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mardi 21 avril 2026

Cassegueulité, absence du lundi

 

La société exige une unité morale du sujet, de l’œuvre, de l’action. Je ne la crois pas possible, et pas même souhaitable. En tout cas pour moi, elle ne l’est pas. On peut le regretter… Quand j’écoute les sonates et partitas pour violon seul de Bach, je l’entends, cette unité morale, elle me frappe et s’impose à moi, mais nous ne sommes plus à l’époque de Jean-Sébastien Bach, et je ne suis pas un homme de la Renaissance, ni même du XIXe. Je me rends compte que je suis bien du XXe, sans doute possible (je ne me comprends pas sans Freud). Pas du tout du XXIe, en revanche…


Le voici résumé en trois phrases : Conserver au doute le double privilège de l’anxiété et du sourire aura été son plus haut accomplissement. Emil Cioran est né le 8 avril 1911. En 1956, il publie La Tentation d’exister.

Trois phrases qui n’ont de sens que pour moi — mais c’est très précisément ce que je demande au moment dans lequel j’écris. 


Salle Marin Marais, au fond du couloir (la salle du mercredi matin), salle Clara Schumann, en haut de l’escalier, à côté du bureau de la secrétaire, salle Duke Ellington, à côté de la salle de danse, salle Edgar Varèse, il m’en manque trois, au premier étage du conservatoire, et une au rez-de-chaussée, près de la sortie, minuscule. Se remémorer précisément les pièces d’une demeure qu’on a habitée ou d’un bâtiment dans lequel on s’est rendu deux ou trois jours par semaine durant des années est l’un de ces exercices fondamentaux auquel je ne peux déroger sans avoir la sensation de me fissurer. Les pièces d’une maison sont comme les noms propres d’une vie, les prénoms des petites amies, les parties de leurs corps.


Je vis « comme une mouche vole dans le volume d'une chambre : par des coudes brusques, faussement définitifs, affairés et inutiles ». J’ai trouvé d’affreuses grosses mouches sur une tranche d’échine de porc enveloppée sous vide dans un plastique, à l’intérieur de mon frigo. Ces mouches m’ont dégoûté et terrorisé durant deux jours. Je ne comprenais pas comment elles étaient arrivées là, comment elles avaient survécu, ce qu’elles me voulaient. Je croyais que c’était moi qui les inventais.

« Mais il craignait que tu ne gaspilles tes talents, que ton manque de confiance en toi, que tes problèmes personnels ne viennent en gripper l'épanouissement. » 


Le double, presto, de la première partita en si mineur, joué par Menuhin. « Nous sommes au fond d’un enfer dont chaque instant est un miracle. » J’ai dû jeter la viande. 


Les vieux réfrigérateurs sont des instruments de torture. Il faut (faudrait) les nettoyer et les dégivrer une fois par mois, et ces opérations (surtout le nettoyage) sont les tâches domestiques les plus pénibles qui soient. Si j’étais riche, je changerais de réfrigérateur à chaque fois qu’il est sale. J’ai dû m’y reprendre à trois fois pour écrire le mot « réfrigérateur » correctement, ce qui prouve bien que cet ustensile est diabolique. 


« L'idéologie passe sur le texte et sa lecture comme l'empourprement sur un visage. » Du temps que j’étais professeur de piano au conservatoire, je rougissais facilement. Trop. Et toujours dans des moments où je n’avais pas de raison de rougir, ce qui accentuait encore l’empourprement, puisque j’avais conscience de rougir, et que je croyais que celui qui me voyait rougir pensait que j’avais quelque chose à me reprocher. L’anxiété et le sourire, quand ils se croisent à la surface de l’épiderme, le troublent comme le lait qu’on fait bouillir. « En amour, certains goûtent érotiquement cette rougeur. » 


On n'a jamais autant parlé de "mépris de classe" depuis que les classes sociales ont disparu, ou, plutôt, depuis que la petite bourgeoisie a avalé toutes les autres classes sociales, mais ça revient au même. Petite-bourgeoisie qui a repris tous les signes et manières prolétariens, depuis la vêture jusqu’à la langue, mais c’était sans doute sa vocation profonde, vocation mal dissimulée par son aspiration affichée à imiter la bourgeoisie. Monter, ou descendre ? La petite-bourgeoisie aurait-elle pu choisir un autre chemin ?


Quand on écoute les sonates et partitas pour violon seul de Bach, on sait que va arriver ce moment (immense, à tous les sens du mot) où l’on entendra la chaconne, à la fin de la deuxième partita, chaconne qui en fait partie mais qui déborde largement de son cadre (257 mesures. À elle seule elle dure aussi longtemps que les mouvements qui la précédent). Si j’ai déchiffré au piano l’intégralité des sonates et partitas, mais seulement déchiffré, j’ai joué la chaconne transcrite par Busoni, le genre de morceau qu’on n’oublie pas, qui s’installe définitivement en nous, pour la vie, et peut-être davantage. Quand elle arrive, cette Chaconne, on comprend que toute la partita en ré mineur y menait, que chacun des traits des mouvements précédents étaient conçus pour construire cette figure destinée à se graver en nous — visage superposé au nôtre. L’allemande, la courante, la sarabande et la gigue ne sont pourtant pas de simples hors-d’œuvre, loin de là. Passer progressivement de la ligne à l’architecture, de la ligne au volume, c’est ce que fait Bach, dans cette partita. L’allemande est promesse de polyphonie. Elle suggère plusieurs voix sans jamais les fixer. Elle annonce la tension entre le vertical et l’horizontal, à l’aide de grandes phrases, amples, qui développent déjà. La courante brise la ligne, la morcelle, la musique se disperse, devient centrifuge, mais l’énergie est formidable — il faudra la résoudre ; la continuité de l’allemande est mise à mal. La sarabande s’installe et annonce, suspend le temps, impose une verticalité hiératique, méditative, fait entendre des accords nus (accords-présence) entourés de béances, mais surtout elle pointe déjà très directement vers la chaconne, même mètre ternaire, écriture harmonique dense, esquisse déjà le lamento à la basse qui sous-tendra la soixantaine de variations du mouvement final. Les accords entendus à nu dans la sarabande seront dépliés dans la chaconne, on entendra la trace qu’ils laissent derrière eux. Les éléments du visage se précisent. La gigue, fugueuse, virtuose, rythmiquement complexe, agit comme un climax dynamique contenu, qui est paradoxalement une sorte de respiration avant l’immense souffle charnel de la chaconne. (Notons ici que la gigue est la manière “normale”, pour Bach, de terminer une suite. Sur 27 suites (dont les partitas) pour clavier, violon ou violoncelle, seules deux ne se terminent pas par une gigue.) Il y a autre chose : la chaconne est une forme à variations. En cela elle se rapproche bien d’un visage, dont chaque partie est une interprétation des autres. En outre, la chaconne est le seul morceau de la partita à posséder une section en majeur (la partie centrale). Elle est duale. Conserver au doute le double privilège de l’anxiété et du sourire… 

La chaconne résout, amplifie et transcende tout ce qui a été posé avant elle : la gravité, la polyphonie, le “rythme sarabande”, le lamento. On passe de la danse à la méditation philosophique, du portrait en deux dimensions au geste incarné, du particulier à l’universel. Elle prend le temps de réaliser les allusions (alluvions) qui étaient en germe dans les danses, de les rassembler, de les croiser, de laisser éclore leur vérité, en trois dimensions. On obtient le visage et ce qui l’anime, on l’entend penser et parler, il prend la place du nôtre. On se dit, comme pour ceux qu’on a côtoyés dans notre vie, sans les connaître vraiment : c’était donc ça, c’est cela, leur (ma) vérité, ce crâne, ces yeux, cette bouche, cette posture, cette voix ! Mais les quatre danses n’étaient pas pour autant des préludes décoratifs ; elles ont leur propre vérité. Sans elles, la chaconne perdrait de sa force tragique, on ne la comprendrait pas vraiment, elle resterait close sur elle-même. La Chaconne accomplit et libère l’œuvre entière. 


