savais vraiment que Bird était mort. Au moment où il s'en alla, il y eut un énorme coup de tonnerre. »

(Baronne Pannonica de Kœnigswarter, in Charlie Parker, de Hugues Le Tanneur)


dimanche 23 août 2009

Respectitude (par-delà)

La région où je vis vient de perdre le président de son Conseil Régional : Alfred Zambert a succombé hier des suites d'un malaise cardiaque.

Centriste, humaniste, chantre de la décentralisation, européen convaincu, cet homme mériterait déjà d'être plus (re)connu, ne serait-ce que pour deux faits d'arme : d'une part, il pria toujours le Front National et autres émanations "buboniques" d'aller voir ailleurs ; d'autre part, inspiré par le droit local qui oblige assistance aux plus pauvres d'entre les pauvres, il créa dans sa bonne ville de Saverne un Revenu Minimum d'Existence, ledit subside devenu, en 1985, proposition de loi qu'il aura déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale - quiconque s'intéresse à l'oeuvre de Michel Rocard connaît la suite...

Respect.

Trouvé ça sur le blog d'un copain de Jean-Mimi. Lettres Libres, ça s'appelle ! « Cahiers libératoires, carnets limbiques et chroniques littéraires de Christophe Borhen Dissidences, errances, (ré)jouissances et résistances d'un auteur (presque) anonyme, libertin postlibidineux... » Je sais pas si vous voyez le truc. Dissidences et résistances, etc. Tous les mots y sont, je veux dire les MVA (mots à valeurs ajoutés) qu'il faut mettre en évidence (et au pluriel) pour faire partie de la bande aux culs de lune. "Lettres Libres", putain, alors qu'il n'y a pas plus comprimé du sphincter, pas plus chiasseux de l'encéphale, pas plus mou du pieu.

« L'œuvre de Michel Rocard », je sais pas si vous voyez. L'œuvre-de-Michel-Rocard ! C'est grand, ça, non ? Pour aller très vite, il y avait l'œuvre de Parménide, celle ou celui de Michel-Ange, celle de Beethoven, et puis celle de Rocard. On avance à grands pas, dans le monde de notre auteur presque anonyme qui jouit rien que du sentiment de sa folle liberté.

"Lettres Libres", putain… Ces gens-là, Monsieur, ils sont libres. Libres de répéter, de litaniser, de geindre en cadence, d'entonner en chœur mixte tous les refrains débiles du temps, comme les mutins de Panurge assermentés qu'ils sont. Michel Rocard et son œuvre. Alfred Zambert et son œuvre. Donc, les faits d'arme du camarade Alfred Zambert, outre son humanisme qui ne se discute pas, c'est le grand, l'énorme, le fabuleux courage qu'il a dû lui falloir pour bêler en écho de tous les auto-résistants (comme il y a désormais des auto-entrepreneurs), et brandir le passeport qui les vaut tous, celui de l'antifascisme citoyen et post-historique. Ces gens-là auraient le courage, je ne sais pas, moi, de se battre à mains nues contre une dangereuse mamie (nazie !) de quatre-vingt dix ans arc-boutée sur son déambulateur et qui les menacerait de son sac en plastique roulé en boule. Libertin, qu'il est, l'auto-résistant ! Ça c'est sûr, on l'imagine bien avec son petit phallus solidaire en plastique équitable. Je suis certain que toutes les lectrices de Georges sont déjà en train de mouiller en pensant au libertin libertaire libre de toute entrave et subversif comme la pluie.

Ah, les copains de Jean-Mimi, faut pas leur en promettre, hein ! Ils te révolutionnent le monde d'un coup de blog, comme d'autres vont aux chiottes, je vous raconte pas. 'Tention ! S'il y a (c'est un exemple) un "lepénisé-de-l'esprit" qui vient à passer par là, putain ce qu'ils lui mettent ! Mais d'abord, ils commencent par monter sur leur petit tabouret, et ils se collent le badge, vite, mais si, vous savez, le badge qui dit "Moi être Homme Bien faisant partie des Bons du Bien, moi Humaniste sensible et ouvert à l'Autre, moi Frère de l'Autre, moi ennemi de personne, enfin, surtout pas de l'Autre, quoi. Moi ancien Coupable Repenti et Gentil." (Il y a beaucoup de majuscules, sur leur badge, c'est pas de ma faute.) Tiens, un exemple de comment ils parlent, pour être concret :


J'ai passé l'après-midi dans le hamac installé en bordure de piscine, corrigeant quelques dizaines de pages d'une thèse (dont je ne dirai rien, ici, pour des raisons évidentes et facilement compréhensibles : il m'incombe d'informer mon étudiant de mes remarques, - ce sera fait le 1er septembre -, et non de me répandre intempestivement sur le Net).

