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mercredi 4 novembre 2020

Où ?

 Mais où es-tu, toi, la seule qui me sauverait, où es-tu ? Pourquoi me laisses-tu pourrir avec le monde ? 



C'est un être à éclipse. 

Il apparaît ; il disparaît. 

Entre deux de ses traits

C'est une apocalypse.


(La reine de l'ellipse

Et de la parenthèse.)


Je vais reprendre des chips. 

dimanche 29 novembre 2015

Comment je suis devenu un sale Français, blanc, hétéro et catholique


Oh et puis zut, vous ne le saurez pas. J'ai autre chose à foutre.

vendredi 21 août 2015

Les Nouveaux Agélastes


« Mais nous savons que le monde où l'individu est respecté (le monde imaginaire du roman, et celui, réel, de l'Europe) est fragile et périssable. On voit à l'horizon des armées d'agélastes qui nous guettent. »
Si Kundera écrivait son texte aujourd'hui, il nous dirait que les agélastes sont là, parmi nous, par milliers, et qu'ils ont remporté la partie. C'est à Jérusalem qu'il a prononcé ces paroles, dans ce petit pays européen au cœur du monde arabe, et je vois dans ce fait un signe prémonitoire incroyablement lumineux. 
L'Europe littéraire a vécu. Une autre Europe l'a remplacée. Et cette autre Europe met la nouvelle Europe en conformité avec les idées qui l'ont portée jusqu'ici. La nouvelle Europe ne plaisante pas, la nouvelle Europe n'a pas le sens de l'humour, et comme la nouvelle Europe a trouvé sur le sol dont elle porte le nom des Européens qui avaient encore un peu le sens de l'humour et qui donc lisaient encore un peu, elle a décidé de remplacer ces vieux peuples récalcitrants par de nouveaux peuples pour qui l'Europe n'est qu'un territoire, des règlements et des services. 
En Europe, le roman a été remplacé par le rap, Rabelais par Christine Angot, la galanterie par la burqua, la gastronomie par les Mc Donald's, et les Européens par des agélastes à la fois hurlants et pleurnichards. 
Heureusement que nous avons encore un peu d'humour, parce qu'il y aurait de quoi pleurer.

lundi 27 avril 2015

Monstres (il y a)


Il y a une voiture rouge, une voiture bleue, et une voiture verte, un peu plus loin une voiture grise. Il fait nuit, il pleut. La rue est déserte. Il fait froid mais ça sent bon. Moi qui ai horreur de la pluie je me sens bien, léger, cette pluie me semble fraîche, elle me donnerait presque envie de marcher encore longtemps dans cette rue déserte, ou même de m'y arrêter. Je marche, j'écoute les gouttes de pluie qui tombent sur le capot des voitures, sur le bitume, sur mon manteau. Tout à mon bonheur simple, je passe et repasse devant les maisons dans lesquelles tout le monde dort. Une voiture arrive, une voiture bleue. Ses vitres sont fermées mais j'entends tout de même la musique. Elle me dépasse et se gare un peu plus loin. Le conducteur a arrêté le moteur mais il a laissé marcher la musique. Je presse le pas et la musique s'estompe au fur et à mesure que je m'éloigne. 

Je me suis arrêté quand je n'ai plus été éclairé par les lampadaires de la rue, et là, dans l'obscurité, j'ai observé les deux occupants de la voiture. Je ne distinguais qu'à peine leurs visages, chichement éclairés par le tableau de bord de la voiture. J'entendais à peine la musique et ne pouvais pas savoir s'ils se parlaient ou s'ils se taisaient. J'avais l'impression qu'ils fumaient car leurs visages semblaient enveloppés d'une sorte de brume. C'est à ce moment-là que j'ai eu l'impression de voir gicler un liquide rouge contre le pare-brise. La musique s'est arrêtée et l'habitacle de l'auto a été plongé dans le noir.

J'ai attendu un long moment une suite, une conclusion, à ce que je venais de voir. J'ai eu l'impression d'être très vieux et d'observer un monde très jeune qui n'avait pas encore eu le temps d'accéder au langage. Des événements se produisaient, qui ne produisaient aucun sens, qui ne pouvaient pas se résoudre, qui ne pouvaient pas donner lieu à une interprétation. Les faits et les interprétations n'avaient pas lieu dans le même monde, ils ne communiquaient pas, ils se regardaient en chiens de faïence. C'est tout à fait comme s'ils n'avaient pas lieu dans le même temps.

« Il y a ». C'est ce que je peux dire. Je peux observer, je peux décrire, je peux dire, je peux raconter. La pornographie a tout envahi. On voit des corps nus occupés à s'accoupler (mais même ce verbe est trop dire), à se toucher (celui-là aussi), à se montrer, surtout, oui, peut-être seulement à se montrer. Tout le monde se montre. C'est le pays des monstres. On montre, on regarde, et c'est tout. On prend sans comprendre. Il y a beaucoup à voir, les corps sont devenus énormes, on s'épile pour que tout soit visible en permanence, mais on ne voit plus rien. On s'abrutit le regard sur des écrans qui nous montrent qu'il n'y a rien à voir.

Ce couple, dans la voiture bleue, m'importe peu. La fille est peut-être morte, ou alors le garçon, mais cet événement a eu lieu dans monde avec lequel je n'ai pas de rapports. La musique s'est arrêtée et l'événement avec elle. Je n'entends plus rien. Leur monde clos s'est refermé sur lui-même. Je suis dans la rue, sous la pluie, et c'est comme s'il ne s'était rien passé. Tout le monde dort. C'est le printemps, je vais me remettre en marche. Je ne repasserai jamais par cette rue qui peut-être n'existe même pas. Ce couple a failli me croiser mais la rencontre n'a pas eu lieu. Et d'ailleurs, quelle était la musique qu'ils écoutaient ? Du Michel Legrand. Ce qui prouve bien que c'était un cauchemar. 

vendredi 5 septembre 2014

Cent Édentés grincent dedans la France et le Prince se pince…


Non, franchement, moi, la Trierweiler, je lui dis merci, mais alors pour un peu je l'embrasserais sur la bouche ! Autour de moi, j'en vois qui se prennent la tête entre les mains et qui reniflent à gros sanglots, qui se bouchent le nez et les artères, qui rasent les murs en pendouillant des babines, les cons. Quoi, ils ont honte ? Andouilles ! La politique avait foutu le camp depuis bientôt cinquante ans, la voilà qui revient, toute pimpante et hirsute, bien en chair et les bigoudis au vent, et ils se plaignent, les dingues ? Valérie, t'es tout simplement géniale ! Ah, fallait entendre la Ségolène chez Bourdin, obligée de prendre la défense de l'autre ahuri, alors qu'elle mourrait d'envie de passer la nuit avec la première Harpie de France à se taper des cocktails et des joints jusqu'à point d'heure. Il est fort, le Dodu pas sauvé des eaux. Il réussit à toutes les rassembler contre lui ; je donne pas six mois à la Julie pour rejoindre la meute. De toute façon, comme toujours dans ces cas-là, les soupiraux vont bientôt vomir les rescapés professionnels, et l'on verra de longues files de fuyards à la peau jaune et à l'haleine de chacal qui-auront-toujours-été-contre-Hollande mais qui ne pouvaient pas le dire