Mais voici que je retombe sur ces lignes : « Fiction d'un individu (quelque M. Teste à l'envers) qui abolirait en lui les barrières, les classes, les exclusions, non par syncrétisme, mais par simple débarras de ce vieux spectre : la contradiction logique ; qui mélangerait tous les langages, fussent-ils réputés incompatibles ; qui supporterait, muet, toutes les accusations d'illogisme, d'infidélité ; qui resterait impassible devant l'ironie socratique (amener l'autre au suprême opprobre : se contredire) et la terreur légale (combien de preuves pénales fondées sur une psychologie de l'unité !). »

Combien de preuves pénales fondées sur une psychologie de l'unité… Eh oui ! J’y pense avec le fond médiatique de la polémique Grasset. Combien, parmi tous les signataires démissionnaires, auront signé parce qu’ils n’auront pas osé refuser de le faire ? Je dirais, à vue de nez, un bon tiers ; mais ils ne l’avoueront jamais, bien sûr. Joli jeu de dupes sur fond de pseudo morale épaisse et binaire. La terreur n’est pas légale (encore qu’elle puisse vite le devenir), mais moralo-politique. Toujours le même vieux chantage tribal. Si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous, et te mets donc en dehors de l’humanité ; mais surtout en dehors du circuit, des vitrines et des à-valoir. L’humanité, elle, se porte très bien sans vous, mais vous ne le savez pas. Vous l’avez oublié.


Lundi 20 avril au matin, réveillé à cinq heures, perclus de douleurs et d’angoisse. Avalé en urgence anxiolytiques et somnifères, et rendormi jusqu’à… neuf heures du soir. Il y a bien longtemps que je n’avais pas dormi si longtemps, d’autant plus que je me suis rendormi vers dix heures pour ne me réveiller qu’à six heures du matin, mardi. J’ai dû vérifier plusieurs fois que nous étions bien mardi, je ne me souvenais plus de rien, et la date me paraissait comique, difficile à avaler. Que s’est-il passé durant ce lundi ? Aucune idée. Ah si, j’ai rêvé, j’ai beaucoup rêvé. Le monde a continué à tourner, j’imagine. Netanyahu Trump Poutine Macron Rima à rien Facebook en ébullition selfies ça déborde pédophilie-partout apocalypse au seuil femmes victimes injures blagues vaseuses répétitions la routine quoi. On m’écrit, lundi soir : « Une journée sans ? ». C’est plutôt : sans une journée. Un jour disparu. Retrait. Dieu a dit : cette journée est inutile, barrons-là. Merci. Tout irait bien si je n’étais pas tombé à peine très mal réveillé sur le début d’un entretien donné par Renaud Camus à Causeur. En trois paragraphes ils ont réussi à me mettre d’humeur exécrable, ces cons (je parle des journalistes, bien sûr). Et ils s’y sont mis à trois : Elisabeth Lévy, Jean-Baptiste Roques et Jonathan Siksou ! Pouah ! Il devrait s’estimer heureux, le pauvre reclus du Gers, le peintre du dimanche, de n’être pas traité de pire-qu’Hitler, d’écrivain-médiocre et de déchet-sénile, il devrait remercier à plat ventre, leur envoyer des chocolats ou des bonbons, des lys blancs, leur écrire une ode en alexandrins ! Eugénie Bastié a dit un mot gentil, Finkielkraut un mot élogieux, Machin a évité de justesse de l’insulter, que demande-t-il encore, ce vieil ingrat ? Il n’est pas en prison, il devrait aller à genoux à Compostelle pour expier sa Faute, mais ça ne suffirait pas encore. Connards. Pour qui se prennent-ils, ces sales morveux ? Ils ont la Tribune, ils ont les colonnes, ils tiennent le crachoir, ils passent à la télé, à la radio, ils nous expliquent le monde. Sans eux nous serions des ânes devant un aquarium. On devrait leur élever des chapelles ardentes — ce que je suis en train de faire. 

Avec Renaud Camus, nous sommes devant une question qui n’a aucune réponse. Tous veulent le situer, lui assigner une place politique, une place morale, une place sociale. Où est-il, depuis quel habitus parle-t-il, depuis quelle classe, quelle idéologie, quelle fortune. Ça leur évite de le lire. Ils le déchiffrent, ils l’expliquent, ils l’analysent, ils le commentent, au lieu de le lire, tout simplement de le lire, comme on le fait avec un écrivain. Comme on doit le faire avec un écrivain. C’est peut-être parce qu’il n’en reste plus aucun, d’écrivain. Alors on ne sait plus comment faire avec les très rares qui n’ont pas été éteints ou pourris par le journalisme qui pue, par la paraphrase et la blague, par l’ignorance évangélique, autrement nommée Information, par tout le Blabla surinformé et ronronnant. Ceux qui n’écrivent pas en fonction de leur passage à la télé ou chez Lapérouse sont tolérés (pas tous), mais ne servent à rien. Le Pitch, dirait Ardisson ? Ça parle de quoi, vot’bouquin ? Ça raconte quoi ? On peut en faire un truc qui va faire causer ? Non ? alors bonsoir. J’en reviens toujours là, je sais, je radote, mais qui a lu les Vaisseaux Brûlés, de Camus ? On est combien ? Quatre, cinq ? Allez, soyons fous, dix, quinze ? Bastié n’a pas le temps. À Causeur, ils causent de choses sérieuses, ils débattent, ils s’opposent, ils ont une place à tenir, ils ont des lecteurs, eux, des fidèles, des followers, des abonnés, ils invitent des Académiciens, des qui ont eu des prix, au moins. Allez, j’avoue, je leur ai envoyé un papier, une fois. Même pas une réponse. Poubelle, direct. C’est qui, lui ? Qu’est-ce qu’il veut ? Il se prend pour qui ? Ah, tout s’explique. Donc, vous êtes aigri, c’est ça ? Parce qu’on vous a refusé ? Un autre fois (j’avoue tout, aujourd’hui), c’est l’Incorrect qui m’avait demandé s’ils pouvaient publier un texte que j’avais écrit. J’ai dit oui, pourquoi pas, mais vous payez combien ? Merci, au revoir. Je suis naïf, moi, je croyais que ce qu’on faisait était un travail. Mais non, Ducon, tu n’y es pas du tout, tu écris juste pour la gloire, tu savais pas ? Pour t’amuser. Pour tuer le temps. Tu voudrais EN PLUS être payé ? Pauvre fou. Comment ça, tu as besoin d’argent pour vivre ? Mais quelle faute de goût ! Les prolos, c’est à l’usine, qu’ils vont, pas dans la presse, pas dans les maisons d’édition. Regarde, pauvre cloche, ceux de Grasset. Apprends. Eux, ils savent comment ça marche. La Tribune, toujours. 


Où en étais-je ? À la troisième sonate en ut majeur, la BWV 1005, l’adagio d’ouverture, dont, depuis l’enfance, je guette les notes répétées jusqu’au délire, les notes appuyées, enfoncées dans la poitrine. Les mouvements contraires, le balancement, les dissonances ahurissantes posément exposées, tranquillement, lentement, qui donnent à la musique une densité simple, charnelle, douloureuse mais ordinaire ; c’est le corps, ici, qui parle, c’est la chair qui s’exprime, avec son vocabulaire étrange à force d’être élémentaire, viscéral. On le connaît mais on ne l’écoute jamais. Et puis, à la fin, les trois dernières mesures, enfin mélodiques, délivrées : do-mi-la-do-si-la ré-si-la-sol-la-sol-do-mi-fa#-do-la-do Si, le repos (momentané) sur la dominante. 


Il paraît qu’on peut se coller jusqu’à six patchs par nuit, mais pour nous les hommes se pose un problème de surface : où les coller, car il faut des zones sans poils ! J’aimerais bien arrêter les somnifères. Vous saurez tout, tout, tout. On ne vous épargnera ni l’anxiété ni le sourire, ni l’aigreur. VOUS N'AUREZ PAS MON UNITÉ MORALE.

mercredi 31 août 2022

Et l'aigreur ne suffit pas à combler les trous

Ils suivent un ordre chronologique, et pourtant décousu, puisqu’ils sont animés par les caprices de la mémoire, « cette chose diabolique et vicieuse, en même temps que le plus délicieux des poisons ». Manifestant un rejet du monde moderne, ils produisent sur le lecteur un effet indéniable d’exotisme, souvent cocasse (« J’ai connu l’époque où les promoteurs envoyaient des types casser les chiottes communs dans les immeubles »). On y croise Glyne, la tante de l’auteur, et des quartiers, la place des Vosges, des musiciens, des femmes, l’érotisme diffus qui fut propre aux grandes villes, et des réflexions sur l’évolution de la capitale.