Cette correction, vécue comme une corvée, je l'ai adoucie en l'interrompant à peu près toutes les trente minutes, m'accordant alors une diversion télématique - la consultation compulsive de ma mail-box et de mon (nouveau et récent) compte FaceBook.

Je sais, c'est assez dur à encaisser, deux paragraphes de littérature hard-discount à l'heure de la sieste, mais sinon on va encore me dire que j'invente. Ça parle comme ça, les auto-résistants en villégiature. Et encore, là, j'y suis allé mollo, on est à une heure de grande écoute ! Je le vois bien, le Jean-Mimi, à poil près de la piscine de ses potes, en train de se faire fouetter par un imam qui passerait par là. En plus l'imam il le prendrait pour un pédé, sûr. Au moins deux raisons de le tabasser. Mais Jean-Mimi il couinerait de plaisir maso en nous expliquant qu'on l'a bien mérité, que c'est la revanche des damnés de la terre, et tout. Salope ! Pédé de Français ! Intello de mes deux ! (C'est l'imam qui parle…) Va me chercher une bière ! (Oui, certains imams, paraît-il, sont hyper-ouverts.) Et notre Jean-Mimi toujours à poil de se dire : putain, merde, pendant que je cours au frigo, il va lire les mails de ma chérie ce con ! (Et puis faut voir les mails de Jean-Mimi, hein, c'est du hard, aussi.) J'arrive, Imam, j'arrive, mais il n'y a plus de bière halal, je vous prends un Seven Up ? L'autre, évidemment, il s'en branle que la bière soit halal ou pas, ce qu'il veut c'est mettre une branlée à Jean-Mimi, et profiter aussi un peu de la piscine, pour une fois que personne le voit. Bon, je développe pas, les vacances des profs, c'est pas toujours le paradis, faut pas croire.

