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lundi 6 mai 2013

Pompier



Renard Machaut, le critique musical qui pense que l'octave contient onze degrés, pense également que "Panzéra est un mythe créé entièrement par Barthes". Il adore aussi Nathalie Dessay et porte aux nues John Adams. On n'a jamais eu beaucoup d'atomes crochus avec les critiques musicaux, mais avec lui c'est le pompon ! John Adams… On n'est déjà pas très amoureux de Steve Reich (ne parlons pas du pauvre Phil Glass, qui fait un peu pitié), mais alors John Adams, c'est un peu comme si la peinture de style pompier était placée plus haut que celle de Bacon ou de Rothko. Mais bien sûr c'est précisément le cas aujourd'hui. Qu'est-ce qui n'est pas pompier, aujourd'hui ? À peu près rien. Même les plus jolies filles aperçues dans la rue s'habillent d'une manière qui les fait paraître laides, ou qui en tout cas coupe l'envie de les contempler longuement, et l'on ne peut pas ne pas se dire que même nues, l'affreuse laideur qui envahit tout les couvrirait encore d'une pellicule étriquée et camelotante, parce que la nourriture (ou la façon de se nourrir), parce que la parole (ou simplement le timbre de la voix), parce que les piercings, parce que les tatouages, parce que l'épilation, parce que le parfum, et parce que tout simplement l'allure. Que reste-t-il d'intact ? La pornographie est peut-être de nos jours la meilleure radiographie, la plus précise, la plus parlante et la plus impitoyable, qu'on puisse consulter sur l'époque. 


dimanche 1 avril 2012

Cacher


En préparant mon exposition de Bruxelles, je réalise une chose que je sais depuis toujours, sans parvenir à en tirer les conséquences : il est infiniment plus facile de cacher que de montrer, il est toujours plus facile de faire compliqué que de faire simple. Je n'ai jamais eu peur de jouer une pièce compliquée de Brahms, en revanche, une sonate de Mozart peut me terrifier. Ajouter est une erreur nécessaire. Quand les années viennent à manquer, on n'a plus le temps de chercher, il faut trouver.

mardi 6 mars 2012

Déterrer


Francis Bacon : « Je suis contre l'incinération, parce que, dans des milliers d'années, si le monde existe toujours, ce sera ennuyeux s'il n'y a personne à déterrer. »

samedi 25 février 2012

« En couleurs, en couleurs ! »


M.L. est un de ces abrutis qui ont trouvé avec Internet la force d'exister. Jamais en panne d'un jeu de mots aussi pitoyable qu'approximatif, il va jusqu'à intervenir sur le forum du 3.14, c'est dire l'absence complète de sens du ridicule consubstantiel à ce genre de personnages. Il en faut, me direz-vous, des M.L. ! Oui, certes, il en faut, comme il faut que même les génies aillent chier le matin.

Mais peu importent M.L. et les quelques semi-débiles qui parlotent chez D.G. On y lit (chez D.G.) que "des officiers allemands", visitant l'atelier de Picasso, rue des Grands-Augustins, durant l'Occupation, "tombèrent sur Guernica". Il paraît difficile que Guernica se soit trouvé rue des Grands-Augustins, dans l'atelier de Picasso, pendant la guerre, puisqu'il était alors à New York. Il s'agissait en fait des cartes postales que Picasso distribuait gaiement aux Allemands. Mais là encore peu importe.

L'intéressant est qu'on parle d'"anecdote controuvée", et qu'on réclame le tableau "en couleurs". Dès qu'il s'agit de Picasso, tout ne peut être bien entendu qu'"anecdote" ou "légende". On le déteste, celui-là. Et depuis qu'on a la caution de l'ancien directeur du musée Picasso, on se gêne encore moins qu'avant. Il y a les-femmes qui trouvent que ses dessins érotiques sont obscènes et idiots, il y a les amateurs-de-peinture qui trouvent qu'il ne sait pas peindre, que ses femmes sont laides, il y a les-citoyens qui trouvent que ses toiles sont trop chères, il y a les-homos qui trouvent qu'il est trop hétéro, il y a les-internautes qui trouvent que sa peinture n'est pas assez morale. Ajoutez à ça la corrida ! Bref, ça ne va pas. Ça ne va pas du tout ! Il est grand temps d'étudier à nouveau le cas Picasso !

