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samedi 18 avril 2026

Les narines

 

Écoutons les toccatas de Bach. Buvons du café. Regardons Sitting Bull chez Beigbeder. N’espérons rien. Il fait beau. En lisant, en écrivant, faisons un petit tour à la surface des seins d’Anne. Existons quelques minutes. Pas plus. C’est encore loin, Luna ? Écrivons une théorie des déceptions. Des pâleurs du petit matin. Une autre théorie des seins. Ceux qu’on garde, ceux qu’on laisse disparaître. Les visages sortent du sable. Ils en arrivent tous à ce moment où ils veulent être respectables, respectés. Qu’on passe par eux pour arriver à destination. Ils se posent là. Entre l’horizon et nous. Sont des spams en chair et en os. Elle m’avait dit, un jour, très en colère : « Petite bite ! ». Elle n’a jamais voulu admettre qu’elle l’avait dit. Jacques s’était assis au piano, c’était au début de l’après-midi, mes cours n’avaient pas encore commencé, et il avait joué le début de la sixième partita de Bach, en imitant Glenn Gould. Les seins d’Anne, j’en ai souvent parlé. Pourquoi a-t-il dit qu’il habitait en Savoie ? Petit clin d’œil charmant à sa belle invisible, sans doute. Il parle trop. Trop fort. A trop de choses à dire. Mais la perfection n'a jamais provoqué en moi les remous inexplicables que j'aime ressentir à la vue d'un corps qui ne peut se reposer sur la conviction de son idéal. J’ai une tendresse fidèle pour les fétichistes. J’ai découvert récemment qu’une nouvelle catégorie à laquelle on n’avait pas pensé jusque là s’était fait une place au soleil du fétiche : le nez, les narines des femmes. Il fallait y penser. C’est bien. Il faut tout explorer. Il faut les cartographier de haut en bas, dans le détail. Le nez, la bite, le pied. Revenons au rêve A. Sarabande… Arpèges lents… Ils bougeaient. Céline avait bien compris ça, elle dont les seins ne bougeaient pas quand elle marchait. Trop bien attachés encore au cœur, derrière eux. Le ventre encore libre, malgré la tendresse et les mains baladeuses. Si Luna était encore là… Je n’arriverai jamais à me faire comprendre des non-fétichistes, et c’est tant mieux. Claude a caviardé mon Pierre Tarnac, l’a expurgé des passages sales (« confus », dit-il). M’a dit que j’avais un ton de « conférencier déviant ». Je pourrais peut-être aller chez Grasset, maintenant que les gardiennes du Temple ont pris la fuite ? Colombe Schneck, Virginie Despentes, Vanessa Springora, Anne Berest, Tania de Montaigne, ça crée du désir, non ? « Au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent. » On croirait lire un communiqué de cet insupportable Nicolas Pommaret Chère-Auditrices-Chers-Auditeurs nous-avons-des-invitations. Claude me dit que tel passage n’est pas bon parce que dans dix ans plus personne ne saura de quoi il est question. Mais dans dix ans, Claude, je serai mort. Vanessa Springora, comment-dire, il faudrait trouver les mots. Je les trouverai quand je serai mort, faites-moi confiance. Je ne suis pas écrivain, qu’il me serinait. Me prenait-il pour un con ? Fayard Grasset Gallimard les banques. Ça les rend tous fous, vu d’ici, sans Luna. Main basse sur le champagne. Quand je serai riche, je m’achèterai un frigo à chaque fois qu’il faut le nettoyer, c’est trop pénible. Je suis un conférencier déviant, absolument tout à fait indeed, je suis même un circonférencier tangent. Je m’en fiche, moi, que plus personne ne comprenne. C’est déjà le cas. Faut s’y faire, on parle dans le vide, pour les flocons, pour les astres éteints. Vanessa Springora donne le la, Colombe Schneck le si bémol, Virgine Despentes le sol double dièse. Il regrette d’avoir publié des pamphlets. Il sera gentil, maintenant. Promis. Elles ont toutes souffert, vous comprenez ? Si je comprends ? Bien sûr que je comprends, puisque je suis un salaud de circonférencier border de chez border. Il y a des jours, comme ça… Toccatons en rond ! Les pies m’épient. Les chats passent lentement. Sauf le gris, qui s’installe devant la porte et m’observe. Je remarque qu’il est souvent plus difficile qu’on le croit de remercier. À cette occasion, on révèle beaucoup trop de soi. J’admire ceux qui contrôlent ce qu’ils écrivent. Qui disent ce qu’ils veulent dire et pas autre chose. Qu’attends-tu ? Moi et toi. Nous. Qui sommes-nous ? J’attends la princesse charmante qui viendra me réveiller du long sommeil que je traverse en apnée. Je me suis collé un patch sur le bras. Comment s’appelaient les salles du premier étage ? Il y avait Clara Schumann et il y avait Marin Marais. J’ai oublié les deux autres. N’oublie pas d’avoir les bonnes admirations, mon pote. Vincent me manque. 

lundi 13 octobre 2025

Feuillets nocturnes

 Il ne s'agit pas de "licence poétique", il s'agit de retrouver l'état du langage avant la sale symphonie des ventouses et des nuages pourris. 