Le « sans dents », c'était le signal. Un coup de génie ! Même si elle n'avait trouvé que ça dans sa vie, la Trierweiler, ça la propulserait d'office an Panthéon des Sans-culottes post-historiques. Les Français vont l'adorer, elle va avoir sa chapelle, sa crème anti-rides, son parfum, son dentifrice, sa gamme de sous-vêtements, sa ligne de meubles pour la chambre à coucher, de lunettes de soleil, et sans doute plus mais je ne veux pas choquer le populo. Explosion de "Valérie" dans les déclarations d'état civil, Valérie repasse devant Fatima. Le "sans-dents" est un mot d'ordre, un mot de passe, et va évidemment avoir une gigantesque postérité. Peu importe que Hollande l'ait ou non prononcé, et peu importe même le sens exact que, s'il l'a prononcé, il donnait à cette expression hideuse, lui avoir placé ça dans les gencives suffit ; il est des formules qui font mouche, quand elles rencontrent un désir populaire qui ne trouvait pas jusqu'alors son condiment. Il peut se faire un sang d'encre, Dodu premier, ça oui, il peut se mettre au régime dès maintenant, et se faire saigner, car la morsure est mortelle ; elle lui a laissé une sangsue dans le verre à dents, Valérie, qu'il va avoir un peu de mal à avaler, à moins de la prendre avec un acide, et il n'en aura jamais le cran. Elle lui a farci le larynx pour dix ans, au Royal Dodu qui se prenait déjà pour le George Clooney de la Corrèze. C'est plus un autiste en majesté qu'on a à l'Élysée, c'est une eau triste comme un quai des brumes sans Michèle Morgan. À force de forcer sur l'autrisme, il a fini par se faire lessiver par ses lavandières très peu exotiques. Cécile, Delphine, Valérie, à qui le tour, petit Poulet ? Ah ben dis-donc ! il s'en souviendra, de son petit tour au sommet, l'arracheur de dents : il l'avait pas vu venir, le gros pétard à clous de la lavandière vexée, elle lui a mis une bonbonne du Butane sur les genoux, et elle va récolter les morcifs ; y en aura partout, ça va être un peu crade, mais ça va faire un joli feu d'artichauts devant.

La-fonction-présidentielle, qu'ils miaulent tous en remettant leur dentier ! C'te blague ! Mais ils ont pas vu qu'elle était partie aux chiottes comme un étron républicain, depuis Chirac au moins, la fonction-présidentielle ? Ça fait longtemps qu'elle a vécu, la pauvre fonction-présidentielle, que ça sent mauvais à trois kilomètres à la ronde, du côté de l'Élysée ! Je savais déjà que les Français étaient sourdingues, mais en plus ils ont le nez bouché. Manque plus qu'un petit glaucome des familles et l'affaire est dans le sac ! De toute manière, il fallait bien être sourd, aveugle et idiot pour mettre François Le Dernier sur le trône… Alors alors alors mais allons-y quoi, il le savait bien, qu'il s'agissait d'une farce, Caramel Premier ! Il paraît qu'il est très intelligent… On le renvoie dans sa chambre avec son pyjama qui se ferme dans le dos, on lui allume la télé, on lui met Fort Boyard, tiens, c'est bien Fort Boyard, on lui branche la perfusion, et on retourne regarder le match avec les copains. Enfin moi c'est comme ça que je vois les choses. Mais arrêtez donc de vous tordre les mains, ça ne pouvait pas durer toujours, la récré aux Pieds Nickelés ! Najatt Trucmuche et ses copines, elles ont bien un karaoké ou dans le genre, pour s'occuper, non ? Qu'est-ce qu'on aime les tragédies, par ici, c'en est cocasse à la fin ! Regardez bien une de ces photos officielles du gouvernement de Manu le Valseur, est-ce vous pouvez penser une minute qu'ils y croient, qu'ils pensent réellement être en charge de la France ? Sérieusement ? Moi je peux pas. Ils ont été recalés à Koh-Lanta, ou ils avaient pas leur vaccins, ou c'était pour faire plaisir à leurs vieilles tantes, c'est sûrement de cet ordre-là, faut pas chercher plus loin.

En France, on a eu des Sans-Culottes, des Sans-Papiers, des Sans-Domicile-Fixe, et, grâce à Mme Trierweiler, on apprend que la majorité d'entre nous, l'immense majorité, est désormais privée de dents. Moi je le savais déjà, mais on dirait que les autres l'apprennent seulement maintenant. De toute façon, on n'avait aucune intention de mordre la main qui nous nourrit, puisqu'elle ne nous nourrit plus depuis un certain temps, mais ils ont dû juger plus prudent de faire comme si on pouvait en avoir envie quand-même. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde fait mine d'en vouloir à notre président d'avoir dit une chose pareille ; il n'a fait qu'énoncer un truisme, après tout. Être édenté, c'est pas beau. Regardez Houellebecq et dites-moi si c'est joli… Bon, vraiment, y a pas de quoi s'énerver, je vous assure. Si Valérie a mangé le morceau c'est qu'elle a encore quelques dents, elle, ce qui lui permet de sourire sur les photos. C'est quand-même plus agréable qu'une qui devrait mettre la main devant sa bouche au moment où le photographe lui dit que le petit oiseau va sortir ! Nous on aime bien voir le petit oiseau sortir, ça nous donne des ailes et comme ça on a l'impression de faire partie de l'histoire ! D'ailleurs c'est vrai ! Écoutons je vous prie notre Royal Dodu : « Je suis au service des plus pauvres. » Ça on le sait bien. Ça ne ment pas, un intermittent de café théâtre, sauf quand ça croit dire la vérité ; et, de ce côté-là, on ne risque pas grand-chose. 

mardi 22 avril 2014

Si mineur


On se dit parfois qu'il faudrait commencer par avoir été vieux. Commencer par la fin, commencer par la solution, avant d'exposer l'énigme. Commencer par finir pour pouvoir finir par commencer. La tonalité de si mineur me fait souvent cet effet-là. C'est la tonalité de l'au-delà (mais un au-delà qui serait en-deça), de l'après (mais un après qui serait avant), de l'outre (mais d'un outre sans exagération). Ce qui se trouve en dehors du champ audible, les ultrasons, les infrasons, ce qui est trop bas, ce qui est trop haut, ce qui outrepasse, ce qui excède, mais sans bruit, sans fracas. Si ut majeur est le commencement, l'embrasement de la lumière, et son établissement dans l'Être, la tonalité de si mineur peut rendre visible l'effet de la lumière noire sur l'âme, par une sorte de soustraction claire.

jeudi 24 octobre 2013

Les Vents



Des vents porteurs de stigmatisation soufflent sur l'Europe et la France. Des vents porteurs de violence et d’exclusion. Ainsi avons-nous entendu, ces dernières semaines, une série de déclarations aussi démagogiques que haineuses, qui nous inquiètent profondément.

Vous voulez des exemples ? Georges de la Fuly, ici-même, par exemple, entre autres, l'ordure, l'infâme, le vulgaire, le pendu en instance, a traité le tendre poulet sans tête Leonarda di Boudino de boudin dantesque. C't'affreux, n'est-ce pas ! 'Reusement qu'les pleureuses bien-évidemment montent la garde, bottées jusqu'à la gaine. (En fond sonore, l'Amorce du Festin, La-So-Do-Mi, La-So-Do-Mi, Fa-Fa-Mi…) (On appuie bien sur les deux fa !) Sigfrid le Bourrin à nœud-pap donne un coup d'main à La Grande Pleureuse sanctifiée par la lecture de Causeur magazine et l'achat de tous les livres de saint Finki. Tout va bien, la Mafia est en ordre de marche. On peut commencer la revue des monstres. 

Saint Tamazone criez pour nous, pauvres lécheurs à la moule encapuchonnés de bave qui se tirent sans vergogne sur l'élastique social. Ah les cons, les vulgaires, les sarcastiques de la damnation, les anti-LICRA à trous, les cracheurs tubars dans le MRAP, les péteurs à contre-temps, les fielleux sans foi, les excluseurs de mes deux sans loi, les porteurs de violence amère en valises non-diplomatiques, qu'ils sont laids ces gueux moisis et puants, ces réfractaires à la poésie dans le métro, ces indifférents au contexte social tendu, ces brûleurs de cholestérol citoyen, ces bouc-makers de l'émission sincère, ces arpenteurs de tous les chemins vers ROM, ces désengagés de l'alutte, ces adémocrates compulsifs, ces pousseurs de vents fétides, ces abaisseurs de débat public, ces réactiveurs de postures racistes, ces légitimeurs de conséquences, ces vindicatifs populassiers ! Mais qu'est-ce qu'on attend pour les déporter aux Deux Magots ?

