lundi 6 juillet 2015

À mon enterrement


J'ai bien réfléchi. À mon enterrement, je ne veux personne. Quand je dis personne, je veux dire personne d'humain. À mon enterrement, je veux des vaches. Je n'en veux pas des centaines, rassurez-vous, je me contenterai de onze vaches. Si j'ai le choix, plutôt des génisses que des bœufs, mais, dans le fond, ça n'a pas tellement d'importance. Si, finalement, si, je préfère les vaches femelles, tout bien réfléchi. Mettez-moi des vaches femelles avec leurs lourdes mamelles majestueuses. Mettez un peu d'herbe sur la tombe, qu'elles puissent brouter un moment, pendant que je prends mon envol pour le long voyage. Un peu d'eau aussi, qu'elles puissent se rafraîchir, mes vaches. Et surtout laissez-les déambuler un peu dans le cimetière, manger quelques fleurs par-ci par-là, se promener tranquilles, qu'elles voient un peu à quoi ça ressemble, un cimetière, et qu'on leur foute la paix. Ah oui, si elles pouvaient avoir des cloches, mes vaches, ce serait vraiment bien, je serais heureux. Des cloches de montagne, évidemment, des grosses, graves, que ça me fasse un dernier concert avant le grand silence.