Mais revenons à nos moutons. Donc, le Libre Penseur Libératoire et postlibidineux tient à signaler au peuple de France que M. Alfred Zambert n'est plus. Immédiatement, intervention essentielle de Bribri Gigi, la poétesse que les lecteurs de Georges connaissent déjà : « Vous avez bien raison de parler de cet homme dont j'ignorais l'existence et la mort. Mais la reconnaissance de qui oeuvre pour le bien est juste et... nécessaire. » Hein ! C'est envoyé, ça, non ? Bribri ne sait pas faire une figure essentielle de la typographie française, le e dans l'o (œ), mais on ne va pas s'arrêter à des détails insignifiants. Non, ce qui est fort, on va dire, c'est le "œuvrer pour le bien". Ça c'est himportant. C'est même assez hévident, j'ai envie de dire, mais bon, Bribri elle a peur de rien, elle fait assurément partie de ces gens qui n'ont pas peur d'affirmer, au péril de leur vie, des vérités subversives et controversées à mort. Genre qu'on est contre la mort, contre la maladie, contre la guerre, contre les méchants, contre les catastrophes. Et c'est pas tout, juste après, une certain Sophie Kafka ajoute : « C'est bon de savoir qu'il existe aussi des gens très bien qui font de la politique, au sens premier du terme. Merci Cricri. » Au sens premier du terme, elle croit devoir ajouter. On sait pas trop de quoi elle parle, et à mon avis, elle non plus, mais ça n'a aucune importance. Ce qu'il faut bien comprendre (comme on dit), c'est que notre bonne Sophie elle aussi elle fait partie des gens Bien qui œuvrent pour le Bien (même pour le très Bien). Merci Sophie. Elle doit être bien, la Sophie. Je l'imagine deux secondes, si vous permettez. Je sais pas pourquoi, je crois qu'elle doit être hyper-bandante, la Sophie Kafka, ouais, ça doit être un sacré coup au plumard, non ? Genre, elle est devant, à genoux, et elle te souffle : « Oui, mon Salaud, vas-y, œuvre pour le Bien, Georges, au sens premier du terme, hein ! C'est bon de savoir qu'il existe des gens comme toi qui me font de la politique jusqu'aux oreilles ! » Vous voyez le truc ! Moi évidemment, je peux pas résister, quand on me parle comme ça : je balance tout. Mais voici Vinosse qui entre dans la danse : « Un homme fréquentable sans aucun doute... Mais que faisait-il dans la galère sarkozyste ??? » (Un chieur, ce Vinosse, que vous vous dites, un qui fout la merde ? Mais non, vous n'avez rien compris. On va voir ça un peu plus loin.) Où l'on voit tout de suite comment fonctionne le cerveau de ces amibes. Imaginez un tableau avec deux boutons ; un rouge et un vert. Ils doivent sans arrêt choisir entre le vert et le rouge. Le vert c'est bien, le rouge c'est mal. De temps en temps — oh, rarement, on veille — une info est grise. Ils sont alors pris de panique : merde, Cricri, je fais quoi, là, putain chuis mal ! "Mais que faisait-il dans la galère Sarkozyste ???" + "Un homme fréquentable" = information grise. Observons l'amibe. On ne lui a appris qu'une seule chose : le monde est réparti en deux catégories. La catégorie du Bien et la catégorie du Mal. Plus simplement, le Vert et le Rouge. Quand une info grise arrive par mégarde à passer les mailles du chinois, souffle brièvement un vent de panique. Mais Big Mother veille : « @ Vinosse : juste question... En fait, il y était sans y être car se cantonnant à la seule Alsace... » Ah, ouf ! VERT ! Vert MALGRÉ Sarko ??? Oui, malgré Sarko. Mais nous sommes dans la complexité maximale du cogitum auto-résitant. Il va sans dire qu'une telle situation ne se présente qu'exceptionnellement. Tout est fait pour que l'alternative soit une alternative de niveau zéro, et c'est bien ce qui se passe : plus un individu vous parle de sa liberté, plus il y a de chances qu'il soit aussi libre qu'un humain l'est par exemple de respirer ou non.

Mais creusons encore la question. Pourquoi VERT MALGRÉ SARKO ? La réponse est toute simple. Il faut revenir au texte, comme toujours. « Il pria toujours le Front National et autres émanations "buboniques" ». Inutile de continuer la phrase, le MVA est là, il suffit à déclencher le sérum anti-info grise. Vous placez la séquence de mots "Front-National", plus loin "autres-émanations-buboniques", et la seringue se vide automatiquement dans le cortex auto-résistant. Le Vert est mis. On pourrait même encore simplifier : le syntagme "Front-National" + l'adjectif "bubonique" auraient suffi. Un ami policier me racontait tout récemment comment fonctionne désormais le standard de la police nationale, quand on compose le 17. La aussi le numérique (c'est-à-dire le binaire) a pris le contrôle. Le serveur réagit à des mots clefs, et à des séquences de mots-clés, à la manière du système "Échelon". Si vous ne prononcez pas les bonnes séquences, n'espérez pas voir arriver la patrouille avant le lendemain matin. Nos auto-résistants, les blogueux assermentés, avec leur cerveau uni-alternatif, fonctionnent de la même manière. C'est pourquoi la lecture d'un blog de mille pages peut se faire, si l'on connaît les MVA, en une minute trente chrono.

vendredi 14 août 2009

La jeune fille et l'amour



Présenté à Annecy, en avril 2009

(Pour Raphaële)