Ah les beaux bobos qui s'ignorent si gentiment, comme on aurait eu plaisir à les importuner encore un peu avant d'aller voir ailleurs si l'emrappe y est aussi à l'affût ! C'est qu'on y transpire beaucoup, dans leurs collants solennels et boudinés! Y a pas de place pour les négligents de la valeur républicaine, chez les enragés de l'inclusion, ça ne supporte pas les vents nauséabonds du plouc qui penche sur son tracteur et passe du turbin au cercueil sans escale par le Flore. Mais ça viendra, Albert, ça viendra. Faut pas te soucier ! On leur sollicitera haineusement le fondement, ça ne peut pas ne pas venir, un beau matin sans crier gare et dans toutes les rues du 6e. La bandaison ultime elle arrive de la Beauce et de la Creuse, elle prend les petites routes, elle n'a pas d'attaché de presse, la salope ! 

mardi 24 septembre 2013

Les Bons Amis


« Nous, tu sais, on est restés très bons amis ! »

Ah…

Mais alors, si vous vous entendiez si bien, pourquoi vous êtes-vous séparés dans les cris et les larmes ?

Il n'y a rien de pire que ces vieux amis ex-amants qui ne manquent jamais une occasion de vous démontrer comment eux sont bien plus intelligents, civilisés, évolués, que vous, vous qui ne voulez plus rien savoir de vos "ex". Rien que ce mot d'"ex" me rend dingue. Mon ex il a acheté une Audi, tiens ce samedi avec mon ex on est allé faire la brocante de Troufignon-Les-Nouilles, c'était super… Connards. Connasses. Tu te barres ? Ne me croise plus jamais ou tu t'en repentiras. 

L'autre conne elle me dit : « Je croyais qu'on avait des choses à partager ! » Des choses à partager ? Abrutie ! Tarée ! Mais va partager tes conneries sur Facebook, va te confier à tes ex-ex, mais, surtout, oublie-moi, oublie-moi pour de bon, une fois pour toutes, supprime mon numéro de téléphone de ton iPhone, jette mes toiles, balance mes lettres ! Ce n'est pas la peine de m'appeler quand tu auras un cancer, quand tu te seras fait larguer à ton tour par ton "super-beau-mec", quand tu te regarderas dans la glace avec la trouille au ventre, quand tu te retrouveras seule et paumée encore une fois. Je ne serai plus là, en tout cas pour toi. D'ailleurs, je vais changer mon numéro de téléphone dès aujourd'hui. Je vais déménager. Je vais prendre un pseudo. Je ne suis pas "ton ex", je ne suis rien du tout, je n'ai jamais existé et toi non plus. Tu as rêvé, connasse. 

Bons amis… Elle voulait venir passer un p'tit week-end sympa, cool, pour me raconter ses déboires, pour me mettre son parfum et ses fesses sous le nez, et pour dormir dans mes bras. Non mais quelle tarée ! J'ai hâte de te voir. Ça me ferait du bien de venir te voir. Entre nous, c'est vraiment spécial, je n'ai jamais connu ça, tu es un amant merveilleux, c'est très profond ce qu'il y a entre nous… 

VA - TE - FAIRE - FOUTRE  

Je ne passe pas de p'tit week-end sympa avec des connasses qui viennent me faire chier en me prenant pour leur frère-père-meilleur-ami-confident. Non. Tu me prends mon temps et je n'ai rien de plus précieux. Je n'ai pas à t'écouter et d'ailleurs tu racontes très mal. Et puis, je vais te dire, tu as sacrément vieilli, et tant qu'à m'emmerder avec une idiote, je préfère qu'elle soit jeune et jolie. Tu sais, le genre "super-belle-meuf", quoi. Ah oui, je sais, on est vulgaires, nous les mecs, hein. Mais beaucoup moins que vous qui voulez tout à la fois et qui calculez votre retour-sur-investissement en vous désapant, l'air de rien, toujours un coup d'avance. 

J'ai un frère, l'aîné de la famille. Plus con que lui tu meurs. Il m'a vacciné contre les "ex-qui-sont-devenus-les-meilleurs-amis". Il se trimballe encore quarante ans après sa première ex-femme qui lui explique la vie et les femmes, l'ambition, la morale, la philosophie. Plus ridicule que ça ça n'existe pas. Elle pourrait elle le moucherait et lui nouerait ses lacets. Tout en lui suçant la moelle bien sûr. Elle siffle il accourt. Bientôt en fauteuil roulant mais il accourt. Quand il prononce son prénom on dirait qu'il va vomir tellement c'est le Panthéon qui remonte des amygdales. Je n'y peux rien mais ça m'a traumatisé. Les ex je les vomis. D'ailleurs la vie est bien faite car je ne me souviens de rien. C'est extraordinaire comme j'oublie. On est tous pareils, non ? Quand on baise avec celle qu'on aime (à condition qu'elle sache un peu faire), on se dit : « Jamais je n'oublierai ces moments-là ! » Tu parles ! Rien, pas une trace, que dalle. Tout part en fumée. Et c'est très bien comme ça ! La seule qui fait bander c'est la prochaine. 

Mais tu as déjà ton réseau d'ex baveux et dégoulinants de bons sentiments, de toute manière, alors un de plus un de moins… Ils sont gentils, gentils, ça fait peur ! Tu les appelles sans doute déjà, maintenant que tu as compris que c'était impossible avec moi. Parfait. Eric, Vianney, Yves, Pablo… La vie est belle ! Ils sont gentils, je suis méchant. C'est clair ? Georges n'a jamais existé que dans tes rêves malades. Je ne partage rien, moi, je garde tout. Dès que j'entends le mot "partage" je sors ma fourche et je creuse une tombe. Ah, et ce vieux Christian, tiens, comment il va ce crétin ? Et celui qui est amoureux de toi depuis dix ans, il a enfin réussi à poser sa main sur tes cuisses ? Tu devrais lui dire que ce sera beaucoup mieux quand il sera devenu lui aussi un ex. C'est tellement mieux quand c'est fini. Quand on est enfin débarrassé du sexe, du désir, de l'amour, de toutes ces corvées un peu grotesques que les hommes vous infligent inutilement parce qu'ils n'ont toujours pas compris que ce qui vous fait mouiller c'est l'absence et le manque. On est tellement mieux quand on est morts, hein ! Et les sentiments. Vous voulez des amis ? Pas nous. Pas moi. Je t'aimais quand tu étais ma maitresse, quand tu aimais que j'aime ton cul. Ça ôté, il ne reste rien. Rien. 

Bons amis ? Jamais !

jeudi 4 avril 2013

Le Couvre-feu (1)


Parmi les "armes absolues de langage", il en est une qui est me semble-t-il rarement nommée, ou très sous-estimée, bien qu'elle soit sans doute une des plus fortement chargées et donc d'une efficacité redoutable. On l'a encore vu à l'œuvre récemment à la télévision, dans une émission qu'on a déjà évoquée ici, où elle n'a pas manqué sa cible, ce qui ne lui arrive jamais. 

Si dans une quelconque discussion, dans un quelconque débat, vous lancez à votre interlocuteur qu'il "est pour la peine de mort", on verra celui-ci blêmir en entendant la détonation, puis, très vite, esquiver le coup en proclamant que non, bien sûr, il n'est pas, il ne peut pas être pour la peine de mort, qu'en outre l'attaque est malhonnête et ridicule, puisqu'il est bien entendu que personne ne peut être pour la peine de mort.

