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mercredi 17 février 2021

Le Test

Voici la situation. J'ai passé le test. Mais mon âme-sœur, ne l'a pas passé, elle. Elle ignore donc que je suis son âme-sœur, et peut-être ne sait-elle même pas qu'elle possède une âme-sœur. Tant qu'elle ne passera pas le test, celui-ci sera un crève-cœur, pour moi. Non seulement il ne sert à rien, mais en plus il me fait souffrir, puisque je sais de manière certaine que mon âme-sœur existe, et qu'elle ne sait pas que j'existe. Je me dis qu'elle finira par le passer, ce test, mais je peux aussi penser que lorsqu'elle se décidera, il sera trop tard. Bien entendu, j'ai une foi absolu dans le test, et dans la théorie de l'âme-sœur unique. 

Ce soir, je regarde la mer, par la fenêtre, et je suis effrayé. C'est la mort que je regarde, c'est la mort qui va m'étouffer, m'emplissant la bouche et les poumons d'un mur liquide, alors même que sur cette mer mon âme-sœur est en train de naviguer sans boussole. La moitié de la Terre va envahir mes poumons, et dans cette moitié de terre liquide mon âme-sœur sera un point minuscule flottant sur un frêle esquif. Le cosmos hurlant, avec ses milliards d'étoiles, me fait moins peur que cette grande nuit salée. Je vis en face de ma ruine, et elle va m'emplir le ventre.

mercredi 11 mars 2020

Amer


Tout ce qui est est amer. On ne peut pas être pessimiste. Ça n'existe pas, le pessimisme. Comment être pessimiste alors qu'on est mortel ? Tout ce qui n'est pas amer n'est pas. Le sucre est une parodie. 

Je ne me lasse pas d'écrire ce mot : « amer ». À mère, arme à la mer, rame, âme, erre, chère âme, aime ton errance amère, depuis la mère jusqu'à la mer infinie qui t'engloutira et te rendra à la mère originelle.

Qu'y a-t-il, entre soi et Dieu ? L'amertume. Qu'ai-je aimé, en dehors de « la bonne chair » ? Rien. Rien et la musique (mais il y a de fortes chances que ce soit la même chose). Ah si, j'ai aimé le non-travail. C'est le non-travail qui permet à l'homme de comprendre un peu sa vie. La journée, quelle trouvaille ! Le soir, le matin, les heures… Les repas. On confectionne méticuleusement sa journée. L'amertume des secondes, des minutes, l'amertume qui devient joie, qui devient soleil. Lumière de l'amertume. Vous n'avez pas assez d'amertume en vous pour que je vous prenne au sérieux. Vous êtes au service d'une idée, ce qui est abject. Ridicule grandiose. Publicistes. Professionnels (comme on dit d'une pute que c'est une "professionnelle"). Si l'on a vraiment du caractère, on disparaît, on rate, on (se) barre. Le sucre de la publication. La poisse. Argumenter, voilà l'ordure. L'amer est le contraire de l'argument. L'amer fouette le sang et redresse l'âme. Je ne connais rien de plus abject que le "marketing". Monter sur une chaise, alors qu'il faut avant tout se débarrasser de soi-même. Dès qu'on parle, on est bête, dès qu'on écrit, on est banal. Écrire, c'est jeter son sperme au vent. Poisse, poisse, poisse. Argument-purée. Sucre synthétique. Compromis. Discrédit. Vide. Vite !

L'être se tient dans l'amer. Écrire vide l'amer de l'être. Il ne reste plus qu'un morceau de sucre tout poisseux. Regardez-les, les écrivains ! On voit sur leur visage les rigoles faites par la fonte des phrases. S'ils vous embrassent, ça colle. Les livres sur les tables des libraires sont des morceaux de sucre emballé. L'amer est la seule arme dont nous disposons, entre l'aube et le crépuscule. Il y a dans l'amer un à-quoi-bon qui se rebiffe contre lui-même.

Journée vide. Prière amère. Action rituelle des ancêtres, à quatre mains. Marche en silence. Obstination. Aller. S'enfoncer toujours plus avant dans l'amer.