Rêves intenses avec Luna qui revient au galop dans ma vie. Elle vient se coucher sur le lit. Je lui raconte mes pauvres aventures. On pleure de rire mais la tendresse nous comble l'un à l'autre. 


— Je sens la pisse, Noémie ! — C'est normal, tu n'es qu'une grosse vessie alpestre, mon chou !


Le vasistas ! Fermé, ou ouvert ?


— Je vous partage… — Va te faire enculer, Jessie !


Gros seins, gros culs. J'appelle Mike Tyson ! 


— Qui nous rendra le temps où il était bienvenu de gifler la mère dont le fils importunait les passagers du train ?

— MOI !



mercredi 28 mai 2025

L'art de s'aimer


 

« L'art de s'aimer

« Luna  était la chienne de G de La Fuly. 

« Du jour de leur adoption (mutuelle) à la SPA d'Aix-en-Provence, à travers les années passées ensemble jusqu'à la mort de Luna, ce livre nous offre  le récit sensible et complexe des mille et une correspondances quotidiennes structurant encore, au-delà de l'absence,  l'exceptionnelle relation qu'eut cet homme avec cet animal. 

« Les souvenirs se succèdent, sans chronologie apparente, par petites touches – G. de La Fuly est aussi peintre et musicien – les motifs, les vignettes, les thèmes sont exposés, se juxtaposent, se superposent, se fondent, les repentirs s'entrecroisent, s'étagent en strates : la salle de bains, les trajets en voiture, les dîners entre amis, la tombe dans le jardin, creusée avec l'ami, l'enfance, la jeunesse, le dernier jour, chez le vétérinaire, la table en inox. Petit à petit, au gré des variations, l'écrivain esquisse plusieurs portraits. 

« D'abord, celui de Luna sa chienne, bien sûr, intelligente, belle, sensible, attentive, fidèle, aimante, discrète et joyeuse. avec son  "museau gris de vieux chef d'orchestre, avec [ses] culottes de velours crème et [son] veston blanc". Luna qui, tout en recevant la tendresse de son maître, tout en l'accompagnant, semble lui montrer patiemment le chemin, là où elle regarde, l'oeuvre achevée, car c'est elle qui l'a choisi à la SPA. Parfois même, elle lui enseigne ce qu'elle sait. «"Les bêtes augmentent le monde d'une manière incommensurable.", ce pour quoi elle est là. 

« Il brosse aussi son auto-portrait paradoxal, celui du maître qui apprend. Tant que Luna partage sa vie, il est parfaitement lucide sur leur connivence. Mais  face à l'absence de Luna, à SON absence, imposée par la mort, il va s'introspecter, dévier son regard vers lui-même, sans indulgence aucune, avec une honnêteté quasi naturaliste ;  il se rappelle qu'il a fait preuve de dureté avec elle au début, regrette, se sent coupable, en conclut qu'il  n'a pas su aimer, "Je suis un radin de l'amour, sans doute", "lasser, décevoir, c'est ma grande spécialité", il lui avait promis de ne jamais la quitter... Il souffre de ses faiblesses, mais  trouve la force de décrire ses souffrances, il pleure, il désespère ("C'est ça qui me tient en vie"), il veut la rejoindre. S'interposent logiquement alors des images de femmes, celles qui parlaient, qui essayaient de lui parler, qu'il n'a pas plus su ou pu garder, pense-t-il. Echecs.  Désormais, son refuge est le silence ("si je parle avec les vivants, tu meurs à nouveau"). Il s'inquiète  de savoir qui pensera à Luna quand il aura disparu.  La folie le guette, il imagine vivre avec son ombre, l'emmener partout avec lui, comme avant, mais les autres...  Ils ne comprendront pas. Des amis lui ont conseillé de la "remplacer" mais "personne, aucun être, ne viendra se tenir face à moi, comme tu le fis." écrit-il. 

« Luna est irremplaçable, comme la mère, que l'auteur évoque avec tendresse et grand amour, celle qui lui a donné le souffle qu'il n'a pas su partager avec Luna quand elle en manquait. Celle qui lui a dit "Tu es né comme un grand soleil !" mais  aussi "Tu dois apprendre à te passer de moi". C'était le premier seuil. Seul.

« Si la "déliaison" de la mort nous sépare, elle nous initie à ce qu'est "l'envers" du temps, à ce qu'est et sera le monde sans le regard des êtres chers qui nous ont formés. L'homme privé de son amour, de son souffle même, comme celui qui a manqué à la bête vers la fin, et qu'il a été impuissant à lui redonner, à lui offrir, devra  affronter seul  la superficialité de la société. 

