mercredi 12 août 2020

La Sérénade interrompue


Les hommes donnent leur sperme aux femmes qui donnent leur lait aux hommes qui donnent leur sperme aux femmes qui donnent leur lait…

Un certain temps que ça dure ! Ç'aurait pu continuer encore longtemps. On aurait pu croire le monde éternel, comme Dieu. 

Mais on a tué Dieu — son immortalité l'a protégé de la mort, pas de nous —, et comme Dieu était la garantie-or des mondes, le nôtre est en train de s'arrêter tout doucement aussi. Les hommes donnant leur sperme se sont lassés d'être ces hommes qui donnaient leur sperme aux femmes qui donnaient leur lait aux hommes…

On le sent bien. Les gens sont très différents, depuis quelques mois. Ils ont compris. La fin est proche, une certaine fin, en tout cas, qu'on ne sait pas très bien imaginer, mais qui est inéluctable. Il y a ceux qui choisissent d'avoir peur, de se calfeutrer, de se masquer, de se protéger, de se bourrer d'anxiolytiques, et de se brancher en continu sur la tétée médiatique, et ceux qui choisissent de jouir, en pensant que peut-être cette fois-là est la dernière. Des barrières tombent, des idées viennent, des liens improbables se créent, des désirs forclos ressurgissent…

Les sentiments filiaux des parricides sont paroxystiques, dès que survient l'éclipse verticale. Ceux-là ont décidé de briser le cercle des générations. On ne se protège jamais assez des créatures que nous avons nous-mêmes engendrées. Mais il n'était pas dans la nature des hommes de se méfier de leurs enfants, dont ils pensaient qu'ils étaient là d'abord pour prolonger les temps.