lundi 10 août 2026

Se chauffer le noyau [journal]

 

Au jardin, à sept heures moins vingt. Réveillé et levé à six heures moins le quart. Il faisait 27,2° au salon et 21° à l’extérieur quand je suis descendu.

Renaud Camus a quatre-vingts ans aujourd’hui. Je ne serai pas à Plieux pour la petite fête organisée en son honneur par Quentin Verwaerde. Impossible, malheureusement. 

 L’année 2000 est riche en informations concernant l’Affaire Camus, justement, dans le livre d’Henric. Selon Philippe Sollers, Camus l’aurait traité de « nazi » dans un article publié dans les années 1970 dans Le Gai Pied (ça me paraît difficile à croire), ce qui aurait motivé Sollers à prendre position contre lui. « On fait le tour des signataires de la pétition pro-Camus et il me signale l’article de Finkielkraut dans Le Monde. » Ah oui, la pétition pro-Camus, en effet, je l’avais oubliée. Et aussi : « Hier, la femme de Jospin est venue au secours de Renaud Camus dans Le Figaro ». Je ne me rappelle pas avoir lu ça. Ce qui m’étonne beaucoup, en revanche, c’est que, d’après Les Profanateurs, Isabelle Rabineau « ait signé la pétition en faveur de Camus », mais je fais plus confiance aux notations d’Henric transcrites sur le moment qu’à ma propre mémoire, il va de soi. J’avais oublié également la concomitance de l’Affaire Camus avec La Vie sexuelle de Catherine M. Ça tirait dans tous les coins, à l’aube de ce siècle… 

Un livre et un écrivain me reviennent aussi en mémoire, en lisant ces pages : Nicolas Genka et son Épis monstre, livre qui avait été interdit en son temps (1962). Je ne parviens plus à me rappeler comment ce livre, que je ne crois pas avoir lu, et dont la couverture bleu nuit me reste encore en mémoire, est arrivé jusqu’à moi. Qui m’en a parlé, qui me l’a recommandé ? Se peut-il que ce soit Philippe Gaucher, mon cher professeur de mathématiques à Saint-Michel, à Annecy ? Ces deux noms s’associent en moi sans que je sache pourquoi. Le roman avait été préfacé par Marcel Jouhandeau et Cocteau lui avait décerné le prix des Enfants terribles. Pasolini voulait le traduire en italien. Je l’ai cherché dans ma bibliothèque, mais je ne l’ai pas trouvé. Jean-Yves Jouannais parlait dans Artpress « d’un tout jeune-homme », Genka avait vingt-quatre ans, « fou de Rimbaud et grand lecteur de Céline et de Bernanos ». C’était aussi l’époque du pamphlet de Zagdanski contre de Gaulle. Zagdanski, insupportable cabotin, d’une folle arrogance mais très cultivé, coupeur de cheveu (qu’il a sur la langue) en vingt-quatre, que j’avais écouté débattre longuement avec Godard. Il me semble que Camus parle quelque part d’une rencontre avec lui dans un dîner, qu’il l’avait trouvé bien pénible — tu m’étonnes ! Tout à fait le genre de personnage qui débarque de nulle part et qui tient à faire savoir dans l’instant à ses hôtes qu’il est au moins leur égal, sinon leur supérieur. Henric le compare à Nabe… 

Il tombe quelques gouttes, ce qui m’oblige à me replier à l’intérieur à cause de l’ordinateur. Mais quand je dis quelques gouttes, c’est sept ou huit, pas plus. Ça me rappelle un peu moi quand je vais pisser. La grisaille m’apparaît comme une grave offense de la nature, ce matin. Et le soleil, il fait quoi, le soleil, il se prépare pour son éclipse, il a piscine ? Il fait le mariole, soit à nous taper dessus avec son gros gourdin, nous obligeant à rester cloîtrés comme des coupables, soit à partir en goguette on ne sait où ! C’est bien la peine de se chauffer le noyau à quinze millions de degrés Celsius pour disparaître sans excuses. Remboursez ! 

La lecture des Profanateurs est non seulement divertissante, mais elle est également instructive. Des prises de position violemment tranchées, des attaques ou au contraire des silences pesants dont on aurait pu croire qu’ils n’étaient dictés que par les convictions politiques ou idéologiques, par les positions philosophiques ou éthiques des protagonistes, sont d’abord le résultat de rancunes, d’alliances momentanées, de plans de carrière et d’avantages espérés ou promis. Le clanisme ne désarme jamais, même s’il faudrait plutôt parler de clanerie, ici. J’y pense ce matin, parce que je constate, comme très souvent, le silence obstiné de certains (proches), un silence qu’on ne comprend pas, comme s’ils avaient peur de donner quelque chose qui ne coûte rien, comme s’ils allaient en être diminués, ou marqués, ou, hypothèse bien pire encore, que se risquer à dévoiler notre proximité les rendait vulnérables, ce qui revient à dire qu’on est porteur d’un virus dangereux ou d’une tare honteuse. Les éclipses affectives sont bien plus dangereuses que les éclipses solaires.