On lira notamment de belles pages sur la figure de la bourgeoisie provinciale, touchante, naïve et empruntée, comme on ne la rencontre plus guère. Ainsi, la mère de l’auteur voit les ouvriers, dans sa petite ville, comme « des individus » ; à Paris, ils sont « une armée ». De la même façon, elle porte en semaine des fourrures qu’elle n’aurait pas portées chez elle. Plus généralement, c’est la figure de l’artiste de province qui passionne le lecteur. On a presque oublié l’aimant que constituait la capitale pour les jeunes gens ambitieux, ou seulement curieux. Ils s’y trouvaient mêlés à un monde infiniment plus riche et excitant que ce qu’ils avaient connu. L’indifférence, l’anonymat, la foule, la vitesse, que, revenus chez eux, ils prétendaient détester, constituaient au contraire « un plaisir inconnu qui les gris[ait] et dont peut-être ils [avaient] peur ». Aussitôt revenus dans leur petite ville, la sensation d’étouffement les reprenait en effet. (On recommande particulièrement le chapitre sur la « distance », « cette impression singulière », qui distinguait Paris de la province, non « pas seulement une matière temporelle », mais « une doctrine de l’espace ».)

Que trouvait-on à Paris d’exaltant ? La richesse artistique et culturelle, bien sûr, mais surtout la liberté, la surprise des rencontres et la possibilité des amours. C’est ce que l’auteur resserre dans une belle formule : Paris permettait d’« embrasser la carrière de l’occasion ». Chaque jour, au réveil, on se disait : « C’est sans doute pour aujourd’hui. Quoi ? On ne le sa[va]it pas, et c’est pour cette raison qu’on [voulait] être là, être près de l’occasion, être dans le cercle magique des heures qui les contient toutes. »

Il y avait la flânerie aussi (« Errer est humain, disait Victor Hugo, flâner est parisien »), morte, remplacée par la visite : il n’y a plus de province, il n’y a plus de flâneurs, il y a des TGV et des touristes. Paris, en général, est mort, dit l’auteur, non sans amertume. Tout y « est faux, bavard, folklorique au plus mauvais sens du terme, sous verre, sauf la violence qui elle est bien réelle », une ville pour « amateurs de Fred Vargas et de John Adams ». Il date de la guerre dans l’ancienne Yougoslavie la fin du Paris qu’il a connu, « comme si ce qui se passait à l’est de l’Europe avait sournoisement donné le coup de grâce à l’Europe de l’ouest […], comme si Sarajevo avait poussé Paris hors de l’histoire ». C’est ici, d’ailleurs, que l’on aurait aimé que l’auteur s’explique : ses intuitions s’arrêtent parfois trop brutalement, et l’aigreur ne suffit pas à combler les trous. C’est aussi la limite de ce type de livre, constitué de textes épars, qui auraient gagné à être agencés et approfondis, pour mieux servir des pages souvent singulières, toujours remarquables.

 Raphaëlle Dos Santos, dans Culture 31



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lundi 22 février 2016

Faites entrer l'enculé !


Qui a tué Philippe Gletty ? Sa femme, pour éviter le divorce ? L'ex-mari de sa femme, pour se venger ? Son ex-épouse, qu'il avait mise sur la paille ? Ou encore sa secrétaire, qui travaillait jusqu'à l'épuisement ? À moins que ça ne soit sa femme de ménage, qui avait parfois ses faveurs ? Qui a tué ce chef d'entreprise, adoré de tous ses salariés ? Philippe Gletty aimait les belles voitures et les jolies femmes. Peut-être trop…

27 février 2012, dans le massif du Pilat, près de Saint-Étienne. C'est là qu'habite la famille Gletty. Philippe, chef d'entreprise, Stéphanie, cadre dans une banque, et ses deux enfants. 

« C'est un lundi. Comme tous les lundis, je ne travaille pas, je suis à la maison, Philippe part au travail, comme chaque fois, vers huit heures, huit heures et demie, il dépose mes enfants au passage, puisque ça me permet de rester tranquille, et puis il va faire un tour sur le chantier de Farnay, puisqu'on a encore des artisans qui travaillent, on est à un mois de la résidence, donc il y en encore pas mal de choses à piloter. »

Ce chantier, c'est celui de leur future maison, une grande villa qui dominera la vallée du Giez, le grand projet de Philippe Gletty en ce début d'année. 

« Moi je fais mes petites affaires, mes courses, mon petit bazar, de mon côté, on s'envoie énormément de textos dans la journée, parce qu'on est comme ça, on vit à travers nos textos et nos téléphones. Donc il me tient au courant, il m'envoie une photo du palmier qui était planté le matin même. Et le dernier texto, je le reçois à onze heures et demie, où je lui signifie que je rentre à la maison pour préparer le repas et il me dit : OK, bisous, à tout à l'heure. J'attends ; midi, midi et demie, c'est pas tellement les habitudes de mon époux de pas rentrer à l'heure, et surtout de ne pas me prévenir… »

Les heures de l'après-midi s'égrènent. Mais le mari de Stéphanie ne donne aucune nouvelle. Et au dîner, toujours rien… Vers vingt-deux heures trente, Stéphanie Gletty se décide à appeler la gendarmerie de Saint-Paul-en-Jarret. 

« Sachant qu'elle n'est pas particulièrement affolée, puisqu'elle-même dira à ce moment que son mari, par le passé, a pu prendre un peu de recul, dans des moments où il avait beaucoup de travail… »

« C'est possible, mon mari avait une fois pris sa voiture et roulé toute la nuit parce que ça n'allait pas, le burn-out total, il n'y arrivait plus, il m'avait dit : "je pars"… Je sais qu'il faisait des kilomètres, dans ces cas-là, il roulait, il roulait, il se vidait la tête. »

« L'opérateur, à ce moment-là, l'informe que son mari — à sa connaissance — n'a pas été hospitalisé, ou n'a pas fait l'objet d'un accident et d'une intervention de notre part. »

Pas d'accident, Stéphanie Gletty est au moins rassurée sur ce point. Mais, le lendemain, son mari ne rentre toujours pas. Vers dix-sept heures trente, elle rappelle donc la gendarmerie. 

« Cette fois, on lui demande des éléments de signalement beaucoup plus précis, concernant son véhicule, parce qu'il utilise un véhicule Audi Q7. »

« On sait, par madame Gletty, qu'il a un système de positionnement GPS de l'entreprise Cobra. »

Un système antivol qui équipe le puissant 4x4 de Philippe Gletty. 

« La personne de l'entreprise nous indique que le véhicule est stationné à la Terrasse sur D'Orlay, place des Artisans Boulangers, depuis le lundi 27 février 2012 à onze heures vingt. »

Garé à dix kilomètres de la maison des Gletty, le 4x4 n'a donc pas bougé depuis la veille. Les gendarmes demandent à Stéphanie de les rejoindre avec le double des clefs. Dans la voiture, rien à signaler. 

« À ce moment-là, mon collègue lui demande si Philippe Gletty a des tendances suicidaires, ou s'il a des problèmes quelconques, et lui demande également si Philippe Gletty détient une arme à feu. » 

« Le suicide, j'y pense, je me dis il a pu avoir un moment de gros gros blues, mais pourquoi là ? Il n'avait pas le profil le matin même. C'est vrai que quelqu'un qui se suicide il est quand-même dans un état un peu léthargique, il n'envoie pas une photo de palmier, voilà, il y avait quelque chose qui n'allait pas très très bien. »

Les gendarmes veulent vérifier tout de même. Philippe Gletty a pu se garer et s'éloigner un peu pour mettre fin à ses jours. Il y a un barrage au-dessus du village, où plusieurs personnes se sont déjà suicidées. Mais ces premières recherches de nuit ne donnent rien. Les gendarmes regagnent le parking quand Stéphanie leur confie un souvenir intéressant. 

« Je connais très bien la Terrasse sur D'Orlay, parce que j'ai quand-même été sa maîtresse pendant des années et je sais que c'est le point de chute où on laissait nos véhicules, pour se sécuriser. »

« Ça peut être une escapade amoureuse, effectivement, ça peut être aussi le fait de rencontrer un intermédiaire, dans le cadre d'une affaire, pourquoi pas, financière… Toutefois, ça n'explique pas qu'il ne soit pas revenu et c'est en cela que ça reste très inquiétant. »

« Là mon mari il a dû partir. Il a rencontré quelqu'un… C'est étonnant qu'il ne prévienne pas sa mère, mais… il a dû partir. Les gendarmes m'incitent à penser ça en tout cas. Ils me disent, Madame, vous n'êtes pas la première qu'un homme quitte et puis ça peut arriver, on ne va pas déclencher non plus une alerte particulière, votre mari a dû partir avec une autre femme. »

Mais les heures passent encore et Stéphanie Gletty se ressaisit. 

« Ce n'est pas possible. Il a des médicaments. Il est obligé de prendre ces médicaments. Il n'a pas pris sa sacoche. Il n'a pas d'argent. Je ne vois pas de mouvements sur son compte en banque, je sais qu'il avait assez peu de liquidités sur lui. Il n'est pas parti avec son véhicule. Ça ne ressemble pas à mon mari. C'est sûr. »

Un chef d'entreprise qui disparaît comme ça, en laissant femme et enfants sans nouvelles, la situation est suffisamment préoccupante pour qu'au troisième jour le procureur de Saint-Étienne ouvre une information pour "disparition inquiétante". Les gendarmes de Saint-Paul-en-Jarret se rendent au siège de Princeps-Alu, la société de Philippe Gletty, une usine de portes et fenêtres en aluminium. 

