Affichage des articles dont le libellé est Vieux courrier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Vieux courrier. Afficher tous les articles

dimanche 6 mars 2016

Acné



Alors la meuf elle te dit : « Tu te mets à la place d'un petit boutonneux, c'est super ! » Ben non, ben non, Géraldine, t'as rien capté au film, tu vois, on, s'en branle pas mal, du petit boutonneux qui trique sa race.  Ah, oh, hu hi hi ! je m'essuie la raie des torchons qui se publient mais quand c'est que tu la peins ta Sixtine, Albert ? Ta gueule, Lucienne, tu sais quoi, j'ai rencontré Suzanne, l'autre jour. Patatras ! Mariée, niarée, elle fait du pain au levain, entre deux changement de couches. Bon j'ai quand-même pris son 06. Tu crois qu'elle s'épile ? Evidemment… Mais bien sûr, gros nigaud. Qu'est-ce tu crois, qu'elle échapperait miraculeusement au désastre rédigé à la chaux vive ? Et pourquoi que ?

Tu vois, le truc qui me sidère et qui me débecte, je vais te dire ce que c'est. 

Ben vas-y.

Oh et puis non, tu comprendrais pas. 

Tu me prends pour une conne ?

Oui mais c'est même pas la raison. 

Je reveux du café, s'te plaît. 

Ah, le coup du dialogue dans les draps… Tout ça c'est vieux, mais vieux ! 

Ya des jours, t'es chiant, mais t'es chiant ! T'es vieux et t'es chiant !

samedi 19 avril 2014

Blancheur


Maurice Ronet, on dirait toujours qu'il sort du lit, ou qu'il vient de passer une nuit blanche. Même s'il a dormi douze heures, sont inscrits sur son visage les stigmates d'une vie déréglée, de l'alcool, de la cigarette, du jeu, et des femmes. « La vérité : que vous êtes tout à fait guéri. » 

Qu'elles sont belles, ces images du commencement du Feu follet ! Les visages de Léna Skerla et de Ronet, sans musique — « Alain regardait Lydia avec acharnement. » C'est notre regard à nous qui s'acharne, par le truchement de celui de Louis Malle, sur ces deux personnages, sur leurs visages, sur la peau de leurs visages, bouche, narines, menton, grains de beauté, cils, sourcils, « comme une couleuvre entre deux cailloux », et cette blancheur de l'épiderme, ce temps qui ne passe pas, l'oreille d'Alain qui vient s'aligner sur les lèvres de Lydia, son nez à elle, la petite clef de fa de la narine gauche, les rides aux coins de la bouche, il est couché sur elle, il la regarde, il s'acharne à la re-garder. « Pauvre Alain… Comme vous êtes mal ! » Les hommes sont toujours mal, ils se tiennent toujours dans une position inconfortable vis à vis des femmes, puisqu'ils veulent les regarder, avec acharnement, qu'ils essaient de comprendre ce qu'ils voient, et qu'ils n'y parviennent pas. Leur regard essaie d'entrer, mais il n'y pas d'entrée. Alors ils regardent, et regardent encore, espérant un miracle, une porte qui s'ouvrirait, un signe, quelque chose qui leur dirait : « Allez, viens, c'est par là que tu peux m'atteindre. » Tout ce qu'ils voient, c'est eux-mêmes en train de regarder, avec ce regard de fou, ou d'idiot, derrière un miroir trouble… Il ne la quitte pas des yeux, comme si sans son regard à lui elle cesserait d'exister, ce qui est d'une certaine manière la pure vérité. « Il y avait longtemps. » Et : « Je m'en veux. » La Gymnopédie de Satie, au moment où il la touche. « Souriez-moi, Alain. C'était très bien. Je suis contente. » Et toujours cette blancheur de la peau, comme du plâtre. Ils fument des Kent. Ce "je suis contente", pour le remercier de jouer le jeu, de ne pas désirer plus que ce qu'elle peut donner, c'est-à-dire son image, son masque, sa peau, ce temps alenti, sa voix. Son petit homme a joué selon les règles qu'elle a fixées, elle le félicite, elle est contente, elle est contentée. Alors elle le regarde aussi, dans un mirage de réciprocité tendre, c'est une merveille, et, dans cet échange de regards perdus, l'homme se sent gonflé de tout son pouvoir, comme l'enfant regardé, enfin, par la mère. Et il se sent l'égal de la femme, de celle qu'il prend pour une femme, d'une femme qui serait le pendant de l'homme qu'il est. Ils fument, tous les deux, comme deux camarades qu'ils ne sont pas du tout. Et ils se sourient, et il est guéri. Pour l'instant, il est guéri. 

