mardi 24 mai 2022

Notations (4)

— Comme vous n'êtes pas très vivant, peut-être que vous n'allez pas être très mort ?

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Les scies langagières, c'est un peu comme la chute du niveau à l'école, ils ne commencent à s'en aviser que lorsqu'elles ont dix ou vingt ans d'âge.

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À part les misogynes, qui aime réellement les femmes ?

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La grande ennemie de l'art et de la finesse (et de la littérature), aujourd'hui, c'est la culture. La culture est le médicament qui est en train de tuer le malade.

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Pour comparer une éolienne à un moulin, il faut avoir un cul-de-basse-fosse à la place du cœur et du céleri-rémoulade à la place du cerveau !

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L'érotisme n'est que le plaisir de la connaissance démultipliée et réverbérée par le regard et les muqueuses.

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Le cancer agressif de la publicité ne cesse d'agrandir son territoire, de lancer ses métastases à l'assaut de tous les organes de la réalité visible : sur le filet des courts de tennis de Roland-Garros, Renault imprime sa marque. Un jour, même l'air qu'on respire sera marqué.

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La vie est aussi fausse que le cinéma mais au moins on en crève.

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Je ne suis pas le poète ni le musicien que je voulais être. Je ne suis pas l'homme que j'aurais voulu être. Je ne vis pas dans le monde que j'aurais voulu habiter. Je n'ai pas le visage que j'aurais voulu avoir. Et pourtant je ne voudrais surtout rien changer à ma vie.

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On reconnaît l'inculture à ce qu'elle exige de l'écrit qu'il réponde précisément et définitivement aux questions qu'elle ne se pose pas. Elle exige une pensée qui soit superposable à la sienne, qui ne la déborde pas.

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Être loin de chez soi, quelle souffrance ! Mais être chez les siens, c'est pire que tout !

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Tout a commencé par les puces des chiens.

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Le journalisme est aujourd'hui l'écran le plus opaque dressé entre la réalité et nous. L'épaisseur de cet écran est telle qu'il arrive que les journalistes, de bonne foi, le confondent avec la réalité.

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Je ne voudrais pas être exagérément rabat-joie, mais il faudra bien un jour que les gens comprennent que Twitter n'a été inventé que pour une seule raison : permettre aux hommes de voir les seins de parfaites inconnues avec lesquelles ils discutent de philosophie ou de virologie.

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Les femmes ne veulent pas montrer leurs seins car elles pensent en être propriétaires. Peu d'hommes osent les détromper car alors leur plaisir à les voir en serait amoindri.

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François Alu (danseur étoile) : « Je m'imprègne beaucoup de la culture hip-hop quand je fais de la danse classique ». 

Mouss Plastic (anus étoilé) : « Je m'imprègne beaucoup de la sonate Hammerklavier de Beethoven quand je fais du rap. »

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Quand les compositeurs veulent nous faire croire à l'Amérique, ou à la Chine, ils utilisent généralement la gamme pentatonique, comme si ôter deux notes à la gamme diatonique suffisait à signifier que nous sommes parvenus aux deux extrémités du monde.

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Je suis passé brutalement du quintette pour clarinette de Brahms à Miles Davis. Le jazz m'aura sauvé bien des fois.

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Victor Hugo a écrit L'Homme qui rit ; il ne me reste plus qu'à écrire "jaune".

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J'ai eu raison de rater ma vie. C'est ma seule réussite incontestable.

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Ceux qui travaillent peuvent se dire, de temps à autre : aujourd'hui je ne fais rien. C'est un bonheur que je ne connais pas.

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J'en connais qui sont nés le même jour que Nerval, ou Wagner, ou Mozart, ou Proust. Moi je suis né le même jour qu'Évelyne Thomas.

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Écrire "avoir torD" (la faute que tout le monde fait sur Internet), c'est un peu comme de confondre Dupont et Dupond.

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Pour 98% des gens, l'art n'est qu'un alibi. Ils n'en parlent jamais autant que lorsqu'il n'en est pas question. Quand les œuvres sont là, simplement là, à leur disposition, sans émettre de signes extrinsèques (scandaleux, politiques ou commerciaux), ils ne les voient pas. Ils ne consentent à en prendre connaissance que lorsque cela les valorise, quand la position qu'ils adoptent à leur égard peut leur donner le statut éphémère d'amateur d'art et d'homme cultivé, ou bien quand elles permettent de parler d'autre chose qu'elles-mêmes.

