vendredi 17 avril 2015

Tout va bien !


Tout va bien. On peut dire que ça baigne. La vie est cool. C'est le pied géant. Y a pas à se plaindre, non, vraiment. Poutine est un mec tout ce qu'il y a de cool, finalement, Obama est super-cool, l'islam s'est retiré de l'occident et ne règne plus — de manière apaisée, d'ailleurs — que sur un petit pays dont j'ai oublié le nom, les guerres ont toutes cessé d'un coup, on a trouvé le remède contre le cancer et un vaccin contre le SIDA, l'argent coule à flot et on ne travaille plus que deux jours par semaine, en étant payé trois fois plus qu'avant. Nous avons un gouvernement très cool qui n'emmerde personne, la sécurité est assurée et il fait beau neuf mois sur douze. On peut dire que les choses se sont vraiment améliorées d'un seul coup. Personne n'a compris ce qui s'est passé, à vrai dire, mais le fait est là, tout va bien. En Iran aussi tout va bien, les nanas sont de nouveaux en mini-jupes, elles sont cool. Israël a fait la paix avec ses voisins, les Palestiniens sont hyper-cool, ils se sont rendus compte qu'ils étaient tout pareils aux juifs, en fait, et du coup ça baigne entre eux. Ah oui, côté pollution, ça va beaucoup mieux. On a arrêté le nucléaire, on a fermé les centrales thermiques à charbon, et tout le monde mange à sa faim, y compris en Afrique. L'air n'a jamais été aussi pur. Apple distribue ses montres et ses iPhones gratuitement dans les écoles, ça a naturellement beaucoup amélioré le niveau de l'enseignement. N'importe quel élève du secondaire parle couramment quatre langues et connaît ses classiques sur le bout des doigts ; les cours se passent super bien. Les profs ont retrouvé le sourire, du coup il y en a presque trop, ils ont des classes de douze élèves et parfois moins. Les autos ne tombent plus en panne et les accidents de la route sont devenus rarissimes, car les voitures sont téléguidées. Les transports en commun sont gratuits partout. Les gens se sourient dans la rue quand ils se croisent, on en voit même beaucoup qui se serrent la main, comme ça, sans raison. Les SDF ont évidemment complètement disparu, remplacés par des jeunes gens qui aident spontanément les vieilles dames à traverser les rues. Les stocks d'armes ont été détruits, ou recyclés quand c'était possible. Les services secrets ont démantelé leurs services et les agents ont trouvé de nouveaux débouchés dans les métiers de la santé et de l'enseignement, qui recrutent d'abondance. La consommation de drogue a littéralement fondu, à tel point que les trafiquants sont pour la plupart morts de dépression nerveuse, les autres s'étant suicidés en rédigeant des autocritiques déchirantes. Tous les spectacles ont un prix unique d'entrée de 1 euro, et les maisons d'opéra ne désemplissent pas. Je ne vois pas bien ce qu'on pourrait encore améliorer. C'est tellement parfait qu'on a supprimé les élections, qui ne servaient plus à rien, étant donné que tout le monde est satisfait à 99 % du gouvernement en place. « Surtout, que rien ne change ! », entend-on dans les quelques micros-trottoirs que quelques chaînes de télé s'obstinent à réaliser. La jeunesse est parfaitement épanouie, la vieillesse est heureuse, et la population active s'active calmement dans une parfaite osmose avec le monde tel qu'il va. On continue à aller à l'église, à la mosquée, à la synagogue,  au temple, mais on sent bien qu'il s'agit plus de coutumes sympathiques et divertissantes que de véritables croyances religieuses. L'industrie de la culture se porte à merveille car les gens ont beaucoup de temps à lui consacrer. Ils lisent beaucoup, écoutent énormément de musique, vont au théâtre au moins une fois par semaine. Ils ont une grande considération pour les écrivains, les musiciens, les peintres et les photographes, qui d'ailleurs se distinguent très peu du reste de la population. Les créateurs sont tous jeunes et beaux, d'ailleurs, ce qui semble après tout assez logique.

Bref, on se demande comment on a pu vivre tant d'années, de décennies, de siècles, même, dans un monde de conflits, de guerre, de barbarie, de brutalité, de rivalités, de souffrance et de misère affective et quotidienne. C'est un grand mystère que nos savants étudient scrupuleusement dans leurs laboratoires ultra-sophistiqués. À cet égard, il est heureux qu'il reste ce petit pays dont je parlais plus haut, qui nous permet, par des prélèvements effectués en toute discrétion, d'étudier ce mécanisme étrange qui est certainement à l'origine de tout le mal qui a rongé si longtemps la planète. Merci à la France d'exister !