dimanche 9 août 2009

Le bar des anus

Machin et Truc sont maintenant AMIS. C'est comme ça que ça cause, sur Facebook. Machin a envoyé un chose à Truc qui l'a renvoyé à Bidule. Bidule a aimé la Chose de Machin, qui la renvoie à Truc. A communique à B que C est dans le coup, mais D qui lui n'y est pas est pourtant en combine avec B qui lui-même ne peut pas trop blairer D. Ça n'arrête jamais. Un truc de dingues. Les amis des fous sont les fous des amis, et plus on est d'amis moins les fous sont drôles. C'est un peu ça, Facebook. Je peux pas sentir ce machin. Déjà qu'Internet me débecte, que la blogosphère me fait gerber, mais alors Facebook, c'est l'entonnoir de trop. J'ai jamais été trop sociable, je ne suis jamais entré dans une boîte de nuit, par exemple, j'ai dû aller au grand maximum à dix "fêtes" dans toute ma vie, mais le social citoyen qui se déballe sous mes yeux sur Facebook, ça me donne envie de me pointer avec un couteau de cuisine. Le problème, c'est se pointer où ? Ces cons, ils sont nulle part. Ils ont trouvé le moyen de ne jamais disparaître, de s'incruster à vie, de nous pourrir la vie sans même qu'on puisse leur mettre une tarte. Saloperie de numérique. Je sais pas pourquoi je pense à ça, je me souviens d'un bistrot à Paris, qui s'appelle le Bar des Amis, mais la typo était mal fichue, ce qui faisait qu'on lisait toujours les Bar des Anus : question de jambes. Internet, ça me donne toujours l'impression qu'on est au bar des anus. Que des trous du cul. Incroyable, le nombre de trous du cul au mètre carré. Enfin, je dis au mètre carré, évidemment ça ne veut rien dire mais je me comprends. Tous ces cons déboutonnés et vulgaires qui jactent nuit et jour, qui nous racontent leur trucs vraiment pas intéressants, c'est sidérant, non ? On a envie de se boucher les oreilles, mais ça sert à rien, vu qu'on n'a plus d'oreilles, que toute cette jactance passe directement dans le sang, qu'on y est branché en permanence, qu'on le veuille ou non. En fait, c'est ça, on a le trou du cul grand ouvert, on est tous devenus pédés, et on se fait mettre vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des inconnus qui nous branchent même pas. Triste à chialer. Mais on peut pas chialer. Enfin si, on peut, mais tout le monde s'en branle, vu que tout le monde chiale à longueur de journée, sur ce bazar de mes deux. Chialer, jacter, hurler, causer, et même se taire, aucune différence, j'ai essayé, c'est la même bouillie qui sort du tuyau. Et si vous essayez de dire STOP, allez vous branler ailleurs, foutez-moi la paix, videz-moi, effacez-moi, rayez-moi de vos listes, eh ben non seulement c'est impossible mais en plus votre gueulante c'est la même chose que la bouillie des autres connards, c'est pas différent, vous êtes pris dans le torrent de merde et vous pouvez plus nager à contre-courant. De toute façon, même si vous aviez la force de nager dans l'autre sens, vous vous feriez baiser parce qu'il n'y a plus de sens, ils font ça à l'endroit à l'envers, ces cons, sans aucun problème, ils n'ont plus ni queue ni tête, c'est le cas de le dire. Putain, je veux pas être l'amis de ces anus, moi, je veux vraiment pas. Un même machin nous prend la température, nous envoie la purée, et nous relie au seul monde qui reste. Merde ! Plus ni queue ni tête.

mardi 2 juin 2009

Je ne saurais dire si le Gaudier vaut le Benthien


Une des choses les plus drôles qu'il m'ait été données de lire récemment. Un lecteur de Renaud Camus qui le remercie. Mais de quoi est-il remercié, Renaud Camus ?

Disons-le comme ça : un type n'écoute jamais de musique. Il ne sait pas ce que c'est, même. Alors, comme il est camusien, vraiment, il lit les livres et écoute les émissions de son idole. Jusque là, tout va bien. Donc, notre camusien tombe sur une émission où Renaud Camus, comme à son habitude, nous "fait découvrir" un compositeur que personne, ou presque, ne connaît. Franz Berwald, qu'il se nomme, le compositeur. Le Berwald en question est un musicien suédois du XIXe, qui a écrit, entre autre, des quatuors à cordes. Peu importe en réalité ; il est l'un de ces innombrables musiciens dont on ne se souvient pas. Je ne dis pas qu'on a raison, mais c'est un fait. Notre camusien n'ayant (il le proclame lui-même) jamais acheté un seul disque de musique, se précipite pour se procurer un disque de Berwald, dont il parle en ces termes :


Franz Berwald 1796 1868 Quatuor n 1 en sol mineur 1818 Quatuor n 2 en mi bémol (enregistrement de 1962) Hélas si c'est bien le Quatuor Benthien (en vinyle), ce n'est pas le Quintet N°1 en ut mineur. On trouve ce Quintet N°1 mais pas par le Quatuor Benthien, il s'agit du Gaudier Ensemble (en cd), le chef d'orchestre étant Marieke Blankestijn. Je ne saurais dire si le Gaudier vaut le Benthien.