(…)

vendredi 21 décembre 2012

Vice de forme



Ah, la belle année 2012 ! François Hollande sur le trône, la Liste Ernaux, la lettre de Tord-Étron à Gérard et aujourd'hui (ou demain) la fin du monde. Les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, à côté de l'année 2012, c'est du pipi de chat. Il ne manquerait plus que ma chienne me quitte ! On attend avec impatience la synthèse Hardi-Trique, après les plaidoiries BB et Deneuve, pour pouvoir aller se pieuter l'âme en paix et finir l'année comme on l'a commencée : en dormant.

samedi 9 juin 2012

L'Arme absolue ou la violence du sucré


Le flux actuel des immigrés clandestins — au demeurant fort peu clandestins : on ne voit qu'eux — aurait tous les caractères de la farce s'il n'était si lourd de menaces pour notre civilisation, ou ce qu'il en reste. Nous avons eu pendant trente ans les réfugiés de la dictature (nous disait-on), voici les réfugiés de la liberté (la plupart viennent de Tunisie, ces temps-ci). Toute référence au droit d'asile est à peu près abandonnée, comme un vieux prétexte devenu inutile. Les nouveaux arrivants quittent leur pays à la faveur des progrès démocratiques qui y ont cours, ils profitent du désordre entraîné par l'effondrement des anciens pouvoirs pour gagner des terres plus rémunératrices, et voilà tout. Leur patrie n'est pourtant pas misérable et il semble que ce serait le moment où jamais, pour eux, de contribuer à son développement historique, économique, institutionnel. Non, ils préfèrent venir jouir ici de notre développement à nous, quitte à le compromettre et à le paralyser par leur afflux et par leur mécompréhension des exigences de son bon fonctionnement (au premier rang desquelles le fameux moins pour le plus du pacte d'in-nocence : eux rêvent plutôt d'unplus pour le plus qui ne s'est jamais traduit, où qu'il ait sévi, que par un plus pour le moins).

Quand les Barbaresques se présentaient tout armés devant nos anciens parapets, sur leurs vaisseaux de course ou leurs chevaux arabes, on les repoussait tant bien que mal, en y mettant parfois sept ou huit siècles. Leurs descendants ont trouvé dans notre aberration idéologique le moyen de réussir là où leurs ancêtres avaient échoué. La condition est simple, quoique inattendue et paradoxale : il leur suffit d'aborder nos côtes et nos frontières non plus dans leur agressive splendeur, avec leurs oriflammes, leurs cimeterres et leurs arcs, mais dans leur misère à mains nues, au contraire, en partie jouée s'il le faut. Les mêmes qu'on accueillerait à coups de canon s'ils nous attaquaient pour nous conquérir nous conquièrent bien plus sûrement en faisant appel à notre bon cœur, à nos invraisemblables lois, à notre sentiment de culpabilité (qui leur est totalement inconnu), à la trahison enthousiaste et empressée de nos amis du Désastre. Ils n'en croient leurs yeux ni leur jambes. Oui, c'est bien comme on leur avait dit, si invraisemblable que cela leur ait paru : l'Europe n'oppose aucune résistance sérieuse à l'invasion qu'ils lui font subir. Tout au contraire, malgré quelques simagrées de surface, destinées aux plus ronchons, vieux-jeu et dépourvus d'humour de ses citoyens électeurs, elle accueille à bras ouverts ses humbles colonisateurs, elle met à leur disposition des autobus, des avions et des trains, afin qu'ils puissent s'avancer plus vite jusqu'à son cœur le plus désirable. Elle leur distribue des laissez-passer, elle les loge, elle les nourrit, elle leur alloue des allocations, des pensions, des indemnités pour le dérangement qu'ils ont pris en violant ses lois — des lois dont elle s'excuse en mettant en avant d'autres lois, qui réduisent à néant les premières et servent à les tourner en dérision.

Les bénéficiaires d'un si surprenant accueil savent qu'ils ne doivent surtout pas remercier, ni se montrer étonnés même s'ils le sont, et reconnaissants encore bien moins : cela pourrait réveiller le dormeur, faire naître la suspicion dans l'esprit du colonisé ravi. Les conquérants désarmés doivent au contraire se plaindre bien haut d'être reçus comme des chiens, c'est très important, on le leur a bien répété : il leur faut s'indigner que rien ne soit prêt pour les accueillir, même s'ils débarquent ininvités sur un rocher dénudé, et en appeler au droit des gens, eux qui n'ont jamais levé le petit doigt en sa faveur dans leur pays. Ils ont bien appris leur leçon : ils savent qu'aussi longtemps qu'ils se présenteront en mendiants atrabilaires et revendicatifs le pays leur sera soumis, par on ne sait quel charme inexplicable. Après le fantastique succès de leurs revendications de miséreux il sera toujours temps pour eux, plus tard, un peu plus tard, bien vite, lorsqu'ils seront les maîtres, de présenter des exigences de maîtres.


Renaud Camus, Journal 2011, Septembre absolu, p. 176 et 177

dimanche 29 avril 2012

Mon Camp

Je m'apprête à acheter et à lire le Camp des saints, de Jean Raspail. Je l'annonce sur ce blog pour qu'on sache bien à quel point Georges est un être immonde, abject, dangereux, vicieux, ignoble, nauséabond, et j'en passe, qu'il conviendrait de rééduquer fermement si l'on se trouvait dans un régime autoritaire et/ou fasciste. Heureusement, comme nous vivons à l'heure de La Très Grande Liberté, comme la société qui est la nôtre est ouverte et tolérante, qu'elle aime l'étranger (et l'étrange) et ce qui ne lui ressemble pas (donc), comme il est aujourd'hui loisible de trouver en librairie tout ce que l'on souhaite lire, et même beaucoup plus, comme les écrivains peuvent désormais écrire comme bon leur semble tout ce qui leur passe par la tête — même des fictions ! —, comme un écrivain de talent n'a aucun mal à trouver un éditeur, même si ce qu'il écrit n'est pas en accord avec les idées politiques de l'éditeur ou avec celles qui dominent à l'époque où il écrit, non seulement je ne risque rien, mais il ne m'étonnerait qu'à moitié de recevoir une invitation à dîner de l'Élysée ou de François Hollande, voire de Christine Angot, afin que j'explique une bonne fois pour toutes à ces augustes personnages comment il faut s'y prendre pour connaître le vrai succès après lequel ils courent en vain, alors que je tente par tous les moyens de m'en préserver. Si l'invitation provient d'Ahmad Jamal, je l'accepte aussi…

Pour l'instant, n'ayant pas encore eu l'occasion de visiter le camp des saints, je me contente du camp des seins.

dimanche 22 avril 2012

Bilan globalement positif

Je ne sais pas pourquoi on a supprimé l'élection présidentielle, et le droit de vote dans la foulée, j'aimais bien aller voter, autrefois. D'un autre côté, on évite désormais les soirées télé assommantes qui nous privaient du film du dimanche soir, je suis donc loin de m'en plaindre. Évidemment, on avait le droit, dans l'ancien temps, de tenir un blog, d'aller à la messe, de fumer et de regarder les filles dans la rue, mais il faut se faire une raison : si tout cela est désormais interdit, c'est bien que ce n'était pas très sain. Le pays avait besoin d'une bonne reprise en main, nous le sentions tous ! Depuis que les églises ont été transformées en centres de rééducation, les Français ont l'occasion de découvrir leur patrimoine culturel, c'est tout de même mieux que de traîner sur Internet à la recherche d'un bon ou d'un mauvais coup. Je trouve personnellement que l'appel à la prière se fait un peu tôt le matin, mais à quelque chose malheur est bon, je me couche plus tôt dorénavant, et, surtout, une fois que le rythme est pris, on se sent l'âme plus légère, on est moins tenaillé par des désirs idiots et incohérents qui sont nuisibles au corps et à l'esprit. Il me semble que le bilan est globalement positif. 

mardi 27 mars 2012

Et pourtant ils parlent !



« Quelques animaux, dont un illettré. » (Max Ernst)


J'aimerais oser parler du silence des bêtes, pour reprendre ce magnifique titre d'Elisabeth de Fontenay. Ce silence tellement fascinant, tellement "humain d'inhumanité", tellement reposant, tellement intimidant. Ma vie, malheureusement, me conduit aux endroits où la noise ne laisse que peu de place à une si bienheureuse absence. Plus je me retire du monde réel, plus j'entends son fracas inepte et furieux. J'en viens à croire que l'île déserte n'a été inventée qu'à la seule fin de représenter la pointe toujours absente d'un désir aussi vain que commun, qu'elle n'est que la reproduction un peu décolorée d'une réclame désuète mais pourtant indépassable.

