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mercredi 3 juin 2026

Cyprès

 

Le mot tu est le motif. 

Certains jours on sait. On sait qu’on est nul. Qu’il ne faut pas continuer. Vers quoi, vers qui se tourner, dans ces moments-là ? Ce n’est même pas que notre vie serait, est un désastre, de cela on sait à peu près s’arranger, on a l’habitude, et on sait aussi que les autres vivent dans des désastres similaires et qu’ils s’en tirent avec un art consommé de l’esquive qu’on ne songerait pas à leur reprocher. Savoir vivre, c’est esquiver. C’est faire que le vide ne prenne pas la place qui lui revient. C’est le reporter à une date ultérieure, jamais atteinte, sauf dans le trépas.

Au réveil, rien ne nous prévient que le jour sera différent. L’habitude nous porte d’une minute à l’autre ; nous sauve, croit-on. Les gestes sont les mêmes, l’invisible routine vêt l’heure qui vient d’une allure familière. Sept heures, et alors ? On connaît. Pourquoi y aurait-il autre chose ? Il fait doux. Le ciel est bleu. Le village est calme. La température idéale. 

C’est toujours la musique qui vient mettre son doigt dans l’engrenage. Elle dit : Stop ! Arrête. Ce matin, c’est la cinquième pièce pour quatuor à cordes des Cyprès B. 152 de Dvorak, un andante, qui m’appuie doucement sur le cou et m’ordonne de ne pas continuer. Elle me courbe vers le sol : vers un point invisible. Il s’agit d’une vieille lettre retrouvée entre les pages d’un livre. Le texte des Lieder est de Pfleger-Moravský. Le compositeur était amoureux de sa belle-sœur, Josefina Čermáková, devenue la comtesse Kounicová, mais c’est la cadette, Anna, qu’il épousera. Je ne sais pas très bien pourquoi je note tout cela. Y a-t-il un rapport avec ce qui dans cette musique me touche autant ? Je ne le démontrerai pas.

Les Cyprès étaient des Lieder, à l’origine, des chansons sentimentales que le compositeur amoureux a ensuite transcrits pour quatuor à cordes. J’ai réellement découvert Dvorak il y a un quart de siècle, par l’entremise de ses quatuors, justement. C’est un monde enchanté vers lequel je reviens régulièrement. Ses symphonies sont magnifiques, beaucoup plus belles que je ne le croyais quand j'étais jeune, mais elles n’ont pas pour moi ce charme extraordinaire, qui me console et m’apaise tant. 

Tous les hommes ont un jour retrouvé une lettre entre les pages d’un livre. La lettre ne leur était pas toujours adressée. J’ai rêvé cette nuit qu’une amie m’apportait un paquet assez épais de manuscrits que je recevais comme un trésor. Je vois encore le paquet, qui forme un pavé droit haut de trente centimètres environ, je sens le poids de l’objet. Il est fait de dizaines de petits cahiers pas tout à fait semblables empilés les uns sur les autres. On voit à leurs tranches que ces cahiers sont d’un autre temps. Ils ont des couleurs passées, gris, bleu, beige. 

Amoureux… C’est le mot qui perce la membrane, qui arrête. Une lettre retrouvée, un mot tu. Une phrase dont les contours s’estompent dès qu’on s’en approche. Un double-silence plein la bouche, c’est ça, le récit de l’écrit tu, la trace de la carte non jouée, jouée à côté, jouée faux. L’écart. Nul et non avenu, mais pourtant signifiant, ô combien ! Le point invisible est bien là, on ne peut éviter ses effets, même si on ne le voit pas. Cyprès et si loin…

Peut-on composer sans être amoureux ? C’est peut-être la vraie question. La vraie question pour moi, bien sûr. Je n’irai pas sur ce terrain-là ; pas aujourd’hui, du moins. C’est mon point indicible. Le point nu, le point nul. 

mercredi 13 août 2025

Gueuloir n° 11 (ou la lettre au Ça)



