mercredi 19 août 2026

À poil les mots [journal]

 

Au jardin, six heures et demie. 

Réveillé à six heures moins le quart, levé à six heures. Il faisait 26,9° au salon et 19,7° à l’extérieur quand je suis descendu. Le soleil, qu’on ne distingue pas encore, installe très bas sur l’horizon un impressionnant flamboiement de rose tirant sur le rouge, et dans le prolongement du cyprès, à son faîte, une virgule de rose très pâle monte dans le ciel.

J’ai encore rêvé d’Emmanuel Macron, ce matin. Je me trouvais à l’Élysée, apparemment, bien que les appartements de mon rêve n’y ressemblassent pas le moins du monde, et le Président était très fier de me montrer une sorte de diapason qui lui indiquait la hauteur des sons avec une précision de l’ordre du dixième de Herz. Il le portait à son oreille gauche avec un sourire désarmant — et exaspérant. Je voulais dire qu’un diapason ne servait pas à ça, mais il m’obligeait à porter une paire de souliers de très grand luxe, assez larges, très larges, même, dont le cuir tirait sur le jaune. J’étais accompagné d’un ami dont à aucun moment on ne voyait le visage. Puis mon frère et ma belle-sœur Daniel et Marie-Hélène arrivaient, accompagnés de leur fille Laure, l’avocate, et j’étais un peu gêné de devoir leur apprendre que j’avais déjà rencontré Emmanuel Macron et son épouse à plusieurs reprises alors que leur empressement et leur joie légèrement ridicules témoignaient du caractère exceptionnel de l’événement qu’ils étaient en train de vivre ; d’ailleurs je croisais le Président chaque semaine au conservatoire dans lequel je travaillais, mais au vu des explications longues et compliquées que cette information rendrait nécessaires, je décidai qu’il n’était pas utile d’en faire état. C’est surtout la sortie de l’Élysée, qui se révéla intéressante, car nous étions pris (je dis « nous » mais je devrais dire « je », mes parents s’étant volatilisés) dans une foule extrêmement dense qui descendait précipitamment le long d'escaliers très étroits et très pentus, sans même qu’il soit possible d’en apercevoir les marches, et je devais concomitamment me défaire de ces chaussures jaunes dont le laçage compliqué me créait beaucoup de difficultés, difficultés dont il était parfaitement exclu que je fasse mention pour me justifier auprès de la foule qui me pressait de toute part, à tel point que je cessai vite de me préoccuper de l’endroit où je posais les pieds, me laissant porter par le mouvement qui me déposa bientôt dans les couloirs déserts qui reliaient des chambres de bonnes très modestes et très silencieuses. Pour demander mon chemin, je frappai discrètement à la porte de l’une d’elles, qui s’ouvrit, et je vis Michel Houellebecq en train de croquer dans une part de pizza sur laquelle était inscrit avec des anchois : RESTER VIVANT. De la chambre située en face de la sienne s’échappaient les bruits caractéristiques de quelqu’un en train de taper à la machine, et je savais, sans l’ombre d’un doute, qu’il s’agissait de Pierre Guyotat qui rédigeait une nouvelle Constitution pour la France (il n’en était pas à son coup d’essai). Poursuivant mon chemin dans ces couloirs qui ressemblaient beaucoup à ceux que j’avais connus rue Racine, au début du siècle, je finis par pénétrer dans une belle salle de classe que je reconnus, qui nous avait servi de salle de répétition à Saint-Antonin-Noble-Val, avec Guy, Poulou, Octave et sa sœur Jo. Le poêle était allumé, il faisait bon, mais je m’y trouvai seul, sans le moindre instrument à ma disposition. Au tableau étaient écrits à la craie blanche une suite de prénoms féminins que je ne parvenais pas à déchiffrer, parce que les lettres qui constituaient les prénoms avaient été interverties, mélangées semble-t-il au hasard. Sur une des tables d’écolier était posé un livre dont le titre était : Les Mots et les chaises

Comme il a été décidé en haut lieu que jusqu’à la fin de ma vie je ne saurai jamais écrire le mot « poêle », je suis allé vérifier pour la millième fois son orthographe dans le dictionnaire, et j’ai appris que ce mot désignait également le « drap funéraire de couleur noire pour un adulte, blanche pour un enfant, qui recouvre un cercueil lors d'une cérémonie mortuaire, et dont les cordons sont tenus par des assistants durant le cortège », et qu’on peut aussi « placer un enfant sous ce drap durant la cérémonie nuptiale et lui conférer ainsi la légitimité par le mariage subséquent de ses parents ». À poil les mots ! 

Y. s’est fait “bloquer” par l’une des neuf muses, fille de Zeus et de Mnémosyne, à qui il a eu le malheur de dire qu’elle était jolie sur sa photo de profil. Qu’un être aussi gentil et délicat que lui puisse se heurter à de pareilles cinglées démontre, s’il en était besoin, que les hommes et les femmes vivent désormais chacun de leur côté dans des places-fortes menacées par des fleuves d’acide et des incendies impossible à maîtriser. Mais pour qui se prennent-elles, ces folles ? De quels ventres sont-elles tombées sur la tête pour ne plus tolérer qu’un homme les complimente aimablement, leur fasse part de son enthousiasme esthétique, ou même sensuel ? Mercredi 28 janvier, vers 12h45, un homme qui circulait en voiture a provoqué un accident dans la rue du Champ de Foire, à l’Île d’Yeu. Après le contrôle d’alcoolémie, les gendarmes ont constaté que l’individu circulait avec un taux de 2,42 grammes d’alcool dans le sang. Son pénis lui a été immédiatement retiré.