« Alors G. de La Fuly n'aimant pas outre-mesure le monde contemporain auquel il est venu, distribue moult coups de patte et carnassières morsures vers ses maux, l'esprit de fête rythmé par un calendrier devenu insensé,  l'agitation perpétuelle et contagieuse, la doxa culturelle toxique, les éloges funèbres moutonniers, "c'était beau comme une messe en latin donnée dans le backroom d'un sauna triste après l'Apocalypse", l'indifférence des individus (la mère d'élève qui ne se souvient plus de Luna), les "attardés politiques" nostalgiques du Larzac  jusque dans leur mise. Cela compense un peu la douleur et l'angoisse de chuter, de se noyer, de sombrer. La crainte de tomber au fond du trou (image récurrente), d'oublier, ne peut se dissiper qu'avec l'adrénaline  qui suscite ces critiques dispensées avec humour mais vigueur. (Georges de La Fuly anime à ce propos, un blog fort savoureux, toujours roboratif et stimulant sur le Net). Néanmoins, il n'y a pas que les petites méchancetés ou les observations objectives, tant que l'on est encore un peu en vie,  mieux vaut se rappeler aussi que l'on fut sensuel, par exemple penser aux odeurs, aux caresses, aux couleurs, aux craquements d'un panier d'osier, ou simplement aux bâillements de Luna en harmonie avec ceux de l'auteur, capables en ces épousailles impromptues de "réajuste[r] le corps et l'âme, [de les remettre] dans l'axe du temps et l'un par rapport à l'autre." Ne pas vivre faux, en somme, mais se  concentrer sur  tout ce que la musique ne dit pas, ou plutôt sur ce qu'elle dit en creux, comme  Keith Jarrett, faire "le moins de bruit possible, [avoir] le moins de présence possible". S'effacer. Ne plus jouer que d'une main. Ecrire ?

« Luna est un très beau livre écrit en un style original et souple. Il est riche de références à la musique,  la littérature. Un homme cultivé s'y "livre", s'y métamorphose par amour en un animal, jusqu'à rêver d'être mangé par lui ("C'est en moi que tu es, mon corps devenait ta demeure on ne se quitterait plus jamais"). L'animal y incarne l'amante, la mère, la femme ou pas.  

« Ce livre doux, profondément humain n'exige finalement de nous qu'un énorme point d'arrêt, dont l'auteur explique que c'est, en musique, le pendant d'un point d'orgue mais pour le silence. Une pause dans la frénésie. Il est une invitation à la métamorphose des humains pressés que nous sommes  en lecteurs attentifs et sur le qui-vive.  Très belle et rare leçon, en parfaite délicatesse et élégance, de ce que pourrait bien être notre rapport à l'Amour. »


Une lecture de mon Luna par Mme Anne Deplace

dimanche 11 septembre 2022

Restez chez vous !



J'ai un peu honte de faire ça, mais je ne résiste pas au plaisir de copier la belle critique de Pascal Adam, dans Profession-Spectacle

« Puisque c’est, comme disent les représentants de commerce, la "rentrée littéraire", parlons d’autre chose. De Luna, de Georges de La Fuly, par exemple, qui ne s’achète que sur Amazon. Luna est morte et l’auteur n’en fait pas le deuil, il ne veut pas, peut-être même se doit-il de ne pas. "On ne tient jamais parole. Malgré toute la volonté vraie, sincère, profonde, on va faillir au moment important, c’est écrit. L’homme est maudit. On ne peut pas compter sur lui. Même pas moi ! Mais tu seras vengée car moi non plus je n’aurai personne quand l’heure sera venue. Le faux salaud se transforme vite en vrai martyr, abandonné lui aussi, sur son bout de carton souillé, c’est la seule consolation, celle que chacun veut ignorer absolument." Je ne suis pas certain que La Fuly ait cherché un éditeur ; il a bien fait, gagné du temps et peu perdu en publicité. "Le bleu des montagnes avait cette tonalité schubertienne qui pousse les êtres à se taire définitivement parce qu’ils savent que personne ne sera là au moment crucial. Il n’y a pas de port d’attache." Pour être bref et plat, je dirais que Luna en textes serrés parle d’amour, de solitude et de musique ; ce qui serait presque banal, s’il n’en parlait profondément, jusqu’à l’insupportable, dans des pages souvent extraordinaires ; si ces trois choses-là n’étaient pas si intimement liées, à s’en confondre, à en former la vie même, mort incluse. Le temps et lui seul peut-être a composé ce livre dont chaque texte est soigné, précis, osé, éreintant, intelligent, agaçant parfois, émouvant à pleurer, plein de motifs qui reviennent aussi quand on ne s’y attend pas ; ou plus. "Tu es morte dans mes bras. J’ai vu tes yeux jusqu’à ce qu’ils ne voient plus, et même au-delà. Nous avons respiré ensemble jusqu’à ton dernier souffle. Ne pouvant aller de l’autre côté avec toi, je me suis arrêté au seuil, effaré de constater que mon souffle continuait, que mes yeux voyaient encore, éblouis par la lumière sombre qui émanait de ton corps quand tu l’as quitté." » 


dimanche 31 juillet 2022

« On est toujours inférieur à cet amour-là. »

Raphaëlle Dos Santos, sur Luna.


« C’est un livre singulier, comme tous les livres devraient l’être, sans doute. Le lundi 10 septembre 2001, à la SPA d’Aix-en-Provence, un homme adopte une chienne de quatre ans, ou presque, Luna. Peu à peu – l’homme confesse ne pas être un « rapide » –, l’amour pour cet animal deviendra, pendant neuf ans, incomparable, « inconditionnel », comme on dit.

« L’auteur, Georges de La Fuly, tient un blog où il publie les textes les plus variés, sur la musique, le langage, les mœurs et la politique, parfois savants, toujours pertinents, souvent déroutants et beaux. De ces milliers de textes, il a donc extrait tous ceux qui parlaient, directement ou en creux, de sa chienne, Luna.