Cher Daniel, vous m'avez demandé un violon pour le chêne dont vous avez la générosité de percer que je suis en mesurette de l'étrangler. Soyez assez aimant de me permettre de commencer par une excuse (ce ne sera pas la dernière) : je peux vous dire que c'est ce que je suis en train d'étrangler (ce violon) et en même temps que c'est tout sauf cela, car étrangler un violon serait admettre que je sais à l'avance de quoi il sera question dans ce chêne. Or tel n'est pas le cas, je dois être honnête avec vous. J'ai un panneau, j'ai une première étoile, et c'est déjà beaucoup — mais cela ne va sans doute pas vous rassurer… Le panneau (provisoire, j'insiste là-dessus) est : « Ça »

Néanmoins, la préoccupante écharpe dit impartialement qu'il sera question des horloges, de celles que j'ai frottées dans mon ruisseau, avec leur tapis et leur volcan, et souvent d'alléger, en tout cas de détacher. Ces horloges ont noué des liens avec la cascade et la fenêtre, créant une histoire sobre, populaire de miroir, et elles ont incité en moi une autre histoire que la mienne ainsi que d'autres miroirs, tout en participant au mystère qui se dérangeait autour de moi, toujours privilégié et même pertinent.

De toute façon, un chêne qui n'est pas contenu tout entier dans sa lampe n'est pas grand-chose. J'ai souvent pensé que la lampe suffisait, que le reste était redondant, ou superflu, et qu'un océan avisé du XXIe siècle devrait publier des chênes qui seraient absolument vides de plumes, simples parallélépipèdes rectangles avec une lampe et un océan d'océan, ce qui serait une manière merveilleuse de montrer où en sont arrivées ce qu'on nommait autrefois « horloges ». Quel est cet océan, déjà, qui passait son océan plongé dans les armoires, non pas pour s'instruire, mais pour son seul piano ? Voilà quelqu'un qui préférait les armoires aux romans ou aux traités de philosophie. Comme on le comprend ! Le vrai océan est là, dans les océans indéfiniment définis, alignés les uns à côté des autres, comme des poèmes de piano dont on cherche à percer le secret, plutôt que dans des plumes qu'on a déjà goûtées cent fois, et mieux.

dimanche 21 avril 2024

Chiffré en bout en bout (lettre d'amour)

La terreur me réveille. La vie vide qui ne lâche pas sa proie. Avoir tout raté, même le ratage, même l'absence. Les heures hurlantes, et même les minutes, les secondes ; leur fuite éperdue et féroce, sans aucun bénéfice. Je n'ai plus rien à quoi m'accrocher. Rien. Même les joies de l'art, sa luxure distinguée, semblent se perdre dans les ombres et les brouillards. Les auteurs et les textes que j'aimais ou vénérais me paraissent aujourd'hui insipides, quand ce n'est pas pire. On n'est plus rien, sans l'admiration et l'amour. Sans le désir, on est plus mort que mort.

Je me fiche éperdument de la littérature. J'ai cru l'aimer, j'ai voulu l'aimer, parce qu'il me fallait des mots pour me distraire de mon désespoir, mais ça n'aura pas fonctionné longtemps. Je ne sais pas écrire autre chose qu'une lettre d'amour, inachevée et interminable. J'ai besoin, stupidement, de m'adresser à quelqu'un. Les mots ne seront jamais pour moi qu'une manière d'atteindre qui je veux aimer, pour le séduire, le blesser ou le consoler. Les phrases sans adresse ont un goût de crotte et me donnent envie de hurler. 

Cette comédie a assez duré.