Il n'y a vraiment que parmi les lecteurs de Renaud Camus qu'on peut trouver ce genre de cinglés extraordinaires ! Je ne parle pas du « chef d'orchestre », je ne parle pas des "naïvetés" que contient son message, non, je parle de la perversion extrêmement curieuse que révèle ce message. Imaginez : vous ne connaissez rien, mais alors rien du tout, disons à la peinture (mais si, ça peut arriver). Un Papa, passant par là, vous parle, je ne sais pas, moi, de Cristóbal Neverlost, au hasard. Vous allez vous précipiter pour acheter tous les livres qui traitent de sa peinture, vous allez prendre un billet pour New York, pour aller voir un de ses rares tableaux, vous allez passer trois jours à scruter Internet à la recherche du moindre indice sur Neverlost ? Oui ? Alors vous êtes mûrs pour le camusisme.

La chute est tout simplement fabuleuse : « Je ne saurais dire si le Gaudier vaut le Benthien. »

lundi 25 mai 2009

Les Résistants


Tout le monde se souvient de la photographie où l'on voit, côte à côte, les-trois-grands-noms de la chanson française, Brel, Brassens et Ferré. Ils étaient conviés à une émission de radio, ce devait être à la fin des années 1960. J'ai pu entendre tout récemment un extrait de la conversation qu'ils eurent ce jour-là. Il ne m'en reste pas grand-chose, à part ceci.

Le journaliste leur demande leur avis au sujet d'un groupe anglais de pop music, les Beatles. Brel et Brassens s'en tirent un peu hypocritement en bredouillant quelque chose comme : « Oui, c'est joli. » Intervient Ferré, qui ajoute : « Oui, et puis, je crois qu'ils sont bien, ces jeunes ! Je veux dire, politiquement, ils sont bien, politiquement ! »

(J'étais adolescent, lorsque les Beatles sont arrivés dans notre monde, avec leur petits complets de VRP de la culculturellerie. Je crois qu'on ne s'en est jamais vraiment remis, de ces quatre-là ! Comme ils ont bien annoncé l'époque qui allait venir ! En un sens, oui, ils ont été très importants, on ne peut pas soutenir le contraire ! Ils ont montré la voie au mauvais goût, lui ont donné ses lettres de noblesse, et je ne savais pas encore qu'ils allaient transformer le monde à ce point-là, qu'ils allaient porter l'adolescence au pouvoir !)


Ah, Léo, Léo, comme tu vends bien la mèche ! Comme surgit merveilleusement là, dans les quelques mots que tu prononces, toute la glue idéologique qui allait nous tomber dessus quelques années plus tard, et ne plus nous lâcher jusqu'à aujourd'hui ! « Ils sont bien. » Comme ce « Ils sont bien » dit parfaitement tout ce qu'il y a à comprendre ! C'est paradoxal, mais Ferré utilise le même langage que les bourgeois de mon enfance. « Ils sont bien. Ce sont des gens bien ! » ça dit qu'on fait partie du même monde. Ils sont comme nous ! Nous sommes comme eux. Tout va bien. Nous n'en étions qu'au début, on ne savait pas encore très bien comment gérer la chose, mais le principe était déjà clairement posé : faire partie de la bonne part de l'humanité suffisait… à se reconnaître, à s'admettre, à s'aimer. La politique consiste donc, depuis ces années-là, à savoir dans quel camp l'on se trouve, à partager l'humanité en deux : le bon et le mauvais. D'ailleurs, non, je me trompe, on ne partage pas l'humanité en deux, puisque ceux qui sont désignés pour rejoindre le camp adverse se voient privés de cet attribut, précisément, ils n'en sont pas, de l'Humanité. Il n'existe donc qu'un seul camp, le camp des saints. L'époque qui a jeté le christianisme avec l'eau du bain est sans doute une des époques les plus religieuses que la France ait connue…