« Il était là tous les jours, oui, bien sûr. On a commencé à se poser des questions, au bout du deuxième, au bout du troisième, oui, il n'y avait plus de problèmes, Philippe était disparu. »

« L'ambiance est pesante et elle est difficile, dans le sens où il y a une quarantaine d'employés. Philippe Gletty est estimé, donc tout le monde s'inquiète fortement de sa disparition, d'autant que personne n'apporte d'explications. »

Les gendarmes reprennent donc l'emploi du temps du chef d'entreprise, ce lundi 27 février. Philippe Gletty est arrivé vers neuf heures, chez Princeps-Alu. 

« Tous les matins, en arrivant, il faisait le tour de l'entreprise, complet, et il venait saluer… tout le monde. Que ça soit dans l'atelier, dans les bureaux, mais il venait saluer… tout le monde. »

Vers dix heures trente, il a passé un coup de fil important à un ami, lui aussi chef d'entreprise dans la région.

« Il m'appelait pour un renseignement purement professionnel, pour une affaire à Montpellier, avec un grand groupe de la construction que je connais bien, puisque j'y ai travaillé. Il a toujours été à la recherche de conseils, il n'hésitait pas, on s'appelait, il disait ben tiens, là-dessus, comment tu fais… Je l'ai trouvé comme d'habitude, tout à fait naturel, et il n'y avait pas de choses particulières dans ses propos. On se sépare et on se souhaite une bonne semaine, puisque il était rare les semaines que je ne l'avais pas une fois au téléphone, donc, voilà. » 

En poursuivant leurs auditions dans l'atelier, les gendarmes identifient le dernier employé qui a eu un contact direct avec le patron. 

« Sur les coups de onze heures, il est interpellé par un de ses employés, M. Bonnet, un métreur, qui lui demande de rappeler un client concernant un métrage pour un chantier en cours sur l'agglomération lyonnaise. »

« Pensant que Philippe était dans son bureau il n'y était pas et il était en train de partir. Donc je suis descendu au rez-de-chaussée, Philippe était là encore, je lui ai donné le post-it en lui disant il faut que tu rappelles cette personne là parce que bon effectivement il voulait discuter avec toi mais à priori on aura le chantier. Il m'a dit il n'y a pas de problèmes je le rappelle sur la route parce qu'il partait. »

« Il va quitter l'entreprise de manière on va dire presque précipitée aux alentours de onze heures, selon les différents témoins. Personne ne sait où il va effectivement, ni même Mme Beau, ou en tout cas l'ensemble du personnel administratif qui le côtoie au quotidien. »

Bettina Beau c'est la plus proche collaboratrice de Philippe Gletty, la secrétaire de direction, celle qui sait tout sur tout…

(…)

dimanche 30 août 2015

L'Émission !


Alors j'ai envie de dire que ça fait plaisir de vous voir sourire ! Chers auditeurs, j'ai en face de moi Adolf H, Mao T-T, Joseph S, et Pol P, eh oui, rien que ça, et je peux vous dire que ça va donner une émission de folie ! [Applaudissements] Comment allez-vous, Messieurs ? Tiens, si l'on commençait par Adolf (vous permettez que je vous appelle Adolf ?), j'ai envie de commencer par Adolf, parce qu'on peut dire que vous revenez de loin, vous ! Racontez-nous un peu, Adolf ! Vous n'êtes pas sans savoir qu'on a raconté énormément de choses sur vous ; pourriez-vous nous donner votre version des faits ? Où étiez-vous passé, depuis tout ce temps ? On a dit tellement de choses, tout et son contraire, à votre sujet, que vous étiez mort, suicidé, assassiné, enfui en Amérique du sud, que vous vous étiez fait refaire le portrait, etc. Allez-y, j'imagine que vous avez beaucoup de choses à nous raconter ! Nous sommes en direct, donc rien de ce que vous direz ne sera coupé au montage, et l'audience dépasse tout ce qu'on a connu jusqu'à présent, alors je n'aurai qu'un mot : lâchez-vous ! Qu'on apporte un verre d'eau à Adolf, s'il vous paît. Non, non, s'il vous plaît, Pol, attendez, attendez je vous prie, votre tour va venir très vite, je vous le promets. Oui, nous comprenons tous que vous avez beaucoup de choses à dire, que vous voulez rectifier les erreurs manifestes que les historiens ont commises à votre propos, mais je vous assure, nous allons prendre notre temps, et vous aurez tout le temps qu'il vous faut pour vous exprimer. Je vous en donne ma parole de journaliste. Prenez exemple sur Mao, regardez comme il est patient, calme, pondéré, allez, calmez-vous, tout va bien se passer. Pourtant, vous les Asiatiques, on dit que vous êtes sages, hein, mais ma parole, on dirait bien qu'il y a de sacrées différences entre le Cambodge et la Chine. Allez, Adolf est prêt, laissons-le s'exprimer, c'est tout de même le principal accusé, enfin, présumé coupable, ici, il faut bien commencer par quelqu'un, après tout. Non, Joseph, non, vous n'allez pas vous y mettre vous aussi, remettez votre oreillette je vous en prie, je ne comprends pas le russe. Apportez une vodka à Joseph, Mylène, s'il vous plaît. Allez, on écoute Adolf, un peu de discipline, Messieurs ! S'il vous plaît !

— …

— Prenez tout votre temps, je ne vous interromprai pas. Je vous laisse parler à votre guise. Vous êtes ici chez vous. 

(…)

lundi 6 avril 2015

Les Prêtres


C'est presque trop beau. La RATP (Religion d'Amour, de Tolérance et de Paix, comme chacun sait) ne veut pas faire de publicité pour un « concert des "Prêtres" » ou, pour être précis, elle veut bien en faire, de la publicité, mais à ses conditions. (Elle ne veut pas importuner ses clients, la RATP, quoi de plus normal, pour qui prône la soumission ?)

Et tout le monde de s'émouvoir de cette chose horrible, bien entendu. Personne ne semble se poser la moindre question sur ce que peut bien signifier la formule « Un concert des Prêtres ». Un "concert" ? Par des "prêtres" ? Imaginons un instant que je veuille faire de la publicité pour « Un concert de fourmis géantes ». J'aurais sans doute un peu de mal, et personne ne se mobiliserait pour défendre ma cause. C'est affreux. Je gueulerais tout seul dans mon coin pendant que vous serez tous à vous envoyer du gigot d'agneau australien et des profiteroles des Landes. 

La vie est injuste. 

mardi 25 novembre 2014

Les Professionnels du simulacre


Il voit ce cameraman tchétchène qui filme une scène de guerre très violente. Il dit au cameraman : « Tu sais que tu as laissé le cache sur l'objectif ? » Le caremaman lui répond qu'il le sait. « Mais tu sais que tu n'auras aucune image, tu ne filmes rien ! » Le cameraman lui répond qu'il le sait, et ajoute qu'il n'a pas non plus de batterie dans la caméra, ni de cassette pour enregistrer les images. L'autre lui demande alors pourquoi il filme, ce qu'il fait avec cette caméra. Le cameraman répond que c'est son métier de filmer. 

Cette anecdote — authentique — montre que les professionnels font leur métier, ne peuvent pas et ne veulent pas s'empêcher de faire leur métier, même quand il savent parfaitement que ce qu'ils font ne sert à rien, et même, pourrait-on dire, que ce qu'ils font n'existe pas, n'a aucune réalité, qu'est qu'un leurre.

La police des pays européens se trouve exactement dans la même situation. Si ce n'est pas la seule profession vidée de son sens, c'est sans doute au sein de celle-ci que ce phénomène est le plus patent. Le monde réel s'est tellement éloigné de nous qu'il n'existe plus qu'à l'état de souvenir ou de spectacle.

La brutalité sans nom de la guerre à une extrémité, et à l'autre le simulacre, la parodie. La réalité de la violence quotidienne dans nos sociétés, et, simultanément, sa non-représentation représentée. Tout se passe comme si l'on montrait des professionnels en train de filmer une "réalité" éviscérée, sans caméra, sans batterie et sans cassette. Nous ne sommes plus à l'ère du refoulement mais à celle de la forclusion. Le réel ne fait retour qu'à l'état de délire.

