Au jardin, six heures.
Réveillé à cinq heures et quart, levé à cinq heures et demie. Il faisait 27,4° au salon et 20,7° à l’extérieur quand je suis descendu. La lune est encore à l’est et j’ai aperçu les étoiles quand je me suis levé. Il y a à peine un peu d’air. Ça ne suffira pas à rafraichir la maison.
Hier matin, xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Depardieu dictant à Raoul Ruiz où poser sa caméra pour Le Temps retrouvé. Sur Facebook, sous un tweet limpide de Renaud Camus, un crétin écrit : « Et en français, ça donne quoi ? » C’est précisément parce qu’il écrit un français parfait que ce crétin ne le comprend pas, ou fait mine de ne pas le comprendre, prenant sa bêtise pour de l’esprit. Ils vivent dans des gargouilles puantes et voudraient qu’on partage leur amour des gargouilles puantes. Henric à propos de Muray : « Toujours sa phobie du bruit. » Mes années cauchemar, à Paris, à cause de cette « phobie ». Phobie mon cul, oui ! Les non-phobiques du bruit, ce sont eux, les malades. Les non-phoniques du bruit, à l’asile ! Les non-phobiques du bruit ont détruit le monde, ont construit leurs saloperies d’éoliennes et inventé les raves (et la fête de la “musique”). Qu’on les parque dans des villes construites aux abords des aéroports, qu’on les branche vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur Fun Radio, qu’on les perfuse de rock et de toute la merde qu’ils aiment mais qu’ils nous foutent la paix ! Finalement, je me dis que cette hantise du bruit dessine des familles de pensée autrement cohérentes et solides que les familles idéologiques ou politiques. De pensée ? Oui, de pensée, parfaitement, et pas seulement de sensibilité. Le luxe d’aujourd’hui, le seul vrai luxe, c’est la tranquillité, c’est le débranchement, c’est l’ininformation, c’est le silence des ondes, des voisins, des opinions, des images. Mon idée du luxe suprême est d’aller finir mes jours dans les montagnes suisses, à mille mètres d’altitude, sans voisins, dans un chalet sans trop de confort, à mille lieues des fêtes, qu’elles soient de la musique ou d’autre chose. Je hais la fête sous toutes ses formes depuis quarante ans, depuis 1986 exactement, lorsque je m’étais réinstallé à Paris après mes années paradisiaques en Bourgogne. Ce n’est pas pour rien qu’en français on dit « la paix » ! La paix au sens de l’absence de conflit et la paix au sens de paisibilité, de tranquillité, de douceur de vivre : avoir la paix. Foutez-moi la paix ! La guerre fait du bruit, personne n’en parle jamais, parce que tout le monde aime le bruit. S’ils ont absolument envie d’aller se trucider, ma foi, qu’ils y aillent, mais qu’ils ne fassent pas de bruit, et qu’ils arrêtent de polluer avec leurs bombes et leurs avions, merde ! L’écologie des éoliennes fait du bruit, produit de la laideur, elle se signale à nous, surtout, elle se dresse devant nous pour nous rappeler à l’ordre de la laideur. Une éolienne, ça dit : « Vive la laideur ! Vive le monde laid, cerné, borné, que nous surveillons, nous les anti-moulins à vent ! » Il nous faudrait un Don Quichotte moderne. C’est pire que des barbelés, pire que des châteaux d’eau, et même pire qu’un gratte-ciel. Je hais la Fête, je hais la musique, je hais les avions, je hais les trains à grande vitesse qui raccourcissent les distances, je hais la proximité, l’entassement, finalement je hais tout le monde, je crois, tout le monde sauf mes hirondelles fines et discrètes et les personnages de mes rêves. Une scène ne m’a jamais quitté, depuis quarante ans. Céline et moi revenons d’une séance de cinéma aux Halles, nous sommes très gais, tous les deux, nous marchons dans la rue des Francs-Bourgeois en direction de la place des Vosges où j’habite l’appartement de tante Glyne, je porte Céline sur mes épaules, il doit être onze heures du soir, et des fenêtres ouvertes d’un appartement au troisième ou quatrième étage s’échappent la musique et les bruits d’une fête à tout casser. Je dis à Céline que j’ai envie de monter là-haut avec une kalachnikov et de tous les abattre, sans un mot d’explication. Ma sympathie pour Theodore Kaczynski, dit « Unabomber »… Kaczynski me fait souvent penser à Bruno, mon élève de piano mort il y a une vingtaine d’années dans des circonstances mystérieuses, mathématicien surdoué, psychotique. J’ai encore sa thèse quelque part dans mes papiers. Qu’aurait pensé Kaczynski des réseaux sociaux ? Et Bruno, qu’en aurait-il pensé ? (Il ne faut pas que je montre cette entrée de journal à Raymond, il me dénoncerait à la police.)
Sollers écrit sur une carte postale à Henric : « Il est utile que les suicidaires se dévoilent. » Ce qu’il peut être con, parfois, Sollers !