jeudi 21 décembre 2017

Facebook


Facebook est un instrument que j'adore. Plus je le connais plus je l'aime. Il permet de voir, très rapidement — d'un seul coup d'œil et transversalement, pourrait-on dire — la bêtise dans ce qu'elle a de plus banal, de plus ordinaire. Celle-là, par exemple, qui ne cesse de se contredire d'un commentaire à l'autre sans jamais s'en rendre compte. Celui-ci qui ne comprend pas ce qu'il écrit lui-même (ou devrait-on dire qui ne comprend pas lui-même ce qu'il écrit ?). Cette autre encore qui étale en couches épaisses son contentement de vieille petite fille gâtée qui pense abuser le monde. Les experts (politiques, artistiques, météorologues), les philosophes, et bien sûr les sages… 

Tout le monde se plaint de Facebook. Moi je m'en régale. Nulle part ailleurs je n'aurais accès à la société dans son ensemble, à toutes les classes sociales, à tous les genres, à tous les âges, à tous les types humains, à toutes les fantaisies et à toutes les pathologies mentales. Pour quelqu'un comme moi qui ne met jamais le nez dehors, c'est irremplaçable. Les premiers-degrés, les seconds-degrés, les troisièmes-degrés, les spiraleux du sous-texte, les citationneurs compulsifs, les "Pauvre-France", les perroquets éventrés, les ventriloques aphasiques, les aboyeurs à cholestérol, les filandreux, les pies-voleuses, les mussoliniens sans guillemets, les guévaristes à tampons, les extatiques à séquence, les esseulées du clitoris, les hystériques à turbo, les salonardes bio, les moralistes des cavernes, les étriqués du béret, les sociologues fidjiens, les "la terre-est-ronde-et-je-vous-le-prouve", les artistes en surcharge pondérale, les mamans restées fifilles, les fifilles puputes, les strip-teaseuses au rabais, les alanguies coriaces qui se mettent en vitrine, les raidis du poireau, les alarmes-à-l'œil, les très-ralentis, les patriotes numériques, les revenues-de-la-messe, les incontinents du ressenti, les déchiffreurs du grand-livre, les notoirement notoires, les mémoriels immatures, les jaloux éternuants, tout ce peuple fantomatique et trop réel qui vient froufrouter en concertos ou en chambre des ventes privées me fascine et m'instruit. Tout est écrit, inscrit, il suffit de lire, il suffit de regarder, il suffit d'écouter. 

Le XIXe siècle avait les Galeries de bois, nous avons Facebook. 

Quelle marée ! Quelle vitrine ! Je suis le professeur faisant sa visite au CHU, avec les externes sur ses basques. Personne ne moufte. Le professeur a de la température. Il s'ennuie mais il a remarqué dans la petite troupe une jeune femme dont les avantages se sont imprimés dans son dos, par deux fois qu'il se reculait d'un malade, horrifié de s'y reconnaître. Il a senti deux éponges tièdes lui chauffer les omoplates. Cette frénésie silencieuse et molle perturbe légèrement les échanges gazeux alvéolo-capillaires du mandarin écartelé. Sa température grimpe encore. Il confond les noms. Nadine, Isabelle, Berthe, Laura ? On s'en tape, il like. ❤️❤️❤️❤️