Il existe, paraît-il, des professeurs de piano qui expliquent aux parents de leurs élèves qu'« un piano numérique c'est pareil qu'un piano ». Les parents, bien entendu, ne demandent qu'à être convaincus. Il y a trente ans, déjà, on savait bien, au fond, que la technologie serait l'ennemie irréductible de l'homme, mais on ne pouvait imaginer que la transformation nous conduirait si loin de nous-mêmes et qu'un jour, sans doute proche, il n'y aurait plus personne pour lui faire front.

vendredi 21 novembre 2014

Le cours de yoga raté de Sophie B-F


Il préfère laisser parler son bras. Un peu fermé, hein, Rodejeure ! C'est énorme. Même si, Djoko sera le premier… Imprimer de la vitesse. Ça lui échappe sur la deuxième. Un peu tôt pour se prononcer sur le physique. Les sensations sont là. Au bout de la raquette. Ça cogne ! Grosse première pour garder les commandes. Il montre beaucoup de bonnes choses. Ce soir vive la chanson française. Et Garou. Avec le Crédit mutuel. Ça vous dirait de prendre un café ? J'peux pas j'ai tennis. Pas mal de mouvements dans les tribunes. Bonne entame de match des deux côtés. Eh oui ça passe. Il doit beaucoup travailler, ça : tirer des deuxièmes passings. Pof. Pof. Pof. Pof. Il finit par plier. Rien à dire, aucun signe de perturbation. Il semble totalement rétabli. C'est long, c'est juste derrière. Situation intéressante pour Gaël, mais alors quel deuxième coup de raquette ! Agressif tout de suite il avance dans le cours, et ça raconte tout de suite, il prend toute l'énergie qu'il y a dans les tribunes. S'il-vous-plaît ! Il a parfaitement appliqué ce qu'il voulait faire. et finalement, ça l'a servi, ça l'a relâché d'avoir servi à 216. Merci ! Il peut se faire planter. Bien claqué ! 222 extérieur. Regardez comme il était prêt derrière son deuxième service. C'est pas encore complètement ça depuis le début du match. Bon retour. Ça lui permet de relancer. Il n'hésite pas à faire service-volée sur deuxième balle. Elle a pris la ligne, avec cette volée parfaitement déposée. Balle de debreak. Le retour, très agressif. Qu'est-ce que c'est bien servi ! Quelle précision ! Ça descend avec une régularité ! C'est resté un peu dans la raquette, là, côté coup-droit. Tut-tut-tut, Paf, tut-tut-tut ! C'est là où c'est compliqué. Avantage France. Il en manque un petit peu, là, mais c'était bien fait de la part de F. Important, ce jeu ! Paf : énorme première. Ça monte ça monte !

vendredi 5 septembre 2014

Cent Édentés grincent dedans la France et le Prince se pince…


Non, franchement, moi, la Trierweiler, je lui dis merci, mais alors pour un peu je l'embrasserais sur la bouche ! Autour de moi, j'en vois qui se prennent la tête entre les mains et qui reniflent à gros sanglots, qui se bouchent le nez et les artères, qui rasent les murs en pendouillant des babines, les cons. Quoi, ils ont honte ? Andouilles ! La politique avait foutu le camp depuis bientôt cinquante ans, la voilà qui revient, toute pimpante et hirsute, bien en chair et les bigoudis au vent, et ils se plaignent, les dingues ? Valérie, t'es tout simplement géniale ! Ah, fallait entendre la Ségolène chez Bourdin, obligée de prendre la défense de l'autre ahuri, alors qu'elle mourrait d'envie de passer la nuit avec la première Harpie de France à se taper des cocktails et des joints jusqu'à point d'heure. Il est fort, le Dodu pas sauvé des eaux. Il réussit à toutes les rassembler contre lui ; je donne pas six mois à la Julie pour rejoindre la meute. De toute façon, comme toujours dans ces cas-là, les soupiraux vont bientôt vomir les rescapés professionnels, et l'on verra de longues files de fuyards à la peau jaune et à l'haleine de chacal qui-auront-toujours-été-contre-Hollande mais qui ne pouvaient pas le dire

Le « sans dents », c'était le signal. Un coup de génie ! Même si elle n'avait trouvé que ça dans sa vie, la Trierweiler, ça la propulserait d'office an Panthéon des Sans-culottes post-historiques. Les Français vont l'adorer, elle va avoir sa chapelle, sa crème anti-rides, son parfum, son dentifrice, sa gamme de sous-vêtements, sa ligne de meubles pour la chambre à coucher, de lunettes de soleil, et sans doute plus mais je ne veux pas choquer le populo. Explosion de "Valérie" dans les déclarations d'état civil, Valérie repasse devant Fatima. Le "sans-dents" est un mot d'ordre, un mot de passe, et va évidemment avoir une gigantesque postérité. Peu importe que Hollande l'ait ou non prononcé, et peu importe même le sens exact que, s'il l'a prononcé, il donnait à cette expression hideuse, lui avoir placé ça dans les gencives suffit ; il est des formules qui font mouche, quand elles rencontrent un désir populaire qui ne trouvait pas jusqu'alors son condiment. Il peut se faire un sang d'encre, Dodu premier, ça oui, il peut se mettre au régime dès maintenant, et se faire saigner, car la morsure est mortelle ; elle lui a laissé une sangsue dans le verre à dents, Valérie, qu'il va avoir un peu de mal à avaler, à moins de la prendre avec un acide, et il n'en aura jamais le cran. Elle lui a farci le larynx pour dix ans, au Royal Dodu qui se prenait déjà pour le George Clooney de la Corrèze. C'est plus un autiste en majesté qu'on a à l'Élysée, c'est une eau triste comme un quai des brumes sans Michèle Morgan. À force de forcer sur l'autrisme, il a fini par se faire lessiver par ses lavandières très peu exotiques. Cécile, Delphine, Valérie, à qui le tour, petit Poulet ? Ah ben dis-donc ! il s'en souviendra, de son petit tour au sommet, l'arracheur de dents : il l'avait pas vu venir, le gros pétard à clous de la lavandière vexée, elle lui a mis une bonbonne du Butane sur les genoux, et elle va récolter les morcifs ; y en aura partout, ça va être un peu crade, mais ça va faire un joli feu d'artichauts devant.

La-fonction-présidentielle, qu'ils miaulent tous en remettant leur dentier ! C'te blague ! Mais ils ont pas vu qu'elle était partie aux chiottes comme un étron républicain, depuis Chirac au moins, la fonction-présidentielle ? Ça fait longtemps qu'elle a vécu, la pauvre fonction-présidentielle, que ça sent mauvais à trois kilomètres à la ronde, du côté de l'Élysée ! Je savais déjà que les Français étaient sourdingues, mais en plus ils ont le nez bouché. Manque plus qu'un petit glaucome des familles et l'affaire est dans le sac ! De toute manière, il fallait bien être sourd, aveugle et idiot pour mettre François Le Dernier sur le trône… Alors alors alors mais allons-y quoi, il le savait bien, qu'il s'agissait d'une farce, Caramel Premier ! Il paraît qu'il est très intelligent… On le renvoie dans sa chambre avec son pyjama qui se ferme dans le dos, on lui allume la télé, on lui met Fort Boyard, tiens, c'est bien Fort Boyard, on lui branche la perfusion, et on retourne regarder le match avec les copains. Enfin moi c'est comme ça que je vois les choses. Mais arrêtez donc de vous tordre les mains, ça ne pouvait pas durer toujours, la récré aux Pieds Nickelés ! Najatt Trucmuche et ses copines, elles ont bien un karaoké ou dans le genre, pour s'occuper, non ? Qu'est-ce qu'on aime les tragédies, par ici, c'en est cocasse à la fin ! Regardez bien une de ces photos officielles du gouvernement de Manu le Valseur, est-ce vous pouvez penser une minute qu'ils y croient, qu'ils pensent réellement être en charge de la France ? Sérieusement ? Moi je peux pas. Ils ont été recalés à Koh-Lanta, ou ils avaient pas leur vaccins, ou c'était pour faire plaisir à leurs vieilles tantes, c'est sûrement de cet ordre-là, faut pas chercher plus loin.