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Si vous aussi vous croyez qu'il y a une guerre en Ukraine, ainsi qu'une pandémie mondiale, débranchez-vous de Twitter et Facebook. Vous verrez l'illusion se dissiper comme par magie.

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J'aime presque tous mes défauts, surtout ceux qui font monter la fièvre. On peut même me voir parfois de grand appétit devant une saucisse.

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On ne devrait publier des textes qu'accompagnés d'une date de péremption. Les miens ne sont en général pas susceptibles de dépasser une quinzaine de jours, sous peine de grave empoisonnement.

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La vie est faite de tiroirs qui ne s'ouvrent qu'à certaines heures, programmés dès l'origine pour ne livrer leurs secrets que durant un laps de temps déterminé. Il ne sert à rien de s'acharner sur un livre ou un amour, quand ce n'est pas le moment. L'essentiel est la ponctualité.

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Longtemps je me suis touché de bonheur.

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Le moment le plus humiliant de ma vie fut ce soir de 1993, à Paris où, sortant de la création de Vent d'Est, Anne-Sophie m'a pris le bras, dans la rue, et m'a dit : « Je suis fière de toi. »

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La négligence : cette saleté de l'âme.

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Supporter sa propre voix, c'est la même chose qu'aimer danser.

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Si j'étais courageux, je serais méchant.

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Y a que la vérité qui décompte.

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La meilleure manière d'être parfaitement seul, c'est encore d'aimer la musique.

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Les écrivains ne sont pas spirituels, leurs réparties sont toujours réchauffées, de seconde main, la main qui écrit étant seconde par rapport à la main qui parle. Ou, plutôt que réchauffées, leurs réparties sont cuites, alors que celles de l'homme d'esprit sont crues.

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Très régulièrement, je suis submergé par un formidable dégoût pour la musique populaire. On peut dire que Denisa Kerschova, de France-Musique, y aura beaucoup contribué.

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Je scrute les listes de noms propres trouvés sur Trombi.com, comme un drogué cherche sa came dans la rue, la nuit. Je n'y suis nulle part. Ni sur les photos. Je croyais pourtant avoir existé. J'avais même des souvenirs.

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Si je ne devais en retenir qu'une seule, de ces qualités qui pour moi sont l'apanage de la petite-bourgeoisie triomphante et inclusive, ce serait l'éclectisme, sans nul doute.

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Tout honnête homme devrait être tiraillé entre le désir d'écrire des lettres d'amour et celui d'étudier des ouvrages de stratégie militaire.

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Il faudrait une vie pour être amoureux, une autre pour être érudit, une troisième pour être riche, et une autre encore pour être beau. Le drame est que nous sommes obligé de tout mélanger. 

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Une sonate de Bach ne dure qu'un quart d'heure. Il ne pouvait pas faire mieux, Bach ? Un quart d'heure à nous empêcher de mourir, ce n'est vraiment pas grand-chose !

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Quand vous parlez de Jacques Attali, n'oubliez jamais sa manière de diriger Mozart.

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C'est quand-même génial, la musique. On peut écrire un chef-d'œuvre, même en étant antiraciste.

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Choisir, c'est mourir beaucoup.

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Il est amusant de constater que ce sont presque toujours des bourrins qui nous accusent de manquer de sens de la nuance. 

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De l'armée des ombres est sortie l'armée des nombres.

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— Quand j'arrive quelque part, personne ne me remarque !

— Tout à fait comme Dieu.

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Je crois que Flaubert aurait adoré ceux qui aujourd'hui n'ont que les mots de conspirationnisme ou de complotisme à la bouche.

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Si vous voulez pécho, aujourd'hui, écrivez un livre sur le COMPLOTISME. En six mois, votre fortune est faite. D'ailleurs il y a un signe qui ne trompe pas, Christophe Bourseiller vient d'en publier un.

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Finalement, j'aurais dû être fou. Là, au moins, j'aurais été le meilleur.

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La Maladie est une manne inépuisable et l'une des plus généreuses au monde. Pourquoi voudriez-vous qu'on essaie de s'en débarrasser ?

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Je pensais n'avoir pas vécu, jusqu'à ce que j'ouvre un compte Twitter.