« C’est un livre qui sait d’abord très bien tenir son lecteur à distance. « Aurions-nous réussi à nous débarrasser de nos derniers lecteurs ? C’est possible mais il ne faut pas crier victoire trop vite. » L’auteur retarde donc l’entrée dans son sujet. Comme il n’a pas envie de le ménager, ce lecteur qui a le front de le lire, il prend du plaisir à le perdre, à jouer à s’en « débarrasser », à ne pas lui expliquer les références de chaque texte, leur situation dans le temps. Mais le lecteur jouit aussi de se laisser dérouter, en suivant le narrateur dans ces morceaux qui finissent par former un ensemble cohérent, dont le sujet est à la fois flottant et précis.

« Il est flottant parce que l’on ne peut pas décrire directement l’amour. Ce serait décrire le bonheur, ou le bleu du ciel. On ne peut pas décrire l’amour, surtout celui, déraisonnable, que des chiens portent à leur maître. On est toujours inférieur à cet amour-là. On n’est pas digne d’être tant aimé. L’auteur confesse d’ailleurs sa « honte » d’écrire sur cette bête, et sa mort, parce qu’il sait le bénéfice moral que l’on peut en tirer : « Quand on perd un “proche”, on devient une sorte de petit héros ridicule. »

« On ne peut pas décrire cet amour, mais on peut en parler par défaut. Quand on reçoit l’e-mail d’un salaud, par exemple : « Condoléances pour le clebs. » Et c’est en cela que le livre est précis : il décrit les salauds, qui rendent, a contrario, l’harmonie entre Luna et son maître saisissante. Le livre est donc précis, et varié. Certains textes sont hilarants (comme le « Mario hommage », détournement du « mariage homo »), d’autres tragiques. Surtout, ils sont remplis d’intuitions, de fulgurances, sur la mémoire, sur la morale, sur la parole : « Le fond du langage humain vient du sacrifice animal. […] Sacrifice de la parole en échange de quoi il a la bonté. »

« Mais l’auteur sait aussi parler directement de sa chienne, avec simplicité, de ses odeurs, de ses couleurs, de ses poses, de sa façon d’asseoir l’autorité de son amour en s’installant sur les genoux de son maître. La vie de Georges de La Fuly, d’ailleurs – le lever, le coucher, l’heure des repas, la façon de conduire la voiture –, finit par se reconstruire autour de celle de Luna, de même que la mémoire de l’auteur se reconstruit autour de la mort de sa chienne, et de son refus de l’effacer :

« « On me dit que je dois “prendre un autre chien”. Mais je ne veux pas, moi, prendre un autre chien. C’est Luna qui m’avait pris, moi je n’avais fait qu’être sur son chemin à un moment où personne ne s’y trouvait. Je veux garder mon chagrin intact car c’est tout ce qui me reste d’elle. Et puis, “prendre un autre chien”, cela signifierait que Luna était un chien comme les autres […]. Mon cœur est petit, il ne peut accueillir ni éprouver beaucoup d’amour, il est condamné à se limiter à quelques cas, très peu. »

« Et cet amour continue, par-delà le trépas, puisque Luna, dit l’auteur, « a traversé la mort pour me rejoindre et c’est un miracle que j’aie été au bon endroit pour la retrouver », et composer avec elle ce livre qui éblouit autant qu’il serre le cœur. »

lundi 18 juillet 2022

« Comme la vie sait nous humilier. »

« Surtout, prévenez-moi, hein, le jour où vous publierez un livre ! Car je serai votre premier lecteur (votre première lectrice) ! » Ils ajoutent même parfois : « Et je vous ferai de la pub ! »

Et nous, naïfs comme nous le sommes toujours, nous les prévenons (d'autant plus qu'avec l'autopublication, c'est le seul et unique moyen de faire savoir qu'un livre est publié, puisqu'il ne sera ni en librairie, ni dans la presse, ni annoncé nulle part). Et nous nous apercevons à notre grande honte qu'à notre piteuse annonce (car c'est une humiliation de faire sa propre publicité, mais comment faire autrement ?), il n'est même pas répondu. 

Étaient-ils donc obligés de nous faire ces déclarations ? Non, bien sûr. Nous n'avons rien exigé du tout. Ce n'est certainement pas nous qui avons demandé quoi que ce soit. La première de toutes les bêtises est de croire à ce que disent les autres. Je crois même que c'est la mère de toutes les bêtises. On dit parce qu'il faut dire, ou plutôt parce qu'il est impossible, à un instant T, de ne pas dire (telle chose). La chose proclamée n'est là que pour combler un vide, pour dire à celui qui écoute la proclamation : « Je suis là. C'est moi qui suis en face de vous. Comptez avec moi, s'il vous plaît. Prenez-moi dans votre imagination. J'existe. Mon corps n'est pas seulement mon corps. Mon corps est habité par un être qui vaut bien le vôtre. Vous ne me ferez pas disparaître par le seul effet de votre existence. »


mercredi 6 juillet 2022

Luna sur papier

 


« Nous voulons continuer à vivre, et pour ça, il faut continuer à mentir. Mentir sur tout. »