En France, on a eu des Sans-Culottes, des Sans-Papiers, des Sans-Domicile-Fixe, et, grâce à Mme Trierweiler, on apprend que la majorité d'entre nous, l'immense majorité, est désormais privée de dents. Moi je le savais déjà, mais on dirait que les autres l'apprennent seulement maintenant. De toute façon, on n'avait aucune intention de mordre la main qui nous nourrit, puisqu'elle ne nous nourrit plus depuis un certain temps, mais ils ont dû juger plus prudent de faire comme si on pouvait en avoir envie quand-même. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde fait mine d'en vouloir à notre président d'avoir dit une chose pareille ; il n'a fait qu'énoncer un truisme, après tout. Être édenté, c'est pas beau. Regardez Houellebecq et dites-moi si c'est joli… Bon, vraiment, y a pas de quoi s'énerver, je vous assure. Si Valérie a mangé le morceau c'est qu'elle a encore quelques dents, elle, ce qui lui permet de sourire sur les photos. C'est quand-même plus agréable qu'une qui devrait mettre la main devant sa bouche au moment où le photographe lui dit que le petit oiseau va sortir ! Nous on aime bien voir le petit oiseau sortir, ça nous donne des ailes et comme ça on a l'impression de faire partie de l'histoire ! D'ailleurs c'est vrai ! Écoutons je vous prie notre Royal Dodu : « Je suis au service des plus pauvres. » Ça on le sait bien. Ça ne ment pas, un intermittent de café théâtre, sauf quand ça croit dire la vérité ; et, de ce côté-là, on ne risque pas grand-chose. 

lundi 14 juillet 2014

14 juillet 14, les bonnes feuilles font les bons amis



« Un quinquennat, ça dure cinq ans. » 

« J'aime ces grands moments d'unité nationale. Ça me donne envie de faire de la politique. »

« C'est dur, ce métier. Mais je ne me plains pas. J'aurais aussi pu être facteur, ou masseur. »

« La reprise, elle est là. Je le sens. Il faut vouloir y croire, c'est tout. »

« Ce qui est difficile, quand on est à ma place, c'est qu'il faut toujours répondre au téléphone. Je préfère les textos. »

« Un de ces jours, je vais me mettre à la sculpture. Ou aux confitures. Quand je serai mûr. »

« Je sais ce que c'est que d'être au chômage. »

« Si je n'étais pas président de la République, je pourrais très bien être agriculteur, ou instituteur, ou encore pasteur. »

« Quand Julie m'a dit : "C'est toi !", j'ai tout de suite téléphoné à un ami. Il était content pour moi. »

« Il faut savoir partager. C'est pour ça que j'ai ma page Facebook. »

« Je crois qu'un jour, vous verrez, on comprendra. "Il a fait ce qu'il pouvait", dira-t-on alors de moi ! »

lundi 17 février 2014

Liber mirabilis


On ne fait pas assez le rapprochement entre la grande peste (1346-1350) et l'invention de l'imprimerie, exactement un siècle plus tard. C'est à ce moment-là que le monde est passé de la couleur (des couleurs) au noir et blanc. Imaginez un peu que les deux tiers de l'Europe soient décimés aujourd'hui. Mais je ne veux pas vous donner trop d'espoir, il faut rester raisonnable. C'est bien entendu exactement le contraire, à quoi nous assistons. Et, comme par hasard, cette explosion démographique et ces afflux massifs de populations ont lieu durant l'installation du nouveau paradigme, le Numérique. On n'imprime plus le texte, on le déprime. Le texte ne s'imprime plus dans l'esprit, il est là en creux, dorénavant, prêt à accueillir tout ce qui voudra bien se couler dans l'empreinte qu'il laisse dans la cire molle des cerveaux illettrés qui peuplent désormais la cité. On n'imprime plus, on s'exprime. Comment ne pas voir que le Numérique (le nombre…) est le canal historique de la démocratie terminale, de l'égalité prise à son propre piège, celui de l'Addition infinie, hors de toute humanité, quand les périodes de haute civilisation ont toujours été des moments de soustraction.

L'intime a été enfin éradiqué, comme le souhaitent toujours tous les révolutionnaires de toutes les époques. L'extime est désormais la nouvelle Loi (ou la nouvelle frontière, frontière à la façon bande de Mœbius), dont la plupart de mes contemporains raffolent. Il faut faire avec, il faut ruser, il faut retourner l'extime en intime et l'intime en extime, tout en proclamant le contraire du contraire. Échapper au projet moderne demande beaucoup d'opiniâtreté et d'indifférence, de patience et d'humour. 

La peste ou le choléra ? Eh bien, ma foi, pourquoi pas les deux ? Quand on voit la tête de fion de ceux qui vivent encore parmi les caractères de plomb, les Demorand et compagnie, on se dit qu'il ne faut pas y aller avec le dos de la cuillère. Libération porte bien son nom, d'ailleurs, car ce journal a en effet libéré l'extime, encore un peu souffreteux à l'époque de Sartre. Il aura fallu une bonne génération pour que l'extime s'exprime à plein régime, que le crime prenne l'aspect de la farce parfaite et farcie de bons sentiments égalitaires. Maintenant que l'affaire est dans le sac, ils vont jeter la clef, et on verra ce qu'on verra, c'est-à-dire rien du tout, car entretemps, tout le monde a cessé de voir et d'entendre, de savoir et de comprendre, ce qui était le but de l'entreprise. Libération est mort, vive Libération ! Il faut croire aux miracles. 

Vous sentez un nœud coulant autour de votre cou ? Mais non, voyons, c'est seulement votre nouvelle cravate ! Vous êtes très bien mis, regardez-vous dans la glace, on dirait un employé du gaz qui fait de l'aérophagie sans le savoir. Si l'odeur vous incommode, c'est que nous n'avons pas assez serré le nœud, c'est juste une question de réglage. Quand vous ne sentirez plus rien du tout, c'est que vous serez libre !

Amen.

samedi 17 août 2013

Les Dossiers de l'écran total



Les journalistes français sont épatants ! Ils ont un truc. Comme ils ne peuvent pas — et ne veulent pas — parler de ce qui intéresse la France et les Français, c'est-à-dire la France et les Français, ils ont inventé une sorte de pot commun où ils puisent leurs "sujets". Nous appellerons ce pot commun la Bourse

Voyons voir ce que nous avons ce soir à la Bourse. Alors, en tête de gondole, on a les printemps arabes (increvable, ça, et ça se décline dans toutes les saisons, un must !), la Syrie, un dérivé, mais qui se vend très bien, l'Afrique (ça aussi, c'est inépuisable, l'Afrique, c'est le sujet qui ne dort jamais, toujours frais, toujours dispo et qu'on peut accommoder de mille manières !). Au rayon produits de fête, vous avez l'Iran et la bombe, Poutine pas gentil, Chine & économie, Obama et les agents secrets. Évidemment, je ne vous parle pas d'Israël et Palestine, mais ça c'est du hors-catégorie, ça cartonne depuis cinquante ans que c'est presque une honte pour les autres ! Dans les intemporels, on a les salaires des patrons et des ministres, le trou de la Sécu (ça, c'est du classique, bien français, indémodable), la rentrée des classes, les défilés de mode, Johnny, les alertes sanitaires, le nucléaire, les violences faites aux femmes. Sinon, plus fun, vous avez les-sujets-de-société (gays, trans, piercings, échangisme, cellules-souches, clonage, animaux de compagnie, chirurgie esthétique, télé-réalité), le marché de l'art, les krachs boursiers, les marches silencieuses, les immatriculations, la courbe-du-chômage, les stars de la télé, l'antiracisme, les suicides dans l'entreprise, et, mais il ne faut pas en abuser, la recherche des criminels nazis. 

Écoutant régulièrement la radio, une radio du servispublik, je constate, et ce depuis vingt ans au moins, que nos journalistes français sont bien rodés, très bien, même. On nous les envie ! Ils ne dérapent quasi jamais, c'est des pros ! Manient le novlangue avec une virtuosité d'apparatchik élevé sous la mère, et n'abordent les sujets glissants qu'avec leurs patins anti-dérapant et leurs lunettes roses, comme on leur a appris à l'école de journalisme qui fait atelier d'écriture les jours impairs. Participent à tous les stages de citoyenneté citoyenne, mettent leurs enfants dans les écoles certifiées conformes, prennent leurs vacances ensemble, regardent les mêmes télévisions, écoutent les mêmes émissions, lisent les mêmes journaux, les mêmes livres, invitent les mêmes invités, cognent en rythme sur les mêmes sozis*, votent tous pareil. Non, rien à dire, ils ne risquent à peu près rien. Le journalisme-à-la-française, c'est exactement comme aux sports d'hiver. Tout le monde sur la même piste, on descend, et arrivé en bas, on remonte, puis on redescend, etc. Pas dans la poudreuse, Mimile, ça fait combien de fois qu'on te le dit ! Tu restes dans les traces, bordel !