À partir du moment où l'on décrète que "tout est politique" — et tel est le mot d'ordre qui a imprimé en creux sur toute cette époque son ombre détestable — il faut bien, en toute logique, que celle-ci, la politique, infecte toutes les catégories de la sphère humaine, obligeant les hommes à se déterminer, politiquement. Il est assez amusant que ce soit précisément à ce moment-là que le pacifisme (et son corollaire, l'antimilitarisme) soit devenu non pas une option, un choix, une manière d'envisager une réponse à une situation donnée, mais la seule possibilité qui s'offrait "aux gens bien". En effet, d'un côté l'on raillait l'engagement militaire, la défense du territoire, de la patrie, et de l'autre on prônait l'engagement militant comme plus qu'obligatoire, automatique, consubstantiel à l'état d'homme. "Choisir son camp", au sortir d'une période (la guerre) où il était compréhensible que cette simplification brutale et terrible ait eu cours (mais pour un temps limité), ceux qui n'avaient pas de mots assez durs pour "les anciens combattants", qui les méprisaient tranquillement et leur crachaient dessus nuit et jour, rejouaient à blanc et sans risques la farce du choix, premier et indépassable. De cette époque d'imbéciles vient la fortune carrée du terme de résistance.

J'en ai beaucoup croisés, la semaine dernière, de ces nouveaux "résistants", j'en ai croisés énormément. J'ai dû me farcir leurs discours de vieux cons vulgaires et stupides, leur démagogie révoltante, leur humour consternant, leur veulerie de poivrots, leur manière si particulière de penser que le monde entier ne peut que les aimer, que vouloir leur ressembler, que désirer être des leurs. J'ai dû entendre et lire leurs slogans piteux, écrits dans une langue racornie et fruste. Ils étaient venus en bandes, comme les loups de comédie un peu miteux qu'ils étaient, sont et resteront, vérifier que le monde en était bien resté aux bégaiements maladifs auxquels ils ont donné naguère ces tons rauques et criards. Quand j'ai vu l'affiche de la semaine, la merveille qu'on peut admirer plus haut*, j'ai compris à quoi je devais m'attendre. Que suis-je allé faire dans cette galère, me dira-t-on ? Eh bien mon métier, mon petit métier. Et pour pas un rond, en plus ! Je l'avoue ce soir sans détour : je suis un con.

Un des résistants chefs — je le nommerai Résistant-Moteur, car il m'a beaucoup répété qu'il "avait été moteur" —, un qui avait roulé sa bosse comme on dit, me tend fièrement les catalogues des expos qu'il a organisées. Je feuillette les ouvrages, parsemés généreusement de la "poésie" de Résistant-Moteur, poésie engagée bien sûr, personne n'en doutait je pense, et je tombe sur une peinture de Bernard Rancillac qui s'intitule : « Ulrike Meinhof », représentant le couloir de la prison de Stammhein où les membres de la RAF (Rote Armee Fraktion) étaient emprisonnés, et où elle se suicida le 9 mai 1976. Quand Résistant-Moteur voit que je m'arrête sur cette page-là, il croit bon de me signifier : « Ce n'est pas un hommage à Ulrike Meinhof, c'est une dénonciation de leurs conditions de détention. » Ne lui ayant rien demandé, j'imagine que cette précision était nécessaire, surtout lorsqu'on se trouve en présence d'un médaillon, en regard de la reproduction, dans lequel sont écrits ces simples mots : « À la mémoire d'Ulrike Meinhof » On peut disserter longtemps pour savoir où commence l'hommage et où finit la dénonciation, mais il ne faut pas prendre les gens pour des abrutis, cette toile est bel et bien un hommage à cette brave dame et à ses petits camarades tellement sympathiques et primesautiers. En me rendant sur le site de Bernard Rancillac, j'ai d'ailleurs pu constater que cette toile n'était pas la seule qu'il avait consacrée à cette grande résistante humaniste. Résistant-Moteur croit bon alors de me raconter comment il réussit à persuader les deux assistants de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'économie de Jacques Chirac, qui ne voulaient pas cette peinture dans l'exposition qui se tenait à Bercy. « Je leur ai dit, si vous censurez cette toile, demain matin vous avez deux pages dans Libé ! » Et nos petits conseillers, plus effrayés par les journalistes que par leur ministre ou leurs propres idées, si tant est qu'ils en aient eues, d'obtempérer, le doigt sur la couture du pantalon… Le pire, dans cette histoire tristement emblématique, c'est encore les quelques auteurs cités (convoqués, eux aussi, au parloir de la Résistance), que sont Heine, James Joyce, Charles Juliet, et… Czeslaw Milosz ! Pauvre Milosz, s'il savait dans quoi on l'embarque, quoi qu'il en ait ! Immonde récupération, scandaleux contre-sens, terrifiante bêtise (dans le meilleur des cas) ! Ces gens-là ne reculent devant rien. Ils se servent, comme des enfants voyous dans une boutique de bonbons. Tout est bon pour alimenter le mensonge dévorant de leur idéologie délétère.