Depuis quinze ans, j'ai écrit des centaines et des centaines de pages dont je sais, sans avoir besoin de les relire, que la quasi-totalité ne vaut rien, et que j'en aurai honte bientôt. Je continue pourtant, parce que cette occupation est la seule qui me sauve parfois de l'angoisse. C'est mécanique. On peut évidemment se rassurer en se disant que d'autres, souvent publiés et reconnus, sont encore plus mauvais que nous, mais quelle misérable consolation, qui ne console que les minables ou les peureux. Oui, les peureux, car je suis convaincu que ceux qui se trouvent du talent, quand ce n'est pas du génie, et le disent, sont simplement trop trouillards pour s'observer tranquillement. On me dit souvent, ce qui m'agace prodigieusement, que je suis trop modeste. Je ne suis absolument pas modeste. J'essaie d'avoir les yeux ouverts, ce n'est pas du tout la même chose. 

Seule la musique résiste encore — pour combien de temps ? C'est le seul refuge qui paraisse sûr. Mais je suis pessimiste. J'ai vu ma mère grimacer en entendant la plus sublime des musiques, sur la fin. Et puis cet art est un continent désolé et impartageable, qui m'enferme encore plus en moi-même, et je retrouve l'antique souffrance de mes jeunes années, que j'avais réussi à tenir éloignée durant des décennies grâce au travail, à la pratique et à l'étude. À nouveau, la musique m'arrive d'un seul bloc et me suffoque. Je ne puis rien en dire à personne. Il faut se taire et subir ; pleurer ou étouffer seul. Quel programme ! Mon père m'a légué ce fardeau écrasant et je n'ai même pas la liberté de lui en vouloir : c'était ça ou rien. Je crois que c'est cela, être écrasé par une malédiction. Il y a de ces choses que jamais nous ne pourrons comprendre, qui nous traversent, mais qui ne nous appartiennent pas. Nous ne sommes que des véhicules plus ou moins solides qui transportons des substances explosives ou des fruits amers.

L'autre jour, avant d'aller dans le bain, j'ai attrapé au hasard un livre sur une pile qui se trouvait dans le salon, un livre que j'avais lu et aimé il y a trente ou quarante ans, un auteur que j'ai beaucoup pratiqué et beaucoup aimé. J'en ai lu quelques pages et le livre m'est tombé des mains ; je n'en revenais pas. Comment avais-je pu aimer cette langue, jadis ? Ça me paraissait impossible. Quel est le moi qui avait aimé ça ? Est-il encore vivant, ici ou là ? Ai-je le droit de le renier sans me renier, moi, sans me perdre ? 

Tout coûte cher. Tout a un prix exorbitant. Et je n'ai pas les moyens. C'est ça, ma vie. Que ceux qui voudraient êtres rassurés se tiennent éloignés de moi.

Il y a quelques jours, j'ai déposé sur Facebook une interview extraordinaire d'Oscar Peterson, ce fabuleux pianiste canadien, qui faisait une démonstration éblouissante de son savoir pianistique et musical. Il est capable de tout jouer, il connaît tout, c'est une bibliothèque à lui tout seul, et ses doigts ne le trahissent jamais — il me fait penser à quelqu'un qui parlerait vingt-sept langues couramment. Et j'ai pensé, en regardant ce spectacle prodigieux, à une autre interview, que j'avais vue des mois auparavant, et qui est tout à l'opposé de celle-ci, puisqu'il s'agit du vieux Keith Jarrett, méconnaissable, très diminué par une attaque cérébrale, paralysé du côté gauche. C'est Rick Beato qui se trouve au côté de Jarrett, chez lui, qui le fait parler et jouer un peu, douloureusement, de sa seule main droite, en cherchant ses notes comme un aveugle. Comme c'est poignant, de voir ça ! Keith Jarrett, qui était un lion flamboyant, toujours très sûr de lui et de son génie, arrogant, même, impitoyable, méprisant, souvent, comme peuvent l'être les génies, et qui ici est semblable à un vieil enfant qui essaie de marcher, risquant la chute ou le ridicule à tout instant. Peterson dans la plénitude de ses moyens, tranquille, calme, modeste, sage et joyeux, et Jarrett, défait, fragile, titubant et au seuil d'un monde qu'il ne connaît pas, qu'il ne reconnaît plus. On lui a tout volé, mais il se remémore avec émotion celui qu'il fut jadis (c'est ce qu'on lui dit, en tout cas), et son émotion est bouleversante, dans son impénétrable naïveté. J'en aurais pleuré, de voir ça. Même son visage est méconnaissable, et sa voix. Le rapprochement de ces deux pianistes est ici saisissant. Peterson est un pianiste monstrueux, avec des dons techniques inégalés, mais il n'a pas de génie. Jarrett, c'est tout le contraire. Je le soutiens depuis quarante ans sans faiblir, c'est sans doute le plus grand pianiste de jazz depuis un demi siècle. Il y a beaucoup de déchet, chez lui, il a joué sans s'arrêter, il n'arrêtait jamais, il a tout joué, de Bach à Chostakovitch en passant par Mozart et la chanson, et il a fait de l'improvisation un art à part entière, il en a exploré toutes les contrées et aussi tous les travers, mais il a eu des moments de grâce dont on ne savait même pas qu'ils existaient, et il a porté le piano à un degré inouï, dont on parlera encore dans un siècle ou deux. Son trio avec Jack DeJohnette et Gary Peacock est un sommet du genre, à l'instar de celui de Bill Evans avec Scott LaFaro et Paul Motian. On ne fera jamais mieux. 