Disons les choses un peu brutalement. En-deçà d'un certain seuil d'intelligence, ou au-delà d'un certain niveau de sottise, il devient impossible de se faire comprendre de ces bestiaux-là (les "ils" qui pourtant parlent). Plus on essaie, plus on fait l'effort de traduction nécessaire à cette entreprise grandiose qui est de parler à l'Homme, et plus vite la sanction tombe, majestueuse dans sa simplicité indifférente : on ne passe pas. On tintine, on gringotte, on gruine, on rougnonne, on roume, on baronne, on grillotte, on chicotte, on trinsotte, on pulpette, on croasse, on frigulote, on pipie, comme dirait l'abbé de Marolle, mais on ne passe pas ! Je ne peux même pas dire, comme le spectateur des Mariés de la Tour Eiffel : « Si j'avais su que c'était si bête, j'aurais amené les enfants. » D'abord je n'ai pas d'enfants, Dieu merci, et surtout je n'aurais pas su les amener. Quels sont ces lieux où les hommes croient pouvoir se comporter plus mal que des hyènes, quelle carte géographique aurait le culot et l'impudeur d'en indiquer les coordonnées ? Là se trouvent les véritables déserts, ceux qu'on n'ose pas même nommer de peur d'y être aspiré par une force maléfique et sans volonté. Et puis les animaux, les vrais, ceux qui ont une âme, n'aiment pas ces trous noirs maudits où l'indéchiffrable destinée humaine se consume sur elle-même. Ils les fuient comme la Peste qu'ils sont en vérité, la peste d'une langue qui se mord la queue et avale ses propres enfants, où les âmes sont dispersées aux quatre coins de l'univers par un typhon placide. L'ennui est qu'on manque de mots, ou plus exactement de catégories. Si l'on veut caractériser la langue qui se parle, là, la chose qui se dit, le geste qui se fait, l'action dont on est le témoin, il nous vient par habitude et paresse les qualificatifs qu'on applique d'ordinaire aux bêtes, aux animaux, aux êtres sauvages, incivilisés, incultes, inurbains qui peuplaient la Terre avant nous. Se nourrir et se reproduire était leur seule morale, et personne ne saurait leur reprocher cette stricte adaptation aux besoins sans tomber dans la fable ou la légende. Pas de plus heureuse cohérence que celle qui fait persister à être.

Mais ce n'est pas ça. Il faut oser se ridiculiser en affirmant que la pire des bêtes est moins inhumaine que les humains qu'on rencontre dans ces lieux qui prétendent figurer le sommet du triangle de la civilisation : je parle des lieux culturels. Nul besoin de GPS pour trouver "les lieux culturels" ! Suivez votre instinct : là où la goujaterie le dispute à la muflerie, là où la grossièreté est la règle d'or, là où la stupidité atteint son comble et fait fuir les reliquats timides de ce qu'on nommait jadis la Beauté, là se trouve désormais la Culture. Là elle a fait son nid, de là elle diffuse, là elle attire tout ce que les cités comportent de déchets, de papiers gras et collants, d'êtres fétides et patibulaires, dans un mouvement à la fois centripète et centrifuge, car non contente d'attirer en son sein l'humanité désœuvrée et radio-passive, elle la renvoie ensuite infecter la cité. Elle est la nouvelle religion, la religion de ces humains dont le progressisme emphatique et hystérique cache mal un conservatisme désespéré et flatulent, qui ne fait que ressasser (depuis quarante ans) indéfiniment les reliefs désarticulés d'une sous-culture décadente. Les petits robots lobotomisés et tristes qui fréquentent (comme on le disait autrefois pour les relations sexuelles des jeunes gens), vont par la ville, ressort remonté par une main invisible, infatigables soldats de la Cause. La Bonne Cause. Plus ils sont vitrifiés, lubrifiés, programmés à faire leur éternel petit sermon bancal en nov'langue, plus ils ont de succès. La Cause les remercie, leur trouve des filles, des places, des emplois, des statuts. Ils sont les notables d'aujourd'hui, sans la culture et les lectures de ceux de naguère. Leurs sorties (car ils sortent beaucoup) ressemblent à s'y méprendre aux allers et venues des bigots d'autrefois. Ils ont des abonnements de toutes sortes, comme leurs ancêtres allaient à toutes les messes, ils vont à toutes les "manifestations", ils sont de tous les "événements". Comme on reconnaissait leurs pères à leur vêture et à leur parlure, on les reconnaît à ce qu'ils ne s'habillent jamais ni ne savent parler. Ils viennent comme ils sont, et c'est déjà énorme, et c'est déjà tout. S'ils sont musiciens, ils ne saluent pas le public, ils veulent en tout point lui ressembler : et comme celui-ci ressemble à tout, c'est-à-dire à rien, plus rien ne distingue le musicien de son public, ce qui ma foi me semble tout à fait dans l'ordre des choses, puisque ni les uns ni les autres n'ont à leur disposition quelque chose qui ressemblerait à un savoir, à une connaissance, à une technique, disons-le d'un mot, à un art. La dette est exclue une fois pour toutes du circuit symbolique qui réunit le producteur du consommateur ; je ne vous dois rien, vous ne me devez rien, nous sommes à égalité. Dès lors en effet que "l'artiste" n'a à sa disposition aucune réelle expertise, aucun langage propre, aucune langue travaillée jusqu'à la corde (c'est-à-dire jusqu'au cœur), comment pourrait-il se différencier du vulgaire venu "participer" à la messe dont le vin est mauvais et le pain rance d'avoir tant servi ? Le postulat étant : « je ne suis pas plus artiste que vous », comment pourrait-il y avoir quelque chose, ne serait-ce qu'un je ne sais quoi, qui passe de l'un à l'autre ? Comment donner lorsqu'on on n'a rien à donner ? La chose, ou l'absence de chose, passe de main en main comme un furet visqueux et réfléchissant où chacun ne fait que se regarder et se trouver tout à fait comme il faut. En général, à ce type de production correspond très naturellement le verdict : sympa. Comment pourrait-il en être autrement ? "Sympa", cela signifie qu'on est ensemble, que c'est convivial (comme si l'art pouvait être convivial !), qu'on va passer une bonne soirée (ah, comme on l'entend, ça, le fameux « bonne soirée » !), et cela signifie surtout et en fin de compte qu'il se produit du "on". La Culture (celle qui a remplacé l'art), désormais, sert avant tout à produire du "on". Le "nous" n'existe plus dans la société et le "je" n'existe plus dans l'art, ou plus exactement le "je" est naturellement exclu d'une société dont l'art a été chassé, et remplacé par La-Culture, sans que personne ne voit la moindre différence là où pourtant il n'y a qu'une grossière contrefaçon, du genre des photos retouchées du Stalinisme anté-Photoshop. Il y aurait beaucoup à dire, d'ailleurs, de la chronicité qui a pu produire le goulag et le Numérique, la manipulation sans fin des symboles et des vivants, la mise au même niveau du simulacre et de la production réelle. Comme si la "démocratie radicale" n'était que la fille naturelle du communisme et de la Technique. Il aura fallu des siècles et des siècles pour que l'homme s'aperçoive que la Terre était ronde, qu'elle était en mouvement, mais il aura suffi de quelques décennies pour la rendre plate à nouveau. Notre prodigieuse époque a réalisé l'exploit de faire que la Terre ne tourne plus, l'a arrêtée dans sa course ; il est toujours midi, désormais, où qu'on soit, quelque langue qu'on parle. Midi, l'heure où le soleil est à la perpendiculaire de l'homme couché dans son tombeau, où les ombres s'enfuient avec la mémoire, où tout est aplati par la lumière impitoyable du présent indépassable… Il y a deux sortes de morts : la mort qui est associée à la nuit, à la disparition, à l'ombre, au vide, au manque, à la perte, au froid, à l'unique, celle qu'on n'ose plus nommer ; et il y a la mort moderne, enchâssée dans la reproductibilité sans fin de la Technique, la mort en plein soleil, sans pourriture, sans hurlements, sans larmes, cette mort bien plus terrible, qui n'ôte rien, qui ne referme pas la phrase d'une vraie ponctuation, cette mort qui se signe des trois points (bref arrêt sur image) n'appelant qu'un remplacement, que l'image d'un autre corps, d'un autre être, pas plus vivant que le précédent, dans la grande horizontalité morne du présent arrêté.