À un moment de la conversation, Résistant-Moteur, me parlant du "thème" d'une expo, le sous-titre : « Sous-entendu : respect des différences, quoi ! » J'ai adoré cette explication. Et aussi la fine manière de l'amener : "sous-entendu" (tu parles d'un sous-entendu !)… Je ne pourrai pas citer de mémoire la phrase de Houellebecq, qui me plaît infiniment, et qui dit à peu près : « Comment peut-on aujourd'hui parler des Droits de l'Homme sans qu'il s'agisse d'un second degré, sans qu'on s'étouffe de rire ? » Eh bien si, ces gens-là parlent comme ça, sans le moindre humour, sans la moindre dérision, en ayant l'air de croire à ce qu'ils racontent… C'est proprement stupéfiant ! Respect des différences est un de ces syntagmes coulés dans le plomb, ou l'airain, "qui donnent envie d'envahir la Pologne".


Le soir où Georges a joué se trouvait dans la salle un saxophoniste de jazz de talent, qui eut ces paroles immortelles, avant que le cirque ne commence : « Jamais, JAMAIS, je ne jouerai pour Sarkozy ! » On voit par là le grand courage de ces résistants. Sans doute que le président de la République les harcèle de coups de téléphone, chaque jour que Dieu fait, pour les supplier de venir faire un set à l'Élysée, entre le jogging et le dîner, et pour les couvrir d'or à cette occasion. « Jamais ! Plutôt crever, seul dans une cellule d'isolement, comme ma sœur Ulrike ! »



(*) Bernard Rancillac adore le Che, apparemment, si l'on en juge par le nombre de fois où il l'a représenté, il est donc naturel que Résistant-Moteur (qui est "graphiste", faut-il préciser (les graphistes sont à l'art ce que les sociologues sont aux sciences humaines)) nous ait gratifié de son talent inouï, qui consiste (quelle provoc sublime, quel sens inouï du troisième degré et quart !) à affubler celui-ci d'un nez rouge et d'un smiley. Quand on pense qu'il existe encore des gens pour marcher dans ce genre de combines, pour trouver ça fun, ou rigolo, ou, pire, subversif !


En prime, Georges vous offre un petit extrait des affiches qui ornaient les murs de l'endroit où nous faisions les pitres.

vendredi 8 mai 2009

8 mai


Jour de la Victoire (1945). Mort de Flaubert (1880). Naissance de Keith Jarrett (1945). Mort de Luigi Nono (1990). Jour du lotus blanc. Jour des Fêtes johanniques d'Orléans (depuis 1430).


dimanche 19 avril 2009

Quoi ?

Pardon ?

(…)

Non, pas tant que je serai vivant !

(…)

Oui, c'est-à-dire que pris séparément, on peut les confondre, mais l'ensemble n'est jamais loin de l'idée.

(…)

Annecy ? Oui, c'est une jolie ville où il ne fait pas bon s'ennuyer.

(…)

À l'hôtel ? Ah, oui, si nous ne sommes pas ensemble, je pense que oui.

(…)

Elle est folle, folle à lier vous voyez, folle comme folle qu'on n'en fait plus. Après avoir épousseté les livres, elle est partie se noyer, gentiment.