Mais le comble est atteint lorsqu'on essaie de nous refourguer une peinture en noir et blanc ! Là, l'internaute s'étouffe de colère ! L'internaute est né dans la-couleur, il y patauge toute la journée, il en avale depuis le petit déjeuner jusqu'au souper, de la-couleur, alors c'est pas à lui qu'on va la faire ! Un tableau, c'est en couleurs, y a pas à sortir de là. Sinon, c'est de l'arnaque. On n'a quand-même pas des écrans en millions de couleurs pour voir de la peinture en noir et blanc, bordel de merde ! Il s'indigne, l'internaute citoyen !

Résumons-nous. Le seul tableau valable de Picasso, c'est Guernica, parce qu'il traite d'un sujet réel, coté 9/10 sur l'échelle morale (pensez, une œuvre d'art qui dénonce explicitement les-fascistes, ça n'a pas de prix). Seulement, ce con d'Espagnol l'a fait en noir et blanc, ce qui rend le tableau tout de même un peu suspect. Ça ne va pas jusqu'à annuler sa superbe cotation morale, mais enfin, ça l'obère quand-même sacrément, faut reconnaître ! Quoi, l'avait pas assez de thune pour s'acheter des tubes de couleurs chez Adam, l'Espingoin ? Même de la Ripolin ? Ah, c'est pas sous Jack Lang qu'on aurait eu ce genre de soucis !

Pour réconforter le pauvre M.L., annonçons que Guernica a été "refait" en 3D, et que tout ça est gratuit ! Si M.L. n'est toujours pas content, car les Internautes sont exigeants et en veulent toujours plus, je me propose de coloriser Guernica. Mon prix sera modeste. Modeste en regard du prix du tableau, s'entend. M.L. aura alors le must du top sur son écran en millions de couleurs : un Guernica en couleurs et en 3D, et pourra continuer, rasséréné, à aligner sur le Net ses chapelets d'excréments tout chauds, et pourra peut-être, nous l'espérons du moins, parler d'autre chose que de peinture, à défaut de se taire tout à fait.

samedi 18 février 2012

La petite et la grande fournaise


Dites à Manet que la petite ou la grande fournaise, que la raillerie, que l'insulte, que l'injustice sont des choses excellentes, et qu'il serait ingrat s'il ne remerciait l'injustice. Manet a des facultés si brillantes et si légères qu'il serait malheureux qu'il se décourage. Jamais il ne comblera les lacunes de son tempérament. Mais il a un tempérament, c'est l'important, et il n'a pas l'air de se douter que, plus l'injustice augmente, plus la situation s'améliore à condition qu'il ne perde pas la tête.

(Baudelaire, 24 mai 1865)

mardi 6 décembre 2011

Bleue et complètement nue


J'ai à ma droite l'artiste Joe De Cock, en face de moi Pierre Restany, et à ma gauche, une dame, charmante, qui me sourit gentiment. Je lui rends un sourire, elle semble attendre quelque chose. Finalement, elle se penche à mon oreille.
— Édouard, tu ne me reconnais pas ?
— Oh, pardon ! Non, non, je ne vois pas !
— Elena Palumbo-Mosca ! J'étais le pinceau vivant chez Yves, rue Campagne-Première.
— Elena, bien sûr… Je te prie de m'excuser, sache que tu n'as pas changé, malgré les trente années qui viennent de s'écouler, seulement je ne me souvenais de toi que bleue et complètement nue !

(Edouard Adam, Itinéraire d'un marchand de couleurs à Montparnasse)

samedi 29 octobre 2011

A.D.A.M.


« Il en passait, du beau monde, à la boutique : Georges Braque, Max Ernst, Henri Matisse, André Derain, Pablo Picasso, Fernand Léger, Constantin Brancusi, et tant d'autres ! »