Francus était là. Il est traducteur. Il me dit qu'il doit traduire des textes qui, n'ayant pas le moindre sens dans la langue dans laquelle ils ont été rédigés, doivent être inventés de toute pièce. Bien sûr, personne ne s'aperçoit de rien, ce qui est bien naturel, puisque le scripteur lui-même ne sait pas ce qu'il a voulu écrire. Cet "écrivant" produit donc des textes dont il attend (peut-être) un sens par le biais de la traduction. Il y a là quelque chose qui nous plonge dans une sombre angoisse métaphysique. Mais à la réflexion, il n'y a pas de raison. La traduction est désormais le fait des machines. Les machines ne pensant pas, elles peuvent en toute bonne foi inventer un sens qui n'était pas là, qui n'a jamais été là. Leur absence de scrupules les délivre du doute, et du désir qui fait qu'un homme veut toujours s'approcher d'un autre homme, quitte à le tuer. Dans une des pièces de mon disque ("Double silence plein la bouche"), intitulée « Richard Travaille ! », je raconte "la journée d'un compositeur". On l'entend qui tape à la machine (oui, les compositeurs utilisent des machines, dorénavant), après avoir écouté des enregistrements de voix qui parlent. Il traduit. Seulement, il traduit des langues qui n'existent pas, des mots qui n'ont pas le moindre sens. Ce sont des robots qui parlent, et l'homme est donc là pour donner un sens à ce qui n'a aucun sens. On pourrait penser, à première vue, qu'il s'agit bien là du travail du compositeur, puisqu'il est censé inventer une langue. C'est tout le malentendu. Un vrai compositeur, me semble-t-il, doit traduire ce qu'il entend intérieurement, ce qui le traverse. Il n'invente rien, au sens où l'on entend ordinairement ce terme. Il n'y a que les sourds qui ont besoin d'inventer. Depuis que tout le monde est artiste, les sourds ont envahi le monde des compositeurs, on s'en doute. Ceux-là (les sourds) n'ont de cesse d'"inventer", d'"avoir des idées", de produire des concepts (ou de s'y adosser). Le même phénomène exactement est à l'œuvre en littérature. Depuis ce moment-là, on entend les mêmes connasses qui prennent la pose et vous disent, parlant d'un livre : « C'est bien écrit. » Bien écrit ? J'aimerais bien un jour qu'on m'explique ce que cela signifie, exactement. Quand j'entends ce syntagme figé, j'ai toujours dans l'oreille les mots d'Albert Cohen, dans le Livre de ma mère : « Ce rouge, comme il est sensuel ! — Et ta sœur, elle est sensuelle ? » Tous ces livres sans le moindre style qui sont paraît-il "bien écrits", toutes ces musiques sans musique qui seraient paraît-il bien écrites ? Foutaises ! Oh, je sais bien que je parle de moi aussi, soyez sans crainte. Depuis que je suis enfant, j'ai la conscience très développée de la nullité absolue de ce qui n'est que médiocre. En art, la médiocrité est plus mortelle encore que la nullité, je le sais depuis toujours. Mon père m'a au moins transmis cela. Il y a bien longtemps que les artistes médiocres ont cessé de se suicider, et c'est sans doute cette absence de suicides qui a fait le plus de mal à l'art. Désormais, nos non-suicidés sont "intermittents". Ceux qui se suicident aujourd'hui sont gardiens de prison ou "profs". On les comprend. Combien de fois me suis-je dit que me suicider me priverait de Bach, de Strauss ? Ces pauvres "profs" n'aiment de toute façon ni Bach, ni Strauss, que leur reste-t-il alors à regretter ? Vont-ils réellement regretter le RAP ? Quand-même pas.

Je ne sais plus qui disait : « Pour maîtriser une langue, il faut en parler au moins deux. » À l'heure où plus personne ne parle une seule langue, on ne s'étonnera guère que la maîtrise d'un langage (d'une techne) soit devenu aussi courant que la courtoisie et la délicatesse de sentiments. Si l'on mesure ces aptitudes à l'aide d'un thermomètre, je pense qu'on approche du zéro absolu, qu'on devrait atteindre, au train où vont les choses, avant même que je sois en terre. De même que l'homme a mis des siècles à comprendre (partiellement) où il avait l'honneur d'avoir pris racine, il a mis des siècles à se séparer de la sauvagerie qui était naturellement en lui. Je crois qu'aujourd'hui, et cela en quelques années, s'est opéré un retournement spectaculaire : l'homme est désormais à l'écoute de la bête, dont le silence nous interroge plus que jamais sur ce qui fait (ou défait) notre humanité. La gratitude n'est pas le propre de l'homme, on le sait, alors que les animaux nous disent sans cesse "merci !". J'ai la chance de vivre auprès d'un être qui sait me dire "merci" en toutes les langues, et cela cinquante fois par jour. Cela me console un peu de la sauvagerie fruste des humains que j'ai croisés durant les quelques jours où j'ai dû sortir de ma demeure. Ma chienne n'est jamais grossière. C'est un privilège dont je mesure le prix à chaque instant.

Comment en est-on arrivé là ? L'autre jour, presqu'innocemment, je dis à l'un de mes amis que le site d'une connaissance commune est à mes yeux insupportable. Pourquoi insupportable ? Insupportable de prétention, gonflé d'une boursouflure à la fois naïve et retorse, bardé de citations mal comprises — mal comprises dans le meilleur des cas. Je dois prononcer ces mots : « Tout ce que je déteste ». Que n'avais-je pas dit là ! Interruption instantanée de l'image et du son, pour une grosse semaine, alors que nous nous écrivions quotidiennement, d'ordinaire. Réponse du genre : « Je me fiche de ce qu'il écrit ; je l'aime ! » [C'est moi qui rétablis la ponctuation et les signes syntaxiques.] Il faut donc comprendre que ce que l'on écrit n'a aucune importance, que ce n'est écrit que pour… Pour quoi, en définitive ? Comme on choisit une cravate, une paire de chaussettes, un slip ? Comme un chien marque son territoire en pissant sur le trottoir ? Oui, je pense que la comparaison n'est pas si mauvaise. D'ailleurs combien de gens disent "c'est marqué", pour "c'est écrit" ?! Allons-y pour Levinas, Deleuze (non, pas possible ???), et toute la caravane habituelle… Il y a des philosophes-écrivains, comme ça, qu'on peut acheter en gros au marché aux puces de la "pensée", semble-t-il. « Tiens, je vais vous prendre un kilo de Derrida, cette semaine, je vais beaucoup sortir. Allez, mettez-moi cinq cents grammes de Foucault, ça peut toujours servir, je vais dans le XIIe. Ah mais je vois que le Barthes est en soldes ? On peut avoir un prix de gros ? J'me fais un site, vous comprenez ! » Aucune importance, ce qu'on écrit, ce qu'on dit, et en prime, il est interdit d'avoir la moindre discussion sur ce qu'on avance. Après une entrée en matière pareille, on se demande un peu de quoi est faite l'amitié en question, haut proclamée. Si au moins ils baisaient ensemble, mais non, ce sont juste des "amis". Cette peur panique de la discussion, ou le mépris en lequel elle est tenue, si ce n'est pas un signe de la barbarie, alors je ne comprends plus rien à rien.