Grâce à Quentin Verwaerde et aux éditions de La Fuly, ce livre est enfin publié

dimanche 30 novembre 2014

Le Passage

10 septembre 2001 - 30 novembre 2013

mercredi 10 septembre 2014

10 septembre 2001, quelque part


Tu as treize ans aujourd'hui…

jeudi 6 mars 2014

Shéhérazade (1)


Nous écoutions Shéhérazade, de Maurice Ravel.

mardi 18 février 2014

De l'utilité des animaux domestiques en société festive


Sur Facebook on ne parle que de ça. Chaque jour apporte son lot de chiens ou de chats torturés, tués dans le meilleur des cas. Et nos facebouseux de s'exclamer, de mettre le pouce en bas, de pleurnicher en chœur, de ne pas comprendre, etc. Pauvres cloches ! Il fallait vraiment être aveugle pour ne pas comprendre que ça allait arriver. Un peu avant la mort de Luna, quand la jeune vétérinaire qui s'occupait d'elle hésitait sur son mal, j'avais émis l'hypothèse que, peut-être, un connard passant devant le portail lui aurait jeté de la nourriture empoisonnée… Elle avait ouvert de grands yeux, et m'avait demandé, avec un ton légèrement réprobateur, ce qui pouvait bien me faire penser à ça ! Ce qui peut me faire penser à ça, connasse ? Mais ouvre les yeux, imbécile, regarde un peu autour de toi, bordel ! Hier encore, toujours sur Facebook, une crétine m'a expliqué que "ça avait toujours existé, et que la seule différence c'était que maintenant on en parlait, grâce aux réseaux sociaux". Non ! Pas possible ??? À chaque fois, on nous refait le coup. Il ne se passe rien. C'est une illusion d'optique. Rien de nouveau sous le soleil, et patati et patata. Ils ne se lassent pas, jamais, de cette explication qui leur sert à tous les coups. C'est devenu comme un réflexe. Vous leur montrez quelque chose, ils prennent une mine intelligente (enfin, ils essaient) et ils vous font le coup de l'Écclésiaste. Vous n'avez pas honte de penser que les hommes peuvent être méchants ? Vous n'avez pas honte de croire que les choses changent, que ce qui était vrai hier peut devenir faux aujourd'hui ? Vous devriez vous dénoncer à la police du Marchand de sable, vous ! Avoir des idées pareilles, c'est pas sain, vous savez ! Et si jamais, pour aggraver encore votre cas, vous leur expliquez en sus que pour la religion musulmane le chien est un animal impur qu'on peut et qu'on doit maltraiter, alors là, vous allez direct à la case prison ou hôpital psychiatrique ! Amalgame, stigmatisation, racisme, perversion, extrême-droitisme, fascisme, débilité, islamophobisme, on vous colle la dose maxi, et vous vous retrouvez au mitard en compagnie des plus grands criminels de guerre et autres tueurs en série. Délit de Pas-le-droit-de-penser-ça. Le plus grave. On ne vous demande pas si c'est vrai ou pas, on vous dit que vous ne pouvez pas penser ça. Pas possible ! C'est tout. Oui mais… Ta gueule ! Ferme-là ! Oui, Chef, bien Chef ! Parle-nous plutôt du climat, ou même, tiens, de l'Industrie-pharmaceutique. Voilà des vrais sujets. Bien frais. Têtes de gondole de la sujetique contemporaine. Le tabac-qui-tue aussi ? Voilà, le tabac-qui-tue, ça c'est bon. Les chauffards-sur-la-route ? Voilà, très bien, tu vois quand tu veux ! Enfin, merde, ça manque pourtant pas, les vrais sujets, on les fabrique à la chaîne. Tu regardes pas la télé ? Si, Chef, bien sûr, Chef. 

Je résume. D'un côté, on a les "humanistes". Eux ricanent : ah, les chiens, les chats, Brigitte Bardot, vous ne pourriez pas vous indigner pour les-hommes, plutôt ? (« Quand on aime les bêtes on n'aime pas les hommes. ») Pour les pauvres enfants maltraités, les femmes maltraitées, ça c'est noble, c'est humain, c'est humaniste, c'est bien. Saleté de mémère-à-son chien qui crotte partout ! La mémère ou le chien ? On s'en fout, c'est pareil ! De l'autre, on a les sensibles du cardon, ceux qui disent "c'est trop mimi" quand ils voient un chat roulé en boule dans le lavabo, ceux qui voudraient que "les-hommes-y-soyent-aussi-gentils-que-les-animaux", ceux qui pensent qu'un animal c'est une gentille chose toute gentille et bien morale qui ferait pas de mal à une mouche, enfin, des crevures comme les autres qui passeraient sans vous voir si vous étiez dans la rue crevant de faim et de froid. Les uns comme les autres ne voient rien, n'entendent rien, ne comprennent rien. Les uns comme les autres continuent sur leur lancée, et pensent que le monde est toujours le même monde et qu'il va durer toujours et encore jusqu'à ce qu'il devienne meilleur et encore meilleur. Ils sont sur des rails, ils dorment, ne les dérangez surtout pas ! Vous allez leur faire de la peine à ces crevures bien comme il faut. Un réveil brutal pourrait leur causer des troubles terribles, vous savez ! On ne les a pas programmés pour être éveillés. Foutez pas le bordel ! On va encore être obligé de ressortir les cellules psy… Elles sont débordées, les cellules psy !