jeudi 25 juillet 2013

Remplacement


Rondes sur la place

« À mon beau château », la ronde d'autrefois, pleine de menaces et de promesses, nous l'avons beaucoup chantée, mes petites voisines et moi, dans le jardin des soirs d'été, sous la cathédrale.

Deux rondes : l'une, la plus nombreuse, était le "Beau Château" ; l'autre — une joueuse ou deux — venait le démolir.

Pour le démolir, en tournant autour, elle retirait — "ôtait" — une à une toutes les "pierres" du Beau Château, toutes les joueuses de la Grande Ronde en les appelant par leur nom, l'une après l'autre.

« Quelle pierre ôt'rez-vous ? demandait le Beau Château. 

— Nous ôt'rons la pierre de Marthe… puis, tour à tour, celle de Madeleine… celle de Jeanne… celle de Marie. »

« Que lui donn'rez-vous ?

— Un' bell' couronn' d'or… une belle bague d'or… un beau collier d'or… »


La ronde démolisseuse, ainsi, promettait à chaque "pierre" ôtée, de merveilleuses choses en or que nous inventions à mesure. 

Tentées, les joueuses, tout à tour; abandonnaient la Grande Ronde pour rejoindre l'autre. Et le Beau Château était démoli, remplacé par le Château neuf.

Les deux Rondes se sont remises à danser sur la Grand-Place. La Ronde du Passé y tourne avec son vieux Beau Château et la Ronde de Demain, la Ronde Nouvelle vient le démolir en promettant monts et merveilles.

Je les entends de loin. Elles chantent…

(Marie Noël, Notes intimes)

vendredi 7 juin 2013

Sur sa droite


André Messager écrit à Saint-Saëns pour lui expliquer pourquoi il a dû renoncer à ses fonctions de critique musical dans une revue qui voulait élargir ses audiences, manifestement (c'est moi qui souligne) :

« Je ne voulais rendre compte que de la musique, opéra, musique de chambre, musique symphonique — mais M. Canivet voulait que je parle aussi d'opéras-comiques, opérettes… »

Me voici dépassé sur ma droite, et avec un siècle d'avance, en plus — il me semble que nombre d'opéras-comiques sont bel et bien de la musique, même au sens étroit que Messager et moi nous obstinons à donner ou garder à ce mot.
(Renaud Camus, in Vue d'œil, Journal 2012)

Je pense à mon père qui avait menacé de mettre ma mère à la porte de la maison, pour la seule raison qu'elle désirait une guitare. Une guitare ? Un instrument qui ne fait même pas partie de l'Orchestre ? Et puis quoi encore ! Pourquoi ne pas écouter du Moustaki au petit déjeuner, pendant qu'on y est !

mercredi 30 janvier 2013

Enfer


L'existence humaine ne devient une véritable souffrance, un enfer que lorsque deux époques, deux cultures, deux religions interfèrent l'une avec l'autre. Un homme de l'Antiquité ayant dû vivre au Moyen Âge aurait lamentablement péri, suffoqué. De la même manière, il est certain qu'un sauvage étoufferait au milieu de notre civilisation. Parfois, une génération entière se trouve prise entre deux époques, entre deux styles de vie ; à tel point qu'elle perd toute notion d'évidence, tout savoir-vivre, tout sentiment de sécurité et d'innocence. Il va de soi que chacun ne ressent pas ce phénomène avec la même intensité. Une personnalité telle que Nietzsche a dû subir le mal d'aujourd'hui avec plus d'une génération d'avance ; les souffrances qu'il fut contraint d'endurer dans la solitude et l'incompréhension affligent désormais des milliers d'hommes. 