Et de fait, je peux, quelques jours seulement après cette non-explication, prendre toute la mesure du non-prix de la Parole, écrite ou donnée. Le "musicien" en question, ayant beaucoup insisté pour jouer avec nous, alors qu'il n'en était pas question au départ, décide de ne pas avoir à donner la moindre explication, le jour-même du concert prévu depuis six mois, quand il décide d'être malade et donc de ne pas se présenter pour le concert. Je sais, la chose paraît tellement invraisemblable qu'il faut que je la relate dans le détail. Le matin du concert, comme cela se fait fréquemment, je téléphone à la personne qui organise la chose, pour "prendre la température" et incidemment lui dire que tout est normal, de mon côté. Ce gentil garçon me dit que le percussionniste en question est "malade". Je reçois l'information sans trop d'émoi, je l'avoue. En effet, en quarante ans de "carrière", j'ai eu le temps d'en voir, des musiciens malades (y compris moi). Je dis deux mots, du genre : « Ah, c'est dommage, il ne sera pas en forme. » Mais j'appelle tout de même le troisième larron. Là, j'apprends que la "maladie" du percussionniste (que j'ai croisé à mon vernissage l'avant-veille, et qui m'avait l'air tout ce qu'il y a de plus en forme) va « l'empêcher de jouer ». On s'attend, vous vous attendez tous, j'imagine, à ce que la maladie en question l'ait cloué sur une table d'opération, ou qu'il soit à l'article de la mort… Las, il s'agit d'une "grippe", nous dit-on. J'avoue que je vois rouge. Jamais, je dis bien jamais, pas une seule fois, je n'ai vu un musicien ne pas jouer parce qu'il avait de la fièvre. Tous ceux qui sont montés sur scène vous le diront : le meilleur médicament est encore la décharge d'adrénaline qu'on reçoit quand on doit se produire en public. Ce médicament n'est que provisoire, certes, car c'est pire après, mais il est incroyablement efficace. On n'imagine pas le nombre de concerts qui devraient être annulés si l'adrénaline n'existait pas ! Bon, on n'a jamais vu ça, mais après tout, il faut bien un début à tout, et la Haute-Savoie semble-t-il est généreuse en surprises en tout genre. Je fais donc contre mauvaise fortune bon cœur, et m'étonne simplement que personne n'ait songé a remplacé le grand malade, ce qui, encore une fois, se fait, dans ces cas-là. A-t-on jamais vu un siège vide, dans un quatuor, même en cas de mort subite ? Mais l'affaire ne s'arrête pas là. J'apprends, dans la même conversation, et là je dois dire que la bile commence à envahir dangereusement mon cerveau, que le grand-malade en question, à qui l'on disait gentiment : « Tu pourrais quand-même téléphoner [à quelques heures du concert] pour dire que tu ne peux pas jouer ce soir » répond tout benoîtement : « Ils vont bien s'en apercevoir, que je ne suis pas là ! » Je ne sais pas si vous entendez bien la phrase que je viens d'écrire, alors je vais la recopier : « Ils vont bien s'apercevoir que je ne suis pas là. » "S'apercevoir", verbe pronominal du troisième groupe. Genre : « Ben quoi, chuis malade, c'est comme ça ! » Je suis comme je suis, il faut me prendre comme je suis, je viens (ou je ne viens pas) comme je suis, etc. On a là une forme particulièrement aboutie du soi-mêmisme contemporain, le soi-mêmisme dans toute sa splendeur, presqu'un diamant, dans le genre. Non seulement la parole donnée n'a aucune, mais alors aucune importance, mais en plus il n'y a même pas besoin de s'excuser d'y manquer, ce qui est somme toute très logique, pour une parole tellement dévaluée. Rien à fout', comme dirait Papa. « J'ai oublié j'ai oublié ! » me répondait la secrétaire d'une petite entrepreprise qui venait de manquer gravement à sa parole – me mettant dans une situation très ennuyeuse —, voulant sans aucun doute me signifier par là qu'on n'allait quand-même pas en faire un fromage, quoi ! Je n'allais tout de même pas avoir le mauvais goût de lui faire le moindre reproche, à cette brave dame, et tant pis si les vingt-cinq tableaux commandés (et payés…) n'étaient pas prêts à temps pour l'exposition ! J'ai oublié j'ai oublié… Chuis malade chuis malade… Voilà… Il vous faut comprendre que si vous persistez à trouver cela anormal, c'est que VOUS êtes anormal, que VOUS êtes un chieur, que VOUS êtes trop "à cheval sur les principes". Dégagez, y a rien à voir. En résumé, si l'on vous manque de respect, c'est que vous êtes, vous à qui on a manqué de respect, dans votre tort. Si l'on manque à la plus élémentaire politesse, je dirais même à la plus élémentaire décence, il faut traduire ça par : à la bonne franquette, j'veux dire. Tu voulais un percussionniste, t'en n'as pas, c'est comme ça et pis c'est tout. On peut tirer de cette petite mésaventure une autre conclusion, parmi beaucoup d'autres, toutes aussi édifiantes : le type qui se gargarise de Levinas sur son site est capable de se comporter de cette façon-là. Levinas, le philosophe qui, parlant de l'impératif de la politesse, nous dit qu'il s'agit de dire "après vous", de toujours en quelque sorte faire passer l'autre AVANT SOI. On peut donc à la fois citer Levinas à tour de bras et se comporter comme le dernier des mufles, comme le plus minable des "racailles" de banlieue. Cet "à la fois" est vraiment très intéressant. Cela ne peut pas ne pas signifier que la parole n'a effectivement plus aucune valeur, et plus encore, que le principe de non-contradiction est désormais aboli une bonne fois pour toutes. Il n'est même pas question de chercher à se justifier. Le "c'est comme ça" est une clef qui coupe court à toute discussion, à toute justification, à tout remords, à toute vergogne, à tout souci (de l'autre, mais aussi de soi). On conçoit qu'avec de tels humains il ne soit guère facile de "faire de la musique", et je dois donc m'estimer heureux de cette maladie inopinée et providentielle. Je ne m'étonne donc pas non plus que la prose d'un type pareil soit absolument imbitable, sans queue ni tête, sans aucun respect pour la langue qui nous constitue et participe de notre être le plus profond. Ces gens-là n'ayant aucun respect pour eux-même, comment pourraient-ils en avoir pour la langue ? En revanche, ce sont bien les mêmes qui vous feront des leçons de morale à tout propos, vous expliquant qu'ils sont des résistants-par-nature, eux, et qu'en conséquence ils ne sauraient que se trouver toujours et à jamais du bon côté de la barrière ! Les Justes sont déliés par nature de toute justification à apporter à leurs actes… puisque justes ils sont ! Ils n'hésiteront pas, ces courageux hommes de bien, à dénoncer (ils adorent dénoncer) les méchants coupables d'antan, les Karajan, les Furtwängler, les Schwarzkopf, tous ces horribles et sombres personnages qui ont fait, bien sûr, le malheur de l'humanité, pendant que nos doux bambins ne songeaient, eux, qu'à nous rendre la vie douce et facile, nous berçant de leur sublime musique et de leurs bons conseils d'hommes du Bien. Ces Gentils-par-nature auraient été des héros pendant la guerre, des résistants à toutes les oppressions, et ils ont, nous le constatons chaque jour, grandement œuvré à faire de l'art contemporain la sublime et passionnante chose qu'elle est devenue. Rendons grâce, mes frères, à ces artistes hors pair ! Sans eux, je n'ose même pas imaginer dans quel monde nous vivrions… Ils ont vaincu, c'est un fait. La langue est par terre, la syntaxe est détruite, la ponctuation est sens dessus dessous, plus personne ne se comprend (ce qui devrait tout de même les alerter un peu, s'il leur restait un fond d'intelligence), l'art est ridiculisé chaque jour, le RAP est l'égal de Wagner (que dis-je, il lui est bien supérieur !), nous nous débrouillons avec quelques dizaines de pauvres mots défigurés, mais le Grand Bénéfice est atteint : il n'y a plus ni frontières ni genres ni styles ni catégories ni hiérarchies. Hourra ! Hosanna ! Tout le monde voit bien, tout le monde peut constater que le bénéfice est immense, sans commune mesure avec les sacrifices auxquels il a fallu consentir ; "On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs", disait-on déjà du temps où nous étions tous éperdus d'admiration pour le Grand Timonier ou les sympathiques progressistes amis du genre humain, au pouvoir en URSS. Les œufs, ce sont la beauté, l'honnêteté, le travail, l'artisanat, le savoir-faire, la lente maturation d'un langage original qui se cherche durant une vie entière, le respect de ceux à qui l'on s'adresse, le Surmoi (le Surmoi étant "déconstruit", ne reste que le Moi, le tout puissant Moi du Soi-mêmisme…). L'omelette, je n'ai pas besoin de la décrire, vous en mangez chaque jour…

Marguerite Yourcenar disait que « la musique est discrète, elle ne se plaint pas, et quand elle se plaint, elle ne dit pas pourquoi ». J'ai déjà écrit à plusieurs reprises que « la musique a peur », et qu'elle se cache. Je voudrais que la musique se plaigne, qu'elle ose se plaindre, qu'elle puisse dire pourquoi elle se plaint, mais je sais que Yourcenar a raison, qu'elle ne le fera jamais, car telle n'est pas sa fonction, telle n'est pas sa morale. La pudeur est encore un de ses attributs véritables. Au moins se cache-t-elle, et j'espère de tout mon cœur qu'elle restera cachée jusqu'à des temps meilleurs, si le Temps lui-même ne décide pas de se dérober sous nos pas de rhinocéros.