Chaque jour la Syrie, chaque jour l'Afrique, chaque jour l'Égypte, et on recommence, chaque jour, chaque jour, et on recommence, et chaque recommence on jour et la Syrie et l'Égypte et chaque jour l'Afrique, là-bas, là-bas, les autres, on recommence, les autres là-bas, DaCapo. C'est le rap(t) de l'info. On a steevereichisé l'info, on l'a philglassisé, on l'a terryryleysé ! FeedBack in the USSR, comme auraient dit les Beatles. Da Capo sur mon bidet ! C'est la grande Chaconne qui n'en finit plus de chaconner ! Au secours, lâchez-nous un peu la grappe, on n'en peut plus de vos zinfos !

Je me dis de plus en plus qu'on supprimerait — du jour au lendemain, sans prévenir, sans s'excuser, sans pleurnicher, paf ! — la télé et la radio, et quelques journaux (le Monde, Libération, l'Express, le Nouvel Observateur, ça suffit…), les Français seraient dans la rue demain matin. Ils se frotteraient un peu les yeux (le réel, ça pique !), ils tousseraient bien un peu quelques jours, ils auraient un peu d'eczéma, certains auraient des insomnies, d'autres des douleurs en allant aux toilettes, d'autres encore des crises de larmes inexplicables, il y aurait quelques suicides (mais pas tellement plus que d'habitude), mais je vous jure qu'ils seraient dans la rue la semaine prochaine et que les journalistes seraient déjà loin, accompagnés de leurs copains les-politiques. Le parti dévot prendrait l'avion en masse, comme si quelqu'un de très important leur avait payé à tous des vacances de rêve, très loin, au soleil, et qu'ils ne pouvaient décidément pas rater une occasion pareille ! Ce serait le Grand Déplacement. 

On parle de "la charge du réel", mais on oublie de parler de "la décharge du réel". Pas besoin de grands meetings, de grands colloques, de grande campagne de France, de réseaux sociaux en ébullition, de distributions de tracts et de porte-à-porte militant, non, croyez-moi, coupez, coupons le robinet du journalisme-à-la-française, et vous allez voir les Français se réveiller d'un coup comme d'une trop longue sieste un peu comateuse ! Le Réel va décharger un bon coup, sans déconner ! Here comes everybody ! C'est par où la brioche ?

(*) Pour l'explication de ce mot de "sozi", allez lire un peu Robert Redeker, plutôt que de vous jeter sur Wikipedia, ça ne vous fera pas de mal. 

mardi 14 août 2012

Tension


Le titre de la Dépêche : « Tensions dans les quartiers sud de Toulouse ». "Tensions", c'est pas beau, ça ? Tiens, ça me fait penser qu'il faut que je prenne mon Jihad artériel, ce matin !

dimanche 29 juillet 2012

Shoot 2


Répétez après Georges :


A l’heure où la crise économique révèle une crise politique, sociale, humaine, spirituelle qui frappe les plus fragiles, bien jouer du violoncelle dans une luxueuse tour d’ivoire ne suffit plus. Ophélie Gaillard l’a bien compris et, armée de ses deux violoncelles (un sur le dos, le Goffriler monté avec des cordes en boyau pour le répertoire baroque, et un dans la main droite, un instrument français monté avec des cordes en métal pour le reste) ce petit bout de jeune femme aux bras d’acier paye de sa personne dans des centres culturels et des école de la Seine Saint-Denis (93). Pour que “les loups n’entrent pas dans Paris (magnifique chanson de Serge Reggiani), il suffit pour cela d’un peu de courage, d’imagination et de fraternité. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi dans les grandes salles et les festivals prestigieux. Tout ne peut pas venir d’en haut, c’est-à-dire de l’Etat, chacun peut à sa manière y mettre un peu du sien.

A l’heure où la crise économique révèle une crise politique, sociale, humaine, spirituelle qui frappe les plus fragiles, bien jouer du violoncelle dans une luxueuse tour d’ivoire ne suffit plus. Ophélie Gaillard l’a bien compris et, armée de ses deux violoncelles (un sur le dos, le Goffriler monté avec des cordes en boyau pour le répertoire baroque, et un dans la main droite, un instrument français monté avec des cordes en métal pour le reste) ce petit bout de jeune femme aux bras d’acier paye de sa personne dans des centres culturels et des école de la Seine Saint-Denis (93). Pour que “les loups n’entrent pas dans Paris (magnifique chanson de Serge Reggiani), il suffit pour cela d’un peu de courage, d’imagination et de fraternité. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi dans les grandes salles et les festivals prestigieux. Tout ne peut pas venir d’en haut, c’est-à-dire de l’Etat, chacun peut à sa manière y mettre un peu du sien.

A l’heure où la crise économique révèle une crise politique, sociale, humaine, spirituelle qui frappe les plus fragiles, bien jouer du violoncelle dans une luxueuse tour d’ivoire ne suffit plus. Ophélie Gaillard l’a bien compris et, armée de ses deux violoncelles (un sur le dos, le Goffriler monté avec des cordes en boyau pour le répertoire baroque, et un dans la main droite, un instrument français monté avec des cordes en métal pour le reste) ce petit bout de jeune femme aux bras d’acier paye de sa personne dans des centres culturels et des école de la Seine Saint-Denis (93). Pour que “les loups n’entrent pas dans Paris (magnifique chanson de Serge Reggiani), il suffit pour cela d’un peu de courage, d’imagination et de fraternité. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi dans les grandes salles et les festivals prestigieux. Tout ne peut pas venir d’en haut, c’est-à-dire de l’Etat, chacun peut à sa manière y mettre un peu du sien.

A l’heure où la crise économique révèle une crise politique, sociale, humaine, spirituelle qui frappe les plus fragiles, bien jouer du violoncelle dans une luxueuse tour d’ivoire ne suffit plus. Ophélie Gaillard l’a bien compris et, armée de ses deux violoncelles (un sur le dos, le Goffriler monté avec des cordes en boyau pour le répertoire baroque, et un dans la main droite, un instrument français monté avec des cordes en métal pour le reste) ce petit bout de jeune femme aux bras d’acier paye de sa personne dans des centres culturels et des école de la Seine Saint-Denis (93). Pour que “les loups n’entrent pas dans Paris (magnifique chanson de Serge Reggiani), il suffit pour cela d’un peu de courage, d’imagination et de fraternité. Ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi dans les grandes salles et les festivals prestigieux. Tout ne peut pas venir d’en haut, c’est-à-dire de l’Etat, chacun peut à sa manière y mettre un peu du sien.


DC ad infinitum

vendredi 18 mai 2012

Délivrance




"Soyez un homme de votre temps, achetez votre mauvaise conscience !" Mais pas n'importe laquelle, s'il vous plaît ! Achetez la Mauvaise conscience de Georges, achetez de la mauvaise conscience de qualité ! Durable, équitable, ne polluant que ceux qui l'ont mérité, elle est fabriquée selon les normes les plus exigeantes, par de vieux héritiers blancs ayant eu de la famille dans le gouvernement du maréchal Pétain et qui vont à Canossa sur les genoux en passant par Damas. Nos stocks ne sont pas inépuisables, la machine tourne à plein régime, les prix vont grimper, ils grimpent déjà !

À propos de conscience, Georges annonce officiellement qu'il augmente de trois cent trente pour cent son propre salaire mensuel, à compter d'aujourd'hui. Le but avoué de cette manœuvre est d'être plus riche que Cécile Duflot. Sans doute alors voudra-t-elle bien considérer la proposition de Georges de la prendre en levrette, la fenêtre ouverte sur les lavandes et le seringa. Alors, tandis qu'elle jouira bruyamment en affolant les vaches alentour, il lui récitera du Pindare en la fessant violemment. L'Orgasme de Fessenheim, rien de moins, cœur fondu et réactions en chaîne : les digues vont lâcher, les dogues se lâcher, le grand orgue en introduction, le philharmonique avant le dessert, et, en trou normand, un coup de bugle dans le vestibule. Il faut donner l'exemple, Cécile ! L'hémisphère sud qui l'exige le mérite amplement. 

Georges demande en outre à Ségolène d'arrêter d'appeler. Elle occupe la ligne alors qu'on attend des coups de téléphone importants. Sois raisonnable, Ségolène ! Il y a un temps pour tout ! Concentre-toi dès aujourd'hui sur 2017, tu verras qu'ainsi tu penseras moins à Georges. Ça passera, ça passera, comme tout finit par passer. Tante Glyne me le disait il y a déjà longtemps : "On se lasse de tout, mon Fifi, même des meilleures choses !" Ségolène, je te le dis tout net : à mon âge, on ne court pas deux lièvres à la fois, et au tien on doit manger de la viande. C'est ta dernière ligne droite avant la sortie de route, ne gâche pas tes chances pour la France pour un coup de chalumeau de trop ! Il a réussi ; pourquoi pas toi ? Tu ne me remercieras pas mais j'ai le sens du devoir et l'instinct des affaissements. 