(…)

Oh, ça ne m'étonnerait pas, vous savez. Si ça se trouve, on va l'apprendre par les journaux.

(…)

Il y a six ans, oui, six ans déjà.

(…)

Comme un âne, vous voulez dire !

mercredi 8 avril 2009

Robinets mal fermés

Le mari de mon amie, architecte bien bâti, et très virilement, parle ainsi : « Qu'ai-je à faire, moi, de vos bruits de chasse d'eau, de robinets mal fermés, de tout ce quotidien que vous nous imposez ? Le quotidien, je l'ai déjà chez moi, ce n'est pas ce que je demande à l'art ! » Heureusement pour nous, il n'aime pas non plus Pelléas, qu'il juge outrageusement mièvre et insupportable dans sa prosodie maniérée.

Mon amie est la fille d'un des grands écrivains du XXe siècle, l'un des derniers surréalistes. Elle sourit gentiment, ne prend pas parti, sa vertu moderne (et sa délicatesse naturelle) l'empêchant de suivre son mari, mais je sais bien qu'elle n'aime pas non plus la musique qu'il fustige avec ses mots de tailleur de pierres.

Chez eux on fait un excellent dîner.


Le problème, comme on disait de mon temps (qui réservait le souci à des pensées plus hautes ou plus intimes), est que ceux qui bricolent ces musiques de robinets mal fermés n'aiment pas non plus Pelléas et Mélisande. Ils veulent bien affirmer que Debussy-Ravel (c'est l'un de ces syntagmes figés qui leur évitent de connaître) c'est très bien, à condition d'ajouter qu'ils « ont influencé Bill Evans », mais ils n'ont pas l'air de comprendre que Debussy c'est aussi Pelléas, que sans connaître Pelléas on ne comprend pas grand-chose à Debussy, de la même manière que sans comprendre que Webern est un ultra-romantique, on ne peut pas l'entendre vraiment.

C'est toujours un peu le même procédé de pensée qui est à l'œuvre. On "aime" un art (un artiste) à cause de l'idéologie qu'on lui prête, de manière le plus souvent totalement anachronique et téléologique. Mélange de paresse intellectuelle et morale qui fait le lit de nos modernes engourdis.

lundi 6 avril 2009

Raymond Barre Phillips


Raymond Barre Phillips Chandler s'est arrêté devant moi. Ça alors ! Mais pourquoi ?

Autour de nous, la rue bruyante, froide, grise, malodorante. J'ouvre les bras, comme ravi de retrouver un vieil ami. Il porte un manteau, d'un beau tissu, mais qui me semble un peu court, un petit chapeau sombre, et des lunettes aux verres cassés. Il a l'air à peine surpris de ces marques d'amitié. « Sais-tu, Chérie, que… » Il ne me laisse pas finir, il entonne les premières mesures de la sonate pour basson et piano que je viens tout juste d'achever : ré-do-si, faaa, sol-la, et j'enchaîne par la partie de piano, comme je peux. Nous allons comme ça jusqu'au développement, puis nous nous saluons et il continue son chemin, comme s'il ne s'était rien passé. C'est d'ailleurs la pure vérité. Que s'est-il passé, hormis une rencontre entre deux hommes, comme il s'en produit tant chaque jour sur terre ?



samedi 4 avril 2009

Page 56


« (…) Ils peuvent s'éblouir du moindre signe d'allure et l'élever en royauté. [Ils] comblent les vides, hissent les choses et les êtres à la hauteur de leur regard. Seule tragédie, ils ne réalisent pas qu'ils agissent.

Eux, lucides en d'autres temps, contemplent l'autre sans savoir qu'ils l'ont ajusté, rehaussé, transfiguré. Ils aiment alors de passion, sentant obscurément qu'il n'y a hors de toute sagesse que celui-ci peut être regardé.

Mais un jour, amer, l'élu s'évapore sans grâce et se montre tel qu'il est : touchant roseau, enlacé à ses racines, ployant déjà sous sa propre courbe, roseau parmi les roseaux, chétive pousse qui se laisse happer et pointe sa hauteur désorientée vers le ciel, l'espace d'un hasard, dans l'instantané des grands vents. »