Ce qui est très énervant, c'est que ces cons vont finir par donner raison à ceux qui pensent que si l'on aime les bêtes on n'aime pas les hommes. Évidemment, puisque ce qui reste "des hommes" leur ressemble, désormais, on n'a plus guère le choix…


Finalement, la torture a été injustement dénigrée, je crois. Ne parlons même pas de la peine de mort. Ni de la torgnole quotidienne, pour les femmes et les enfants. À quatre ans, j'avais jeté un chat dans une chaudière à charbon. Je me suis pris une raclée mémorable, pour laquelle aujourd'hui encore je rends grâce à ma mère. Qu'on m'envoie donc les petits Farid, je les prendrais en stage chez moi, et les rendrai à leurs parents dès qu'ils auront expérimenté précisément la souffrance qu'ils infligent aux animaux. Vous voulez torturer ? Très bien, mais à condition de connaître personnellement la douleur que vous infligez à autrui. On ne voudrait tout de même pas qu'ils meurent idiots, ces turlupins désœuvrés !


samedi 9 juin 2012

Désolation


À la poste, ce matin, j'étais dans la fille d'attente, derrière une femme d'une quarantaine d'années ou un peu plus, blonde, cheveux courts, dont le pantalon blanc, s'arrêtant à mi-cheville, laissait apercevoir un tatouage (sans doute faux, du moins l'espère-t-on) en couleurs qui courait jusqu'aux boucles de ses chaussures. J'ai eu grand peine à réprimer un haut-le-cœur. Peu de choses sont aussi répugnantes que ces ornements ridicules chez des femmes qui ont dépassé les quinze ans. On passe déjà pour un horrible vieux crouton lorsqu'on n'aime pas les tatouages, les piercings, et autre bracelets aux chevilles, mais s'avise-t-on de trouver vulgaire les boucles qui percent les oreilles qu'on est immédiatement relégué au musée des vieilles barbes.

Le parfum, qui était, qui est l'un des plus merveilleux attributs des femmes, est en passe de me devenir tout à fait insupportable, et je m'en désole fort. Mais qu'ont-elles (et qu'ont-ils !), aussi, à toutes s'en asperger en toute occasion (c'est-à-dire en aucune) comme s'il s'agissait d'un désodorisant, et ce dès la puberté, et avec un manque totale de discernement quant à ce qui peut se porter ou non, en fonction de l'âge et des circonstances ! C'est répugnant ! Ont-elles si peur de leurs odeurs, sentent-elles si fort, qu'il faille absolument masquer ça ? Je me réjouis toujours beaucoup (mais secrètement : je suis en cette occasion parfaitement hypocrite) quand ma chienne renifle ostensiblement les entre-jambes de mes visiteuses, et que celles-là semblent s'en offusquer. Eh quoi ! Luna va directement à l'essentiel, pour savoir à qui elle a affaire, et j'aimerais bien faire de même, très souvent. Ça m'éviterait bien des déconvenues. 

lundi 15 mars 2010

Mode d'emploi


1. Cliquez sur le lecteur audio de la Berceuse pour Luna.

2. Attendez 8 secondes…

3. Cliquez sur le lecteur audio du Message personnel n°13.

4. Rendormez-vous.

samedi 13 mars 2010

vendredi 13 février 2009

Vivre avec un animal




« Je le dis tout calmement : je voudrais les tuer ! »


lundi 19 janvier 2009

Revenons aux choses sérieuses


À midi, Luna est assise dans la cuisine, perdue dans ses pensées. Tout à coup, elle pète. Elle fait un bond d'un mètre, se retourne, et regarde l'endroit qu'elle occupait l'instant auparavant avec un étonnement inquiet.

Je ne peux quand-même pas lui dire qu'il ne s'est rien passé !

vendredi 31 octobre 2008

Onze minutes pour cuire Georges


Le visage, encore. Si l'on plonge un visage dans de l'eau bouillante, et que l'on fait cuire à petit feu pendant onze minutes, qu'en est-il des théories d'Emmanuel Lévinas ? C'est le genre de questions que Georges se pose, depuis son réveil, ce matin. De quelle musique accompagner l'opération ? Est-ce que cela va sentir mauvais ? Qu'en pensera Luna ? Comme on le voit, la m-é-t-a-p-h-y-s-i-q-u-e est là, tout près, elle rôde dans la maison, elle envahit le jardin comme une brume sournoise et fuyante.



lundi 14 juillet 2008

Georges  d é f i l e


Ce matin, entre 11h10 et 11h12 exactement, Georges défilera avec Luna.

C'est tout un travail, ce défilé à préparer. Mais comme nous avons eu toute l'année, nous sommes prêts. La seule vraie difficulté consiste à réussir à marcher précisément à 111 à la noire. Comme vous pouvez le voir sur la photographie prise ce matin à l'aube, nous sommes en train de travailler dur.



jeudi 27 mars 2008

c koii cettee picc ??


Un commenpatateur analonyme m'écrit ceci : « c koii cettee picc ?? », à propos du billet que voilà.