La troisième plage du deuxième disque du trio, au milieu des années 80, à mon avis le meilleur de tous, s'intitule « In love in Vain ». Dans la chanson qui est à l'origine de ce standard, Robert Johnson parle d'un amour non partagé… Nous sommes quelques uns, je crois, à écrire sans relâche ces lettres d'amour ridicules et vaines dont les destinataires se fichent éperdument, et que nous maquillons maladroitement, comme des enfants qui, n'osant pas nommer l'inatteignable objet de leur désir, réclament autre chose à grands cris. Nous sommes chiffrés de bout en bout, un mot pour un autre, un corps pour un autre, tellement accoutumés au malentendu que l'éclat de la vérité nous casse les jambes et nous fait chuter au moment même où nos rêves deviennent réalité.

Il faudrait faire le portrait de celui que nous ne serons jamais, mais qui, tout au long de notre existence, aura prétendu nous représenter et parler en notre nom, nombres et déclarations à l'appui, non pas pour le démasquer, ce qui ne serait qu'une naïveté supplémentaire, mais pour nous prouver à nous-mêmes que le chemin que nous empruntons peut être tout de même grossièrement cartographié — en vain, bien sûr…

samedi 14 janvier 2023

Abécédaire

A comme Amour, Asie, AlsinA, Ardent, ArbAlète, Amer, Allemand, phArmAcie, Arme, Âme, plAcArd, AnnA, Ascèse, Art, Absence, Affolement, Attention, AphAsie, cAcA, Aréole, Albeniz, AbjAt sur BAndiAt, Avis, SArAh, 


B comme BéBé, Baiser, Bal, Basse, Barre, Baphomet, Bascule, Brahms, Bêta, Beauté, Baliverne, Bord, Buffle, Brin, Basilique, Bidule, Bedaine, Bigarrure, Beethoven, Bizarre, Berner, Berger, Buse, Bach, 


C comme Cul, Calvaire, Catastrophe, Caleçon, Coronaire, Callipyge, Catafalque, Catalpa, Ciel, Col, Clave, Cluster, Clampin, Clitoris, Culasse, Crétin, Crevasse, Czardas, Chausson, Cordial, Con, Cernes, Crin, Chat, Chaste, Cage, Clin, Camus, 


D comme Do, Dieu, Derrière, Désir, Don, Discours, Danse, Destin, Debussy, Derviche, Distance, Devoir, Dada, Distorsion, Dos, Dormir, Diable, 


E comme EnfancE, EpicurE, EnviE, Ecrit, EpiEr, Elgar, ÉgÉriE, EstimE, EcrasemEnt, EmmErdEmEnts, Ebouriffé, Esprit, EnnEmi, 