Comme Chantecler, le coq d'Edmond Rostand qui croit que c'est lui qui fait lever le soleil grâce à son chant matinal, les animaux de cette basse-cour moderne se payent de mots, et croient qu'on peut convoquer l'art à coups de cris vermeils lancés d'une trompette éraillée. Dans cette même pièce, le chien Patou dit de lui-même qu'il n'est qu'un bâtard, un horrible mélange, mais il tire gloire de cette condition, et lance : « Mon âme est une meute assise en rond, qui songe ! »

Total respect !

(Texte du 26 avril 2009 ressuscité par décret princier pour cause de crachat dans l'oreille)

lundi 30 janvier 2012

L'oiseau électrique


J'ai appris, par les électriciens d'EDF venus me débarrasser d'un câble tombé dans l'herbe, que l'ensemble des quatre fils traversant le jardin se nommait une portée, comme la portée du papier à musique. Je m'en doutais mais j'en suis maintenant certain : Nous pouvons entendre de la musique en observant les oiseaux posés sur les lignes croisant le ciel.

Ce matin, grande insistance du sol dièse. La modulation en la majeur serait pour midi… bien qu'une pie en mi bémol ait durant quelques instants jeté un certain trouble dans ces harmonies saturniennes.

jeudi 8 septembre 2011

Tout d'abord, Bonjour !


— Georges, il paraît que vous "énervez beaucoup Renaud Camus" ? En êtes-vous conscient ? En êtes-vous heureux ? En êtes-vous fier ?
— Je n'en suis pas heureux, non, mais j'en suis assez fier, je ne peux pas le cacher.
— Que pensez-vous de Martha Argerich et de Sviatoslav Richter ?
— Beaucoup de choses, mais je préfère ne pas en parler.
— Pourquoi ne jouez-vous plus de piano ?
— Mêlez-vous de ce qui vous regarde !
— Pensez-vous avoir quelque chose à dire ?
— Non. Et vous ?
— Quelle est l'acte, le livre, la musique, la circonstance, le héros ou la philosophie qui vous caractérise le mieux ?
— Enfant, avoir fait des trous dans les murs de la maison, et y avoir enfoui des noms écrits sur des feuilles de papier à cigarette. Ils y sont toujours.
— Êtes-vous fidèle ?
— Jusque par-delà la mort.
— M'aimez-vous ?
— Non.
— Qu'est-ce qui vous est insupportable chez Evgeny Kissin ?
— Son physique. Sa figure, tout particulièrement.
— Une date ?
— Le 10 septembre 2001.
— Le nom d'un homme politique français ?
— Villepin.
— Pourquoi lui ?
— C'est le pire.
— Uu slogan, vous auriez un slogan ?
Libérez la bloge !
— Je ne suis pas certain de comprendre…
— Si vous aviez compris, c'est que je me serais trompé.

samedi 16 juillet 2011

La Pluie


Sous la pluie, il se sent coupable. Être mouillé le désigne comme étant celui qui ne passe pas à travers les gouttes, qui est malhabile, comme le sinistre qui ne peut cacher sa malheureuse présence à contre-temps. Même lorsqu'il fait beau, il sent bien que toute trace d'humidité en lui, sur lui, n'a pas disparu. Tous ceux qu'il croise, il les considère comme des "Tropicaux", ils possèdent certainement une sorte de convecteur intime qui les immunise, à titre individuel et collectif, contre les larmes acides du ciel, car ils sont impeccables. Lui est le dernier pécheur sur Terre, il en est certain. Homme tempéré qui ne marche que blessé de son scrupule aigu, tenant son parapluie d'une main moite, prêt à tout instant à faire amende honorable, il baisse les yeux. Comment en est-on arrivé là ? se demande-t-il silencieusement. Pourquoi moi ? Il cherche dans son passé, parmi ses aïeux, et ne trouve que trop facilement des raisons à cette situation. Mais eux, tous ces Tropicaux, ils n'ont donc rien à ne se reprocher ? Comment ont-ils échappé à l'antique malédiction ? N'ont-ils pas eux aussi des parents, une histoire ? Ils sont beaux, ils ont une grande santé, ils sont joyeux, nulle frayeur ne se lit dans leur regard, leur démarche est franche, souple, leurs paroles sont assurées, ils ont cet air de qui se sent en plein accord avec l'instant et le lieu, un lieu clair et sec, chaud et lumineux. S'ils savaient qui est celui qu'ils ont croisé, ils ne le comprendraient sans doute pas, il est même possible qu'ils ne le voient tout simplement pas, ces Impeccables.

mardi 23 novembre 2010

Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir…


Aix-en-Provence

Les Noces, de Stravinsky. Sur scène, Carlos, les sœurs Labèque, Sylvio Gualda, Drouet, je ne me souviens plus des autres, peut-être Pludermacher, ou Jean-François Heisser. Il fait très chaud, Katia a cassé une corde de son piano (c'est bien le moins), et dans le chœur, cette soprano que je fixe depuis un bon moment… À la fin du concert, je vais la voir, elle est brune, pulpeuse, très charnelle, et son parfum, très capiteux, me fait tourner la tête. La couleur de ses bras, la chair un peu amollie autour de ses biceps me rendent fou. Elle a la poitrine d'une soprano et l'accent de Bordeaux.


vendredi 24 septembre 2010

Éthique de la toison pure


Les poils de tes aisselles répondant à ta chatte
Ouvrent en me souriant deux puits supplémentaires
Tu miaules en t'écartant lorsque je te colmate
Offrant à mon plaisir tes forêts spéculaires

Dehors c'est le blocus du bonheur asexué
Les filles à nombril défilent sans m'exciter
Elles roulent des fesses mais ne savent pas plaire
On ne croise dans les rues que putes velléitaires

Mon amie toisonnée tu bafoues le programme
Qui voulait que tu sois totalement nickelée
Afin que jamais plus on ne te veuille niquer
Même si tu criais que tu brûles dans les flammes

Dehors souffle en tornade l'époque qui commence
Le bruit que tu entends ce sont ses doléances
Les cris que tu perçois sont des cris de vengeance
L'humanité entière bout dans son innocence

Triple pilosité rayonnante et propice
Souveraines broderies que tu viens exhiber
Que j'embrasse sans fin avant de te courber
Pressé de dévoiler tes plus beaux orifices

Et dehors l'ennemi cuit dans ses sucreries
Il a tout effacé derrière ses vacheries
La ville est maintenant soigneusement contrôlée
Tout espoir s'est enfui de cet Espace Bébé

(…)

Je savais que je pouvais compter sur Muray.

mardi 17 août 2010

Le Quatuor


À gauche, le violoncelle. Au centre, l'alto. À droite et en haut, plus loin mais revenant, les deux violons. On notera que le violoncelle et l'alto sont bruns et accroupis, alors que les violons sont debout et blonds. La photo est prise à l'instant des pizzicatos.