(Le Loup des steppes, Hermann Hesse)

dimanche 11 mars 2012

Ils sont tous protestants !


Le christianisme est la religion de l'Europe : ce sol lui convient plus même que son pays natal ; il y a poussé des racines profondes ; il s'y est mêlé à toutes nos institutions : pour toutes les nations du Nord de l'Europe et pour toutes celles qui, dans le Midi de cette partie du monde, se sont substituées aux Romains, le christianisme est aussi ancien que la civilisation. C'est la main de cette religion qui façonna ces nations neuves ; la croix est sur toutes les couronnes ; tous les codes commencent par le symbole : les rois sont des oints, la religion est civile ; les deux puissances se confondent ; chacune emprunte de l'autre une partie de sa force, et, malgré les querelles qui ont divisé ces deux sœurs, elles ne peuvent vivre séparées.

L'homme le plus hardi ne saurait rien imaginer qu'on puisse substituer à ce système religieux. Tous nos Érostrastes ont détruit ; aucun n'a substitué, aucun même n'a osé proposer quelque chose à la place de ce qu'il voulait faire disparaître ; en sorte qu'il faut toujours être chrétien ou rien.

Mais le principe fondamental de cette religion, l'axiome primitif sur lequel reposait tout l'univers avant les novateurs du XVIe siècle, c'était l'infaillibilité de l'enseignement d'où résulte le respect aveugle pour l'autorité, l'abnégation de tout raisonnement individuel, et par conséquent l'universalité de croyance.

Or ces novateurs sapèrent cette base : ils substituèrent le jugement particulier au jugement catholique ; ils substituèrent follement l'autorité exclusive d'un tiers à celle du ministère enseignant plus ancien que le livre et chargé de nous l'expliquer.

De là vient le caractère particulier de l'hérésie du XVIe siècle. Elle n'est point seulement une hérésie religieuse, mais une hérésie civile, parce qu'en affranchissant le peuple du joug de l'obéissance et lui accordant la souveraineté religieuse, elle déchaîne l'orgueil général contre l'autorité, et met la discussion à la place de l'obéissance.

De là ce caractère terrible que le protestantisme déployé dès son berceau : il est né rebelle, et l'insurrection est son état habituel.
(…)
Hommes des tous les pays et de tous les cultes, observateurs de tous les systèmes, remarquez bien et ne l'oubliez pas : L'évangile enseigné par l'église protestante n'a jamais fait peur à Robespierre.
(…)
Certains Indiens disent que la terre repose sur un grand éléphant ; et si on leur demande sur quoi s'appuie l'éléphant, ils répondent : sur une grande tortue. Jusque là tout va bien, et la terre ne court pas le moindre risque ; mais si on les presse et qu'on leur demande encore quel est le soutien de la grande tortue, ils se taisent et la laissent en l'air.
La théologie protestante ressemble tout à fait à cette physique indienne. Elle appuie le salut sur la foi, et la foi sur le livre : quant au livre, c'est la grande tortue.
(…)
Le grand ennemi de l'Europe qu'il importe d'étouffer par tous les moyens qui ne sont pas des crimes, l'ulcère funeste qui s'attache à toutes les souverainetés et qui les ronge sans relâche ; le fils de l'orgueil, le père de l'anarchie, le dissolvant universel, c'est le protestantisme.

Envie de recopier tout Joseph de Maistre, ce matin… Que nos laïcards tocards le lisent un peu, et peut-être même, à la lumière de notre temps funeste, le comprennent, voilà qui serait une grâce ! Pour le dire à la manière maistrienne, il faut être "catholique ou rien". Le protestantisme, ce n'est rien, l'islamisme, ce n'est rien. J'ai entendu Kristeva hier à la radio qui parlait, avec une gâteuse gourmandise, des "multivers" ; le multivers / l'univers, bien sûr, comme preuve de l'erreur profonde du catholicisme. Encore un gadget pour amuser les enfants… Comment peut-on être aussi bête ?

vendredi 9 mars 2012

Message personnel n°16


Il n'est pas de silence auquel l'écho à voix entière ne réponde.

(Luis de Góngora y Argote)

jeudi 8 mai 2008

René


Chopine et son cavalier.