Dans un premier réflexe, anonymat plus langue de petit sagouin, j'efface. Puis, en un second temps, je me dis que non, décidément, il faut publier cette extraordinaire question.

Que je répète, donc : c koii cettee picc ?? (garanti 100% intact, bien sûr)


Cette petite question mérite qu'on s'y arrête un instant, je crois. Bien sûr, Georges pourrait lui répondre : Une chatte. Un pubis. Des poils. Une touffe. Un berlingot. La Beauté-même. Un tablier de sapeur. Une motte. Un con. Le Désir. La Femme. Le Sexe. Le sexe. L'appareil génital féminin vu de l'extérieur, par une chaude lumière d'après-midi. Le triangle sacré. Le bonbon. Le bijou. L'abricot. La figue. La boîte à sucres. Le bol aux épices. L'emballement de l'Être. La corbeille. Le nid. La pêche fendue. La triangulation désespérée. Etc. je ne vais pas vous étaler ma science… La question n'est pas vraiment là, on s'en doute un peu. Si M. Anonyme avait voulu savoir ce que représentait cette image collée là au printemps 2007 par Georges (ou Pseu, je ne me rappelle plus), je pense qu'il se serait débrouillé pour formuler sa question autrement. Encore qu'avec ce genre de barbare, rien n'est certain, c'est, comme dit l'autre, le règne du quiproquo institutionnalisé, de la dépense verbale en pure perte. Mais admettons que la question ne porte pas sur la représentation. Alors se posent d'autres problèmes…

Le premier consistant à déchiffrer la… chose que le questionneur a déposé devant notre porte. Nous pouvons dénombrer cinq objets distincts. "c" / "koii" / "cettee" / "picc" / "??"

Afin de ne pas nous laisser troubler inconsidérément par l'ampleur de la tâche, commençons par ce qui, à première vue, semble le plus facile. À la fin du "message", on peut apercevoir très distinctement deux points d'interrogation. Si l'on fait abstraction du fait qu'en général, ce type de ponctuation se conçoit dans le célibat, on peut néanmoins penser, avec une marge d'erreur qui reste raisonnable, qu'il ne s'agit là, tout bonnement, que d'un simple point d'interrogation, mais redoublé, par mégarde, méconnaissance, ou esprit rebelle. Pour le commencement, je crois pouvoir affirmer que la solution est à portée de main. "c"… Rappelez-vous qu'au début du XXIe siècle, la langue française avait fait un bond colossal, elle était passée, presque sans crier gare, de Bossuet au SMS. Sacré progrès, on le conçoit ! Toute cette cérémonie, toutes ces phrases, toutes ces métaphores, lourdes, pompeuses, moisies, corsetées, tout ce décor, tout ce "théâtre", comme dirait Lowlow, avait enfin cédé la place à une ergonomie (j'emploie le terme d'époque) parfaitement idoine (là encore, je fais mon blogueur), accordée aux touches des "portables" et à la pensée de leurs utilisateurs. De belle, elle venait de passer, en un clin d'œil, à s-i-m-p-l-(e), débarrassée enfin de toute syntaxe, de toute couleur, de toute saveur, et, finalement, de tout sens. C'est bien le moins qu'on pouvait espérer, après Céline, Guyotat, Angot. [Qui ? — Angot… (Mais… c'est Boris Joyce !, que, nous avons, au, micro.) — M. Boris Joyce, voulez-vous dire quelques mots au micro de Georges et son blog ? S'il vous plaît ! — … — Non, M. Boris Joyce est pressé, il nous fait signe de la main qu'il n'a pas le temps, il monte dans son jet privé, à destination de… Ah oui, de l'In-nocence ! Bonne fin de début de journée, Monsieur Joyce !] Donc, nous disions qu'il était fort probable que ce "c" soit l'équivalent, en néo-langue française pressée de toutes parts, de "C'est", verbe être, troisième personne du singulier. Bien sûr, les vieux ronchons vont nous dire que, puisqu'il s'agit d'une question, notre correspondant, toujours anonyme, aurait dû écrire "Est-ce" ! D'accord, d'accord, bande de vieux réacs, d'accord, je note donc : « Est-ce » pour le commencement du message. Well, poursuivons (comme dirait VS [Qui ?… Non, rien…]).

Nous avons donc ceci : « Est-ce (…) ? » Un bon début, ça va, ça va, on va y arriver.

Avançons en droite ligne : "koii"… Là, ça se complique nettement. Il y a d'abord ce "i" redoublé qui-pose-soucis-on-va-dire. Mais vous connaissez Pseu, et son bon sens de paysan au ras des iris, voici son interprétation, que je vous livre telle qu'elle me parvient à l'instant : « Cet abruti a laissé son doigt trop longtemps sur le "i", ou bien il a la tremblante. » On ne peut a priori exclure une explication, au motif qu'elle est trop simple, ce serait trop facile. Pour l'instant, et faute de mieux, retenons-la. Reste : "koii" Ce "ko", avec son abrupt "k" initial, me déconcerte quelque peu, je l'avoue. Est-ce allusion à Kafka, à "Monsieur K" (Herbert von Karajan, comme l'appelait Furtwängler), un rappeur quelconque (de toute façon, je n'en connais aucun), un glandu quelconque, ou tout simplement la lettre K, onzième lettre de l'alphabet, celle qui est dans la zone du "i" du "o" du "l" du "j" (puisque ces humains-là n'écrivent qu'avec une prothèse), un coefficient, une contrainte, "K, en lequel une sorte de coin s'est logé, ou qu'un coup de pioche a ravagé, lui enfonçant tout le milieu du visage, qui apparaît maintenant cassé comme celui d'une fée Carabosse à la bouche profondément déprimée, aux narines ravalées, entre le front et le menton monstrueusement proéminents..." (Leiris), ou encore le son K, consonne vélaire occlusive sourde, oui, c'est le plus probable, puisque ces gens-là ne s'expriment plus qu'en sons, en onomatopées, en bruits, en râles, en grognements, en tags, que leur musique rauque évoque pour moi la musique nazie et son pas cadencé, et leur pensée les animaux, mais non, nos frères inférieurs sont nobles, au contraire d'eux.