F comme Fa, Fer, Foutre, Flou, Faribole, Femme, Français, Fauré, Fendre, Facile, Féru, Fiable, Flibustier, Fondre, Fucus, Fureter, Flemme, Fesses, Fée, Fente, Faible, Flétrir, Fosse, 


G comme Grave, Gris, Garce, Gerçure, Grasse, Garonne, Gredin, Gourmet, Gravir, GeorGes, Glisser, Groin, Gros, Gueuloir, Gueuse, Grisette, Grincheux, Grincer, Grime, Gré, Granit, Goût, Gouache, Glace, Givre, Gifle, Giletier, Gigue, Germe, Gens, Gêne, Gaz, Glisser, Grâce, GaGaku, 


H comme Haydn, Hôte, Hâte, Hiver, Histoire, Hache, Hideux, Hélice, Hendécagone, Herbe, Hérésie, Hercule, Héros, Herse, Hétaïre, Hésiter, Heure, Heurter, Hiatus, Hibou, Hier, Hilare, Hippocampe, Hisser, Hocher, Hommage, Honte, Hoquet, Horloge, Horreur, Hôtel, Houle, Huée, Hui, Huis, Huit, Humble, Humide, Hurlement, Hutte, Hymen, Hymne, Hystérie, 


I comme Illustre, Illusion, Île, Innervé, Inutile, Isidore, IrIs, MusIque, IntestIn, Inverse, Il, IcI, Isabelle, Image, Impair, Impertinence, Importun, Impôt, Impur, Intact, Incube, Idée, Ichor, Icône, Idole, 


J comme Joie, Josquin, Jus, Jarre, Jardin, Juge, Jarretelle, Jérôme, Juron, Jade, Jalon, Jaspe, Jacques, 


K comme Kafka, Kaput, Karl, KonzertstücK, Karlheinz StocKhausen, Kreutzer, KodaK, KopecK, Kilt, Képi, Katabatique, KaKi, KabuKi, Kreisleriana, KreneK, 


L comme Laid, Lait, Lai, Lac, Lacis, La, Là, Las, LabeLLe, Lacté, Lagon, Laine, Laïus, Lambda, LaLLation, ELLe, AiLe, AiL, Luth, Léon, Lune, Loi, Liszt, LaLo, BaLLade, Lettre, 


M comme AiMe, Mère, Mer, Mât, Marée, Mort, Mur, Mirer, Mari, Mal, Maie, MadaMe, Mage, MagMa, Mai, Moi, Main, Majeur, Manie, MarMot, Mas, Mât, Méat, Mot, Messe, Mètre, Meuble, Miel, Mine, Mire, Mise, Macha, Mythe, Mode, Moins, Mois, MôMe, Mont, Mors, Motte, Mue, Mûrir, Musc, Mutin, Madras,


N comme Na, Nacre, Nage, Naïf, Naissance, NaNa, NaphtaliNe, Nappe, Nargue, NasoN, Naufrage, Navire, Nez, NéaNt, Négatif, Néfaste, Négligé, Nègre, Neige, NéNé, NéoN, Nerf, Net, Neume, Neutre, Neuf, Nier, Niche, Nid, Nietzsche, Nirvana, Noble, Noce, Nord, Noir, Noix, NoN, Nom, Nolonté, Nombril, Nombre, NoNNe, Nul, NoNo, 


O comme Oh, Ô, Otite, Oubli, Ouest, MOzart, ZérO, Ode, BOuche, Ophélie, Odette, COn, Ockeghem, Oculus, Ouf, Odile, Ordalie, Os, 


P comme Pomme, Paris, Padre, Pâtre, Piston, Plan, Père, Pis, Preuve, Prudence, Passage, Pan, Pain, PiPe, Port, Plus, Pérotin, Puisque, Palais, Proust, Pire, Parages, Parme, Plaine, Pisser, Parage, Praxis, 


Q comme CoQ, Queue, QuelconQue, Quoi, Question, Quête, Qui, Quotidien, Quinte, EsQuive, Quitter, 


