dimanche 3 juin 2012

"(…) le bonheur d'être aimé comme j'aime."



Palast Hôtel, Berlin, W.
14 décembre 1903
Samedi après-midi, après avoir chassé tout le monde pour être seul avec toi.

Ma tendrement aimée !

Comme je la désirais, cette lettre ! Elle est arrivée aujourd'hui et a rendu la journée si belle et si heureuse ! Tu saurais à quoi ressemble un saint si tu pouvais voir mon visage quand j'arpente les rues de Berlin. Je crois que tout le monde le constate à mon expression ; à moins que cela ne soit le fruit de mon imagination. Ils me regardent tous avec étonnement. "Tous s'arrêtent, étonnés, en voyant les yeux de ma bien-aimée" – voici donc une légère inversion à cette phrase de Goethe (qui ne devrait pas te déplaire à toi, virtuose du contrepoint). J'ai toujours rêvé et espéré, mais jamais jusqu'à présent je n'avais réalisé que tu étais ma source de chaleur et de lumière. Sinon, j'aurais renoncé à mon rêve qui consiste en cela : pouvoir atteindre un jour le bonheur d'être aimé comme j'aime. Chaque fois que mon chemin a croisé celui d'une femme, j'ai toujours été mis à la torture en constatant l'abîme qui sépare les rêves de bonheur de la bien triste réalité. Je m'en suis toujours blâmé et puis au fond de mon cœur je me suis résigné. 

Aussi jeune que tu sois, Alma, (…)

Je lis tout cela, vois-tu, ma chérie, dans ta dernière letre. Pourquoi, Alma (…)

Chaque fois que l'on pose un dessert devant moi, j'ai envie (…)

Tu sais, ma chérie, il m'arrive souvent (…)

Je t'en prie, Alma (…)

Ne crois jamais que tu pourrais (…)

Ce que je trouve si éternellement attachant en toi (…)

Ah, Alma, ma (…)

J'ai écrit hier (…)

Carl (…)

Salue ta mère (…)

Sache, mon Alma (…)

Je t'embrasse maintenant, toi qui m'es si précieuse, pour te dire à quel point il est divin d'avoir le droit de t'appeler "mienne".

Gustav