Voici : remplaçons le fameux K, et son arrogance stupide, par le "qu" auquel il nous plairait de mettre notre pied : "quoi".

Par analogie avec le "koii" qui vient de nous occuper un moment, nous irons vite en besogne, en déclarant unilatéralement que "cettee" est d'une classe similaire (cf Pseu). Nous dirons donc qu'il s'agit d'un adjectif féminin qui sert à désigner, montrer un être, un objet, une idée que le locuteur a présente sous les yeux ou dans sa pensée, la désignation pouvant dans le premier cas être accompagnée éventuellement d'un geste d'indication. Autrement dit : "cette".

Je récapitule. Nous avons donc, au jour d'aujourd'hui : « C'est quoi cette (…) ? » (Si nous tenons au mot à mot, mais il importe de s'y tenir, pour cerner au plus près cette poésie urbaine.) Ou, en français, « Qu'est-ce que c'est que cette (…) ? »

Reste le plus difficile, reste l'écueil, l'hapax, άπαξ λεγόμενον, Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur, Que ce granit du moins montre à jamais sa borne Aux noirs vols du blasphème épars dans le futur : "picc". Toujours ce symptôme de la lettre finale redoublée, mais, en dehors du bilantage, je ne suis pas loin de m'avouer vaincu par ce picc enfoncé tout droit dans mon cerveau reptilien, comme le pic à glace de la belle Sharon sans-culotte.

[…]

Après quelques heures de repos, Pseu ayant lancé les deux Cray XT5 en réseau que nous possédons sur toutes les pistes imaginables, fait appel à Google, à BHL, à JGL, à Francis, à Bernard, à Luna, à Catherine Breillat, à tous les m@nuscripteurs de chez Léo Scheer, il apparaît qu'il pourrait, nous employons le conditionnel — prêts à effectivement revoir notre copie —, qu'il pourrait s'agir d'un emprunt à un mot anglais, singulièrement (drôlement (avec l'esprit rebelle qui convient)) orthographié, le mot "picture", souvent abrégé en "pict", sur le Net, et même en "pic". Si nous prenons en compte (et l'envie nous en démange sacrément) la propension très nette de notre commentateur à redoubler les lettres finales, cette piste nous paraît ne pas devoir être négligée. Pseu, je dois dire, appuie de tout son poids herméneutique cette hypothèse-là. Si on l'admet, nous serions donc en face d'une question portant sur la substance du billet de Georges, autrement dit, nous revenons à notre point de départ, l'anonyme commentateur n'ayant rien voulu savoir d'autre que ce que représentait l'image publiée par George-s (ou son Pseu), puisque le résultat de cette pénible session de déchiffrage nous donnerait : « C'est quoi cette image ? » ou, en français : « Qu'est-ce que c'est que cette image ? », ou encore : « Monsieur, auriez-vous l'amabilité de me décrire l'image que vous avez publiée sur votre billet de mai 2007, car je suis aveugle de naissance. » Ou bien encore : « Monsieur, je me posais ce matin la question suivante : que signifie exactement (j'insiste sur le terme "exactement") le fait que vous ayez publié cette photographie, que d'aucuns (mais je n'en suis pas, je vous rassure) pourraient trouver pornographique, sur votre blog, que par ailleurs (…) ? »

Nous nous contenterons donc de reproduire in extenso le début de ce billet-ci, même si certains voient dans le procédé une facilité, nous considérons au contraire, copiant-collant laborieusement, qu'il s'agit d'une mesure qui vise à restaurer un peu de cohérence et de clarté à un billet qui, à notre corps défendant, a dû prendre son temps pour arriver à comprendre ce que bien d'entre vous auraient écarté d'un revers de main.


La blogosphère, c'est aussi cela. Passer trois heures à essayer de comprendre trois mots de quelqu'un qu'on ne connaît même pas.




Une chatte. Un pubis. Des poils. Une touffe. Un berlingot. La Beauté-même. Un tablier de sapeur. Une motte. Un con. Le Désir. La Femme. Le Sexe. Le sexe. L'appareil génital féminin vu de l'extérieur, par une chaude lumière d'après-midi. Le triangle sacré. Le bonbon. Le bijou. L'abricot. La figue. La boîte à sucres. Le bol aux épices. L'emballement de l'Être. La corbeille. Le nid. La pêche fendue. La triangulation désespérée. Etc.