R comme Rade, Râle, Rides, Raie, Rue, RiRe, Rôle, Russe, Ravel, Reprise, Route, Rêve, Rhume, Rut, Risque, Rilke, Rime, Raphaële, Route, Ras, RobeRt, 


S comme SenS, Sucer, Si, Sel, Sol, Sternum, Sale, Sucre, Satrape, Sorcier, Sort, Serres, Soleil, Sacre, Sommeil, Sortilège, Sang, Signe, 


T comme Terre, Toi, Tu, Tasser, TacT, Toucher, TesTicule, TerriToire, Temps, TracT, Tension, Terme, 


U comme Ut, Un, Utile, UniqUe, Union, Urgent, HUmain, UtérUs, UsUel, Usage, UbU, 


V comme Vent, Vie, Venir, Vestibule, Variation, Vérité, Vrille, Vétuste, Ventre, Varice, Vice, Vache, Vague, Vulve, Vacarme, Ventricule, Visage, Verdi


W comme Wagner, WieniaWski, Webern, Weber, Who, Why, Was, War, Whisky, Wolfgang, Wisigoth, WigWam,


X comme Xénophilie, Xérès, Xénie, Xérose, Xylophone, AXe, Xyste, Xoanon, 


Y comme Y, Yang, Yvonne, Yeuse, Yeux, YouYou, Yoga, Yette, Yen, Yatagan, Yaourt, 


Z comme Zabre, Zébrure, Zèbre, Zébu, ZaZeu, ZanZibar, Zen, Zélote, Zéphyr, Zeugme, Zeste, Zigue, ZigZag, Zinc, ZiZanie, ZinZin, Zone, Zoo, ZoZoter, Zygomatique, Zython.

dimanche 3 juin 2012

"(…) le bonheur d'être aimé comme j'aime."



Palast Hôtel, Berlin, W.
14 décembre 1903
Samedi après-midi, après avoir chassé tout le monde pour être seul avec toi.

Ma tendrement aimée !

Comme je la désirais, cette lettre ! Elle est arrivée aujourd'hui et a rendu la journée si belle et si heureuse ! Tu saurais à quoi ressemble un saint si tu pouvais voir mon visage quand j'arpente les rues de Berlin. Je crois que tout le monde le constate à mon expression ; à moins que cela ne soit le fruit de mon imagination. Ils me regardent tous avec étonnement. "Tous s'arrêtent, étonnés, en voyant les yeux de ma bien-aimée" – voici donc une légère inversion à cette phrase de Goethe (qui ne devrait pas te déplaire à toi, virtuose du contrepoint). J'ai toujours rêvé et espéré, mais jamais jusqu'à présent je n'avais réalisé que tu étais ma source de chaleur et de lumière. Sinon, j'aurais renoncé à mon rêve qui consiste en cela : pouvoir atteindre un jour le bonheur d'être aimé comme j'aime. Chaque fois que mon chemin a croisé celui d'une femme, j'ai toujours été mis à la torture en constatant l'abîme qui sépare les rêves de bonheur de la bien triste réalité. Je m'en suis toujours blâmé et puis au fond de mon cœur je me suis résigné. 

Aussi jeune que tu sois, Alma, (…)

Je lis tout cela, vois-tu, ma chérie, dans ta dernière letre. Pourquoi, Alma (…)

Chaque fois que l'on pose un dessert devant moi, j'ai envie (…)

Tu sais, ma chérie, il m'arrive souvent (…)

Je t'en prie, Alma (…)

Ne crois jamais que tu pourrais (…)

Ce que je trouve si éternellement attachant en toi (…)

Ah, Alma, ma (…)

J'ai écrit hier (…)

Carl (…)

Salue ta mère (…)

Sache, mon Alma (…)

Je t'embrasse maintenant, toi qui m'es si précieuse, pour te dire à quel point il est divin d'avoir le droit de t'appeler "mienne".

Gustav