"Feu !", lâche le Vice-Consul. "La France se doit", en effet. Elle se doit à tous, à tout, et surtout à toutes, à commencer par elle-même, cette vieille garce dégen(é)rée, la poitrine au vent et le cœur sur la main. Feu sur qui, Monsieur ? Mais là, tu ne vois pas, celles-zet-ceux, dans les collines, dans les campagnes, dans les vignes, dans les chemins creux du maquis ? Elles-zet-ils s'incrustent, elles-zet-ils se croient encore chez eux, elles-zet-ils ne savent pas que la France se doit. Elles-zet-ils veulent en découdre, nous allons leur donner de la piqure et du point de côté. Feu, feu, feu, sur ces trous de balle à blanc, tu auras tout le temps de réfléchir après, après le devoir, après la récitation et le spasme. Feu, foutre dieu, ou je t'envoie accompagner Fabius à Calcutta, tu feras moins le malin, les pieds nus dans la crotte ! 

Le directeur de cabinets tire la chasse plusieurs fois par heure, préventivement, non, pédagogiquement. Il faut habituer les tuyaux à faire circuler l'information étronique. C'est lorsqu'on n'a rien à dire qu'elle circule le mieux, avec une fluidité de bon aloi qui réjouit les curés laïques et les enfants constipés, derrière leurs écrans nacrés. Comme la France, le Canal laqué + de la Bonne Parole se doit de n'être jamais bouché. Lieux de traverse tous les deux, au hasard du GPS (passant la frontière, le Coyotte annonce une zone de danger de mille kilomètres et invite à ralentir fortement, et plus si affinités, car les radars de Maman Cordicopole guettent). Tous ceux qui ont été nourris au sein de l'égagalité du vieil incontinent vous le diront : se frapper le cardon et faire son auto-critique plusieurs fois par jour n'est qu'un préalable, ça ne suffit pas. Ce qu'il faut, c'est anticiper, être dans l'après avant même le maintenant. Barak l'a dit, François le fera. Et l'on nous répétera que ça n'a pas grande importance, que c'est du festif écclésial de toute manière déjà advenu. Mais je vais pour cette fois éviter le dérapage homophobe et reprendre quelques fibres optiques. Je dois encore travailler mon redressement productif, m'a fait comprendre Arnaud, tandis que George m'assure que je peux encore progresser en réussite éducative. L'informe étron, c'est maintenant, Georges ! Tu n'auras pas de seconde chance !

La seule nouvelle vraiment étonnante dans la semaine que nous venons de vivre est que Frédéric Martel n'ait pas été nommé ministre de la Culture. Je ressens cette anomalie comme une faute de goût, et peut-être même un péché. Lui seul aurait été à sa vraie place. (Non, j'exagère un peu, Kader Arif aux Anciens Combattants me semble parfaitement à sa place.) Le progressiste Hollande a encore un peu froid aux yeux, sans doute, mais soyons optimiste : à force de fouler des tapis rouges guidé par la main ferme de Maman, ses pas vont s'affermir et leur direction prendra tout son sens, qui est de nous amener à considérer l'abîme avec la joie soulagée de l'étron qui se dirige vers la sortie. Enfin !, semblent se dire tous ces gens. Après cinq années de constipation chronique, les Français se lâchent. Il restait encore quelques anachroniques grumeaux de francité, plantés ici ou là, qui empêchaient (si peu, pourtant) la circulation du désir océanique et horizontal, il était plus que temps qu'on ouvre les vannes en grand. En selles, citoyen de l'Hexagone, ton heure de glaire est venue. La France se doit !

dimanche 6 mai 2012

Moi, Georges…


Fruste, fruste, fruste, fruste, fruste, bordel  ! Je commence à en avoir marre de lire partout, absolument partout, même sur le forum du PI, le mot "frustre", qui n'existe pas (sauf dans la conjugaison du verbe frustrer, évidemment) ! Les rustres frustrés abondent, je le sais bien, mais ce n'est pas une raison pour parler comme des sagouins ! C'est peut-être parce que fruste signifie "mal poli", rugueux, que nos contemporains ne peuvent pas comprendre de quoi il s'agit, étant donné qu'ils sont tous comme ça. 

Il y a une autre manie proliférante qui m'exaspère, depuis quelque temps, c'est le "ce jour", pour aujourd'hui. "Ce mercredi", pour mercredi prochain, etc. Ce n'est pas la première fois que j'en parle, loin de là, mais rarement expression m'aura exaspéré autant que celle-là. Et comme j'écoute beaucoup la radio et qu'il me semble que les cejournalistes sont à l'origine de cette nouvelle vulgarité, je grimpe aux rideaux douze fois par jour, et encore, par temps calme. 

La belle voix, à France-Culture, qui à l'heure du dîner annonce les programmes du soir, est toujours très à la pointe de la mode, question malparole, et, depuis des années, elle nous annonce qu'à "vingte-deux heures, on entendra ceci, et à vingte-trois heures on entendra cela. Heureusement qu'elle parle ensuite de "minuit", sinon elle nous donnerait le programme de vingte-quatre heures.

mardi 29 novembre 2011

Coup de folie à France-Culture


Mon ami Laurent Sur-le-fil Goumarre prononce le mot "Gers" sans faire siffler le "s" final, c'est ce qu'il annoncé publiquement ce soir à la radio. À la pauvre journaliste interloquée par cette inexplicable audace, il a affirmé le faire à l'exemple de Renaud Camus. Ce n'est plus de l'audace, c'est de la rébellion caractérisée ! On attend l'annonce de la décapitation d'une minute à l'autre.

Même si ton inconsciente mutinerie n'est annoncée que par Georges, il faut que tu saches, Laurent, que nous sommes de tout cœur avec toi, et que lorsque ton chef insolent roulera dans la sciure virtuelle, nous fermerons le blog un petit quart d'heure pour saluer cette seconde de folie qui a illuminé notre souper.

dimanche 27 novembre 2011

Disgrâce



Nous sommes environnés, toute la journée, toute la semaine et toute l'année, dans ce qu'il reste des pays et des villes sur Terre, par des objets laids, par des sons laids, par des paysages enlaidis, par des humains laids et laidement habillés, nous baignons dans une langue crottée, dépenaillée, nous habitons dans des logements laids, nous dînons sur des tables laides et nous assoyons sur des chaises laides, les publicités dont la laideur le dispute à l'agressive bêtise s'étalent désormais sur tous nos murs virtuels, les voitures sont laides, les enfants sont particulièrement laids, l'art lui-même se plaît à représenter la laideur, ou à la singer, ou à l'habiter, ou à l'incarner, que ce soit par défaut ou par volonté. Nous devrions donc être immunisés, mithridatisés, et ne pas souffrir de cette constante exposition à l'increvable hideur dans laquelle nous survivons. Et certes, la plupart des hommes d'aujourd'hui ont cette chance. C'est la raison de ma surprise : le vaccin n'a pas fonctionné. Que la couverture de "GardMag", par exemple, ait autant d'effet sur moi, n'est pas normal. Je suis comme ces gens qui ont contracté des maladies orphelines, et qui ne savent vers qui se tourner pour être soignés. La faculté est impuissante ou indifférente, nous sommes trop peu nombreux, il n'existe pas de Téléthon ni de pièces jaunes pour nous.

Toute la journée, j'ai eu des convulsions, de la bave aux lèvres, j'ai toussé, craché, mes oreilles ont sifflé, mon nez a coulé, mes yeux se sont couverts d'un mucus glaireux, mes cheveux sont tombés, ma peau s'est couverte de boutons et de plaques verdâtres, mon haleine s'est mise à empester, mes articulations à craquer, mes dents à tomber, et j'ai fréquemment perdu l'équilibre. Malgré la diète et le repos, j'ai eu des hallucinations et des maux de tête, et, dans mes songes, car il m'arrivait de m'assoupir, je rêvais que je vivais en Irak, et que j'étais le sosie de Saddam Hussein, me terrant en pyjama dans les égouts de Bagdad. Quand je passais la tête par une minuscule ouverture pour respirer à l'air libre, je ne voyais que réunions de blogueurs sur la voie publique, le transistor aux pieds et le regard mauvais. Malgré cela, cette vie de rat traqué me semblait préférable à la vraie, celle dans laquelle les magazines ressemblent à GardMag, un monde où l'on risque de tomber nez à nez avec une femme qui ressemblerait à celle qui tient cette guitare électrique et arbore cet air de vieille mégère dégénérée et débile, et je m'estimais heureux de me trouver là.

Bien vieillir dans le Gard ? Plutôt mourir à Bagdad !